Tahiti-Pacifique magazine, n° 162, oct 2004
Hiro Tefaarere, taupe, saboteur, mégalomane ou un peu de tout ?
Face aux actes des "barbus" - et aux propos franchement hostiles à l'égard d'Oscar Temaru de la part de Hiro Tefaarere - beaucoup s'interrogent pour savoir si Hiro Tefaarere ne serait pas une « taupe » de Gaston Flosse au sein du TaviniÉ « s'il n'est une taupe de l'Etat français » comme surenchérit Jean-Pierre Barral, un conseiller de M. Temaru. Il est vrai que si l'on se penche sur le parcours de Hiro Tefaarere, bien des questions peuvent être posées.
Hiro Tefaarere est un ancien footballeur qui fit quelques études partielles et sans suite en France, puis trouva fin des années 60 un emploi aux assurances AGF grâce aux « relations uniques qu'entretient sa famille avec Gaston Flosse », comme il le déclara lui-même dans une interview. Des "relations" qui facilitèrent peut-être aussi son admission au concours d'inspecteur de la Police nationale en 1976. A partir de cette date et jusqu'en 1989, Hiro Tefaarere resta un obscur inspecteur des Renseignements généraux (RG) dont l'essentiel du travail consistait à fréquenter les "cafés du commerce" de Papeete afin de noter les noms et les propos de citoyens qui n'étaient pas enthousiastes pour les essais nucléaires alors conduits par la France à Moruroa et Fangataufa. Hiro Tefaarere découvrit le syndicalisme, ce qui lui permit d'être "mis à disposition" du syndicat Atia i mua (avec paye intégrale assurée par l'Etat) pendant plus de 6 ans (!). Il fut élu secrétaire général de ce syndicat, une fonction qui lui permit de devenir d'abord membre du Conseil économique et social de Tahiti (CESC) puis président du conseil d'administration de la CPS (Caisse de prévention sociale, la "secu" locale) où il laissa le souvenir de la plus chère réparation de dents.
Barrages de 1991
Son premier "coup d'éclat" eut lieu en juillet 1991 lorsque, sous prétexte d'une augmentation de taxes sur le tabac à rouler et le carburant diesel, Hiro Tefaarere mit en place des barrages à l'entrée ouest de Papeete utilisant les employés et engins de la mairie de Papeete. Suite à un appel à la grève générale que pratiquement personne ne suivit, des affrontements violents eurent lieu entre la gendarmerie et les hommes de Tefaarere, lesquels firent 23 blessés parmi les gendarmes (8 furent gravement blessés et certains restèrent plus d'un mois à l'hôpital.) Le président Flosse, qui venait alors de reconquérir le pouvoir, déclarait (et répéta en décembre 1999) que « cette émeute dirigée par un inspecteur des RG avait été organisée par le pouvoir socialiste » afin de faire chuter son gouvernement, une théorie que certains indices confirmèrent par la suite. Malgré les nombreux gendarmes blessés et des dégâts assez considérables, il n'y eut aucune suite judiciaire à ces événements.
Arbres centenaires abattus
En avril 1994, on entendit de nouveau parler de Hiro : sous prétexte d'une grève, une partie des employés de la ville de Papeete, les membres du syndicat Atia I Mua de Hiro Tefaarere abattirent des magnifiques arbres, des maru-maru âgés de plus de 100 ans, notamment celui face à la cathédrale, afin de bloquer les rues de la ville. L'indignation de la population fut générale. Cette grève aussi était manifestement politique, d'abord pour "punir" la réélection de Jean Juventin au perchoir de l'assemblée, mais surtout pour permettre à Hiro Tefaarere de « régler des comptes » car on ne lui avait pas donné de poste de prestige (avec émoluments conséquents) depuis son remplacement à la présidence du C.A. de la CPS. En effet, Hiro Tefaarere espérait la présidence du CESC, voire le poste de représentant au CES métropolitain à Paris. Frustré de n'avoir pas été nommé, l'inspecteur des RG avait alors menacé, à plusieurs reprises « que le sang va couler » sur RFO télévision. Dans cette affaire-là, seuls quelques "lampistes" furent condamnés, le leader syndical n'ayant pas physiquement participé lui-même à la coupe des arbres.
Emeutes à l'aéroport
Puis vinrent les émeutes de 1995. La reprise des essais nucléaires attendue eut lieu le 5 septembre dans le lagon de Moruroa. Le lendemain matin, une trentaine de dames tahitiennes s'assirent sur la piste de l'aéroport de Faa'a pour protester contre l'essai nucléaire et une vingtaine de gardes mobiles se placèrent face à elles, cherchant à dégager la piste car le DC 10 d'AOM et le DC8 du Cotam (militaire) attendaient pour décoller vers Paris. Entre-temps, les syndicats "durs" Atia I Mua (et CSIP) se réunissaient au stade Bambridge pour se rendre compte que leur appel à la "grève générale" était (encore une fois) un fiasco retentissant : seuls quelques deux cents personnes avaient suivi le mouvement. Furieux de cette démonstration flagrante de son impuissance, Hiro Tefaarere partit alors pour (encore !) « se venger » avec ses troupes vers l'aéroport, soi-disant pour « aider les mamas », dans un convoi d'environ 50 voitures. Armés de casques, barres de fer et de haches, ils arrivèrent sur la piste après avoir brisé le portail du côté d'Air Moorea. Voyant cela, les gardes mobiles tirèrent des grenades lacrymogènes sur les "mamas" et la meute de syndicalistes. Puis quelqu'un clama (faussement) que le président Flosse se trouvait dans l'avion d'AOM à destination de Paris, ce qui déclencha une ruée des syndicalistes vers l'appareil garé sur l'aire d'embarquement juste devant les bâtiments de l'aérogare. Une bataille féroce se déclencha entre syndicalistes et gardes mobiles, avec des pierres et des grenades lacrymogènes pleuvant autour de l'appareil. Les émeutiers, repoussés vers le bâtiment, s'y réfugièrent en cassant les vitres. Des grenades lacrymogènes explosant sous les pareu de la boutique duty-free mirent le feu à l'aéroport. Ce fut le déclenchement des émeutes à Faa'a et Papeete qui firent 22 blessés, 5 milliards Fcfp de dégât avec plusieurs bâtiments incendiés et 200 commerces pillés.
Prison puis assemblée
Le lendemain, Hiro Tefaarere et ses collègues du syndicat furent jetés en prison et, il faut le dire, plutôt malmenés par les gardes mobiles de la gendarmerie. Les émeutiers déposèrent d'ailleurs plainte. Fin septembre 1995, des négociations eurent lieu à Paris entre l'avocat d'Atia I Mua et le gouvernement central où, en échange d'un engagement de ne plus mener d'"actions" jusqu'à la fin des essais nucléaires, une peine minimale serait requise (ce qui explique certainement le refus des haut-commissaires de faire appliquer les peines de Hiro). Après quelques mois passés en prison, Hiro Tefaarere fut relâché après avoir été licencié de la Police nationale (dont les RG font partie). Ayant pitié de la détresse financière de Hiro, Oscar Temaru lui offrit alors une place d'éligible sur sa liste indépendantiste et ainsi il fut élu conseiller territorial des Îles-du-Vent en mai 1996, puis des ISLV en 2001.
En attendant son procès, Hiro Tefaarere continua à se faire remarquer pour sa mégalomanie : lors des congrès Abolition 2000 comme Nuclear Free Pacific à Tahiti et du concert pour José Bové en France, il réussit à endormir les audiences avec des discours fleuves parlant de ses états d'âme qui n'intéressaient personnes. Même le SAMU des pompiers de Paris découvrit sa grande "modestie" lorsqu'il leur déclara : « Il faut bien me soigner Messieurs, car je suis l'ennemi public n°1 en Polynésie ! Oui, oui, c'est moi qui ai fait les émeutes de 1995 » (sic !) « Et savez-vous, depuis la politique à Tahiti n'a plus jamais été la même. Si, si, depuis je suis un élu de Polynésie ».
Condamné
Le procès eut lieu en septembre 1998, trois ans après les événements. Hiro présenta sa défense en tant que militant anti-nucléaire (!) et fut reconnu coupable « d'instigation et de provocation à l'attaque et à la résistance avec violence commise en bande sur des gendarmes » et condamné à 18 mois de prison ferme et à 5 ans de privation de droits civiques.
Le procès en appel eut lieu en mai 2000 et Hiro vit sa peine réduite à six mois de prison ferme avec un an d'interdiction de ses droits civiques. Son pourvoi en cassation fut rejeté le 2 mai 2001, mais le haut-commissaire Jean Aribaud sabota les décisions de justice, certainement "sur ordre" de Paris ou de la Présidence de Tahiti. Sur recommandation des avocats de la Présidence, Hiro Tefaarere introduisit un recours en grâce auprès du Président Jacques Chirac. Aussi, le processus de perte de mandat d'un conseiller passe par un arrêté qui doit être publié au Journal officiel de la Polynésie française. Cet arrêté était prêt début juin 2001, mais ne fut jamais signé par le haut-commissaire. Le 26 juillet 2001, lors de la visite du ministre Paul, nous avions questionné M. Aribaud sur ses intentions au sujet de cet arrêté. Il nous répondit qu'il a « l'habitude d'attendre que toutes les voies de recours aient été épuisées » (TPM août 01). Suite à d'autres rappels dans nos colonnes, il semble qu'en février 2002 "on" nous fit "parvenir" une copie de la demande en grâce de Hiro Tefaarere. Ce n'était que pour mieux faire passer le temps, afin que l'année d'interdiction des droits civiques de Tefaarere "se consume", puis début décembre 2002 on annonça que le conseiller territorial Hiro Tefaarere avait été dispensé de toutes sanctions grâce à de savantes manipulations, « oublis » et « erreurs de procédure » de la part des représentants de l'Etat en P.F. Jean Aribaud puis Michel Mathieu. A l'époque, un membre du Tavini nous déclarait que M. Tefaarere avait été « nourri, logé, blanchi » : nourri par l'Etat (sa carrière d'inspecteur des R.G.), logé par le Tavini (le parti indépendantiste qui lui a offert un siège à l'assemblée) et blanchi par l'Elysée ! Aussi avec le cas Tefaarere, un politicien "protégé" de plus venait d'être « blanchi » à Tahiti, tout comme ce fut le cas pour Alexandre Léontieff en novembre 2002 et Jacques Vii, puis Henri Flohr durant l'année 2003 ! L'évaporation des condamnations des politiciens "protégés" de Tahiti grâce aux "manipulations" de l'Etat, en réalité un sabotage systématique et ordonné de la justice, est désormais devenu une véritable « spécificité » de nos îles.
Au service de Gaston Flosse ?
Il est évident que Hiro Tefaarere doit beaucoup à Gaston Flosse : il est un cousin par alliance par le biais de Barbara Cunningham, le première épouse de M. Flosse - tout comme Oscar Temaru d'ailleurs. Rien de plus normal dans nos petites îles. C'est Flosse qui lui a donné son premier emploi, qui l'aurait aidé à devenir fonctionnaire de police. Ensuite, l'enquête sur les "contributions" du sieur Hombo avait révélé qu'en 1991 le chef de cabinet du président Flosse avait exigé, sur ordre de Flosse, que Hombo verse un million Fcfp (8400¤) sur le compte de Hiro Tefaarere en échange de la fin de blocages sur la voie publique. Cet argent "d'échange" aurait servi à éponger une dette envers la banque Socredo, laquelle était sur le point de saisir la maison de la maman de Hiro pour cause de traites impayées.. Et c'est encore Flosse qui est intervenu personnellement auprès de Jacques Chirac pour tenter d'obtenir pour Hiro une grâce présidentielle après sa condamnation, comme le confirment deux sources proche du couple Chirac-Flosse mais aussi un éditorial de Christine Bourne publié en 2003. Une démarche certainement entreprise afin d'empêcher que Loïc Brigato, prochain sur la liste Tavini, ne prenne le siège de Hiro à l'assemblée. Aussi, c'est Gaston Flosse qui avait approuvé en 2001 la nomination de Hiro comme troisième vice-président de l'assemblée, poste qui offrait un million Fcfp de "frais de bureau" au-delà des primes et émoluments. Enfin, il y a tout ce qu'on ne sait pasÉ
En connaissance de tous ces éléments, on comprend que certains soient tentés de penser que Hiro Tefaarere pourrait « foutre le bordel » - mais jusqu'à une certaine limite seulement &endash; pour « renvoyer l'ascenseur » à Gaston Flosse.
A.d.P.