Tahiti-Pacifique magazine, n° 132, avril 2002

 Tout va bien à l'hôpital d'Uturoa, Madame la marquiseÉ

 

Le 6 mars, Serge Charlery, 52 ans, un sportif de haut niveau et heureux papa d'une petite fille de 3 ans est mort d'un arrêt cardio-respiratoire brutal à son domicile à 3 km de l'hôpital de Raiatea. Il fallut 30 minutes à l'ambulance, partie déposer une évacuée sanitaire à l'aéroport, pour arriver sur place et tenter de le réanimer. Au-delà de son caractère tragique, cet événement suscite des interrogations sur l'organisation de l'hôpital d'Uturoa :

&emdash; 20 médecins et sage-femmes (hors les deux urgentistes fraîchement arrivés) exercent à l'hôpital d'Uturoa qui compte 103 lits occupés en moyenne à 54% pendant l'année 2000. 10 156 consultations externes et 8499 urgences ont été comptabilisées durant cette même année. Des chiffres qui témoignent que l'hôpital est sous-utilisé. Ainsi le ratio consultations +urgences / nombre de médecins et sage-femmes, s'établit à environ 2,8 par jour seulement ! Or jusqu'à présent, malgré la présence de malades hospitalisés, malgré une charge de travail limitée en journée et un nombre suffisant de médecins, il n'existe pas de garde médicalisée à l'hôpital contrairement à un principe élémentaire du service public hospitalier. En dehors des heures ouvrables, l'hôpital d'Uturoa est un hôpital sans médecin. La « permanence » médicale est assurée par un médecin d'astreinte qui demeure chez lui. En cas d'urgence, le temps précieux nécessaire au déplacement de ce médecin peut s'avérer, hélas, fatal.

&emdash; L'hôpital est un service territorial dépendant de la direction de la santé et donc n'a pas de budget propre. Ses dépenses de fonctionnement, les recrutements comme les dépenses d'investissement sont subordonnés à l'existence de lignes de crédits inscrites au budget général du Territoire et ne peuvent être exécutées que selon un protocole très rigide. Ainsi pour obtenir l'unique ambulance, la direction de l'hôpital a dû en soumettre la demande auprès de la direction de la Santé qui l'a transmise à son ministère de tutelle, lequel à son tour a demandé au ministère des Finances l'inscription au budget des crédits correspondants. Une fois les crédits arbitrés par le conseil des ministres et votés par l'assemblée de la P.F., la direction de la santé a dû demander au ministère des Finances l'autorisation de disposer de ces crédits ; crédits rendus disponibles après un nouvel arbitrage du conseil des ministres. Alors seulement un appel d'offres a pu être lancé. En l'occurrence, plusieurs années ont été nécessaires pour mobiliser les 15 millions Fcfp (120 000 euros) nécessaires à l'acquisition d'une ambulance moderne ! En cas de panne, combien de temps faudra-t-il pour obtenir les moyens de la réparer ? De fait l'hôpital n'a aucune autonomie de gestion et par voie de conséquence aucune réactivité possible. Pourtant, pour y remédier, il suffirait de doter l'hôpital d'un statut d'établissement public ou d'en faire une annexe du Centre hospitalier territorial (CHT) de Mamao. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait ? Et pour arranger le tout, l'hôpital est démuni de directeur depuis plus d'un mois.

&emdash; Outre les médecins de l'hôpital, Uturoa abrite les médecins du dispensaire, également sous l'autorité de la direction de la santé, ainsi que des médecins libéraux qui sont soumis à l'obligation déontologique de participer à un système de garde. Pourtant il n'existe pas d'organisation commune des gardes. Pourquoi ?

Beaucoup feront le parallèle avec le décès d'une touriste japonaise à Bora Bora. Bien que ne disposant d'aucun résultat d'enquête, le président du gouvernement en avait rendu responsable [à la demande du gouvernement japonais] le ministre de la Santé de l'époque, démissionné sans ménagement.

 

Qui est véritablement responsable ?

Le ministre de la santé a mis ce tragique événement sur le compte de « l'éloignement et de la dispersion géographique ». Plutôt surprenant lorsqu'on apprend que M Charlery résidait à 3 kilomètres de l'hôpitalÉ Le ministre de la Santé explique que le Schéma territorial d'Organisation sanitaire (STOS) apportera les solutions aux problèmes du dispositif polynésien de Santé Ce STOS, issu d'expertises extrêmement coûteuses, ne fera que confirmer pour l'essentiel ce que les professionnels de la santé savent déjà et que des enquêtes et autres études récentes distraitement rangées dans les placards ont déjà mis en exergue.

Pourquoi n'ont-elles pas été suivies d'effets ? Ceux qui en ont eu connaissance et qui n'ont pas pris les mesures financières, structurelles et humaines nécessaires ne portent-ils pas une lourde responsabilité ? Le Territoire est pourtant capable de mobiliser en quelques jours 825 millions pour acheter un atoll abandonné ou 100 millions pour les îles Tonga.

En toute incohérence, le gouvernement a dépensé plusieurs milliards pour le port d'Uturoa afin d'accueillir des croisiéristes absents, mais n'a pas considéré utile pour les touristes et la population, de doter la ville d'un dispositif de soins d'urgence performant !

Hector