Tahiti-Pacifique magazine, n° 63, juillet 1996

 Editorial

Chères lectrices,

Chers lecteurs

 

L'Après-CEP est-il vraiment arrivé à Tahiti? Si l'on écoute les discours et les nombreuses conférences, on pourrait le penser. Mais lorsqu'on analyse les actes et faits de tout un chacun, on peut se permettre d'en douter.

Car qu'est l'Après-CEP ? Rien d'autre qu'un retour de la Polynésie française dans une réalité économique. C'est briser le cocon protecteur -les vastes transferts d'argent de Métropole et les barrières douanières- afin de devenir compétitif dans le marché mondial, seul moyen de créer des emplois pour les milliers de jeunes qui terminent chaque année leur scolarité.

 

Tahiti va donc devenir un des participants à la compétition mondiale et pour bien concourir, il faut être léger et svelte, c'est-à-dire avoir le moins de "poids sur le dos", Quel sont ces poids? Les impôts, charges sociales et frais que les autres n'ont pas ou ont en moindre quantité. Or nous sommes défavorisés par notre isolement au milieu du Pacifique et les frais de transport que cela implique. Ça c''est incontournable.

Mais ce qui l'est moins, c'est que le Territoire ajoute ces frais de transports à la facture pour calculer les droits d'entrée (43% en moyenne) qu'il encaisse. Comment a-t-on pu laisser le gouvernement taxer notre isolement ? C'est aberrant et tout aussi immoral que ce serait de taxer la chaise à roulette incontournable pour un invalide, voire de taxer l'air qu'on respire. Pourtant personne ne parle d'abolir cette hérésie, frein à tout développement.

 

Une seconde condition incontournable d'une réussite de l'Après-CEP est un retour à l'égalité de tous, donc l'abolition des privilèges si criants que 30 années de rente nucléaire ont créées. Là, jusqu'à présent, rien, mais absolument rien n'a été annoncé, ni réalisé. Les distributions de postes au gouvernement et à l'assemblée après les dernières élections montrent clairement que rien n'a changé, bien au contraire.

Car si les dépenses gouvernementales restent somptueuses, elles seront dorénavant de plus en plus financées localement, c'est à dire par un prélèvement sur le travail du secteur privé de l'économie, donc de celui-là même à qui on demande de devenir compétitif. Le "retour à la réalité" de l'Après-CEP est pourtant de se rendre compte de la limite de nos ressources -lesquelles ne diffèrent pas beaucoup de celles d'un Vanuatu ou des Samoa.

Oui, face à la pénurie de matières premières du territoire, nos leaders essaient de mettre en place une économie de services pour tenter de maintenir le standard de vie auquel on nous a habitué. Mais pour qu'il réussisse, tout le monde doit être impliqué et en profiter, ce qui implique la fin (souhaitée) des privilèges. Le système actuel de la société à deux vitesses de Tahiti doit donc cesser au plus vite. Notre avenir en dépend.

Après les beaux discours, on attend maintenant impatiemment les actes. Pour quand ?

 

Mais surtout ne manquez pas de lire la nouvelle du mois (page 45). Comme nous sommes fiers de vous présenter cet auteur polynésienne inconnue jusqu'à présent à Tahiti (elle est la fille de Raoul Teissier, un des initiateurs du ralliement de Tahiti à la France Libre en 1941). Tous ceux qui connaissent et qui aiment Tahiti seront émus de lire sa plume de qualité et, rassurez-vous, nous vous offrirons d'autres nouvelles de cet écrivain exceptionnel.

 

En espérant que les OVNIs des îles Marquises ne vous auront pas capturés, nous vous souhaitons bonne lecture et vous remercions de votre fidélité.

 

Alex. W. du PREL

Directeur de la Publication