TAHITI-PACIFIQUE Magazine
N° 225 Janvier 2010

Editorial

Autonomie = « gestion inefficace, non rentables et gaspillage »

L’événement majeur du mois de décembre en Polynésie française est certainement le vote de la loi sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires par le parlement, malgré l’absence des élus de Tahiti. Une indemnisation qui concernera les personnels militaires et civils et les populations qui, irradiés, ont développé un cancer. Une liste de 18 maladies, établie par l’Onu, sera appliquée. L’Etat admet donc enfin ce qu’il a dénié, pourfendu depuis 50 ans, accusant les détracteurs d’antipatriotisme. Il était temps.

Pendant ce temps, la situation économique à Tahiti continue de se détériorer, ce qui n’empêche pas notre “caste” de continuer à se “gaver” avec les fonds publics… lire en pages intérieures.
Un triste phénomène qui se révèle être aussi la norme dans tous les petits Etats insulaires du Pacifique. Mr John Hayes, le président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement de Nouvelle-Zélande, l’a dévoilé en novembre lors d’un discours prononcé à l’Institut des Affaires internationales. Ses propos cinglants à l’égard de la politique des gouvernements des îles du Pacifique méritent d’être mémorisés, soulignés.
Il faut expliquer ici que la Nouvelle-Zélande a accordé l’autonomie de gestion (“self government”) à trois Etats dont elle avait la tutelle : les îles Cook, Niue et le Tokelau dont les habitants ont la nationalité kiwi et peuvent émigrer dans ce pays.  Et qu’elle subventionne aussi des Etats tels que Samoa, Tonga, le Kiribati et Tuvalu. La ville d’Auckland et sa banlieue comptent une population polynésienne supérieure à celle de toutes les îles du Pacifique.
Mr Hayes a d’abord expliqué les politiques des dernières décennies appliquées par les gouvernements de Nouvelle-Zélande successifs. En fait, c’est une critique de l’aide accordée à l’ensemble des îles du Pacifique. Par exemple, il a demandé les raisons pour lesquelles les populations des îles du Pacifique ont été chassées de chez elles pour aller chercher une vie meilleure en Nouvelle-Zélande. Pour y répondre, il accuse fermement la mauvaise gouvernance dans ces îles, mais aussi la politique bien intentionnée mais peu judicieuse de la part des gouvernements néo-zélandais qui n’a pas pris connaissance - ou choisi d’ignorer - la gabegie de l’aide reçue par ces îles. Et il étaye ses accusations avec des faits concrets. Ainsi « le nombre d’habitants des Îles Cook, de Niue et des Tokelau qui a élu domicile en Nouvelle-Zélande démontre sans équivoque que le moment est venu de reconnaître que le modèle « d’autonomie » accordée à ces gouvernements n’a pas apporté de richesse et des services sociaux pour les populations, car il ne fonctionne que pour leurs élites politiques et bureaucratiques… Une forte majorité de ces communautés a voté avec ses pieds, plus de 90% des Îles Cook et 98% de Niue ont émigré. Dans une communauté restante de 1200 personnes sur l’île, Niue garde toujours 20 membres à son parlement. Un député a été élu avec six voix exprimés. Si la ville d’Auckland avait la proportion d’élus des Îles Cook, elle aurait alors 2400 membres au parlement… Aucune communauté ne peut se permettre un tel niveau de représentation. Le problème fondamental est que la grande caste politique et bureaucratique n’a pas créé la richesse ou les services que leurs communautés désirent… Les contribuables néo-zélandais sont fâchés : le gouvernement du pays fournit près de 40 millions de dollars NZ [2 milliards Fcfp] chaque année en aide à moins de 3000 personnes vivant aux îles Tokelau et à Niue. Ceci, à un moment où un nombre croissant de jeunes mères et pères en Nouvelle-Zélande ont de plus en plus de difficulté à joindre les deux bouts. »
Hayes poursuit son accusation « Le modèle d’auto gouvernance a créé des gestions inefficaces, non rentables et de gaspillage », et d’y rajouter la gabegie des incessantes conférences des organismes régionaux tels la Communauté du Pacifique (CPS), le Forum des Îles du Pacifique [si cher à Flosse et Temaru], le Fer de Lance mélanésien, etc., toutes financées par les pays donneurs occidentaux (dont la France) : « La mode d’une multitude de réunions régionales, combinée avec les indemnités journalières payées aux participants selon le barème de l’ONU, a créé des incitations financières pour les dirigeants de la région et leurs fonctionnaires. Ils augmentent ainsi leurs revenus grâce à des déplacements constants, plutôt que de se pencher sur les problèmes de leurs pays et de la prestation de services, notamment en éducation, santé et d’infrastructures pour leurs populations… Le parlement des îles Cook a même voté une loi déclarant que révéler combien les parlementaires dépensent lors de leurs voyages est un crime… Le modèle [de l’autonomie] a encouragé Niue à embaucher environ 90% de sa population âgée de 18 à 60 ans dans sa fonction publique. Depuis trop longtemps, les fonctionnaires de la région ont utilisé les fonds d’aide pour créer de la bureaucratie. »
Voilà un signal d’alarme ferme pour Niue, Tokelau et les îles Cook. La critique de M. Hayes expose clairement la façon dont ceux-ci ont trahi leurs mandats en dilapidant les fonds obtenus, de manière à ce que pratiquement rien de cet argent ne filtre jusqu’à la population. Pas étonnant que tant de gens de ces îles, où ils se trouvent exclus de l’aide que s’est accaparé “une caste”, font leurs valises pour aller vivre en Nouvelle-Zélande.
L’évidence qui ressort clairement de ce nouveau réalisme néo-zélandais est celle que les aides accordées aux îles du Pacifique par les pays développés ne contribuent nullement à établir une bonne gouvernance, mais à créer des bureaucraties pléthoriques. La Polynésie française n’est-elle pas un autre exemple…?

Ceci dit, chers lecteurs, permettez-nous de vous souhaiter une bonne et prospère années 2010, avec plein de bonheur. Nos remerciement les plus sincères vont à nos lecteurs si fidèles, ainsi qu’à nos annonceurs, sans lesquels ce magazine ne pourrait exister.

 Alex W. du PREL
Directeur de la publication
 
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