TAHITI-PACIFIQUE Magazine
N° 226 Février 2010
Editorial
Vital ou… mortel ?
En l’an 67 après Jésus Christ, l’empereur Néron aurait joué de la lyre,
dit-on, en regardant Rome brûler. En l’an 2010, le président du moment
de Tahiti, Gaston Tong Sang crée de nouvelles administrations publiques
alors que son Pé’i agonise, écrasé sous le poids financier de sa
bureaucratie privilégiée et pléthorique.
Tenons-nous des propos excessifs ? Jugez par
vous-même : parti d’une Polynésie exsangue pour Paris en
compagnie d’un bataillon de ministres, conseillers et belles
secrétaires pour aller taparu (faire la manche) auprès de la
« solidarité nationale », notre président a rendu
visite au charmant ministre parisien de l’Ecologie, de l’Energie, du
développement durable et de la Mer, Jean-Louis Borloo. Il lui
a exposé la « politique du pays » pour la
relance économique qui comporte notamment « la création de
l’Institut de la mer », mais encore, comme l’a révélé J.L
Borloo, la création « à juste titre une agence
polynésienne de l’énergie », ce pourquoi le président tahitien
et le ministre français se sont « donc mis d’accord sur un
processus de soutien et de co-financement. C’est évidemment vital pour
la Polynésie », précise le communiqué officiel.
Ainsi donc, ce serait donc la création de deux nouvelles structures
administratives, un Institut de la Mer et une Agence polynésienne de
l’Energie - et cela alors qu’on vient juste de créer le mois dernier
une « Maison de la Perle » - qui va relancer
l’économie moribonde de Tahiti ?
On croit rêver ! La seule relance perceptible sera celle de
l’embauche des rejetons de la « caste », notre
nomenklatura locale, lesquels leurs études terminées n’acceptent que
des emplois de fonctionnaires offrant un cocon protecteur “béton”et le
double des salaires du secteur privé. Faut bien continuer à faire son
habituel shopping à Los Angeles, non ?
Et cela alors que de plus en plus de chefs de familles de Tahiti ont
perdu leurs emplois, ne peuvent plus payer leur loyer, n’ont aucun
revenu pour se nourrir (le RMI n’existe pas à Tahiti), sombrant ainsi
dans la plus grande misère. Beaucoup ont perdu leu emploi non seulement
à cause de la crise mondiale, mais aussi parce que les petites
entreprises sont surchargées de nouveaux impôts et taxes, levées ces
dernières année justement pour payer la ribambelle de fonctionnaires.
Alors qu’en 1998 on osait encore parler de « Tahiti, paradis
fiscal », aujourd’hui c’est devenu « Tahiti, enfer
fiscal ».
Pourtant, nombre de syndicats et associations, religieuses comme
civiles, lancent depuis des mois des cris d’alarme. En
septembre, le syndicat A Tia I Mua expliquait que dans un contexte
économique de crise, les assistantes sociales sont tous les jours
confrontées à des situations d’urgence, que et cela alors que les
demandes d’aide alimentaire ont augmenté de 20%, que 40 % des loyers
OPH (sociaux) sont impayés, que des personnes peuvent avoir 2 à 3
millions d’arriérés de loyer et sont sur le point d’être expulsées.
Tout cela alors que les budgets de fonctionnement (mais pas les
salaires) du social ont déjà diminué de 15% en 2009.
En octobre, l’association Te Tia Ara alertait les élus sur le
« magnifique désastre » de la politique en matière de
santé en Polynésie française, mise en danger par les irresponsabilités
des décideurs politiques qui ont puisé dans les fonds de la CPS (la
Sécu locale) pour subventionner les salaires. Et de vouloir ensuite
augmenter encore le impôts sous prétexte qu’il « faut sauver
le système de santé ». Il dénonce cette
« mascarade » et « la complicité de
certains grands syndicats avec le système de
« gabegie » des prélèvements sociaux des
salariés » en constatant que « ce sont les
consommateurs patients et les familles qui vont payer… » Te
Tia Ara constate que « le Gouvernement est le jouet des riches
qui défendent leurs intérêts sur le dos des familles et des
consommateurs » et que « la population va devoir payer pour
l’incompétence de ceux qui nous gouvernent et qui prennent les
décisions sans assumer les conséquences ». Te Tia Ara rappelle
que « le système de corruption actuel n’a [pas] été mis hors
d’état de nuire » et qu’il faut « arrêter de taper et
de tuer le consommateur car à force il n’en restera aucun pour assurer
vos salaires et privilèges ».
Malgré la crise grave, malgré la banqueroute de plus en plus évidente
du Pé’i, les gouvernements à répétition n’ont pas baissé leurs honteux
salaires, privilèges et dépenses… bien au contraire.
Alors, M. le président Sarkozy, vous qui voulez réformer le mode de
scrutin à Tahiti, il ne reste qu’une solution : donnez-nous la
possibilité de barrer les noms de candidats indésirables qui
réapparaissent toujours, telle une malédiction, sur les listes des
bulletins de vote. C’est le seul moyen, qui serait d’ailleurs très
populaire, d’enfin de nous débarrasser des “pourris” qui ont détruit ce
si beau pé’i.
J’aiguise déjà mon crayon !
Bonne lecture et merci pour votre fidélité.
Alex W. du PREL
Directeur de la publication
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