Tahiti-Pacifique magazine, n° 90, octobre 1998
Investisseur : « Au secours »
Cher Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre éditorial paru dans le numéro d'août 1998 de Tahiti Pacifique, concernant notamment la défectuosité de certaines routes pourtant très empruntées.
Notre société est propriétaire du Sofitel Heiva à Huahine et je tiens à vous signaler un autre cas de route dangereuse en très mauvais état : celle de Huahine qui mène du village de Maeva au Sofitel Heiva. La route d'accès à l'hôtel est une piste en soupe de corail comprenant de nombreux nids de poule peu visibles et dangereux, avec des risques liés au freinage sur ce revêtement. Cette route est dangereuse pour le personnel de l'hôtel, les fournisseurs ainsi que pour les clients et les visiteurs de l'hôtel. Son mauvais état a déjà été à l'origine de nombreux accidents. De plus, elle offre aux touristes, aux croisiéristes et aux tours operators une image peu flatteuse de la Polynésie française. Or, cette route est depuis l'ouverture de l'hôtel, il y a 9 ans, la plus fréquentée de l'île après celle de l'aéroport. Le goudronnage de la route d'accès de l'hôtel nous avait été promis pour l'ouverture de l'hôtel, et nous le considérions comme une condition nécessaire à notre investissement. Depuis l'ouverture, nous intervenons auprès des autorités locales et territoriales pour que cette route d'accès soit enfin goudronnée, et il y a un consensus sur la nécessité de ces travaux, dont nous attendons toujours la réalisation.
Je vous prie de croire, etc.
Jacques MALARD
Président directeur général
Société hôtelière Heiva, Paris
Neuf années de déception pour l'investisseur ! Il est vrai que l'île de Huahine a peut-être une tare : son maire n'est pas membre du "bon" parti. Ce qui n'a pourtant pas empêché les travaux publics de goudronner une superbe route jusqu'à PareaÉ où se trouve la résidence secondaire de Président, alors que le plus grand investisseur touristique de Huahine doit se contenter d'un chemin dont même le Bengladesh aurait honte. Etait-il plus urgent de couper toute une montagne et construire une superbe route à RaiateaÉ essentiellement dans la propriété de "proches du pouvoir" ? Ces chantiers ont été les seuls grands travaux routiers des Îles-sous-le-Vent ces dernières années. Hélas, telles semblent être les priorités actuelles. Les touristes, eux, ne votent pas et donc n'ont qu'à s'embourber, si ce n'est se tuer à cause de routes désastreuses, comme ce fut le triste cas du milliardaire italien Armando Campioni à Bora Bora le 21 août. Tant que ces priorités seront la norme, les discours sur un sérieux développement du tourisme ne seront pas crédibles.
A.d.P.
"Exquises Marquises"
Monsieur,
A propos de "Mave Mai, The Marquesas Islands" (TPM 9/98), à quand la traduction en français, écris-tu ? Et moi, je demande : pourquoi ce guide est-il paru en anglais ? On est en Polynésie française, oui ou non ? D'autant que deux des auteurs sont l'une Française, l'autre Suisse. [notre réponse : certainement parce qu'il en existe déjà plusieurs en français, mais aucun en anglais]. Ceci dit, je voudrais profiter de cette occasion pour dire et redire que la croisière aux Marquises avec l'Aranui est unique en cette ère de loisirs obligés, calibrés, encadrés ! Le temps est passé où de rares aventuriers s'y rendaient en goélette, Thor Heyerdal dans une main, Hermann Melville dans l'autre. En 8 ans et quatre croisières, j'ai vu les Marquisiens s'organiser pour accueillir 60 à 70 touristes qui débarquent dans une douzaine de vallées. Partout ou presque on trouve assez "d'oeuvres" originales sculptées pour satisfaire tous les goûts et toutes les bourses. Partout, nous avons été couronnés de fleurs et de végétaux. On nous offrait des umete plein de fruits et de la gentillesse à réconcilier le monde. Tous les hommes avec un 4X4 se mobilisent pour nous transporter de vallée en vallée, des familles entières préparent pendant deux jours des kai-kai savoureux où le poisson cru, le cochon, la chèvre et la langouste le disputent aux poe. Tous ceux qui savent danser, chanter et jouer du ukulélé l'ont fait pour nous. Je voudrais aussi dire que pour la première fois j'entendais parler 4 ou 5 langues sur ce cargo, avec même un sud-africain. Et surtout un grand merci à toute cette équipe, commandant, capitaine, marins, personnel, hôtesses qui font avancer cette énorme machine pour notre plus grand bonheur et celui des Marquisiens qui attendent "le" cargo. Certaines vallées n'avaient pas été visitées depuis trois mois. Je pense avec émotion à un petit tricycle rouge que les marins à tête et muscles tatoués de meneurs de razzia ont posé avec une délicatesse de chirurgien sur une grève accessible seulement en baleinière !
Valentine Fabre
Moorea
Femmes touristes seules : problèmesÉ
Monsieur,
Nous avons voyagé dans les îles pendant 2 semaines et avons visité 5 îles (Raiatea, Bora Bora, Huahine, Moorea et Tahiti ; dans cet ordre). J'ai trouvé Tahiti belle en ce qui concerne l'eau et les paysages luxuriants, mais, hélas il y a eu des à-côtés tout à fait désagréables à notre séjour dans ces îles.
Nous ne pouvions pas être plus satisfaites qu'à Raiatea. La famille qui tient le motel est super et le bungalow spacieux, propre et intime. La ville d'Uturoa était la seule laideur de l'île. Nous avons loué une voiture et découvert à quel point les paysages tahitiens peuvent être beaux. Raiatea est magnifique. Le sentiment désagréable que j'ai eu à Uturoa pendant les formalités pour nous rendre à Bora Bora fut le premier signe de problèmes à venir. Mon amie et moi avons toutes les deux 26 ans &endash; et bien que nous portions des pantalons et des vêtements amples pour aller en ville, je pense que notre âge et le fait que nous ne sommes pas laides nous a valu d'attirer une attention que nous ne souhaitions pas, au delà de ce qu'on peut s'attendre, devrait probablement être mentionné dans les guides comme conseils aux femmes seules qui voyagent à Tahiti. Tahiti semble changer rapidement et apparaît de plus en plus influencé par les cultures extérieures. Aujourd'hui pratiquement tous les habitants ont la télévision et les vidéo clubs sont très fréquents le long des routes, même sur les îles les plus petites. Une théorie avancée par un Français qui semble plausible est que les hommes ont tous vu des vidéos pornos qui garnissent les rayons de ces magasins et en ont tiré certaines conclusions sur les intentions des femmes blanches. Il est évident que lorsque une culture décharge ses ordures sur une autre, il y a toujours un prix à payer. Nous nous sommes donc senties sans arrêt menacées par les provocations des hommes.
A Bora Bora, nous avons acheté une excursion en pirogue autour de l'île (journée entière) et nous nous sommes retrouvées seules avec les guides l'après-midi. Ils nous avait emmenées sur un motu pour déjeuner et nous ne savions pas comment annuler l'excursion à ce moment-là. Les deux guides ont fait durer notre visite du motu si longtemps que nous avons toutes les deux attrapé des coups de soleil (malgré un écran de 45) et avons raté toutes les autres activités pour lesquelles nous avions payé. Il nous a fallu insister pour que ces hommes nous ramènent sur l'île principale. Nous n'avons pas paniqué sur le motu et nous en sommes sorties indemnes, mais je pense qu'il est essentiel que toutes les femmes qui voyagent seules à Tahiti s'assurent de la présence d'autres touristes, de couples et d'autres hommes avant d'aller se confier aux mains d'inconnus. Nous avons donc renoncé aux autres excursions, y compris aux safaris, par crainte des guides. Sur la base de notre expérience, je dirais que les randonnées à pied, l'auto-stop ou les promenades en bord de route ne doivent pas être prises à la légère par des femmes seules.
Le harcèlement a continué même dans les coins les plus ruraux des îles et il nous a fallu apprendre à devenir très froides, voire impolies, pour éviter que les hommes envahissent agressivement nos espaces vitaux. « Woman wandering alone ? Must be looking for sex » (Une femme qui voyage seule ? Elle est sûrement là pour chercher le sexe) est tout à fait l'attitude des hommes locaux. Ceci semble évident car on ne voit jamais les jeunes Tahitiennes sortir de la maison de leurs parents, tandis que les jeunes hommes sont partout. Quand nous avons quitté Bora Bora parce que nous avions l'impression que nous ne pouvions plus y être en sécurité, c'est avec soulagement.
A Huahine, Fare n'était pas aussi désagréable qu'Uturoa et après Bora Bora, l'île semblait tranquille. Nous ne sommes pas allées en excursion ni en randonnée et pourtant nous avons eu des problèmes avec les animateurs qui nous harcelaient chaque fois que nous allions voir un show. Nous avons pu faire des plongées formidables près de l'hôtel, jusqu'au moment où nous nous sommes rendues compte que nous nagions en plein dans les eaux d'égouts de l'hôtel rejetées par un tuyau entre les rochers devant sa plage. Nous en avons pris conscience après être tombées malades toutes les deux (vertiges, faiblesse, nausées et évanouissements). Des effluents d'égouts furent un problème continuel qui nous empêchait de profiter des magnifiques lagons tahitiens et cela nous a choquées de voir comment certains grands hôtels (et probablement aussi les habitants) menaçaient le plus grand trésor de leur île.
Moorea fut notre dernière aventure. Une pension de famille a finalement remboursé notre acompte après une nuit absolument terrifiante. Elle semble avoir un problème de sécurité et, bien qu'enchantée par le côté authentique de l'endroit, Mon amie et moi fument repérées par les hommes du coin &endash; dont plusieurs commencèrent à roder derrière notre bungalow ou à nous observer depuis les parties ombragées de la plage. A la tombée de la nuit, nous pouvions entendre ces gens directement à l'extérieur de notre bungalow ou qui passaient sous nos fenêtres. C'était terrifiant et nous avons dû nous relayer pour dormir, barricadées. Ce n'est pas avant 4h du matin que ces vauriens sont enfin partis. Les pauvres propriétaires de la pension ont un sacré problème &endash; ce n'est donc qu'un endroit pour hommes, pour les voyageurs en groupes ou pour les couples âgés qui veulent faire l'expérience de l'authenticité et qui voyagent sans objets de valeur. Je suis sûre que l'on nous avait ciblées pour quelque chose de plus que nous voler. La persistance des rôdeurs le prouve. Terrible nuit &endash;effrayantes îles. Un grand hôtel nous a donc accueillies. Nous avions un coffre mais nous étions encore poursuivies par les guides des excursions sur le motu qui essayaient de nous rabattre sur leurs bateaux (ce que nous appelons « l'arnaque du motu ») ainsi que par d'autres hommes. Les femmes qui voyagent seules feraient mieux de ne pas dire bonjour ou ne même pas sourire aux hommes qui les abordent &endash; l'impolitesse semble être la seule attitude pour ne pas donner la "mauvaise impression". Ceci est très décevant, surtout que la culture semble si charmante et les femmes sont parfois si gentilles et si belles &endash; mais ces hommes étaient des brutes. J'aurais bien d'autres choses à raconter. Les ouvriers qui nous espionnaient dans le bungalow, les locaux qui apprenaient à leurs enfants à uriner dans la piscine de l'hôtel. Comme vous voyez, toutes sortes de bonnes choses.
Le voyage fut instructif mais aventureux. Nous avons utilisé nos connaissances de la langue française et, hélas, celles de la survie et je suis contente d'avoir fait le voyage, il y a eu des moments de pur plaisir. Ne pensez pas que nous regardions tout cela sans un certain humour, nous avons bien profité de notre séjour, mais j'ai pensé que vous seriez intéressés de connaître notre impression sur votre pays, car ces dernières années, il semble avoir changé pour le pire.
Morina Harder
Los Angeles
N.d.l.r. : Nous avons publié cette lettre afin de mettre en exergue le gouffre qui sépare le monde, plutôt "cool" dans nos îles, de la société urbaine américaine où bien des femmes, terrorisées par les violentes séries télévisées, développent de véritables paranoïas en voyant dans chaque sourire, chaque petite "drague" une agression sexuelle. (Jamais une touriste n'a été violée par un guide.) Ceci explique d'ailleurs le nombre croissant d'hommes "gay" et la fortune des avocats de ce pays. Mais si nos îles veulent vivre du tourisme, il faudra bien un jour affronter le problème. Par contre, en ce qui concerne les problèmes d'environnement, ces dames ont, hélas, trop raisonÉ
A.d.P.