Tahiti-Pacifique magazine, n° 93, janvier 1999
Miss Tahiti élue Miss France
Un sacre controversé
Alex W. du Prel avec Denis Herrmann à Nancy et les photographes de la N.A.P
La surprise ne fut pas totale. L'élection de Mareva Galanter en tant que Miss Tahiti 1998 avait déjà soulevé une petite polémique. Arrivée à la dernière minute de France pour poser sa candidature à l'élection de la plus belle fille de Tahiti, il apparut vite qu'elle avait été choisie par des experts, notamment Dominique Petras &emdash; et d'autres plus discrets qui gravitent autour de la Présidence &emdash; afin de donner les plus grandes chances possibles à la Miss Tahiti de remporter le titre de Miss France. D'où le choix d'une jeune fille intelligente, éduquée, épanouie, à l'aise devant un public ou une caméra et qui a le "type" qui plaît présentement à Paris. Que Mareva ait grandi essentiellement en France fait qu'ellene parle pas le tahitien, qu'elle n'a même pas "l'accent du pays" et qu'elle ne connaît pas très bien nos îles (comme l'a démontré son passage à l'émission du "Millionnaire") n'a plus que peu d'importance dans un monde de brassage culturel où même Miss Paris était une Martiniquaise de souche. Plus d'un téléspectateur a dû être étonné par le "type" de Mareva, pas exactement celui que le monde associe avec nos îles polynésiennes et dont Miss Tahiti 1997, Hinano Teanatoga, était si représentative n'avait apparemment peu d'importance. Mais, bien qu'elle paraisse plus européenne que polynésienne, il ne faut surtout pas oublier que Mareva Galanter est, de par sa lignée matriarcale, une authentique descendante des Mai, famille princière de Raiatea, son arrière grand-mère Titi Blouin née Mai étant déjà à l'époque célèbre pour sa beauté et sa grande classe.
Or il est évident que pour sceller la réconciliation des comités Miss Tahiti et Miss France (après quatre échecs cuisants à Miss Monde), il fallait trouver une seconde Mareva Georges, Miss Tahiti 1990 devenue Miss France 1991, et remporter le titre.
Et le "coup" réussit grâce à une candidate choisie sur ces critères, grâce à un encadrement et une promotion très professionnels de Mareva Georges et de beaucoup d'autres, enfin surtout grâce au travail acharné de Mareva Galanter.
Bravo Mareva ! Bravo pour avoir placé Tahiti à l'avant-scène de la grâce féminine, Bravo pour cette réussite Ô combien difficile.
Polémiques et jalousies
Mais les projecteurs de la fête de l'élection de Miss France n'étaient pas encore complètement éteints au théâtre baroque de Nancy que déjà la polémique sur l'élection de Mareva Galanter au titre de Miss France éclatait. Luttes d'influences, pressions, favoritisme, les mots étaient lâchés et jetés en pâture aux médias qui empressèrent de donner à cette affaire un écho aussi retentissant que la dernière campagne d'essais nucléaires à Moruroa. Dès le lendemain, les quotidiens France Soir et Le Parisien donnaient la charge en évoquant la possibilité d'une "tricherie" qui aurait évincé Miss Paris et Miss Berry du titre suprême au profit de la charmante Polynésienne. La polémique s'amplifia les jours suivants puisque TF1 en parla de même que les quotidiens Libération et Ouest France, et même Le Monde puis Paris-Match s'y collèrent en consacrant d'excellents articles sur cet univers de Miss France !
Les responsables de l'élection, Madame de Fontenay en tête, montèrent au créneau pour dénoncer à leur tour les médias suspicieux, la "patronne" clamant haut et fort de dessous son inimitable chapeau que l'élection s'était déroulé avec toutes les garanties de sérieux puisque le concours était placé sous le contrôle d'un huissier de justice. Que Miss Paris et Miss Berry aient recueilli plus de suffrages téléphoniques que Mareva Galanter (28 530 et 24 347 contre 18 128) ne serait pas la preuve d'une tricherie. Simplement, en tenant compte du vote souverain du jury officiel présidé par le chanteur Sacha Distel, dont on connaît l'amour pour Tahiti (*). Mareva arrivait en tête, un point c'est tout ! Les téléspectateurs ayant téléphoné pour élire la candidate préférée (228 Fcfp - 12 FF la communication ayant abouti) avaient pourtant plébiscité une autre. Toutefois il paraît évident, en regardant les images de l'émission diffusée devant près de 14 millions de personnes, que les prises de vues bien souvent insistaient de manière presque suspecte sur Mareva. On vit aussi tout au long de la soirée Mareva Georges, Miss France 1991 aussi guide et chaperonne attentionnée de Mareva Galanter, assise aux côtés du président du jury, comme l'affirment plusieurs candidates sous le sceau de l'anonymat de peur de s'attirer les foudres, de Mme de Fontenay. L'une d'elles nous a confié : « Déjà en Martinique, Mareva Galanter a été photographiée en maillot deux pièces pour un reportage diffusé par "Télé 7 jours" (partenaire officiel de l'événement) alors que nous étions obligatoirement photographiées en maillot une pièce. Pendant la semaine de préparation à Nancy, un cameraman polynésien avec une chemise rose a suivi Mareva tous les jours. Elle était l'objet de toutes les attentions de Mareva George qui ne la quittait pas d'une semelle. Elle était déjà la vedette avant l'élection même ».
Jumelles
Lors de la soirée de l'élection, une spectatrice nous a confié avoir observé avec ses jumelles la table du jury : « J'étais assise de telle manière qu'avec mes jumelles je voyais la copie des jurés assis devant la scène. J'ai bien vu, lorsqu'il a fallu choisir parmi les cinq finalistes, que Mareva était d'office notée numéro un ». L'animateur vedette, Jean-Pierre Foucault, aurait aussi contribué aussi à éliminer quelques prétendantes, les unes n'ayant que quelques secondes pour répondre aux questions, alors que d'autres voyaient leur temps de parole allongé.
La lecture de la presse qui commenta les jours suivant cette élection controversée apporta elle aussi de l'eau au moulin de la suspicion. Miss Pays de l'Ain, par exemple, a vu ses chances immédiatement hypothéquées dans la mesure où elle n'a pas répondu « comme il faut » aux questionnaires du jury de présélection. Miss Quercy, la seule à concourir avec des cheveux courts, espérait que son aisance naturelle face aux caméras puisse influencer le résultat final. Or son passage fut météoritique, et les caméras évitaient soigneusement de la filmer par la suite dans des différents tableaux réunissant l'ensemble des candidates, affirme-t-elle.
La grande prêtresse de Miss France, l'éternelle Madame de Fontenay, qui tient d'une main de fer tout son "joli petit monde", aurait également peu apprécié le fait que certains reportages aient été diffusés avant l'élection, ce qui aurait pu favoriser l'élection de certaines filles. Ainsi, deux semaines avant l'élection, un reportage de TF1 diffusé au journal télévisé était consacré à deux postulantes habitant un petit village de 1200 habitants en Maine et Loire. Ce sujet était parfaitement justifié pour son caractère informatif puisque c'était la première fois dans la grande histoire de l'élection de Miss de France, que deux prétendantes venaient d'un même village. Si quelques plans nous ont fait voir les deux charmantes jeunes filles, c'est surtout la fierté du maire du village qui crevait l'écran... Pour ne pas être en reste dans cette polémique qui a mobilisé la France pendant quelques jours, les fameux "Guignols de l'info" de Canal Plus ainsi que le Canard Enchaîné ont également évoqué l'affaire avec leur humour coutumier.
Élection de Miss France 2000 à Tahiti ?
Maintenant que la hache de guerre entre le comité Miss France de Mme de Fontenay et Dominique Pétras, présidente du Comité Miss Tahiti, est définitivement enterrée, il se dit à Paris que le président Flosse voudrait que l'élection de Miss France de l'an 2000 se tienne à Tahiti. Et « quand Flosse veutÉ on peut », surtout qu'il ne lésine jamais sur les moyens. Il est vrai qu'élire la Miss France de l'an 2000 sur la plage d'un palace de Tahiti serait assurément plus exotique que le faire au "grand bal à Marcel" ou dans la Salle des fêtes de Trifouilly-les-Machins. Bien qu'elle se déclare jusqu'à présent farouchement opposée à tenir cette élection hors de la France métropolitaine, Madame de Fontenay devrait, selon nos dernières informations, se rendre à Tahiti au début de cette année pour analyser la chose.
Alex W. du Prel
avec Denis Herrmann
à Nancy et les photographes de la N.A.P
(*) N.d.l.r.: Selon des sources bien informées, Sacha Distel connaît très bien nos îles puisque la mère de sa femme Francine n'est nulle autre que Madame Anatila Bréaud de Tahiti, dont la famille serait alliée soit aux Blouin, Nordmann Suhas ou autre Montaron, parents de Mareva. Si ceci se vérifie, alors Sacha Distel, président du jury Miss France, serait donc un lointain oncle par alliance de Mareva Galanter, l'heureuse Miss France.