Tahiti-Pacifique Magazine n° 171, juillet 2005
A Paris, en juin, les deux célèbres maisons internationales d'enchères Christie's et Sotheby's ont tenu des ventes d'art océanien, tout comme des commissaires-priseurs français locaux tel Calmals Cohen, Fraysse & Associés et plusieurs autres. Le 6 juin, Sotheby's vendait 20 objets d'Océanie, dont neuf objets ne trouvèrent preneurs, le plus cher étant le lot 19, "Rare et beau Masque, village De Kanduanam, Anogram, Papouasie Nouvelle-Guinée" évalué à 25 000-30 000 euros, qui fut vendu pour 30 000 euros (commission de Sotheby's incluse).
Le 7 juin, Christie's vendait 142 objets d'Océanie avec seulement 16 invendus. Le lot 83, impressionnant par sa provenance de la collection Guillaume Stevenson Wellbank (1860-1934) a vu une " Massue" de Polynésie, (à gauche) très belle patine sombre et brillante, longueur 43 centimètres, estimée à 1500-2000 euros être vendue pour 33 600 Euros (commission de Christie's incluse).
Le 8 juin, la maison Calmels Cohen (qui avait vendu la prestigieuse collection Breton le 17 Avril 2003 (lire TPM 144, avril 2003)) mettait à son tour de l'art océanien aux enchères, dont le lot 338, "arme de prestige maorie, Hoeroa, Nouvelle-Zélande, os de baleine, hauteur: 121 cm" (à droite). Estimée de 60 000 à 100 000 euros, elle trouva preneur à 72 917 euros, mais aurait dû rapporter d'avantage car sa provenance était "superbe" : Elle fut acquise par le Colonel Dunn à la signature du traité de Waitangi le 6 février 1840 du chef Tamati Waka Nene de la tribu Nga Puhi au nord d'Auckland. Ancienne collection James Hooper, Musée Barbier-Mueller, numéro d'inventaire 103-000B.
Le 6 juin, le cabinet Fraysse & Associés mit en vente un objet qui a vraiment intrigué. Il s'agit du lot 63 « statuette en ivoire de cachalot, Polynésie centrale, Tahiti ? Hauteur : 6.5 cm. Datation : XVIIIè ou précédent ». Cette curiosité a fait le tour de différentes ventes depuis des années et personne n'est vraiment sûr de rien à son sujet, excepté qu'il est âgé et qu' il est taillé dans de l'ivoire de cachalot. La description du catalogue avance laconiquement que "le Muséum d'Histoire naturelle de Paris certifie en date du 7/14/05 que la matière de l'objet est de l'ivoire de cachalot". À l'annonce de cette vente, bien des collectionneurs et marchands avaient des avis plutôt divergents à son sujet. Beaucoup refusent de lui croire une origine tahitienne car la statuette aurait des épaules typiques des îles Cook. D'autres expliquent que la position des bras et des mains sont plutôt de style marquisien. Dans le dos du cou se trouve un trou indiquant qu'elle aurait été porté comme pendentif, ce que certains réfutent car si tel aurait été le cas, les zones de frottement sur le dos de la statuette seraient ailleurs. Mais encore, un important marchand d'art de New York expliquait voici bien des années qu'en réalité la statuette aurait été taillée par un marin baleinier qui aurait acquis le morceau d'ivoire de cachalot lors d'une escale dans les îles tahitiennes et expliqua que des grands collectionneurs ne l'achèteraient pas même à un bas prix. La seule chose sur laquelle tout le monde s'accorde est que l'objet est ancien et taillé dans de l'ivoire de cachalot que l'on ne trouve qu'en Polynésie centrale.
Pourtant, malgré une estimation de 20 000 à 30 000 euros, la statuette remporta une enchère étonnante de 180 000 euros, commission de Fraysse & Associés en plus !
Laurance Rudzinoff
à Paris