Tahiti-Pacifique magazine, n° 77, septembre 1997
Communication ratée
Monsieur,
Parus dans votre numéro d'août ("Bilan médiatique de la reprise des essais nucléaire"), les extraits de la thèse (que doit-elle être dans son intégralité !) de Mme Geneviève Sénéchal tentant d'expliquer les erreurs de communication commises dans l'ultime campagne d'essais nucléaires de 1995 et 1996 nous laissent dubitatifs quant à la leçon que le service de presse de la défense (SIRPA) est supposé en avoir tiré, tant les affirmations portent à critiques.
Pour se limiter à quelques non sens, relevons l'importance donnée à Greenpeace pour mieux minimiser les réactions importantes et spontanées des ONG locales et régionales ; les seuls interlocuteurs "communicablement corrects" cités par l'auteur sont du côté de l'Etat et du gouvernement pro-nucléaire du territoire. Ne sait-elle pas que la lutte antinucléaire en Polynésie date de l'époque Pouvanaa a Oopa (plus de 35 ans) et « qu'informer et peut-être convaincre la population du bien fondé de la décision présidentielle » aurait sans aucun doute été vain ? Tout simplement du fait que la quasi totalité des Polynésiens aiment davantage leur fenua que le Président de la République et son arrogant prestige -dut-il avoir recueilli 63% des voix ce qui ne signifie pas grand chose avec 50% d'abstention et que les raisons avancées n'auraient pas grand écho dans leur esprit essentiellement soucieux de l'agression ressentie par trente années de présence militaro-nucléaire si dévastatrice à tant d'égards ;
Langue de bois perpétuelle ou bandeau sur les yeux lorsque la spécialiste en communication transparente prétend que les îliens savaient combien la sécurité était draconienne ? La zone dangereuse interdite à partir de Moruroa Fangataufa décrétée par la Défense (120 miles marins) englobait pourtant les atolls de Tureia, Vanavana et Tematangi. Il ne nous semble pas que ni l'île ni les habitants n'aient fait l'objet de contrôles postérieurs aux essais. Tandis que le gouvernement de Londres s'emploie à enquêter sur les conséquences sur la santé des travailleurs des sites expérimentaux en Australie et de l'île Christmas, les forces armées françaises se contentent, jusqu'à présent, de soustraire à la curiosité légitime des intéressés les dossiers médicaux de leurs anciens employés de Moruroa et Fangataufa. Quant à l'Etat, il se contente de mettre des bâtons dans les roues des ONG et de l'Eglise évangélique unis dans une importante enquête épidémiologique sur l'état de santé de ces Polynésiens et de leurs familles.
Quand il s'agit du niveau de vie exceptionnel des Polynésiens « dont 60% des salariés polynésiens sont des fonctionnaires bénéficiant des mêmes avantages financiers que les métropolitains expatriés, soit un salaire multiplié par deux », nous ne devons pas avoir les mêmes sources d'informations. Les nôtres avouent 34% (23 000 actifs) pour la fonction publique en général et celle du territoire n'a pas de privilèges pécuniaires toutes ethnies confondues.
Quelques observateurs locaux ont été choqués de constater combien les journalistes français invités à Moruroa en juillet 1995 étaient, dans leur grande majorité, déjà acquis au lobby nucléaire, quelle que soit la tendance des médias qu'ils étaient sensés représenter. La campagne médiatique qui a suivi tenait davantage du lavage de cerveau exacerbant le nationalisme de la population contre les méchants boycotteurs étrangers que de la libre communication. D'ailleurs, pour ne citer que le Danemark, les statistiques de consommation de vins français qui avait chuté en 1995, s'était aggravée en 1996 (-13% du marché). La liste des exemples n'est pas exhaustive.
A part cela, c'était assurément -à en croire Mme Sénéchal- une belle et transparente campagne médiatique que celle des derniers essais nucléaires de 1995-96.
Marie-Thérèse DANIELSSON
Présidente de l'association 'àti 'àtia
Encore du courrier
En attendant de revenir sur ce petit bout de terre perdu au fond du Pacifique, bien le bonjour à vous tous polynésiens, et continuez de faire rêver le monde entier avec votre île paradisiaque, ne vous arrêtez pas car à notre époque les gens ont bien besoin de rêver. En attendant je me connecte et pars prendre des nouvelles sur INTERNET. Qui sait peut-être que je rencontrerai quelqu'un de TAHITI avec qui je dialoguerai ..
Thierry Laborde
thierry.laborde@hol.fr
Bravo la Polynésie
Pour une énorme majorité de choses la Polynésie a beaucoup à nous apprendre, à nous Européens. Vous ne le remarquez pas parce que cela semble naturel, mais ce l'est moins pour un "farani": votre esprit "famille", votre quiétude, votre tendance à "arranger les affaires", vos traditions conservées, cet accueil inégalable et inoubliable... n'est-ce pas essentiel ? D'un simple rectangle de tissus (pareu), vous faites des Ïuvres d'art qui nous font rêver..., et c'est un peu le même principe avec beaucoup d'autres choses... Combien Dior, Givenchy et les autres semblent ridicules vus de chez vous !
L'éloignement de vos îles est plus une richesse qu'un handicap : le naturel fleuri et simple l'emportera forcément sur l'artificiel fugace de la métropole... Les chiens sont souvent à l'image de leur maître. Dans la Polynésie des campagnes, on ne peut ignorer ces chiens (même bergers allemands) couchés mollement devant l'entrée libre du fare et dont le regard débonnaire suit votre déplacement ; pas un aboiement ni un geste agressif lorsque l'on passe sur le chemin. L'étranger n'est pas source d' inquiétude. Quelle différence avec nos chiens agressifs qui s'époumonent derrière les clôtures.
Profitez de vos particularités : l'essentiel est invisible..., on ne voit bien qu'avec le coeur, disait le Petit Prince... Pourquoi faire compliqué, quand vous avez une solution simple... c'est une leçon de modestie... Nous aurions dû venir plus tôt en Polynésie !
Mauruuru !
Guy MARIAGE
un Français vivant en Belgique.
mariage@pcpm.ucl.ac.be
Traitement de faveur ?
Tous les deux mois, le très officiel "GIE Tahiti Tourisme" envoie de part le monde 2000 copies de sa "Tahiti Newsletter", une excellente brochure d'information en langue anglaise. Or quelle ne fut la surprise des hôteliers de Tahiti de découvrir que cette brochure, jusqu'à présent très sobre et qu'ils financent par une taxe, affichait toute une page de promotion pour l'hôtel Royal Mataiva Bay. « On a tous souri » dit l'un, « avec un pincement au cÏur de jalousie, mais que faire » ajoute un autre. Oui que faire, puisque cet hôtel est, comme l'explique l'article, la propriété de Réginald Flosse, fils du président Flosse qui est aussi ministre territorial du Tourisme.
Après la pub pour la compagnie virtuelle "Air Tahiti Nui" sur le serveur Internet de Tahiti-Tourisme qui émut certains directeurs d'autres compagnies aériennes, c'est au tour des hôteliers de s'interroger s'il existe bien une séparation stricte entre les intérêts privés et ceux du territoire. Du côté de Tahiti-Tourisme, on nous explique que cette page a été publiée pour « contrecarrer une circulaire émise par l'hôtel qui avait été mal rédigée et qui pouvait faire croire que l'hôtel, l'ancien "Hyatt Regency Tahiti", était fermé pour cause de rénovation.»
A.d.P.