Tahiti-Pacifique magazine, n° 72, avril 1997
Tout le monde s'intéresse au Pacifique Sud !
Michel Jolivet est un ambassadeur heureux à Suva. Dans cette verte capitale tropicale, il est l'homme en charge des relations de la France avec les îles Fidji, les îles Marshall, Tuvalu, Nauru et le Kiribati. Hélas, au moment de notre visite, cet homme distingué était légèrement tourmenté par l'association écologiste Greenpeace, dont le quartier général pour le Pacifique se trouve à seulement 200 mètres de l'ambassade. En effet, le navire (britannique) Pacific Teal, chargé de 20 tonnes de plutonium japonais retraîté en France, traversait les eaux avoisinantes de Fidji et la puissante machine de communication des Verts avait réussi à faire imprimer aux quotidiens locaux des manchettes alarmantes, telles que « si le navire coule, les côtes des îles avoisinantes seront inhabitables pendant 25 000 années » et d'autres fantaisies du genre. (A Tahiti, depuis Francis Rougerie et son "ascenseur abyssal" pour ordures, nous savons tous que ce qui coule à plus de 500 mètres de profondeur ne remonte jamais à la surface. Aussi, après avoir été pendant 28 ans la préoccupation favorite et le fond de commerce principal de Greenpeace, nous ne les connaissons que trop pour ne plus nous émouvoir de ses déclarations parfois mensongères.)
Ainsi notre ambassadeur de France aux îles Fidji découvrait à son tour les "méthodes de communications Greenpeace" et se sentit obligé de donner des interviews à la télévision locale pour expliquer que « toutes les mesures de sécurité possibles avaient été prises » et « que la population n'avait pas à s'inquiéter ». Puis l'arrivée du cyclone (naturel) Gavin fit vite changer le sujet de préoccupation de la population vers un danger bien plus réel, et le lendemain même "Greenpeace Ltd Pty Fiji" (car c'est une SARL bien commerciale que les "écologistes" ont créée) attachait le toit de son magnifique bâtiment colonial pour se préparer aux assauts de l'ouragan.
« Le Pacifique est proche de la France »
M. l'ambassadeur nous a très aimablement reçu. Comme l'on venait d'apprendre que, lors de la dernière conférence des bailleurs de fonds, la France était la seule à s'être engagée à augmenter sa participation aux Etats insulaires du Pacifique Sud, nous lui avons demandé d'où venait cet intérêt soudain pour les micro Etats anglophones de la région. « L'intérêt n'est pas soudain, mais de longue date », nous répond-il, expliquant que la France aide, par exemple, les îles Marshall depuis leur accession à l'indépendance, que la France est un des financiers de la Commission du Pacifique Sud (CPS) depuis 50 ans, tout comme elle contribue au développement de tous les Etats indépendants de la région à travers différents programmes, tel le Forum et d'autres. Oui, le consulat de France à Honolulu vient d'être fermé, mais l'ambassade de Washington continue à se charger des relations avec les Etats îliens du Pacifique Nord.
« Bien que l'on ne puisse pas dire que l'aide de la France au Tuvalu soit une tradition », explique-t-il diplomatiquement « ce n'est pas parce qu'un Etat est petit [le Tuvalu a 9000 habitants] qu'il faut ne pas s'intéresser à lui.» C'est pourquoi Paris y finance présentement la construction d'une école.
En ce qui concerne la diplomatie régionale, « les choses se passent de façon tout à fait excellente » entre Papeete et Paris, grâce aussi à Dominique Raoult-Cassin, affecté par le quai d'Orsay auprès du gouvernement de Polynésie française pour « synchroniser » les efforts diplomatiques. L'action régionale de M. Flosse est fort appréciée, par le Président Chirac notamment, car « nous ne sommes pas si nombreux que cela à nous intéresser à cette région » et il fait en sorte que l'intérêt reste constant « Le Pacifique est très proche de la France grâce au Président Chirac » conclut M. Jolivet, « mais nous aurions besoin de plus de personnes qui aient la passion et l'énergie du président Flosse ».
A.d.P.