Tahiti-Pacifique magazine, n° 104, décembre 1999

 Bilan du 20ème siècle en Polynésie française

par Alex W. du PREL

Ce dossier est le résultat de mois de recherches, comparant de multiples sources et archives pour obtenir les dates exactes, souvent erronnées dans certains ouvrages. Lisez l'histoire locale de ce siècle qui s'achève dans quelques jours.

 

Alors que la guerre des Îles-sous-le-Vent vient de se terminer avec la déportation du chef Teraupoo de Raiatea au bagne de Nouméa, le siècle commence dans nos îles avec le retour de la reine Tuarii de Raiatea et de 136 de ses partisans après trois ans d'exil sur l'île de Ua Huka aux Marquises. En annexant les îles de Rurutu puis de Rimatara, le gouverneur Petit complète les conquêtes françaises en Océanie orientale qui deviennent alors les E.F.O., les Etablissements français de l'Océanie.

Hélas, exceptées la petite ville de Papeete et Makatea, l'île aux gisements de phosphates, la France oubliera longtemps sa lointaine colonie, l'abandonnant à elle-même, en fait jusqu'en 1960.

La population polynésienne, décimée au 19ème siècle par les maladies importées, les guerres, luttes, drogues et surtout la détresse psychologique, recommence à se stabiliser à Tahiti, mais dans les autres archipels, surtout aux Marquises (lire encadré, p.16), la tuberculose, la lèpre et la filiarose continuent de sévir. Seuls quelques missionnaires s'en soucient et tentent, souvent en vain, d'améliorer le sort des insulaires.

Les terribles cyclones de 1903 et 1906 font un peu parler de nos îles dans le monde, mais l'indifférence de Paris fait dire à un rapport officiel que « nous pouvons, sans exagération, comparer nos établissements de l'Océanie, et notamment le principal, Tahiti, à un navire en perdition ».

L'économie repose essentiellement sur l'exportation de coprah, vanille, nacre etÉ d'oranges, mais hormis une petite zone autour de Papeete et à Makatea, la population continue de vivre en autarcie. Les écoles des îles, de bonne qualité, sont essentiellement confessionnelles et aident à créer une nouvelle société très religieuse car les Eglises occupent la place laissée vacante par l'Etat.

La Grande Guerre de 14-18 a ses effets : un bombardement par deux croiseurs allemands détruit un tiers de Papeete et 200 Polynésiens, essentiellement de Tahiti, laissent leurs vies en France au combat. Mais le grand désastre frappe en 1918 lorsqu'un navire importe la grippe espagnole, une épidémie qui tue un tiers des populations de Tahiti et Raiatea.

L'entre-deux guerre pour Tahiti est toujours sans réel développement économique, hormis les phosphates de Makatea qui servent pendant 60 ans essentiellement à enrichir les actionnaires de Paris et de Londres (lire encadré p.18) . Si certains ont publié des livres vantant le "paradis" de Makatea, ce sont uniquement des anciens cadres privilégiés, et non des ouvriers au travail qui s'apparentait souvent à l'esclavage : encore en 1965, l'ouvrier était payé 1,5 Fcfp la brouette de phosphate extraite. 

Le commerce et la petite industrie deviennent majoritairement chinois, ce qui déclenche à Tahiti une série de campagnes racistes contre cette ethnie, qui culmine avec la triste affaire Kong Ha en 1935 où des notables de Tahiti sont impliqués

Les îles sont toujours aussi ignorées, à tel point que les Eglises doivent elles-même s'occuper de leurs équipements (phares, quais, etc.). Les seules préoccupations des gouverneurs de la colonie concernent Papeete et son microcosme, ainsi que de faire rentrer assez d'impôts dans les caisses pour payer les fonctionnaires et financer les (rares) travaux. En effet, la colonie doit subvenir à ses moyens et ne recevra pas un sou de la métropole jusqu'en 1963. A tel point que tout est bon pour collecter des fonds : en 1921, face à un déficit, le gouverneur ordonne à ses services de vendre de l'opium, même aux fragiles Marquises, pour combler les caisses, sans se soucier des conséquences sur la population. L'économie est malmenée avec les successives crises mondiales qui font chuter les cours de la vanille, du coprah et de la nacre.

La Seconde Guerre mondiale voit encore des départs de volontaires tahitiens pour aller libérer la France et l'installation d'une base américaine à Bora Bora ; mais elle est aussi l'occasion du premier réveil de revendications de la population polynésienne avec le voyage de Pouvanaa a Oopa et Teata Terautahi, anciens "poilus", en pirogue de Huahine à Bora Bora pour demander au commandant de la base américaine de faire parvenir au général de Gaulle un télégramme dans lequel il dénonce l'accaparation du ravitaillement par le gouverneur de Tahiti et son entourage.

Ce mouvement de "nationalisme tahitien" est amplifié en 1946 par le retour des volontaires qui réclament des postes dans l'administration réservés jusqu'alors aux expatriés de métropole (affaire du Ville d'Amiens). Dès lors les luttes (et coups-bas) politiques entre les "légitimistes" et les "autonomistes" dureront jusqu'en 1980 lorsque Gaston Flosse deviendra à son tour autonomiste.

A la fin des années 50, la Polynésie française a économiquement toujours peu évolué depuis le début du siècle. Tout est fait par et pour Tahiti qui ne considère les îles que comme des zones à exploiter au coup par coup (coprah, nacre, pêche ; même les infrastructures des Américains à Bora Bora seront pillées pour être remontées à Tahiti). Papeete est considérée comme "la ville des demis", Uturoa comme "la ville des Chinois". Dans les districts et îles, essentiellement polynésiennes, les Eglises et la sagesse ont réussi à bâtir sur les ruines du 19° siècle une société douce, très croyante et toujours très communautaire qui fait l'admiration du monde entier.

Mais l'arrivée des essais nucléaires s'annonce (arrestation de Pouvanaa a Oopa, construction de l'aéroport de Faa'a) et enfin la métropole s'intéresse à ce territoire et investit dans son développement.

Le premier "choc du fric" arrive avec le tournage du film "Mutinés de la Bounty" qui emploie pratiquement toute la population du nord de l'île de Tahiti.

Puis les milliards liés à la mise en place du Centre d'essais du Pacifique (C.E.P.) et à son opération déferleront sur le territoire (port de Papeete, pistes de Hao et Moruroa, hôpitaux, etc.) avec la mise en place d'un véritable "cordon ombilical" financier, militaire et culturel (télévision) entre Tahiti et Paris qui impose une assimilation rapide et peu réfléchie.

Parallèlement, l'ouverture des aéroports engendre un essor touristique remarquable, essentiellement des visiteurs anglosaxons à la recherche d'une Polynésie authentique disparue à Hawaii. D'abord à Tahiti (hôtels Les Tropiques, Tahiti Village, Taaone) puis, après son urbanisation, dans les îles : le Club Med, l'hôtel Bora Bora de Joe Long, les Bali Hai de Kelley et Carlisle et les Kia Ora de Brouillet et Kyndinis.

Ces trente "années nucléaires" apportent un développement effréné et désordonné basé sur une nouvelle ressource artificielle, le transfert de fonds de la métropole. Par contre, les îles commencent enfin à se voir équipées d'aérodromes, d'écoles, de routes, même si cela est très lent car le retard est considérable. Bora Bora a l'électricité en 1978, Moorea qu'en 1987.

A Tahiti, les essais nucléaires soulèvent les passions et les luttes politiques ; les services "discrets" de l'Etat sont de toutes les manipulations, d'opinion comme électorales, pour maintenir en place des majorités favorables à ces essais.

On peut affirmer sans hésitation que l'homme politique qui a le plus influé sur la Polynésie française est le général de Gaulle, car c'est son choix pour une force atomique française et sa volonté de l'imposer au monde par tous les moyens qui a radicalement transformé nos îles en les projetant vers la modernité. Il est épaulé à Tahiti par de fidèles tels Gaston Flosse, lequel devient vite le maître incontestable du jeu politique tahitien des deux dernières décennies du siècle. En effet, dès que Gaston Flosse se rallie subitement et avec ferveur à l'idée autonomiste combattue jusqu'en 1980, le clivage politique se transforme en un duel entre autonomistes et indépendantistes conduits par un Oscar Temaru qui sait vite combler le vide laissé par une absence d'opposition.

L'énorme masse monétaire injectée mais injustement distribuée dès 1965 par la métropole aura comme effet majeur la division de la société en deux classes : les marchands, fonctionnaires et politiciens les plus riches du Pacifique d'un côté, et de l'autre une classe prolétarisée, paupérisée par l'inflation et la spéculation foncière qui lui rend tout espoir d'accès à la propriété impossible.

Sur le plan économique se crée d'abord une société de type tertiaire dont la ressource presque exclusive est la "rente atomique" venue de métropole. Un timide tourisme, quasi stagnant pendant 20 ans, le développement de la perle noire et de la pêche hauturière arrivent à la fin du siècle à peine à couvrir 25% des importations. Dès la fin des essais en 1995, une augmentation de 40% des transferts grâce à l'utilisation massive de la Loi Pons et à une "rente Chirac" (fonds de reconversion de l'économie) engendrent une embellie artificielle de l'économie, des fonds essentiellement utilisés à la constructions de nouveaux hôtels de luxe, d'un palais présidentiel et d'infrastructures pour de nouveaux paquebots de croisière. Ces fonds ont surtout favorisé la mise en place de nouveaux monopoles puissants locaux (grande distribution, tourisme, perle, communications) ou accordés à des multinationales (énergie, services publics, environnement).

Sur le plan politique, le Territoire vit depuis 1991 la mise en place d'un système de type présidentiel (renforcé par la réforme statutaire de 1996), basé sur le culte de la personnalité et une tradition de clientélisme omniprésent introduite par l'Etat pendant la période nucléaire. Ce système, presque du "parti unique", permet à un homme seul omnipotent, le président Flosse, de contrôler tous les niveaux de tous les rouages administratifs et économiques du territoire grâce à une assemblée territoriale inféodée, une opposition molle et un noyautage efficace qui englobe tout, même le sport, la culture et les loisirs. Ce contrôle a évolué à la fin du siècle à tel point qu'une autocensure générale frappe la population, car elle sait que "déplaire" peut vite avoir des conséquences néfastes dans une micro société îlienne de 100.000 adultes, isolée et trop souvent oubliée par une métropole qui tolère une telle concentration de pouvoirs.

Alex W. du PREL

 

Chronologie des événements du 20ème siècle à Tahiti et dans ses archipels

 

- 1900 : Annexion de Rurutu Constitution de la colonie des Etablissements français d'Océanie (E.F.O.). Ouverture de l'école catholique à Hiva Oa.

- 1901 : Annexion de Rimatara.

- 1902 : Epidémie de rougeole à Tahiti : 37 morts. Population des E.F.O. est de 29 865 habitants.

- 1903 : Cyclone aux Tuamotu (515 morts, surtout à Hikueru, Raroia et Hao). Mort de Paul Gauguin aux Marquises.

- 1904 : La famille Pomare fait donation de l'atoll de Tetiaroa au dentiste canadien W.-J. Williams, plus tard consul du Royaume-Uni, en remerciement pour ses services. Les Marquises se meurent, on annonce la « disparition de la race marquisienne ».

- 1905 : Découverte des phosphates à Makatea (Tuamotu) par le professeur Agassiz.

- 1906 : Cyclone aux Tuamotu et à Tahiti. Papeete est inondé et en partie détruit.

- 1907 : Inauguration du nouveau temple de Paofai. Jack London visite les E.F.O.. Victor Segalen publie "Les Immémoriaux".

- 1908 : Début de l'exploitation des phosphates de Makatea (Tuamotu).

- 1910 : Epidémie de lèpre aux Tuamotu de l'Est.

- 1911 : Jack London publie "The cruise of the Snark".

- 1914 : Ouverture de la léproserie de Orofara (Tahiti). Guerre mondiale, arrestation des ressortissants allemands. Bombardement de Papeete par les croiseurs Scharnhorst et Gneisenau. Première liaison par TSF.

- 1915 : Départ des premiers "poilus" tahitiens pour la France. L'Eglise mormone est "officialisée" dans les E.F.O.. Jack London publie "The log of the Snark".

- 1916 : Décès du prince Hinoï Pomare. Départ d'un autre bataillon de 906 Tahitiens. Lèpre aux îles Marquises. Les autorités accordent un statut à l'association Si Ni Tong.

- 1917 : Autre bataillon de 107 Tahitiens. Von Luckner perd le Seeadler à Mopelia. Electricité à Papeete.

- 1918 :La grippe espagnole tue 20% de la population des E.F.O.

- 1919 : Retour de 540 "poilus" Tahitiens. 202 Tahitiens moururent pour la "grande Guerre". Somerset Maugham publie "The Moon and Sixpence", l'histoire de Paul Gauguin ("L'envoûté" en français). Frederick O'Brien publie "White shadows in the South Seas" (Ombres blanches sur les Mers-du-Sud).

- 1920 : Affaire du "3.30". Frederick O'Brien publie "Mystic isles of the South Seas".

- 1921 : Seconde et dernière exécution capitale à Tahiti. Charles Nordhoff et James N. Hall publient leur premier livre sur la Polynésie. Somerset Maugham publie "L'archipel aux sirènes". Statut officiel pour l'Association Koo Men Tong. Ouverture de l'école de l'Association Philanthropique chinoise.

- 1922 : Frederick O'Brien publie "Atolls of the sun".

- 1923 : Le docteur Louis Rollin met en place un service médical aux Marquises. Monument aux morts sur l'avenue Bruat.

- 1924 : Première campagne de promotion touristique pour Tahiti.

- 1926 : Cyclone à Tahiti et aux Îles-sous-le-Vent. Lèpre à Pukarua. Arrivée d'émigrants tchèques. Ouverture d'une léproserie à Reao (Tuamotu). Première visite de Alain Gerbault. Population : 33 820 habitants.

- 1928 : Campagnes anti chinoises. Tournage du film "Tabou" à Bora Bora.

- 1929 : Les autorités acceptent les premiers missionnaires Sanito.

- 1930 : Henri Matisse s'arrête et peint à Tahiti.

- 1932 : Décès de Teriimaevarua II, dernière reine de Bora Bora. Nordhoff et Hall publient "La Mutinerie sur la Bounty".

- 1933 : Faillite de la société Kong Ah qui devient le "scandale Yune Sing".

- 1934 : Mort de Marau Taaroa Te Pau, dernière reine de Tahiti. Tournage des extérieurs de la première version du film "La Mutinerie de la Bounty". Retour d'Alain Gerbault à Tahiti.

- 1936 : Affaire Emmanuel Rougier. Population : 42 755 habitants.

- 1937 : Visite privée de von Lückner. Thor Hayerdahl séjourne aux Marquises.

- 1939 : Deuxième Guerre Mondiale. Les Allemands de Tahiti arrêtés et mis en résidence surveillée sur l'îlot de Motu Uta.

- 1940 : Tahiti rejoint la France libre de de Gaulle sur vote populaire. Alain Gerbault et les "pétainistes" sont exilés à Moorea, puis Maupiti.

-1941 : Départ du Bataillon du Pacifique pour la Palestine. Après l'attaque de Pearl Harbor, les USA entrent en guerre.

-1942 : Construction de la base américaine et de l'aéroport (1943) à Bora Bora. Le Bataillon du Pacifique participe aux combats de Bir-Hakeim. Pouvanaa a Oopa et Teata Terautahi naviguent en pirogue de Huahine à Bora Bora.

- 1944 : Le Bataillon du Pacifique participe à la campagne d'Italie.

- 1945 : Fin de la guerre en Europe, puis dans le Pacifique (15 août) après les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Les Tahitiens deviennent citoyens français. Fin du régime foncier coutumier à Rurutu et Rimatara.

- 1946 : Création de l'assemblée territoriale des E.F.O. devenu "Territoire d'Outre-mer". Retour du Bataillon du Pacifique : 86 Tahitiens sont morts pour la France. Départ des Américains de Bora Bora. Scandale du Service du ravitaillement, création du Comité Pouvanaa. Affaire du "Ville d'Amiens". Population : 55 734.

- 1947 : Radeau Kon-Tiki de Thor Heyerdahl. Arrivée d'Adolphe Sylvain à Tahiti. Electricité à Uturoa.

- 1948 : Départ de 757 Chinois pour la Chine. Ouverture du Collège La Mennais

- 1949 : Création de Radio-Tahiti. William Robinson crée l'Institut de Recherches médicales (Malardé) pour éradiquer la filiarose. Pouvanaa a Oopa élu député. James Michener publie "Tales of the South Pacific".

- 1950 : Première liaison expérimentale aérienne Paris - Bora Bora via Saïgon par DC4 (4 jours). Construction de la nouvelle cale de halage à Fare Ute. T'Serstevens publie "Tahiti et sa Couronne".

- 1951 : Réélection de Pouvanaa. James Michener publie "Return to Paradise". Première liaison régulière aérienne vers les E.F.O. (Route de Corail, TEAL).

- 1952 : T'Serstevens publie "La grande Plantation". Emigration tahitienne vers la Nouvelle-Calédonie.

- 1953 : Majorité du RDPT de Pouvanaa à l'assemblée territoriale. Création de la RAI (Régie aérienne interinsulaire).

- 1956 : Dissolution du Service du ravitaillement. Radeau Tahiti Nui. Pouvanaa réélu député. Visite du général De Gaulle. Population : 73 201.

- 1957 : Les E.F.O. deviennent la Polynésie française. Loi Defferre : pouvoirs étendus pour l'assemblée, Pouvanaa devient le premier vice-président. Mort d'Eric de Bishop.

- 1958 : De Gaulle au pouvoir en France. Manifestations contre l'impôt sur les revenus. Référendum sur la loi constitutionnelle : 61% de oui malgré l'appel au non de Pouvanaa. Crash du Catalina : 15 morts. Affaire Pouvanaa : arrestation du député.

- 1959 : Pouvanaa condamné à 8 ans de prison et à 15 ans d'exil.

- 1960 : Ouverture de la piste de Faa'a.

- 1961 : Inauguration de l'aéroport de Faa'a. Premiers jets. 8000 touristes. Tournage d'une nouvelle version de "Les Mutinés de la Bounty" avec Marlon Brando.

- 1962 : John Teariki (RDPT) élu député. Alfred Poroi (UTD) élu sénateur. Aéroport à Raiatea. Georges de Caunes à Eiao.

- 1963 : Création du CEP (Centre d'Expérimentation -atomique- du Pacifique). Interdiction du RDPT. Naufrage de la Manuia à Maupiti : 15 morts.

- 1964 : Les Chinois de P.F. obtiennent la nationalité française. Visite de Pompidou. Pistes à Moruroa et Hao. Création de la Caisse de prévoyance sociale. Moruroa et Fangataufa cédés à l'Etat. Hôtel Bora Bora.

- 1965 : Ouverture du Musée Gauguin. Alignement des salaires des fonctionnaires locaux sur ceux des expatriés. Télévision à Tahiti. Aéroport de Rangiroa.

- 1966 : Premiers essais nucléaires. De Gaulle visite Tahiti et Moruroa. Fermeture de l'exploitation des phosphates de Makatea. Marlon Brando achète l'atoll de Tetiaroa. Nouveau port de Papeete. Flotte Alpha à Tahiti.

- 1967 : Francis Sanford (E'a Api) élu député. Ouverture de l'aérodrome de Moorea.

- 1968 : Premier essai thermonucléaire à Fangataufa. "Crue du siècle" à Tahiti. Huilerie de Tahiti. Retour de Pouvanaa, gracié, de France. Sanford réélu député. Manifestations contre l'impôt sur le revenu. Incendie du Centre Vaima. Premier vol Chili-Tahiti. Première ferme perlière à Manihi.

- 1969 : Ouverture des hôtel Tahara'a et Maeva Beach.

- 1970 : RAI devient Air Polynésie. Aérodrome aux Marquises (Ua Huka). Cyclone "Emma" aux Australes. Affaire Lejeune.

- 1971 : Création du Comité Economique et Social. Jeux du Pacifique Sud à Tahiti. Pouvanaa a Oopa élu sénateur. Mise en place des communes (44 communes). Ouverture de l'hôpital Mamao. Population : 119 168 habitants. Aérodrome de Hiva Oa.

- 1972 : Grandes manifestations antinucléaires au large de Moruroa. Création de l'Académie tahitienne. Mutinerie à la prison de Nuutania. Aérodrome à Tubuai.

- 1973 : Ouverture de l'hôtel Kon Tiki. Vastes manifestations antinucléaires (J.J.S.S., arraisonnement du Fry). Crash du 707 de la PanAm au décollage de Tahiti : 89 morts.

- 1974 : Derniers des 41 essais nucléaires atmosphériques. Edna Tepava élue Miss France.

- 1975 : Premier essai nucléaire souterrain à Fangataufa. Arrivée de Jacques Brel aux Marquises. Incendies à Papeete (Aline, Vaima).

- 1976 : Pirogue Hokulea. Nombreux incendies au cÏur de Papeete. Occupation de l'assemblée territoriale. Aérodrome au Gambier.

- 1977 : Décès de Pouvanaa a Oopa. L'Autonomie interne est accordée. Création du parti Tahoera'a Huiraatira. Ouverture de l'hôtel Travelodge (depuis Beachcomber). Assassinat de Pierre d'Anglejan. Population : 137 382 habitants.

- 1978 : Emeutes à la prison de Nuutania. Tournage du film "Hurricane" à Bora Bora. Décès de Jacques Brel. Ouverture de la R.D.O. Voilier Club Med à Tahiti. Hôtel Marara à Bora Bora.

- 1979 : Visite du Président Giscard d'Estaing. Procès Charlie Ching. Inauguration du Musée de Tahiti et des îles. Scandale "Enerpol".

- 1980 : Le tahitien reconnu langue officielle. Assassinat d'Olivier Bréaud, affaire des "Tissages tahitiens". Grand incendie de Uturoa. "Epopée" d'Arnaud de Rosnay.

- 1981 : Première vente aux enchères de perles noires : 6700 perles. Nouveau temple de Paofai. Arrestation du "gouvernement Tetua Mai".

- 1982 : 100 000 touristes par an avec peu de promotion. Gaston Flosse élu vice-président. "Guérisons" du père Tardif. Affaire Tetua Mai. Dépressions aux Îles-sous-le-Vent.

- 1983 : Cinq cyclones ravagent tous les archipels (17 morts) dont "Veena" à Tahiti. Oscar Temaru élu maire de Faa'a. Tournage du "Bounty" avec Mel Gibson à Moorea. Grève de l'hôtellerie. Population : 160.000 habitants.

- 1984 : Nouvelle mouture de l'autonomie interne : G. Flosse devient président, les conseillers de gouvernement ministres.

- 1985 : Attentat contre le Rainbow Warrior à Auckland. Campagnes antinucléaires au large de Moruroa.

- 1986 : Croisières du paquebot Liberté. 168.000 touristes.

- 1987 : Le commandant Cousteau à Moruroa et Tahiti. G. Flosse nommé secrétaire d'Etat. Jacky Teuira devient président. Bûcher de Faaite (6 morts). Grève des dockers, émeutes et incendies à Papeete. "Coup d'Etat" : Alexandre Léontieff devient président. Départ du Liberté. Air Polynésie devient Air Tahiti.

- 1988 : Ouverture de l'Université française du Pacifique, créée par décret en 1987.

- 1989 : Visite du Premier ministre Michel Rocard. Petits amendements au statut. Les Japonais rachètent de grands hôtels.

- 1990 : Visite du président Mitterrand. Arrivée du Loto à Tahiti. Nouveaux hôtels-de-ville à Papeete et dans d'autres communes. Hôtel Beachcomber à Moorea.

- 1991 :Manifestations syndicales. Affaire Cheyenne Brando. G. Flosse redevient président. Cyclone Wasa. Crash d'un avion aux Marquises : 10 morts. Mareva George élue Miss France.

- 1992 : Naufrage (7 morts) à Taha'a. Cyclone Cliff aux Tuamotu. Visite du roi des Tonga. Manifestations au large de Moruroa. Suspension des essais nucléaires.

- 1993 : Crash du 747 d'Air France à Faa'a, pas de victimes. Hôtel Bora Bora Lagoon resort (Nara).

- 1994 : Fermeture de l'usine "Tamara Nui". Affaire "Hombo". Hiro Tefaarere coupe des arbres à Papeete. Tournage du film "Les Faussaires". "Affaire Brando".

- 1995 : Couverture médicale généralisée avec le RST. Barrages et émeutes à Tipaerui. Décès de Paul-Emile Victor. Reprise des essais nucléaires. Cascade de manifestations. Suicide de Cheyenne Brando. Combat médiatique et naval CEP-Greenpeace. Internet accessible. Emeutes et incendies à Faa'a et Papeete.

-1996 : Arrêt définitif des essais nucléaires (181 essais souterrains). Nouveau statut d'autonomie. Le tahitien n'est plus une langue officielle. Exclusion de journalistes à la Présidence. Décès de Francis Sanford.

1997 : Bicentenaire de l'arrivée de l'Evangile. Création du G.I.P. Construction de nouveaux grands hôtels. Décès de Bengt Danielsson. Problème des ordures (SITOM). Démantèlement de Moruroa. "Carnaval". Cyclones Osea et Martin aux Îles-sous-le-Vent. 16 morts.

1998 : Introduction de la TVA. Fermeture de l'hôtel Tahara'a. Affaire "Des Arcis". Arrivée du paquebot Paul Gauguin. Ouverture des hôtels Méridiens. Procès des émeutiers. Création d'Air Tahiti Nui. Mareva Galanter élue Miss France. Déluge sur Tahiti.

1999 : Radeau Matarangi. Ouverture de l'hôtel Outrigger-Tahiti. Arrivée des paquebots R3 et R4. Alexandre Léontieff en prison. Procès Hombo, Air Oceania et Des Arcis. Condamnation de Gaston Flosse. Réseau METU@. 200.000 touristes. Population de P.F. : 227 800.

 

Les Marquisiens, grands survivants du 20° siècle

« Lorsque les Européens arrivèrent vers 1800, il existait probablement 100 000 habitants dans le groupe, des Polynésiens d'un type très attractifs ; aujourd'hui il en existe moins de 2000. Certaines des petites îles sont dorénavant inhabitées. Les Marquisiens ont été décimés par l'arrivée des Européens. L'archipel devint un terrain de chasse pour les baleiniers, commerçants, esclavagistes et toute la racaille blanche des Mers-du-Sud. Ils apprirent aux hommes tous les vices, de l'alcoolisme à la consommation d'opium : les femmes furent débauchées. Les maladies européennes, contre lesquelles les îliens n'avaient pas d'immunité, ravagèrent les villages en une série d'épidémies où les indigènes moururent en masse. C'est le plus tragique et sordide chapitre de l'histoire du Pacifique Sud.».

Texte des années 1920 in "Pacific Island Handbook".

« Tout d'abord, l'élément premier de toute colonisation, le producteur, disparaît. La population a diminué de 25% en 10 ans ; dans l'archipel des Marquises, elle est tombée en 50 ans de 20 000 habitants à 1500 ».

J. Montailhet, 1922.

Entre 1900 et 1925, ce sont essentiellement la tuberculose et la lèpre qui ravagent la population restante de ces îles isolées et éparpillées, totalement oubliée par les autorités jusqu'en 1926 lorsqu'un certain docteur Rollin est nommé médecin de l'archipel où, grâce à d'ingénieux efforts de longue haleine, il réussit à faire remonter la courbe de la natalité. Aujourd'hui, les îles Marquises comptent 8700 habitants qui dominent culturellement tout le territoire .

 

Makatea : un pillage sans contrepartie

Découverts en1904 par le professeur Agassiz qui entreprit un voyage vers cette île semblable à Nauru à la demande de John Arundel, annoncés en 1905, les phosphates de Makatea sont exploités de 1908 à 1966. Les dures conditions des travailleurs s'apparentent souvent à celles d'un bagne, au point qu'il faut importer au début de la main d'Ïuvre étrangère, même du Japon. Cette exploitation, exceptés quelques droits d'entrée sur les matériaux et droits symboliques aux propriétaires, ne profite qu'aux actionnaires de Paris et Londres. « La colonie n'en a jamais profité, bien que l'exploitation des phosphates ait fourni plus de 20 millions de bénéfices, tant en 1929 qu'en 1930. Les actionnaires auraient donc pu, équitablement, supporter une juste part des Impôts et taxes écrasant les contribuables » explique un texte de 1935.

En 1966, après avoir extrait plus de 11 millions de tonnes d'engrais de l'île, la Compagnie des Phosphates d'Océanie ferme l'exploitation en abandonnant en l'état l'île et le matériel sans la moindre volonté de restauration du site. La végétation reprend ses droits, mais les millions de trous sont autant de gîtes à moustiques qui rendent l'habitation de l'île quasi impossible.

 

Ces écrivains qui ont fait la réputation de Tahiti

Avant la Première Guerre mondiale, ce sont toujours les écrits de Pierre Loti, Herman Melville et Robert L. Stevenson (1) qui font rêver le monde de nos îles, mais Jack London leur donne vite un intérêt nouveau et Victor Segalen publie Les Immémoriaux. Les grands succès littéraires de l'après-guerre furent les Ïuvres de Frederick O'Brien (Ombres blanches sur les Mers du Sud et Îles mystiques des Mers du Sud) qui deviendront des films grâce à James Flaherty. Succès égalé puis dépassé par les livres de W. Somerset Maugham (2) qui apprend au monde qu'il est permis d'abandonner sa famille en créant le mythe de Paul Gauguin dans "L'Envoûté". Son "Archipel aux Sirènes" deviendra un classique. Viennent alors les livres de James Norman Hall (4) et Charles Nordhoff installés à Tahiti, qui publient "The Far Lands" sur les migrations polynésiennes, suivi de la célèbre trilogie sur les Mutinés de la Bounty qui est exploitée dans une myriade de films, alors qu'en Europe, Alain Gerbault (3) est le défenseur de Polynésiens authentiques avec deux livres.

Après la seconde Guerre mondiale, le grand héros littéraire est James Michener (5) avec ses Contes du Pacific Sud et Retour au Paradis, alors qu'Albert T'Serstevens publie "Tahiti et sa couronne", suivi de "La grande plantation". Puis c'est au tour de Bengt Danielsson avec "L'île du Kon Tiki", "L'Amour dans les Mers du Sud et "Moruroa mon Amour" de se faire connaître. La fin du siècle notera "La tête Coupable" de Romain Gary et Le Mana de Bob Putigny.

Aussi, il ne faut surtout pas oublier l'infatigable Père Patrick O'REILLY, ainsi que Philippe MAZELLIER, pour leurs travaux de références !

 

Les dynamos de la musique tahitienne :

Louis Martin, inventeur du Tamure à la fin des années 40 ; Eddie Lund (1) qui composa de nombreux classiques mais sut aussi sauver bien des chants traditionnels paumotu ; Yves Roche (2) qui lui succéda ; Gabilou (3) inusable depuis 30 ans ; Petiot (4) qui créa un nouveau rythme des années 80 et "inventa" la musique traditionnelle des Maoris de Nouvelle-Zélande ; Bobby qui créa un "raeggae" tahitien et enfin Te Fenua qui est la star de la fin du siècle.

Mais la grande star musicale du siècle est bien entendu la population tahitienne qui a su préserver des harmonies si spécifiques, si belles, si étonnantes !

 

Nos PEINTRES du 20ème siècle

Le maître incontesté Paul Gauguin (1) reste toujours et par excellence le meilleur promoteur de nos îles. Adrian Gouwe est resté obscur sauf en Hollande et à Tahiti. Edgar Leeteg (2) "The Legend", le peintre sur velours est oublié à Tahiti mais est toujours très connu et vénéré aux USA où il a son musée à Seattle. Pierre Heyman (3) n'aurait pas dû brûler une grande partie de ses toiles. Jean Masson, le peintre des atolls est hélas mort trop tôt. Ravello a réussi 30 années de succès et l'Ïuvre de Bobby Holcomb (4) n'est pas encore reconnue comme un véritable trésor artistique de la culture ma'ohi.

 

Les photographes remarquables :

Au début du siècle Lucien Gauthier, puis dans sa seconde moitié, Adolphe SYLVAIN.

 

Sources et photos : Mémorial polynésien, Terre et civilisations polynésiennes, Philippe Mazellier, Paul Hodée, Pacific Island Yearbook, Patrick O'Reilly, A. Sylvain, Chr. Gleizal, archives TPM, etc, etc.