Tahiti-Pacifique magazine, n° 80, décembre 1997

 Terribles CyclonesÉ

 

Début novembre, le cyclone "Martin" dévasta la Polynésie orientale, plus par ses immenses vagues que par la violence de ses vents. Trois atolls ont été totalement submergés, balayés par les vagues monstrueuses : Manihiki aux îles Cook du Nord, Mopelia (Mopihaa) et Bellinghausen aux Îles-sous-le Vent. Manihiki, atoll qui représente l'essentiel de l'industrie de la perle noire des îles Cook et où vivaient 700 personnes sur 140 hectares de terres émergées, fut touché en premier. Les vagues sont arrivées sans préavis et ont rasé le village, emportant la population. On recensa 30 disparus dont un homme et un enfant qui avaient essayé de s'attacher à des fûts vides pour survivre. 11 autres personnes furent blessées par des chutes d'arbres et les vagues.

Le lendemain, ce fut au tour de l'atoll de Mopelia, à l'ouest de Bora Bora, où les quelques 30 habitants réussirent à se réfugier sur le réservoir d'eau douche pour ainsi survivre, alors que deux yachtsmen allemands naviguaient entre les cocotiers (photo ci-dessous). Mais un terrible drame se jouait alors sur un autre atoll, Bellinghausen, où vivaient 10 personnes. Seule une femme, Alice Haano, survécut aux vagues , les deux autres adultes et les sept enfants, dont un bébé, furent emportés à jamais par les vagues du vaste océan. Un Gardian de l'Armée de l'air la repéra le lendemain et le président Flosse partit personnellement, avec photographe et caméra de télévision, sur un navire de la Marine nationale la chercher.

A son retour à Tahiti avec Alice Haano, effondrée et épuisée, le président Flosse a raconté le drame qui s'était joué sur l'atoll de Bellinghausen, un récit qui semble extrait du livre et film L'ouragan de James Nordhoff, basé sur le grand cyclone de 1906 aux Tuamotu. C'est Président qui parle au micro de Radio 1 :

« Il y avait deux familles sur Motu One. La famille Haano, composée des parents et de six enfants dont l'aînée, handicapée, était âgée de 20 ans et le plus jeune de trois ans. L'autre couple était composé d'Alice âgée de 33 ans et de Jean-Pierre Haano, 43 ans. Ils travaillaient ensemble, tous les jours, pour produire du coprah. Le jour du cyclone, le dimanche soir vers 23h, il y eut une première vague, suivie de peu par une seconde. La maison s'est affaissée alors qu'ils étaient tous en train de s'abriter à l'intérieur. Ils sont sortis de la maison pour chercher un coin où ils pourraient s'abriter et se sont tous regroupés en un même endroit en s'appelant les uns les autres. Après un moment d'accalmie une énorme vague est venue tout balayer. Alice qui avait eu l'intelligence de prendre deux pare'u avec elle, s'est attachée au tronc d'un cocotier. C'est d'ailleurs ce qui l'a sauvée. Elle a voulu attacher son mari qui était couché par terre avec les jambes brisées et tenant dans ses bras le bébé des Haano. Alice a retenu son mari par les cheveux pour éviter qu'il ne soit emporté par les vagues É Puis il y a eu cette vague, plus grosse que les autres et le bébé que tenait Jean-Pierre dans ses bras a été emporté.»

Les vagues se calmèrent avec le lever du jour. Alice se détacha du cocotier et réussit à retrouver son mari, agonisant avec les jambes cassées, mais malgré ses recherches, elle ne put, tout comme les marins arrivés trois jours plus tard, retrouver la moindre trace de ses sept enfants et des autres adultes. Son mari mourut le lendemain. L'océan avait détruit les deux maisons, les hangars à coprah, comme s'il avait voulu effacer toute trace d'occupation humaine.

Second cyclone

Trois semaines plus tard, à peine remis de cette tragédie, les îles-sous-le-Vent virent fondre sur eux un second cyclone, nommé Osea celui-là. Malheureusement, son parcours se trouvait plus à l'Est, ce qui fit passer l'Ïil du cyclone sur l'île de Maupiti, et donc à moins de 60 kilomètres des îles de Bora Bora et de Raiatea.

Bien que l'on eut aucune victime humaine à déplorer (certainement parce que le cyclone passa aux heures de jour), les dégâts furent dramatiques. Maupiti, qui vit de l'agriculture et du tourisme, vit ses plantations de pastèques et de cocotiers sur les motu inondés par l'eau de mer, alors que toutes les pensions de familles si prisées par les touristes, ont été détruites sur l'île principale comme sur les motu. 90% des maisons de Maupiti, ont soit été détruites, soit ont perdu leur toit. Ainsi, pendant un an au moins, le temps que les sols soient lavés par la pluie et que l'on reconstruise, la population n'aura aucun revenu. A Bora Bora, comme dans le sud de Raiatea, des centaines de maisons ont aussi été détruites, mais les hôtels ont heureusement survécu avec peu de dommages.

Le gouvernement territorial et les forces armées de l'Etat sont intervenus de suite et efficacement, et il faut les en féliciter.

Or nous ne sommes qu'au début de la saison des cyclones qui dure jusqu'en mai, parfois juinÉ

A.d.P.

Et pourquoi pas ?

Le cyclone Martin a dévoilé le danger de se trouver sur un atoll lors d'un cyclone, ce qui confirme la justesse des mairies anti-cycloniques inventées par Haroun Tazieff. Et les petits atolls qui n'ont qu'une dizaine d'habitants ? Pourquoi n'y pas installer une des 20 plateformes de Moruroa, hautes de 5 mètres, lesquelles ont été ou vont être démontées, puis jetées ?

 

Saga des ordures ménagères : suite

Comme nous l'écrivions le mois dernier, la Présidence de Tahiti a pris en main le problème des ordures ménagères de l'île. Alors qu'on ne peut que féliciter ceux qui mettent enfin de "l'action" pour résoudre cet épineux problème qui est la honte de Tahiti, on peut aussi y percevoir le nouvelle méthode au "diktat" de Président. Le choix du site pour le Centre d'enfouissement technique (CET) et le début des travaux ont été décrétés sans consultation ni enquête commodo-incommodo préalable, sur un marécage dont l'acte de vente n'a pas été signé et qui était pourtant classé "réserve naturelle". Tout cela est géré par une société d'économie mixte, la SEP, dans laquelle on trouve les usuelles multinationales et même des sociétés qui ont déjà prouvé leur incompétence dans le fiasco Tamaraa Nui, et dont les statuts permettent d'éviter les appels d'offre. Comme jadis pour Tamaraa Nui, le laboratoire de contrôle est une filiale d'un des actionnaires, ce qui ne fait pas très sérieux. Les immenses travaux de terrassements en cours ne prennent nullement en compte l'étude de l'Orstom de 1980 sur le régime hydraulique de la baie de Phaeton qui explique que tout terrassement mettrait en danger la balance écologique de cette baie, de quoi mobiliser les associations pour la protection de la nature au point de rendre houleuse une "réunion d'information" où la courageuse directrice de la SEP, Simone Grand tentait de défendre ce projet aux textes contradictoires, certainement une des raisons de sa démission le lendemain. Encore plus édifiant sont les délibérations rapides et sur mesure prises par l'assemblée territoriale pour permettre au projet de contourner les lois en vigueur : "autorisations temporaires", "centre d'enfouissement d'ordures ménagères", etc. Tout ce système va mettre le coût des ordures de Tahiti à 20 000Fcfp la tonne (record mondial ?) et pour financer tout ça, une nouvelle taxe de 1% sur les importations (soit 800 millions Fcfp par an) va être votée.

A.d.P.

 

La petite phrase du moisprononcée par Gaston Flosse à Nuku Hiva :

« La France n'acceptera jamais la séparation des Marquises du territoire. Et même si par malheur nous devenions un jour indépendant, il n'y aura jamais de deuxième Mayotte en Polynésie.»

 

Visite de leaders kanak à Tahiti

Le lundi 11 novembre, le président Flosse a reçu M. Nindoish Naisseline, président de la Province Nord de Nouvelle-Calédonie et leader indépendantiste, en visite officielle en Polynésie française. Ils parlèrent beaucoup de développement et de statut. On retiendra de cette visite le communiqué de la Présidence de Tahiti qui explique que « la Polynésie dispose de tous les atouts pour réussir son développement (É) mais que la prochaine étape implique une modification de la constitution, notamment pour la reconnaissance de la valeur législative aux délibérations portant sur des domaines de compétence territoriale ».

 

Nouveau haut-commissaire

Le 5 novembre, le nouveau haut-commissaire de la République en Polynésie française est arrivé à Papeete. Il s'agit de M. Jean Aribaud, 54 ans, préfet et énarque. Ayant fait ses études en Australie et en France, il est diplômé de l'lnstitut des Etudes politiques de Paris et a été, entre autres, notamment chef de cabinet (1977) de Paul Dijoud (secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports) puis conseiller technique au cabinet de Paul Dijoud à Medetom (1978-80), ensuite sous-directeur aux Affaires sociales et culturelles à Medetom et enfin conseiller de gouvernement pour l'lntérieur de la Principauté de Monaco.

La rumeur coquine de Tahiti avance qu'il aurait été choisi pour son expérience monégasque, c'est-à-dire son aptitude à traiter avec les "princes".

 

Etrange PolémiqueÉ

Après que le journal télévisé et un quotidien montrèrent des impressives images du ferry Tamarii Moorea IV entrer et sortir de la passe par gros temps, certains parlèrent de « poursuites judiciaires » et de « sanctions » pour son capitaine. Quelle erreur ! En effet, nous étions à bord de ce bateau et en tant qu'ancien marin au long cours, ne pouvons que féliciter le capitaine Le Prado pour son professionnalisme. Car en réalité il ne s'agissait là que de franchir une barre (vagues du nord, courant sortant) comme on fait partout dans d'innombrables ports du monde. Il est évident que les téléobjectifs "écrasaient" l'image, rendant la chose impressive au point de faire mouiller leurs petites culottes à de personnes plus habituées à la voiture climatisée ou au Métro parisien. Plus étrange est le fait qu'on ne montra pas les images du Taporo VI, à destination de Bora Bora, qui franchit la même barre cinq minutes plus tard, tanguant encore plus, comme si seul les Le Prado seraient des "irresponsables". Il faut relever qu'à peu près les mêmes images avaient été montrées lors du cyclone Wasa en décembre 1991, et qu'àlors tout le monde avait applaudi : « Ah, Le Prado, un vrai pro, un champion ! » Une telle évolution des mentalités à Tahiti semble inquiétante. Le Polynésien, descendant de hardis navigateurs, se transformerait-il en un être urbain et craintif qui voudrait vivre dans un monde vidé de tout risque et d'initiative personnelle, en déléguant à des fonctionnaires bureaucrates la prise de toutes les décisions. Si tel est le cas, on est très "mal barré" pour l'aventure de l'Après-CEP

A.d.P.