Tahiti-Pacifique magazine, n° 78, octobre 1997
Le Paul Gauguin en voie d'achèvement
Le paquebot de croisières de luxe livré fin aoûtarrivera en Polynésie en janvier 1998
Le Paul Gauguin paquebot de croisières battant pavillon français (enregistré à Mata Utu, Wallis) est en voie d'achèvement aux chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Il sera livré fin octobre à son armateur, la société Services et Transports du Havre.
Il sera alors le seul paquebot de croisière en Polynésie et devrait accueillir ses premiers passagers fortunés dès la fin janvier 1998. Auparavant il se fera l'ambassadeur de la Polynésie française en Europe et aux Etats-Unis où il sera présenté à la future clientèle.
La réalisation de ce navire capable d'accueillir dans des conditions de luxe dignes des plus gros paquebots 320 passagers, a été confiée aux Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire, qui ont construit là le premier paquebot de croisières battant pavillon national depuis 1966.
Le contrat entre l'armateur, la société "Services et Transports du Havre" et les Chantiers de l'Atlantique a été signé en octobre 1995 et la première tôle du Paul Gauguin a été usinée fin novembre de la même année lançant ainsi définitivement la construction de ce navire dont le coût avoisine les 850 millions FF (15, 5 milliards Fcfp).
En octobre 1996, les différents éléments pesant 180 tonnes étaient assemblés formant ainsi la coque du bateau qui fut mis à flots en avril l997.
La construction d'une telle unité représente 1,5 millions d'heures de travail rélisées par environ 1700 personnes.
Dans son bassin, le Paul Gauguin offre les 156 mètres de sa silhouette blanche immaculée à la vue des curieux et des touristes passent leurs vacances sur la côte Atlantique et traversent le pont de St Nazaire pour venir visiter les Chantiers de l'Atlantique.
A bord du Paul Gauguin l'ambiance est encore loin de celle qu'elle sera lorsque les passagers fouleront les épaisses moquettes dans un silence quasi monacal. Si a l'extérieur le navire est encore cerné par les échafaudages et les grues, c'est à bord que le spectacle vaut le détour. Dans un inextricable enchevêtrement de câbles, tuyaux, échafaudages occupant tous les ponts, toutes les salles, toutes les cabines et même la passerelle, on travaille comme dans une ruche. Le restaurant n'est encore qu'une immense salle encombrée de matériaux divers et qui sera effectivement dans quelques semaines l'un des lieux chics du bord.
320 passagers et 200 membres d'équipage
Une fois achevé, le Paul Gauguin accueillera à bord 320 passagers dans des conditions de luxe et de raffinement rarement égalés. Si la surface au sol par passager a été augmentée d'un tiers par rapport aux autres bateaux de croisières, le confort des clients passera aussi par les 160 cabines extrêmement luxueuses équipées de télévision, magnétoscope, téléphone, mini bar où le merisier massif du mobilier disputera la vedette au marbre blanc des salles de bain équipées chacune d'une baignoire.
Si toutes les cabines donnent sur l'extérieur, la moitié d'elles disposeront d'un balcon privé, mais le nec plus ultra sera de pouvoir se payer une croisière dans une des suites de 42 m2 ou de 31 m2 .
Les bars, restaurants et casino sauront aussi satisfaire les touristes les plus exigeants qui trouveront à bord fitness, salon de coiffure confié à Carita, boutiques de luxe, piscine, salle de spectacles, hôpital et même un "Fare Tahiti" avec son musée.
Côté gastronomie, rien ne sera oublié non plus puisque les deux restaurants auront une cuisine et un service d'exceptions sous la houlette d'un spécialiste, Jean-Pierre Vigato du restaurant parisien « Apicius », dont les ris de veau, la broche et la compote de truffes lui valurent deux étoiles au guide Michelin.
Autre particularité du Paul Gauguin, sa porte arrière faisant office de marina comme sur le « Windsong » et qui permettra un accès direct aux loisirs nautiques lorsque le bateau sera au mouillage dans une baie ou un lagon.
Comme on le voit, tout est prévu pour que les croisiéristes découvrent dans les meilleures conditions nos îles paradisiaques. Enfin, le service hôtelier sera assuré par Radisson Seven Seas Cruises, filiale du groupe Carlson, élue meilleure compagnie de croisières du monde en 1995, qui sera ainsi le partenaire américain de la Compagnie Maritime de Croisières. C'est cette dernière qui aura la mission de commercialiser en Europe les croisières du Paul Gauguin.
Enfin. côté équipage l'encadrement sera assuré par un « Etat Major français » le reste du personnel de bord est essentiellement originaire du Tiers Monde asiatique. On peut regretter que l'emploi local sera réduit à la portion congrue puisqu'il ne réserve de place qu'à deux polynésiens qui effectueraient à bord leur formation de marins et à 12 hôtesses tahitiennes actuellement en formation à Tahiti.
Historique des croisières
Avec l'arrivée à Tahiti du Paul Gauguin le tourisme de croisière de Tahiti connaîtra, espérons-le, un nouvel essor car ces dernières années les tentatives furent nombreuses et les déconvenues aussi.
Petit rappel des faits : le premier timide pionnier en 1982 fut le Majestic Explorer. Ce modeste bateau effectua ses rotations depuis Tahiti dans les îles de la Société pendant deux ans avant de connaître des problèmes qui lui firent renoncer à l'expérience. « Pas grave », s'est-on dit, puisque le gros paquebot américain Liberté poussa sa lourde silhouette dans les passes en 1985 et là, grand renfort de "pou", on annonça que si l'expérience du Majestic Explorer avait servi à mieux appréhender les contraintes du tourisme maritime, avec le Liberté le succès serait garanti. Le Liberté amena dans son sillage les avions de Continental pour déposer sur place les croisiéristes. L'affaire paraissait entendue et le tourisme polynésien connaîtrait enfin son essor. C'est tout juste si on ne claironnera pas que toute l'Amérique défilerait à son bord dans nos lagons.
Comme bien souvent dans nos îles lorsque quelque chose marche bien, problèmes et tracasseries de toutes sortes ne tardent pas à apparaître et un beau jour de janvier 1987, on s'aperçut que le Liberté avait nuitamment largué les amarres avec Continental dans son sillage, laissant la Polynésie tout à son amertume. En ce temps là il n'était pas question d'arrêter les essais nucléaires et la manne déversée par le CEP continuait de ne pas trop préoccuper les autorités locales sur le fait que le tourisme était l'unique ressource d'une Polynésie française en proie à des difficultés d'années en années plus importantes avec la croissance démographique, la montée du chômage et une fracture sociale de plus en plus vive. Juillet 1987 fut marqué par l'arrivée d'un superbe voilier de grand luxe tout blanc : le Windsong,. Américain lui aussi, tenta sa chance dans ce tourisme maritime particulièrement prisé des américains. Les croisières à bord du Windsong furent un vrai succès et cette fois c'était bel et bien parti !
Il est vrai que ce voilier avec ses quatre mâts et sa ligne superbe représentait un atout non négligeable pour l'image de la Polynésie. Hélas on ne vit jamais arriver le sister-ship promis. Le Windsong resta seul à assurer ses croisières dans les îles pendant huit ans avant qu'une autre voilure ne se découpe sur l'horizon, celle du Club Med II du Club Méditerranée, un rescapé des eaux de la Nouvelle-Calédonie où ce tourisme nouveau ne trouvait que peu de preneurs. A cause d'une stratégie de marqueting défaillante, il ne fut jamais vraiment un succès financier et la reprise des essais nucléaires n'arrangea pas ses affaires. Il faut quand même mentionner ici qu'étrangement la reprise des essais nucléaires sur l'atoll du grand secret n'affecta pas le Windsong &emdash;sauf bien sûr la semaine où l'aéroport était fermé&emdash; car, selon la direction aux USA, une seule et unique réservation fut annulée à cause des "événements" de Tahiti en septembre 1995.
Dans des bureaux parisiens on se mit à discuter de la construction d'un paquebot de croisières qui serait destiné exclusivement à Tahiti et qui batterait pavillion français (de Wallis et Futuna, absence de syndicats oblige). L'idée du Paul Gauguin était lancée. Il ne restait qu'à profiter des largesses de la Loi Pons pour, grâce au système des quirats (parts d'un navire achetées par des particuliers ou des sociétés et bien entendu non imposables) effectuer un tour de table, réunir les premiers fonds mais surtout commander un bateau et démarrer sa construction.
Nana Windsong !
Nana Club Med II !
Arrêt des essais nucléaires oblige, la seule ressource exploitable à grande échelle et à long terme reste le tourisme, l'intérêt des croisières dans nos lagons et succès du Windsong étant, il ne restait qu'à préparer la place au Paul Gauguin.
Les responsables de la compagnie gérant le Windsong annoncèrent que bientôt il ira faire découvrir d'autres horizons à leur clientèle. Il est vrai que le gouvernement n'avait pas vraiment fait "d'effort" pour le retenir, bien au contraire, et dans quelques mois Tahiti aura bel et bien perdu les Windsong et Club Med II qui auront mis le cap à l'est, vers les Caraïbes...
Le «Paul Gauguin» viendra donc tout naturellement combler ce vide dès janvier prochain avec la montée à bord des premiers touristes sur ce navire unique en son genre pour plusieurs raisons : il ne sera construit qu'en un seul exemplaire ; il offre une surface au sol par passagers augmentée d'un tiers par rapport aux autres paquebots de croisières et sera plus luxueux que les autres navires de croisières. En bref, il sera plus petit mais mieux que les autres gros.
Reste maintenant à faire de ce fleuron de la croisière un fer de lance du tourisme pour Tahiti et ses îles. Or les tarifs très élevés de 544 000 Fcfp à 250 000 Fcfp la semaine (voir encadré) ne seront à la portée que d'une élite fortunée qui, espérons le, ne vivra pas en autarcie à bord, Certes, le Paul Gauguin sera un atout pour le développement du tourisme de croisière en Polynésiefrançaise, surtout que de lourds travaux de quais et de balisages sont en train d'être effectués pour lui, mais la route du succès que nous lui souhaitons est loin d'être toute balisée Espérons qu'avec tout ce luxe, on n'a pas ciblé trop haut.
de notre envoyé spécial
à Saint Nazaire
Denis HERRMANN
Les tarifs d'une semaine à bord du Paul Gauguin
Les tarifs d'une semaine à bord du Paul Gauguin varient suivant la catégorie de cabine choisie.
Ils s'entendent sur la base d'occupation double :
-Grandes suites (30m2, balcon) 543 582 Fcfp (29 900FF)
-Suites de Luxe (28m2 véranda) 498 132 Fcfp (27 400 FF) -Suites vérandas (23m2 véranda) 412 686 Fcfp (22 700 FF)
-Suites juniors (20m2 balcon ) 343 602 Fcfp (18 900 FF)
-Cabines extérieures (18m2) 299 970 fcfp (15 400 FF)
-Cabines extérieures (18m2 ) 279 972 fcfp (15 400 FF)
-Cabines extérieures (18m2) 250 884 fcfp (13 800 FF).
Les tarifs comprennent :
La semaine à bord, taxes portuaires incluses, tous les repas et animations prévues à bord, le vin présélectionné pour le dîner, les boissons non alcoolisées et les eaux minérales, le cocktail de bienvenue du commandant, les sports nautiques disponibles à la marina (hors plongée sous-marine), les gratifications au personnel hôtelier, l'assurance "assistance rapatriement",
La formule "Bienvenue à Tahiti " de l'accueil comprend l'accueil à l'aéroport le transfert vers un hôtel de 1ère catégorie dans la matinée de l'arrivée avec mise à disposition d'une chambre, le brunch le transfert hôtel-"Paul Gauguin" en début d'après midi et le transfert retour "Paul Gauguin" aéroport à l'issue de la croisière.
Cette formule accueil "Bienvenue à Tahiti " est en option. Les passagers ne désirant pas cette facilité se verront leur facture diminuer de 10 000 fcfp (550 FF)
Ces tarifs ne comprennent pas:
Les transports aériens, l'assurance facultative complémentaire bagages et frais d'annulation, les consommations alcoolisées à bord, les excursions facultatives disponibles exclusivement à bord, les extensions de séjour, les dépenses personnelles.