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Vent de colère à Puunui


Vendredi 31 Mai 2019 - écrit par Luc Ollivier


La vie paisible des habitants des hauteurs de la Presqu’île à Puunui est de nouveau mise à mal par un projet de parc éolien, contre lequel l’association syndicale des lots 1 à 30 est vent debout. Après la porcherie industrielle mise en stand-by, un parc éolien a-t-il plus de chances
de voir le jour ? Un avis d'appel d'offres public à la concurrence pour la réalisation d'une étude de faisabilité, dans le cadre de l'aménagement d'un lotissement agricole intégrant une ferme éolienne sur le domaine de Tauraatua, a été lancé dans le JOPF du 28 mai.



Voilà à quoi pourrait ressembler le site de Puunui si le projet éolien aboutissait, ce qui inquiète fortement les riverains. Crédit photo : DR
Voilà à quoi pourrait ressembler le site de Puunui si le projet éolien aboutissait, ce qui inquiète fortement les riverains. Crédit photo : DR
Une vue imprenable sur l’isthme de Taravao, une zone en hauteur épargnée par les chiens, les coqs et le trafic routier, les hauteurs de Puunui ont depuis longtemps conquis d’aisés propriétaires qui, depuis un an, se refusent à tout projet susceptible de nuire à leur tranquillité. Eux, plus d’autres, avaient déjà manifesté leur mécontentement l’année dernière contre le projet de porcherie industrielle et seraient en passe de gagner leur combat puisque, aux dernières nouvelles, le projet serait abandonné. La commission des installations classées ne s’est pas encore réunie, mais les conclusions de l’enquête seraient négatives pour le projet. 
Mais ces terres font aujourd’hui l’objet d’autres convoitises, sur lesquelles Tearii Alpha, ministre de l’Économie verte, s’est expliqué le 9 mai dernier sur le plateau télé de TNTV. En premier lieu, il s’agit d’occuper des terrains appartenant à la Caisse de prévoyance sociale (CPS) pour y développer une agriculture bio qui porterait sur l’ananas. Un fruit qui fait cruellement défaut sur le territoire, au point que l’usine de jus de fruits de Moorea doit importer du concentré (voir dossier sur l’ananas dans TPM n° 381 du 18 mai 2018). Sur ce point, l’association syndicale ne fait pas véritablement obstacle même si, selon l’un des responsables, Jean-Luc Derop, ils seront attentifs à ce que les jeunes agriculteurs qui devraient y travailler le fassent en respectant le voisinage : "On ne peut pas être contre l’agriculture, surtout si elle est bio, plutôt que d’importer. Il faut que ce soit fait dans de bonnes conditions. Si les agriculteurs doivent monter des cabanes avec des chiens attachés jour et nuit, ça n’ira pas." D’autre part, les résidents évoquent un problème d’eau et s’inquiètent déjà de la présence de forages clandestins et de la baisse du niveau des rivières...


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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt