Tahiti-Pacifique Magazine n° 196, Août 2007

VaEa, une artiste-peintre reconnue par ses pairs

 

Entre les œuvres « primitives » de Paul Gauguin, Pablo Picasso et André Breton, l'artiste tahitienne VaEa expose trois tableaux peints et sculptés, réalisé cette année.

 

« Primitifs ? » est en effet le thème de la nouvelle exposition de l'Abbaye de Daoulas qui se tient du 25 mai au 18 novembre 2007 dans le Finistère. L'ambition de cette exposition est de rassembler, en vue d'une mise en relation des civilisations européennes et non européennes, certaines des plus rares et des plus belles œuvres relevant des arts dits « premiers », « sauvages », ou « primitifs », issues des collections privées et des musées du monde entier.

 

 Rassemblant plus de 300 objets prestigieux en provenance des plus grands musées, de collections célèbres ou ayant appartenu à des artistes &emdash; Gauguin, Picasso, Vlaminck, Breton, Malraux..., l'exposition a pour ambition de mettre en relation et faire dialoguer ces œuvres des civilisations du monde entier, de montrer que ces arts « primitifs » ne sont pas «d'ailleurs», mais renvoient à notre propre humanité.

 Le visiteur débute l'exposition par des formes simples et des figures premières qui témoignent du couple primordial au fondement du clan et de la famille. Il poursuit ce parcours par la découverte de masques (provenant notamment du Bénin, des îles Salomon, de Guinée ou de Côte d'Ivoire) qui remplissent des fonctions initiatiques ou didactiques.

La rencontre avec l'autre se poursuit sur le thème de « l'homme en son milieu » dont l'intérêt est de nous rappeler que les sociétés primitives ont souvent cherché à concilier la vie avec la nature plutôt que la domination de la nature chère à l'Occident.

Les dieux, les génies et les démons font ensuite leur apparition au travers de masques (notamment mélanésiens et amérindiens) dont les fonctions sociales et religieuses sont révélés au public. La « voie des masques » selon le terme consacré par Cl. Levi-Strauss, est en effet un des moyens privilégiés que l'homme emprunte pour accéder aux puissances qui le dépassent, pour communiquer avec le monde invisible.

« La mort en face » constitue l'avant dernier thème de ce parcours initiatique. L'exposition nous dévoile la multiplicité des rites funéraires que l'humanité et les cultures ont emprunté pour faciliter le passage dans le monde invisible. Cette étape nous montre aussi que les civilisations ont toutes cherché à ancrer leur œuvre au regard de l'histoire, se fédérant autour d'univers mentaux et structurant leur société autour de valeurs communes.

 La dernière partie de l'exposition intitulée « Œuvres de beauté », clos l'ensemble de ce parcours initiatique. Elle constitue la synthèse de la découverte des œuvres primitives venant des cinq continents. C'est ici, entre les œuvres de Fernand Léger et Yves Klein que s'ancrent celles de VaEa.

Passée du surréalisme, à l'hyperréalisme, VaEa offre aujourd'hui une peinture métisse alliant l'art et la sculpture primitive qu'elle a puisé dans ses racines polynésiennes et une forme de peinture originale et contemporaine.

 

Le premier tableau est lui-même sculpté d'un grand masque Baga des rivières du Sud et représente le peintre Henri Matisse. C'est d'ailleurs le premier grand masque africain acquis par le créateur du surréalisme et dont s'inspire André Breton dans son roman « Nadja ». Cette toile sculptée de VaEa est un véritable cadeau car elle nous permet d'y distinguer des symbolismes et des références échappant au commun des mortels.

Le second tableau de VaEa (à droite) représente des sculptures peu connues de Gauguin et l'autoportrait qu'il offrira à Van Gogh, où « tous les rouges, les violets, rayés par des éclats de feu comme une fournaise rayonnant aux yeux, siège des luttes de la pensée du peintre. Le tout sur un fond chrome pur, parsemé de bouquets enfantins » écrira-t-il à Schuffenecker.

Enfin, le dernier tableau, presque une icône, nous laisse découvrir Pablo Picasso et sa sculpture marquisienne (qui a aussi appartenu à Guillaume Apollinaire). Le tiki et le buste d'Apollinaire associés à un peintre au travail nous invitent à puiser dans nos racines les plus profondes pour exprimer l'essentiel, c'est-à-dire ce qui ne se laisse pas voir au premier coup d'œil

 

Ainsi, si les arts primitifs sont généralement des arts fonctionnels, VaEa nous montre par ses productions et son talent, que les arts sont aussi une volonté d'expression. En mêlant sculpture et peinture, VaEa exprime une manière originale d'être-au-monde et de créer « un nouveau monde ». Au travers de la série de trois tableaux qu'elle nous propose, elle exprime l'indicible, explore la face nocturne (te pô) de notre monde, donne une clé pour saisir notre destin qui, forcément nous mène à la mort.

Mais pas n'importe quelle mort ! Pour VaEa, celle-ci est nécessairement un aboutissement, une régénérescence, donc un passage vers l'inconnu. Fidèle à la tradition polynésienne, VaEa nous rappelle que « te ao » (le monde visible) et « te pô » (le monde invisible) sont partie liées. Comprendre les beautés océaniennes terrestres, c'est nécessairement saisir l'insaisissable. Une inlassable quête exprimée avec brio par une artiste reconnue par ses pairs.

Vetea BAMBRIDGE

 

Note : Si vous ne l'avez pas encore visitée, l'exposition se tient dans le Finistère jusqu'au 18 novembre 2007. Un catalogue de l'exposition est disponible aux éditions SEPIA, diffusée par l'Abbaye de Daoulas et par Sepia Distribution. Les autres œuvres de VaEa sont également visible sur le site internet : www.vaea.biz