Tahiti-Pacifique magazine, n° 86, juin 1998
TIKOPIA l'île de la pirogue polynésienne égarée
par Alex W. du PREL
Photos de Mike HOSKEN,
association "Salomon-Nlle-Calédonie"
Voici un dossier qui devrait éclairer les jeunes et moins jeunes de Tahiti sur leurs frères polynésiens dans le Pacifique, un sujet dont la plupart sont complètement ignorants à cause d'un système éducatif colonial qui continue à leur enseigner tout sur Charlemagne et pratiquement rien sur leur fabuleuse histoire, tout en leur faisant croire que "la Polynésie" se limite à la seule Polynésie française. En effet, très rares sont les professeurs à Tahiti qui savent où situer l'île de Rotuma et même qu'une île telle Tikopia existe. Pourtant Christophe Colomb n'était qu'un pauvre "Charlot" si on compare ses voyages à ceux que faisaient les navigateurs polynésiens sur leurs légères et élégantes pirogues. Lisez !
Avant que les grands navigateurs européens ne « découvrent » les îles du centre et de l'Est du Pacifique, celles-ci étaient déjà peuplées depuis des lustres par les Polynésiens qui, eux, avaient fait 2000 ans plus tôt le voyage depuis l'Asie du Sud-Est jusqu'à Rapa Nui, l'île de Pâques des Européens, un périple en pirogue sur plus de 20 000 kilomètres.
Comme les articles d'Etienne Teparii que nous avions publiés l'ont expliqué, avant l'arrivée des Européens de nombreux voyages aller-retour en pirogues avaient maintenu les contacts entre ces îles de la vaste Polynésie, de Hawaii aux Marquises, de Rapa Nui à la Nouvelle Zélande en passant par Tahiti, Tonga et les Samoa. D'autres voyages, effectués par des tribus chassées de leurs îles pour avoir perdu des guerres ou pour des raisons de famines ou de surpopulation, ont assuré que même sur les îlots les plus isolés et inhabités on trouve des traces de passages de ces hardis navigateurs polynésiens et, à une moindre échelle, fidjiens.
2000 ans de naufrages
Sur une période de 2000 ans, avec un tel trafic de pirogues de découvertes, d'exil ou de liaisons inter-îles dans le Pacifique Sud, il est évident que des milliers de navigateurs du Pacifique central et Est ont dû perdre leur chemin, cassé des mâts pour ensuite dériver, être poussés par les vents dominants, l'alizé, et le courant équatorial Sud vers l'Ouest, c'est-à-dire vers la Mélanésie. Arrivés dans ce cul de sac, il leur fallait trouver une côte déserte, car affaiblis par leur long voyage-naufrage ces équipages n'avaient alors pas la force de se battre contre des tribus mélanésiennes résidant sur les grandes îles et généralement hostiles. C'est la raison pour laquelle ils s'établirent essentiellement sur des petites îles hautes isolées, donc inhabitées ou sur des atolls, considérés inhabitables par les Mélanésiens.
Aujourd'hui seuls les descendants de Polynésiens, ethniquement différents, sont encore détectables. Alors que le dur sort de naufragé dut être le même pour les équipages d'éventuelles pirogues fidjiennes égarées, ceux-ci étant de la même ethnie mélanésienne ils se seraient confondus avec les populations autochtones et ne sont donc plus détectables.
Bien sûr, d'autres pirogues transportant des Polynésiens ont été acceptées au lieu d'être tués ou mangés par les Mélanésiens et des métissages ont donc eu lieu fréquemment, comme le prouvent les populations des îles du groupe Lau sur le versant oriental des Fidji, les habitants de l'archipel de Trobiand en Nouvelle-Guinée et d'autres îles orientales de la Mélanésie, connus pour leur teint plus clair et des structures sociales assez proches de celles des îles polynésiennes.
"Avant-postes" polynésiens
Or les "avant-postes" polynésiens en Mélanésie sont d'un grand intérêt scientifique car ils ont su préserver des siècles durant, certains peut-être pendant plus de 1000 ans, leur identité culturelle dans des espaces aux communautés mélanésiennes prédominantes.
En Mélanésie, les postes avancés polynésiens sont nombreux : Tikopia, Anuta, Rennel, Bellona, Stewart, l'archipel de Ontong Java et celui des Duffs sont les îles les plus notoires. Ces communautés, généralement petites et isolées, sont éparpillées parmi les grandes îles occupées par les Mélanésiens. La plupart se trouvent sur le versant Est et Nord de la chaîne de l'archipel des Salomon, mais Rennel et Bellona sont de l'autre côté de cette chaîne d'îles, à l'intérieur de la Mer des Salomon. Leur éparpillement confirme la théorie des pirogues polynésiennes égarées qui ont trouvé des refuges sur des îles jadis inhabitées.
Certains chercheurs avaient avancé la théorie que ces îles polynésiennes auraient été peuplées lors des grandes migrations des proto-polynésiens d'Ouest en Est, voici plus de 2000 ans. Mais les recherches ethnologiques, linguistiques et dernièrement sur l'ADN, démentent cette théorie car le parler, les coutumes et la typologie de ces tribus indiquent sans équivoque qu'elles proviennent des archipels plus à l'Est, c'est-à-dire des Tonga, des Samoa, peut-être même des Marquises, mais certainement aussi de l'île de Rotuma, au nord de Fidji, une autre île qui est un avant-poste polynésien dans l'espace mélanésien.
Dès le XIIIe siècle, ces grandes pirogues, qui faisaient jusqu'à 30 mètres de long et pouvaient accueillir une centaine de personnes accompagnées d'animaux et de plantes, permirent aux navigateurs océaniens de véritables colonisations. Si l'on en croit la carte des relations inter-insulaires dessinée par Lemaître et reproduite par François Doumenge dans l'Homme dans le Pacifique Sud, ce fut par hasard que les Tongiens touchèrent ces îles en Mélanésie.
Tikopia
Intéressons-nous donc à l'un de ces avant-postes polynésiens remarquables, l'île de Tikopia :
Tikopia fut signalée en 1606 à Quiros par le grand chef polynésien de Taumako, dans les îles Duff. C'est une île minuscule se trouve à 112 miles (205 kilomètres) au Sud-Est de Vanikoro par 10° Sud et 167° Est. D'une superficie d'à peine 15 km2, elle est essentiellement formée par un volcan posé en demi-cercle autour d'un lagon.
Devenue célèbre grâce à Peter Dillon en 1827, Tikopia a été étudiée à plusieurs reprises par l'ethnologue anglais Robert Firth (1928-1929, 1952 et 1960).
Bien que située géographiquement en Mélanésie, Tikopia présente, par l'apparence physique de ses habitants, son organisation sociale et sa religion traditionnelle un univers polynésien. Les ethnologue classent l'île en tant que avant-poste polynésien (Polynesian outpost) en Mélanésie. Culturellement et par sa langue, Tikopia devrait être classée parmi la Polynésie occidentale, c'est-à-dire avec Tonga, Wallis et les Samoa. La langue, le Tikopia-Anuta (Anuta est une toute petite île à 130 kilomètres de Tikopia où se trouve une autre communauté polynésienne) fait partie de la famille des langues austronésiennes.
La population a traditionnellement vécu de pêche, cueillette et d'horticulture. Il n'y a pas de chasse par manque de gibier. La source essentielle de protéines vient de la pêche, mais l'essentiel de la nourriture provient de fruits et tubercules (taro, patate douce), uru, bananes et tabac.
Grâce à sa situation éloignée et isolée, Tikopia eut peu de contacts avec d'autres cultures jusqu'à la moitié du 20ème siècle bien que les Tikopiens visitèrent occasionnellement d'autres îles en pirogue, notamment Vanikoro, mais ces voyages étaient limités par les grandes distances et les grands dangers que ceux-ci entraînent pour les navigateurs. Des rencontres très brèves eurent lieu au début du 19ème siècle, puis le pasteur W.-J. Durrad fut le premier Européen à résider sur l'île deux mois durant en 1910. Pourtant lorsqu'en 1927 l'ethnologue Robert Firth mena son enquête sur place pendant un an, la civilisation polynésienne de Tikopia était encore pratiquement intacte, ce qui a fait des travaux de Firth une vraie référence sur les structures sociales polynésiennes.
Il y a 21 villages tout autour de l'île. Le village est un noyau important du système communautaire des Tikopiens. Les relations entre les villages du même district sont coopératifs et amicaux, mais par contre les relations avec des villages éloignés sont tendues, voire hostiles. Les districts sont divisés en quatre groupes familiaux, des clans "patrilinéaires" et chaque village a son "clan" dominant politiquement et rituellement, mais les membres d'autres clans vivent, en minorité dans ces villages.
Intégrés dans ce système de parenté et de groupes locaux, les Tikopiens ont développé un système hiérarchique très développé qui s'exprime sous une forme politique avec des chefs à sa tête. La patriarchie est coiffée par des chefs (maru), les hommes les plus âgés dont la descendance est en ligne directe d'autres chefs ancestraux. Ils ont d'importantes fonctions politiques, rituelles et économiques, mais plus importants sont les chefs de clan (ariki). La succession à ce poste est déterminée par la "primogéniture" et par la lignée directe du clan ancestral.
Les chefs de clans sont les leaders politiques et rituels ; ils sont théoriquement propriétaires des terres, dirigent la production et la distribution des vivres et contrôlent la vie sociale. Chaque chef est assisté de deux conseillers, un pour les rites, l'autre pour les affaires séculaires. Bien que les clans soient structurés par hiérarchie, les chefs, même le suprême, le sont à la façon polynésienne traditionnelle, c'est-à-dire « le premier parmi les égaux » au lieu d'être des chefs omnipotents.
La christianisation commencée au début du 20ème siècle ne s'acheva que dans les années 1950 ; ainsi les rites anciens ont bien évidemment perdu de leur valeur.
Depuis les années 60, une occidentalisation se fait de plus en plus sentir. Aujourd'hui, toute la population de Tikopia a un accès direct aux services de l'administration salomonaise dont deux représentants sont à demeure. On trouve aussi à Tikopia une école avec deux instituteurs et un magasin ravitaillé par un caboteur qui passe une fois par mois.
Surpopulation
A Tikopia le mariage est interdit entre parents du premier et second degré selon une stricte classification locale. La population est divisée en deux classes décrété par la naissance, les roturiers et les chefs. Le mariage interclasse et inter clan est commun et même encouragé pour éviter la consanguinité. La monogamie est la règle, mais quelques cas de bigamie peut exister car les lois coutumières de Tikopia n'ont pas de dispositions pour le divorce.
Le mariage tardif, l'infanticide et l'avortement sont parmi les méthodes traditionnelles utilisées pour contrôler la croissance démographique.
La religion aborigène était orientée autour les rites concernant les ancêtres et divers Dieux afin d'obtenir des effets tels qu'une météo favorable, de bonnes récoltes ou pêches et la guérison. Les médiateurs entre les Tikopiens et le supra naturel était les ariki qui étaient supposés avoir obtenu leurs pouvoirs (manu) des Dieux. L'ariki officiait en tant que prêtre lors des rites assisté par de vieux sages (matapure ou pure matua).
Le chercheur anglais Firth insiste sur la curiosité des Tikopiens, pour l'ailleurs. A la fin des années vingt, il a recueilli la tradition orale de près de cent voyages effectués sur quatre générations. Pour les Tikopiens, plus de la moitié de ces hommes ses sont perdus en mer, d'autres sont morts atteints de maladies sur des terres lointaines, au « pays des hommes blancs ».
Si les Tikopiens sont à n'en douter curieux vis-à-vis du reste du monde, il faut tout de même qu'un élément de poids exerce sur eux une pression suffisante pour qu'ils s'embarquent aussi souvent pour des voyages si aléatoires, presque suicidaires. Le prétexte de la curiosité, avancé par Firth pour expliquer les départs des pirogues, paraît un peu faible ; il semble que la surpopulation de l'île soit un des moteurs, comme il le fut dans tant d'autres petites îles de la vaste Polynésie.
Le problème de la surpopulation est permanent à Tikopia. Alors que les îles peuplées de Mélanésiens voyaient leurs populations jadis stagner, une plus sévère discipline sanitaire (préparation des aliments, propreté du corps) et les strictes lois contre l'inceste des communautés polynésiennes firent que celles-ci ont vu leur démographie s'accroître constamment, d'où un surpeuplement chronique des îles et atolls polynésiens en Mélanésie, tout comme dans toute la Polynésie d'ailleurs. Malgré les dispositions communautaires utilisées pour contrer la surnatalité, les départs de jeunes en pirogue vers d'autres îles hante les esprits, au point que dans les années 30 de notre siècle les anciens décidèrent de ne plus enseigner les secrets de la navigation traditionnelle aux jeunes.
Peuplement de Vanikoro
Aussi parler de Tikopia sans parler de Vanikoro, la grande île mélanésienne où l'explorateur français La Pérouse fit naufrage et disparut en 1788, est impossible tant le destin des deux îles et de leurs deux populations est étroitement lié.
Avant l'arrivée des Européens de l'expédition La Pérouse, Vanikoro semble avoir connu les arrivées régulières de grandes embarcations polynésiennes. A un siècle d'intervalle, Dillon et Firth entendirent le même récit selon lequel le grand chef Thamaca de Tikopia, très respecté à Vanikoro, avait effectué dix voyages vers la grande île.
En 1828, Dumont d'Urville constata que les Tikopiens connaissaient parfaitement les éléments de navigation pour aller à Vanikoro, distant de 200 kilomètres. Ils échangeaient alors avec celle-ci des vêtements traditionnels en fibre végétale et des tapa contre des ornements de coquillages, des carapaces de tortue, des arcs et des flèches. Vanikoro fut aussi pour Tikopia la source de l'amande canarium et d'une certaine variété de cocotier.
Il suffit de constater la quantité d'objets provenant des épaves des bateaux de La Pérouse recueillis à Tikopia par Dillon pour comprendre la réalité de la visite régulière et des échanges commerciaux des Tikopiens à Vanikoro. La population de Vanikoro augmente chaque année mais l'île demeure très sous-peuplée. Autre certitude : Tonga a joué un rôle important dans la préhistoire de Vanikoro. Les gens de Vanikoro réclamèrent en 1828 à Dillon des étoffes de Tongatapu, en exhibant des modèles de ce qu'ils souhaitaient. Des étoffes semblables à celles que l'on trouvait à Tonga.
En 1979, Benjamin Tua, Mélanésien de Vanikoro, écrivait un livret intitulé "Our Custom way" et rendait ainsi célèbres les « chants des Tonga » de son île, preuve de l'influence constante des pirogues polynésiennes. Ces chants ont une structure lexicale très similaire à celle des langues polynésiennes, bien qu'ils ne soient pas nettement identifiables comme de la même famille. Portés par écrit dans un langage inconnu, ces chants ne sont pas décryptés par les habitants de l'île. Ils véhiculent un mystère, celui d'une puissance étrangère venue du sud. Cette puissance est symbolisée par la magnificence des pirogues doubles tongiennes dont, suite aux écrits et croquis des navigateurs européens, la réputation n'est plus à faire.
A Vanikoro, les deux communautés se côtoient et s'ignorent, tentant, chacune de son côté, d'affirmer sa primauté sur cette terre vide. Les Mélanésiens se sont appropriés le marché du travail, peut-être car il n'est pas assez digne pour les Polynésiens. Ce ne sont que des gens de cette ethnie qui furent choisis par les autorités de l'île pour aider l'expédition La Pérouse de l'Association Salomon Nouvelle-Calédonie en 1990.
L'attrait des Tikopiens pour les grands espaces de Vanikoro n'a pas faibli. Le dernier recensement de 1986 dénombrait plus de 1300 habitants sur les 15 km2 de Tikopia (1278 en 1929, 1735 en 1953). Cette île est ce que l'on appelle un « espace plein ». A 200 kilomètres de là, l'île de Vanikoro avec ses 570 habitants pour 173 km2 est un espace vide, donc une solution au problème de surpeuplement, une attraction qui ne date pas d'hier.
En 1934, à bord du Southern Cross, le bateau des missionnaires, une délégation de Tikopiens proposa un projet de migration vers Vanikoro aux autorités gouvernementales. En 1939, une délibération de l'administration coloniale des îles Salomon suggérait même le Sud-Est de l'île comme terre d'accueil.
A l'heure du départ de l'expédition de l'association Salomon Nouvelle-Calédonie en 1991, chaque communauté donna une fête en l'honneur des étrangers, l'une à Païou (Tikopiens), l'autre à Buma (Mélanésiens). Comme si chaque ethnie voulait marquer son territoire.
Le problème du siècle prochain à Vanikoro sera certainement celui de la coexistence entre les Mélanésiens et les Polynésiens.
Alex W. du PREL
Sources :
Un grand, grand merci à J.ean Louis Boglio et surtout l'Association Salomon Nouvelle-Calédonie pour son superbe livre "A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ?", Nouméa, 1997.
Firth, Raymond William, "We, the Tikopia, a sociological study of kinship in primitive Polynesia". Londres, 1936 ; "Social change in Tikopia", Londres, 1959 ; "Rank and religion in Tikopia", Boston, 1970.
Sharp, Andrew, "Ancient voyagers in Polynesia", Londres, 1963.
Lewis, David, "We the navigators", Honolulu, 1972.
Les Tikopiens : « Nous avons tué La Pérouse ! »
Tandis que les Mélanésiens réclament les livres qui parlent d'eux comme premiers habitants de Vanikoro, les Tikopiens écrivent en quelques pages une histoire où ils revendiquent l'assassinat de La Pérouse et des siens :
Il s'agit de la traduction du premier écrit en anglais de la communauté tikopienne de Vanikoro sur le drame du naufrage de l'expédition La Pérouse .
« L'île (Vanikoro) est propriété des Tikopiens, (autrefois dirigée par) quatre chefs. Ces guerriers utilisaient des pirogues de guerre traditionnelles pour voyager jusqu'à Vanikoro. Il advint un jour qu'un homme fort, nommé Makatai, arriva et trouva quelques personnes (qui) vivaient sur l'île. Il les tua tous et vécut à Vanikoro en un lieu appelé Osiri, appelé aujourd'hui de façon erronée par les immigrants « Wasili ». Makataï résidait toujours sur l'île quand un navire fut jeté à la côte au port de Beu'u. Le navire est appelé Laborouse selon le nom de son commandant, (il) comprenait 200 membres d'équipage. Le navire Laborouse était couché sur un de ses côtés. Makataï se rendit à Beu'u pour aider l'équipage de Laborouse qui avait commencé à construire un radeau avec des arbres à proximitéÉ Makatai continua à aiderÉ puis après quelques jours, se décida à abandonner le navire et son équipage.
Un soir, tous les hommes à terres étaient profondément endormis. Il commença à tuerÉ (puis) se rendit à bord du navire pour tuer ceux (qui y étaient), invoqua ses démonsÉ le navire prit feu. Il tua alors tous ceux qui étaient à bordÉ puis rassembla des choses du bord, telles que cuillers, tasses, assiettes et bouteillesÉ Il pendit à son cou une étiquette nominative appartenant au commandant Laborouse et effectua son voyage de retour vers TikopiaÉ Ces articles sont toujours conservés dans une maison coutumière de Tikopia et y sont encore aujourd'hui.
Du temps s'est écoulé lorsqu'un autre Français arriva, son nom était Dillon, il découvrit l'étiquette au cou de MakataiÉ (qui l'informa que c'était lui) qui avait détruit le navire et tué l'équipage. Dillon demanda à Makataï de venir avec luiÉ Makataï avait peur de venir seul aussi demanda-t-il à un groupe d'hommes de l'accompagnerÉ Ils arrivèrent à Beu'u et Makatai montra l'épave à M. DillonÉ puis ils retournèrent à Vanikoro. »
(Traduction de J.-L. Boglio)
Note : Osiri est probablement le Ocili de Dumont d'Urville. Beu'u est notre Pérou ou Païou, Laborouse est La Pérouse. L'étiquette nominative pourrait être une plaque portant le nom, mais Dillon n'indique pas une telle découverte.