Tahiti-Pacifique Magazine n° 208, août 2008
Nouveau roi à Tonga et Lavelua à Wallis
Fastueux et fascinant couronnement au royaume de Tonga
Le nouveau roi des îles Tonga, Siaosi (George) Tupou V, 60 ans, a été intronisé le 30 juilletà Nuku'alofa, la capitale de ce royaume polynésien du Pacifique sud. Ce couronnement a commencé par une cérémonie traditionnelle rassemblant quelque 200 chefs et notables et le monarque a reçu en cadeau des dizaines de porcs et des centaines de paniers de nourriture, ensuite offerts à la population. Une autre cérémonie, modelée selon le modèle occidental de Westminster, s'est tenue le lendemain.
George Tupou V est le 23è roi d'une "dynastie" censée avoir été fondée au XVIIè siècle. Il a ainsi officiellement succédé à son père Taufa'ahau Tupou IV, mort en septembre 2006 après 41 années de règne. Son couronnement, initialement prévu en août 2007, avait été reporté à cause des émeutes de novembre 2006 où des pillages qui avaient suivi une manifestation en faveur de la démocratie avaient détruit le centre de la capitale. Huit personnes avaient été tuées dans l'incendie.
La première rencontre entre les Tongiens et les Occidentaux a eu lieu à Tongatapu en 1773, lors du passage du capitaine Cook. Il baptisa l'archipel « îles des Amis » (Friendly Islands) en raison de l'accueil chaleureux qu'il y avait reçu. En 1845, les îles furent unies en un royaume et devinrent une monarchie constitutionnelle en 1875, puis un protectorat britannique le 18 mai 1900. Tonga est le seul archipel de Polynésie et du Pacifique Sud qui n'a jamais été une colonie. En 1970, la Grande-Bretagne annula son protectorat et Tonga devint un membre du Commonwealth. En fait, le royaume de Tonga est la version réussie du système que le pasteur Pritchard voulait mettre en place avec la reine Pomare IV à Tahiti, c'est-à-dire une monarchie autochtone étroitement « guidée » par l'Eglise, système que copiera par la suite l'Eglise catholique avec succès sur les îles voisines de Wallis et Futuna.
L'archipel des Tonga est situé à 4 000 kilomètres à l'ouest de Tahiti et compte quelque 100 000 habitants.
Cecouronnement est exceptionnel (le précédent eut lieu en 1967) et peut-être est-ce le dernier du genre, vu l'état actuel fragile de cette monarchie dans un pays très pauvre où une majorité de jeunes doivent s'exiler pour trouver du travail. Ne polémiquons donc pas sur le coût de cette cérémonie (plus de 400 millions Fcfp -3,2M ¤ -, dit-on) mais admirons les images de cet harmonieux mélange de traditions polynésiennes et britanniques.
A.d.P.
Un grand merci à "Joe" de Tonga qui nous a fourni les images.
Nouveau lavelua pour Wallis
Le nouveau monarque (lavelua) de l'île de Uvea (Wallis), Kapeliele Faupala, a été intronisé le vendredi 25 juillet au palais Sagato Soane de Mata utu. Le représentant de l'Etat a été le premier à le saluer, sous le regard bienveillant de Monseigneur Lolesio Fuahea, l'ancien évêque de Wallis et Futuna où l'Eglise catholique est toujours omniprésente. Cette petite monarchie est lovée au sein de la République française depuis 1961, date à laquelle le Territoire abandonna son statut de protectorat et de théocratie pour adopter son actuel statut de territoire d'outremer. Un statut qui accorde une place prépondérante à la coutume polynésienne, très proche de celle du royaume de Tonga. La seconde entité du Territoire de Wallis & Futuna, l'île voisine de Futuna, est régie par deux autres rois.
Le nouveau lavelua, fonctionnaire des travaux publics retraité, est âgé de 68 ans et père de 11 enfants. Il a été le premier ministre du précédent roi, Tomasi Kulimoetoke, décédé en avril 2007. En avril 2005, alors que premier ministre, Kapeliele Faupala fit partie de la délégation qui a contesté la décision du tribunal de première instance condamnant le petit-fils de l'ancien roi pour homicide involontaire. Ce refus de la justice républicaine par le Palais fut à l'origine du soulèvement d'une partie de la population qui dégénéra en de graves troubles sociaux qui ont secoué l'île.
Ainsi, depuis 2005, l'île est divisée en deux clans, celui des rénovateurs favorables à une révision générale de ce statut et contestant par ailleurs l'ancien et l'actuel roi, et celui des conservateurs, largement majoritaire, les fidèles au Palais. C'est donc avec soulagement que la majeure partie de la population accueillit le nouveau monarque avec une traditionnelle cérémonie de kava royal d'investiture (kava amo) qui n'avait plus été tenue depuis 1959, date de l'intronisation du précédent roi qui a ensuite régné pendant 48 ans sur cette petite île polynésienne du Pacifique.
La paix sociale, si elle n'est pas pour autant évidente, sera sans doute le premier cheval de bataille du nouveau lavelua car les rénovateurs ne sont pas prêts à abandonner leurs revendications.
Makalita BRINGOLD à Mata Utu
Un plan de kava entier a été nécessaire pour la réalisation de la cérémonie du kava royal d'investiture (kava amo). Comme la dernière cérémonie de ce genre remonte à 1959, tous les orateurs pouvant témoigner par tradition orale de son protocole
spécifique ont aujourd'hui disparu, le maître de cérémonie (molofaha) s'est basé sur les écrits d'un prêtre catholique... ce qui a lancé une polémique autour de la tradition orale et écrite et de la pertinence de mettre tout par écrit, mais aussi au sujet d'une
certaine tendance à figer la culture.