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Zones rouges : constructions sauvages et dangereuses deviennent la norme


Vendredi 31 Mai 2019 - écrit par Luc Ollivier


Malgré une volonté politique annoncée de sortir de l’impasse, le sensible sujet des zones rouges intégrées au Plan de prévention des risques naturels avance difficilement, au grand dam des associations de propriétaires terriens. Un zonage certainement mal dessiné, un service de l’Urbanisme aux mesures trop drastiques, un manque de géotechniciens sont à l’origine de constructions sauvages par des propriétaires las des tracasseries administratives et incapables d’assumer des coûts onéreux de mise en conformité.



Crédit photo : DR
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Notre pays manque clairement de foncier et ce de manière criante dans la zone urbaine. Le Pays est le premier à s’en plaindre dès lors qu’il doit acquérir ou aménager des terrains pour la construction de logements sociaux. À ce manque de foncier disponible, il convient d’ajouter la création du Plan de prévention des risques naturels (PPRN) qui comporte des zones rouges sur lesquelles il est interdit d’édifier la moindre construction. Voilà maintenant un peu plus de vingt ans, en 1997-1998. La saison cyclonique avait causé plus de 7 milliards de Fcfp de dégâts et surtout entraîné la mort de 27 personnes, l’État, comme toujours mis à contribution dans de telles situations, avait tapé du poing sur la table pour que le Pays dresse une cartographie des zones sur l’ensemble de la Polynésie, sur lesquelles il serait dorénavant interdit de construire. Pour limiter la portée de ces catastrophes naturelles sur les biens et les personnes, le Pays s’est exécuté au début des années 2000 avec la création de ce PPRN. Une fois encore, le bon vieux copier-coller métropolitain s’est révélé bien pratique et, une fois encore, on n’a pas cru bon de tenir compte de quelques spécificités. Ceci explique certainement pourquoi depuis cette création, seules Punaauia en 2010 et Rurutu en 2018 l’ont adopté dans leur plan général d’aménagement. Un constat d’échec relayé par nos confrères de Tahiti Infos (édition du 30 août 2018): "Depuis plus de dix ans, le Pays tente de faire appliquer ces projets de PPR sur l’ensemble du Territoire, mais se heurte à des difficultés face à leur acceptabilité", indique le gouvernement dans l’avis d’appel public qu’il vient de faire paraître au Journal officiel. "Il apparaît aujourd’hui indispensable de faire évoluer la prise en compte des risques naturels en tenant compte notamment des dynamiques et contraintes d’aménagement du Territoire."...

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt