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Vers une nouvelle stratégie et géopolitique du Pacifique


Vendredi 8 Septembre 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"Le Canada est délimité au nord par l’or, à l’ouest par l’orient, à l’est par l’histoire et au sud par des amis."
Frances Shelley Wees



Vers une nouvelle stratégie et géopolitique du Pacifique
Le Canada

Le "Canada" signifie avant tout "Amas de cabanes". Pays de légendes et de mythes, où trappeurs et aventuriers sont légion, c’est le pays des grands lacs. Un endroit où beaucoup aimeraient avoir leur cabane au bord d’un lac afin d’égarer leurs pensées dans ses reflets et d’y laisser leurs esprits vagabonder. Le Canada est un peu plus grand que les États-Unis ; anglophones et francophones y cohabitent. Un pays de contraste où la nature est généreuse comme ses habitants, mais aussi un pays de mines, d’élevages, d’industries et de commerces axés sur le libre-échange. Le Canada est un véritable petit laboratoire où les amoureux de la nature côtoient les amoureux de l’industrie et les bricoleurs de la génétique.

Au Canada, quand on parle d’industrie, on parle principalement d’industrie minière. Le Canada est particulièrement complaisant envers cette industrie. Coralie Schaub, dans Libération, souligne que plus de 75 % des sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière (nickel, cobalt, cuivre, or, uranium, diamant, etc.) ont leur siège social au Canada, et près de 60 % de ces entreprises sont cotées en Bourse.

Les capitaux ne sont pas uniquement canadiens, mais également israéliens, américains, français, australiens… Le Canada est une plaque tournante, le paravent d’une industrie controversée, un pays offshore nommé aussi la "Suisse" des mines. Le Canada a aménagé une législation dégagée de toute contrainte en matière de mine. On peut par exemple venir de Londres ou d’Australie, créer une société à Toronto qui va exploiter une mine de cuivre en Australie ou au Chili, et pourquoi pas, en Polynésie française ! Évidemment, la bourse favorise la spéculation minière, car il est facile de jouer sur l’ambiguïté entre réserves et ressources.

Ainsi, parmi les mines enregistrées à Toronto, certaines sont impliquées dans des affaires de corruption, de pollution massive, d’atteinte à la santé publique, d’évasion fiscale, de tensions avec les populations et même de meurtres. Des cas bien documentés (AMFI), sur plusieurs supports. Certains quotidiens prennent le relais, comme Le Devoir, quotidien québécois qui, sous la plume de Delphine Abadie, constate avec effroi que la perspective de poursuivre en justice les mines "criminelles" par le gouvernement canadien, n’est même pas évoquée.

Dans le cadre de l’industrie de la pêche, le Canada n’est pas en retard au regard des États-Unis et de la Chine, puisque bordé par deux océans. L’industrie de la pêche est un élément prépondérant de la politique canadienne. Partenaire des conventions WCPFC Aéra (Convention on the conservation and management of high migratory fich stock in the western and central pacific ocean) et IATTC Aéra (Inter-American tropical tuna
commission
), auxquelles on peut rajouter les conventions du CIAT, CPPOC, CITT, CCPS… En fait, la seule convention qui soit réellement respectée dans le Pacifique par les sociétés de pêche est la convention JVRF (J’en ai vraiment rien à faire) ! Notez la pondération du dernier mot (Tahiti Pacifique n° 359).

Le plus inquiétant dans l’industrie de la pêche au Canada concerne les conditions d’élevage. Environ 45 espèces de poissons, mollusques et algues marines sont élevées à des fins commerciales, souvent en collaboration avec les laboratoires pharmaceutiques, notamment pour les antibiotiques. La diversité des espèces d’élevage va s’intensifier dans les prochaines années (www.dfo-mpo.gc.ca).

Bien plus grave : la commercialisation du saumon transgénique, vendu incognito au Canada. Selon France-info et Wikistrike, c’est sans étiquetage spécifique que le premier poisson génétiquement modifié arrive sur le marché, en l’occurrence du saumon transgénique de la société Aqua Bounty Technologies.

Les quotidiens La Matinale et Le Monde, dans une mise à jour du 15 août 2017, précisent que ce sont cinq tonnes de saumon transgénique environ qui ont été écoulées dans les enseignes canadiennes. À en croire Ronald Stotish, P-dg de cette société basée dans le Massachusetts, "la vente et les discussions avec les acheteurs potentiels démontrent clairement que les clients veulent notre poisson et nous sommes impatients d’augmenter notre capacité de production pour répondre à la demande".

Développé par une équipe de scientifiques en 1982, ce saumon peut atteindre sa taille adulte au bout de 16 à 18 mois, au lieu des 30 mois habituellement nécessaires. Il acquiert cette propriété grâce à l’introduction, dans son génome, d’un gène codé produisant une hormone de croissance. Selon la société, il nécessite jusqu’à 75 % de nourriture en moins que ses congénères non modifiés, réduisant ainsi d’un facteur 25 l’empreinte carbone. Une question se pose : peut-on appliquer ce procédé sur certains cerveaux humains ? La commercialisation s’est faite avec l’aval des autorités du pays et en particulier avec l’agence canadienne d’inspection des aliments. Espérons que cela n’arrive pas dans nos assiettes !

Par ailleurs, l’implication du Canada dans la région Pacifique est une priorité. Le gouvernement canadien s’est engagé à accroitre le commerce avec les marchés émergents de l’Asie. Ainsi, il participe activement à : comité économique Canada-Japon, Association des Nations unies de l’Asie (ANASE), "Asie projets de développement international", le dialogue canadien sur l’Asie, Conseil d’affaires Canada-Chine, Fondation Asie Pacifique du Canada, Canada 2020, Forum financier Asiatique, Institut de recherche Asiatique, Conseil canadien des chefs d’entreprise, et "le Canada à l’ère du Pacifique…".

L’engagement du Canada en Asie-Pacifique est plus fort que jamais. Dans l’immédiat, et à long terme, il est déterminé, comme ses voisins et amis du "Sud", à jouer un rôle encore plus grand à "l’Ouest" dans la zone Pacifique, afin d’atteindre trois objectifs : établir des partenariats, fournir une aide au développement et renforcer les relations économiques.

Dans ce cadre, les défenses multilatérales et les exercices militaires dans le Pacifique sont indispensables. Comme nous l’avons vu, le Canada considère ses relations avec ses voisins de l’Asie-Pacifique comme une priorité. La sécurité et la prospérité du Canada sont liées à l’économie de l’Asie et donc à la stabilité de cette région. Le ministère de la Défense nationale (MDN) et les Forces armées canadiennes (FAC) s’engagent à renforcer la paix et la sécurité dans cette région et à rehausser leur engagement dans l’Asie-Pacifique. Dans ce cadre, la politique de défense canadienne va augmenter de 70 % d’ici à 2026 (source : www.45enord.ca).

Il y a bien des façons d’envisager le commerce transpacifique et le Canada a choisi la voie déjà ouverte par les États-Unis, dont on commence à entrevoir le désastre (Tahiti Pacifique n° 358).

Alain Deneault, professeur en Sciences politiques à l’Université de Montréal, souligne que l’image candide de la feuille d’érable sur le drapeau canadien est en train de s’effondrer. Les contradictions deviennent trop flagrantes entre le discours politique et les faits, ainsi qu’une complaisance inouïe vis-à-vis des paradis fiscaux. Ceci commence à être connu dans le Pacifique. Aujourd’hui, des dizaines de projets d’entreprises canadiennes y sont controversés.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous sommes tous prisonniers d’une image de marque faussée qui nuit à l’humanité et il ne s’agit pas là que d’une affaire canadienne. De la même manière, conclut le professeur Alain Deneault, les enjeux liés à la fiscalité en Suisse ne sont pas strictement des questions suisses, mais l’affaire de tous (propos recueillis par Coralie Schaub) !

Faut-il oublier le mythe de "ma cabane au Canada ?"


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2018 : sous le signe des Territoriales

Amateurs d’astrologie, plutôt que de vous plonger dans la lecture de votre signe zodiacal pour tenter d'y trouver des signes rassurants pour votre avenir, soyez plutôt à l’écoute de votre environnement social et professionnel, pour tenter d’influencer votre avenir et celui de vos proches quand, après analyse, vous serez appelés à voter le 22 avril prochain lors du premier tour des élections territoriales. Plutôt que d’essayer de vous rassurer par des écrits de liseurs d'étoiles, essayez plutôt de suivre la bonne. Certes, l’échéance est encore loin, mais mieux vaut prendre son temps en politique pour comprendre les tenants et les aboutissants de chaque élection. Il s’agira de donner la gestion du pays au groupe majoritaire à l’assemblée de Polynésie qui élira notre président.
Cette échéance est en tout cas dans les esprits de tous les hommes politiques du territoire qui ont élaboré leur stratégie depuis déjà quelques mois. Chacun est dans son rôle, la majorité souligne le redressement de l’économie, ses bonnes relations avec l’État, ne manque pas d’ouvrir les robinets d’aides et subventions, comme en atteste la lecture des derniers journaux officiels, et annonce vouloir revoir sa stratégie sociale, dont les effets tardent à être ressentis par les plus démunis ; pire, la fracture sociale ne fait que s’agrandir. L’augmentation des cotisations salariales, l’augmentation de l’abonnement téléphonique et des boîtes postales annoncée pour ce début d’année aura un impact négatif sur ceux qui connaissent des fins de mois difficiles.
Un gros trimestre pour créer de l’emploi, pour sortir quelques centaines de Polynésiens de la précarité, paraît bien court pour tenter de redorer cette mauvaise partie du bilan. L’opposition est bien sûr dans son rôle en dénonçant cette précarité, cette misère. Le Tahoeraa mise sur les vieilles recettes et les annonces pleines d’espoir que sont d’offrir un emploi, une maison et de ramener le bonheur dans les familles. Le Tavini n’innove guère plus en proposant de s’appuyer sur les forces économiques de ce pays pour s’en sortir, tout en faisant table rase de certaines pratiques politiciennes.
D’autres partis et candidats auront le temps de se faire connaître, comme vient de le faire Marcel Tuihani, actuel président de l’assemblée territoriale. Il va tenter de convaincre qu’une énième nouvelle voie est possible, surfant sur le ras-le-bol politique national.
Dans exactement 100 jours, les Polynésiens seront amenés à s’exprimer bulletin à la main pour se prononcer sur leur avenir ; notre vœu pour 2018 est qu’ils soient le plus nombreux possible à le faire.
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier