Tahiti-Pacifique magazine, n° 103, novembre 1999
Procès de l' "affaire Des Arcis"
Sinistres "barbouzes" à la Présidence
Le procès du cambriolage du cabinet de Maître Des Arcis à Raiatea (lire ) s'est tenu le 8 octobre devant la dixième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les prévenus étaient Jean Prunet et Marcel Tuihani, les directeur et chef de cabinet du président-sénateur Flosse, ainsi que Roland Aritai, un métropolitain pseudo "consultant en tourisme" employé comme "R.G." à la présidence de Tahiti. Jean Prunet et Marcel Tuihani étaient mis en examen sous les chefs de recel de vol aggravé et il était aussi reproché au directeur de cabinet de Gaston Flosse d'avoir été complice de ce cambriolage par aide, assistance ou instruction.
Une prévenue, Marie-Joëlle Dennetier, l'ex-compagne de l'avocat dite "Marie-Jo", était absente car incapable de se payer le déplacement à Paris et ceci démontra encore une fois comment un "dépaysement" d'une affaire peut aider la cause des accusés. En effet, comme l'explique maître Des Arcis, « cette absence arrangeait bien tout le monde » puisqu'elle ne put récuser à la barre les contrevérités avancées par les uns et les autres. Beaucoup furent ainsi étonnés d'entendre au cours de l'audience le procureur Blanchot se féliciter que « heureusement, dans cette affaire, l'homme politique n'a pas été atteint » alors que Marie-Jo raconte à qui veut l'entendre le détail de ses rencontres avec le président Flosse et des promesses qu'il lui a faites.
Femme abandonnée
Comme nous l'avions expliqué en détail dans notre numéro de mars 1998, cette histoire eut comme origine le désespoir d'une femme qui se retrouva abandonné, après 10 années de vie commune, sans ressources et avec un tout jeune enfant adopté. Elle offrit donc ses "services" à la présidence de Tahiti car son ancien compagnon est nul autre que maître Des Arcis, l'avocat des plus farouches opposants du président Flosse, et ce sont ses archives qu'elle offrit en échange d'un modeste emploi afin de pouvoir survivre avec un peu de dignité. Elle fut accueillie à bras ouverts et bien vite, en mai 1997, une équipe de la Présidence se déplaça pour chercher, photocopier (trois secrétaires y travaillèrent toute une nuit !) puis replacer les dossiers secrets de l'avocat absent, tout en lui volant le disque dur de son ordinateur.
Après deux rencontres avec le président Flosse, une fois à l'hôtel Princesse Heiata (dortoir de la Présidence à Pirae) fin septembre 97, une autre fois à sa résidence de Raiatea accompagnée de sa fille de 7 ans, Marie-Jo obtint sa "récompense" en octobre. Bien que n'ayant même pas le bac, elle fut nommée "institutrice suppléante" grâce à un arrêté ministériel du 14 novembre 1997, nomination prenant effet le 28 octobre alors qu'elle a été payée à compter du 12 octobre (sur des fonds de l'Etat lequel, étrangement, n'a jamais réagi !). Elle travailla au collège de Punaauia pour y faire du "relationnel" avec les élèves. Hélas, Marie-Jo découvrit vite que son emploi était limité à deux mois et demi. Ah, les promesses de présidents !
Se sentant trahie, de nouveau sans le sou, elle alla avec ses informations et des preuves se présenter à la brigade de recherches de la gendarmerie pour y raconter son "aventure", ce qui fit que le 30 janvier 1998 une perquisition surprise eut lieu à la Présidence où le directeur de cabinet du président Flosse avouera vite la véracité de la chose.
Lors du procès, on nota la sincérité de Jean Prunet et de Marcel Tuihani qui avouèrent les faits, un comportement qui contrastait fortement avec la mauvaise foi du sieur Roland Aritai qui essaya de nier et dont le procès révéla le salaire outrageux (pour un tel homme : 446 000 Fcfp - 24 500FF) qu'il perçoit de la Présidence (nos sous !) afin de jouer le sinistre barbouze de basse zone.
"Pantalonnade", "magouilles"
Maître Des Arcis, la victime et partie civile, assisté de M° Girard, s'indigna de cette "pantalonnade" et de la grave atteinte portée au secret professionnel d'un avocat et réclama 1,8 millions Fcfp de dommages et intérêts à Jean Prunet, qu'il considère comme le principal responsable dans cette affaire.
Dans son sévère réquisitoire, le substitut du procureur Alain Blanchot qualifia les actes des accusés comme « très graves et lamentables », une affaire « qui a pour conséquence la violation du secret des dossiers d'un avocat et que ces gens, par des magouilles, ont amené à suspecter un homme politique qui n'y est pour rien » (sic !) et demanda des peines de prison avec sursis et de fortes amendes.
Mais il insista très fermement pour que Jean Prunet, un inspecteur d'académie détaché, Marcel Tuihani, ancien instituteur et Aritai, ancien militaire, soient tous privés de leurs droits civiques, exigeant que « ces gens ne doivent plus être dans la fonction publique ».
Jugement le 19 novembre.
Alex W. du PREL