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Voyage à Tahiti d’un collectif de veuves de vétérans


Vendredi 26 Mars 2021 - écrit par Larbi Benchiha


Cinéaste documentariste, à qui l’on doit de nombreux films sur les essais nucléaires et ses conséquences, notamment Bons Baisers de Moruroa, Larbi Benchiha nous livre le récit du voyage d’un groupe de veuves de vétérans français qui ont séjourné en 2012 sur les bases nucléaires du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). “Il s’agit d’un voyage de deuil durant lequel je les ai accompagnées pour réaliser un documentaire, mais le film n’est toujours pas terminé faute de financement et surtout de télévision pour le diffuser.” Plus qu’un voyage, c’est un acte de solidarité envers les veuves polynésiennes. Découvrez ce pèlerinage poignant d’un collectif de femmes bretonnes en quête de vérités, sur les traces de leurs défunts époux irradiés !

Dominique Schmitt



Les veuves des vétérans autour de feu John Doom. Crédit photo : DR
Les veuves des vétérans autour de feu John Doom. Crédit photo : DR
Vingt-quatre heures, un jour et une nuit, avec une escale à Los Angeles, c’est le temps qu’il nous a fallu, en ce mois de juillet 2012, pour relier Paris à Papeete (Tahiti). J’effectuais ce voyage en compagnie d’un groupe de femmes. Je dois préciser qu’il ne s’agissait pas d’un voyage en quête de vacances exotiques dans un pays paradisiaque. Notre périple est à la fois un voyage deuil et l’accomplissement d’un pèlerinage mémoriel. Elles sont bretonnes et se sont constituées en collectif. Elles ont un point commun : toutes sont veuves de vétérans des essais nucléaires du Pacifique et elles pensent que leur mari est parti trop tôt. Pour comprendre, faire le deuil et transmettre une mémoire aux générations futures, le groupe envisage d’accomplir un voyage, qu’elles qualifient de pèlerinage, sur les lieux mêmes où leurs défunts époux ont été irradiés. Une démarche qui tend à concilier Histoire et mémoire. Ce voyage c’est aussi un acte de solidarité envers les veuves polynésiennes, une manière d’exprimer leur empathie, de leur dire "on ne vous laisse pas seules à votre douleur, on en prend part, on se met à plusieurs pour porter le poids de la perte de nos maris, disparus trop tôt, trop jeune"...

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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT