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Sous le sable et le corail, la radioactivité

Sous le sable et le corail, la radioactivité
La France, avec ses 210 essais nuclé-aires (17 au Sahara algérien entre 1960 et 1966, puis 193 en Polynésie de 1966 à 1996), n’a pas encore révélé tous ses secrets, comme l’expose une nouvelle étude "Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie - Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires", réalisée par Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, et Jean-Marie Collin, co-porte-parole de ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) France. Les deux auteurs affirment que les générations actuelles et futures, et par conséquent l’environnement du sud de l’Algérie, restent soumis aux déchets, notamment radioactifs, présents sur ces sites. Publiée par la Fondation Heinrich Böll, cette étude dresse ainsi un premier inventaire de ce qui a été volontairement laissé (déchets non radioactifs, matériels contaminés par la radioactivité, matières radioactives issues des explosions nucléaires) et enfouies sous le sable,"du simple tournevis contaminé par la radioactivité, aux avions et chars". L’analyse montre également comment le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui inclut des obligations positives (articles 6 et 7), est une réponse pour faire évoluer cette problématique humanitaire et sanitaire.

Et en Polynésie française ?

Dans le rapport, il est noté à propos des essais nucléaires en Polynésie : "Plus de vingt-cinq ans après, les atolls ont été certes « nettoyé » des déchets visibles, mais la radioactivité demeure au cœur des dizaines de puits creusés. L’atoll de Moruroa (dont une partie de l’île menace de s’effondrer, voir notre photo ci-dessous d’une faille sur le platier corallien, ndlr) nécessite désormais une surveillance constante. En effet, un système de surveillance géo-mécanique (programme Telsite) analyse en permanence les mouvements sismiques du lagon, celui-ci n’étant plus stable à cause des détonations nucléaires. Et de certifier : "Le risque est réel. Outre le relâchement d’une quantité astronomique de radioactivité dans le Pacifique, il existe aussi le risque, pour les populations civiles vivant aux abords du lagon de Tureia (situé à une centaine de kilomètres), de l’arrivée (en moins de dix minutes) d’une vague géante de 3 mètres. Les associations polynésiennes Moruroa e tatou et 193 travaillent activement pour que l’histoire ne soit pas oubliée et que les populations affectées puissent enfin être reconnues comme des victimes."

Une dépollution de "surface"

Aussi, que ce soit à Hao, Rikitea, Moruroa, Fangataufa ou Tureia, l’État français a réalisé simplement une dépollution "de surface" (retrait de camions, hangars, blockhaus, ferraille, etc.), visant à effacer plutôt les stigmates visibles de la période des essais nucléaires. Mais la radioactivité, elle, ne se voit pas… Lors de notre enquête à Hao (lire TPM n° 403 du 22 mars 2019), nous rappelions comment les avions militaires “Vautour” décollaient de l’atoll, avec notamment pour mission de prélever des échantillons dans le nuage radioactif pendant les explosions atomiques atmosphériques, puis revenaient sur zone afin d’être simplement “nettoyés” à grands jets d’eau, d’où la présence, aujourd’hui encore, de plutonium sous les dalles en béton. Cinq "Vautour" ont été tellement contaminés que l’Armée a dû les immerger dans l’océan. Malheureusement, à l’instar de ces petits coins de paradis sacrifiés, Hao a été un énorme dépotoir industriel : des fusées, des réacteurs et surtout de très nombreux fûts de déchets divers avec des potentialités de contamination radioactive se trouvent toujours sous l’eau. Quant aux sols, ils sont pollués par du plutonium, des métaux lourds, des hydrocarbures et du pyralène.
Que ce soit au Sahara ou en Polynésie française, le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables ni immergé sous le corail. Quand est-ce que l’État français passe à l'action ?

Dominique Schmitt

GRAND PROJET - Village tahitien cherche foncier à tout prix…

GRAND PROJET - Village tahitien cherche foncier à tout prix…
Alors que les auditions des futurs investisseurs s’enchaînent, le Pays accélère les acquisitions foncières à prix d’or, faisant paradoxalement d’Outumaoro les terres les plus chères de Polynésie.

En août 2015, le gouvernement avait déclaré le projet du Mahana Beach comme d’utilité publique. Une procédure qui permet d’exproprier les quelques propriétaires privés concernés par ce qui était alors un projet "flosso-pharaonesque" et qui a connu quelques déboires. Entre les contentieux des uns et les résistances des autres, le projet ripoliné et rebaptisé Village tahitien a avancé par à-coups. Alors que le Pays étudie les offres des investisseurs locaux suite aux désistements des consortiums étrangers, la maîtrise foncière, encore incomplète, se fait désormais à coup de centaines de millions.
C’est en 2017 que le chéquier va être sorti une première fois. Le Pays, par le biais de TNAD (Tahiti Nui aménagement et développement), acquiert la première parcelle qui correspond à un terrain en bas de la RDO où sont commercialisés des véhicules d’occasion. La transaction se fait alors autour de 55 700 Fcfp le mètre carré pour une terre loin du lagon en bord de voie rapide. Début 2020, c’est une petite maison et son terrain de quelque 900 m2 qui sont acquis par Grands Projets de Polynésie pour installer les bureaux du futur chantier de l’autre côté de l’ancien hôtel Bel-Air. Une habitation vieillotte à désamianter qui, selon nos informations, a été récupérée à 60 800 Fcfp le mètre carré à la famille à l’origine de l’annulation de l’ordonnance d’expropriation. Des prix de référence et une inflation sur lesquels s’est probablement appuyée la cour d’appel de Papeete dans un arrêt du 4 juin dernier pour calculer l’indemnité d’autres propriétaires concernés par le Village tahitien, mais cette fois-ci du côté de la Marina Taina. La juridiction a ainsi considéré qu’il fallait indemniser les ayants-droit à hauteur de 65 500 Fcfp le mètre carré. Alors que la première pierre n’est pas encore posée, les prix de l’immobilier à Outumaoro flambent pour un projet dont l’utilité publique n’a pas été révisée depuis sa version Village tahitien. Avec près de 900 millions de Fcfp déjà versés pour une maîtrise foncière encore incomplète, les possibilités de retour en arrière s’avèrent désormais difficiles.

AUTORITÉ POLYNÉSIENNE DE LA CONCURRENCE - Jacques Mérot plaide une "situation financière précaire", le TA n'est pas dupe : il est débouté !

AUTORITÉ POLYNÉSIENNE DE LA CONCURRENCE - Jacques Mérot plaide une "situation financière précaire", le TA n'est pas dupe : il est débouté !
La requête de l’ancien président de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC), qui contestait sa démission d’office, a été rejetée, le 17 août dernier, par le tribunal administratif (TA).

Jacques Mérot souhaitait sa réintégration dans ses fonctions par un référé s’appuyant sur "l’urgence" de sa demande, ainsi que sur "le doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées", qui "le privent de l'intégralité de sa rémunération (2,3 millions de Fcfp par mois, ndlr) à compter de leur prise d'effet, le 4 août 2020". Et son avocat d’argumenter : "Elles le placent dans une situation financière précaire, tant qu’il ne se trouve pas réintégré dans son corps d'origine. La pension de retraite de son épouse est limitée à un montant de 247 905 Fcfp. Ils supportent d’importantes charges mensuelles incompressibles tenant à la scolarité de leur fils étudiant et au remboursement des emprunts souscrits pour l’acquisition de trois appartements. Ces décisions portent atteinte à son honneur et sa réputation professionnels."

L’ex-président de l’APC ne manque pas d'air ! Désavoué par son propre collège et fustigé par la presse spécialisée pour "manque d’impartialité" et "violation du principe de séparation des pouvoirs entre les fonctions de jugement et celles d’instruction" dans plusieurs dossiers, M. Mérot se plaint de la baisse de son train de vie et il faudrait s’apitoyer alors qu'il va bénéficier d'un "parachute doré" en touchant désormais 800 000 Fcfp par mois ? On croit rêver…

"Il est constant que M. Mérot ne sera pas, comme il le soutient, privé de rémunération"

Sa plaidoirie n’a pas convaincu, non plus, le nouveau président du tribunal administratif, d’autant que M. Mérot lui a servi un double discours en essayant de le persuader qu’il était "à la rue" alors qu’il possède justement trois biens immobiliers, dont certains sont en location. Il constate : "D’une part, il ressort des pièces du dossier que les autorités de la Polynésie française ont placé l’intéressé en congé annuel jusqu’au 24 août puis en congés administratifs jusqu’au 24 octobre 2020, en lui assurant durant cette dernière période le maintien de la rémunération correspondant à son grade, jusqu’à la fin de son détachement et sa réintégration auprès des services de la Cour des comptes. Dans ces conditions et sans qu’il y ait lieu de s’interroger en l’état sur la légalité de ces décisions de mises en congés, il est constant que M. M. ne sera pas, comme il le soutient, privé de rémunération. D’autre part, il ressort également des pièces du dossier que M. M., étant notamment démissionné d’office par décision unanime des membres du collège de l’Autorité polynésienne de la concurrence, la Polynésie française est fondée à soutenir que la suspension des décisions attaquées et son retour à la tête de cette institution en affecterait gravement le fonctionnement."

Pour finir, Jacques Mérot a essayé une énième fois de jouer les victimes en parlant des articles de Tahiti Pacifique comme s’inscrivant dans une campagne de presse dénigrante à son égard. Nous le remercions pour le coup de pub, et rappelons que nous nous évertuons simplement à faire toute la lumière sur l’actualité et faire bouger les lignes. Aujourd'hui, l'APC peut enfin travailler en toute quiétude, au service des consommateurs polynésiens.

Tahiti Moorea Sailing : Convivialité et authenticité

Tahiti Moorea Sailing : Convivialité et authenticité
Pour l’édition 2020, 19 voiliers et une centaine de personnes ont pris part à la Tahiti Moorea Sailing qui a eu lieu fin juillet. L’objectif de cet événement était "avant tout d’accueillir les plaisanciers internationaux en escale à Papeete, leur montrer ce qu’est le légendaire accueil polynésien, et leur donner l’opportunité le temps d’un week-end de découvrir le va’a, les sports traditionnels, les danses, les musiques, l’artisanat et le ma’a tahiti", explique Stéphanie Betz d’Archipelagoes. Tous ont été charmés par l’ensemble des associations sportives ou culturelles et les prestataires de Moorea venus à leur rencontre en baie de Opunohu. Cela a été aussi l’occasion d’une belle rencontre entre ces plaisanciers et 16 résidents, qui ont eu la chance d’embarquer sur ces voiliers internationaux et ont pu ainsi, le temps d’une journée en mer, découvrir un peu mieux ce qu’est la plaisance internationale. Un échange culturel bénéfique à tous après ces mois de confinement au mouillage…
D.S.

Fixit Tahiti : Un nouveau référent consomm’action

Fixit Tahiti : Un nouveau référent consomm’action
#atelier #réparation #tahiti #recyclage sont les hashtags-référence de la nouvelle page Facebook "Fixit Tahiti" créée pendant
le confinement. Tout nouvel atelier de réparation local et engagé, son créateur incite les gens à lui confier leurs objets cassés avant qu’ils ne partent à la poubelle. Soudure, perçage, meulage, dépannage d’un véhicule, d’une tondeuse, d’un ventilateur, d’un rice-cooker ou d’une planche de wakeboard, il y en a pour tous les besoins. Organisateur de séjours pour une clientèle haut de gamme, Rodolphe Vinh-Tung est justement un ancien champion du monde de wakeboard. Mais la période de confinement l’a poussé à se tourner vers sa formation initiale de mécanicien. "Mon père avait raison. Il voulait absolument que je décroche mon diplôme de mécanicien avion. « Tu verras, ça te servira un jour ! », disait-il." Son activité de tourisme VIP restant en veille jusqu’à nouvel ordre, cela offre à Rodolphe l’opportunité de se réinventer.

"Basé sur une passion pour la création, la mécanique et le travail manuel, Fixit est bien plus qu’un atelier de réparation. Mes motivations premières, en cette période d’incertitude, sont l’entraide et le partage. Je souhaite offrir un service de proximité éco-friendly" qui déjouerait le gaspillage et la surconsommation, précise Rodolphe. Car grâce à son atelier, celui que tout le monde appelle Rodo espère faire changer les mentalités, notamment sur la gestion des déchets. "Aujourd’hui, nous savons qu’il va falloir arrêter de trop consommer et de tout jeter. Devenons responsables et respectueux de notre environnement, de nos voisins, des gens, de l’avenir de nos enfants", explique l’entrepreneur.

V.D.

Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?

Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?
b[Grande plume et chroniqueur des "Pages d’Histoire" dans Tahiti Pacifique, l’historien Jean-Marc Regnault publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lance la série "Rivalités et moins si affinités" : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur.]b

En 2004, Jean-Marc Regnault publiait Le Pouvoir confisqué qui analysait le combat entre Gaston Flosse et Oscar Temaru. Un gros succès de librairie… Seize ans plus tard, l’auteur se demande si le combat entre les deux adversaires politiques était sérieux. Dès 2007, malgré les rapports accablants de la Cour des Comptes, malgré les procès (suite aux plaintes déposées par Oscar Temaru), les deux hommes se retrouvaient pour chasser Gaston Tong Sang du pouvoir, avant de reprendre une lutte apparemment sans merci.
En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment de ce qu’ils ont pratiqué au pouvoir ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.

Pourquoi avez-vous sorti ces deux livres simultanément, hasard ou actualité ?
"Ces deux hommes ont profondément marqué la vie politique locale. Même s’ils occuperont encore une place non négligeable, le moment était venu de rédiger deux essais politiques qui tentent de comprendre leur idéologie profonde, leurs ressorts, leurs réussites et leurs faiblesses.
Comme l’un ne peut se comprendre sans l’autre (et vice-versa), il était nécessaire de publier les livres en même temps. Le projet était né en 2019 et il aurait dû voir le jour en avril dernier, mais la Covid-19 en a décidé autrement…"

Quel est le fil rouge : Gaston Flosse et Oscar Temaru sont-ils les "meilleurs ennemis" ?
"C’est bien le problème. Avais-je eu raison en 2004 de croire qu’ils étaient aux antipodes l’un de l’autre ? En 2007, par exemple, alors que les rapports de la Cour des comptes et de la Chambre territoriale des comptes accablaient G. Flosse et que la justice répondait favorablement aux plaintes déposées par O. Temaru, ce dernier profitait de l’aubaine et passait un accord avec son adversaire (le fameux accord connu sous le nom de 7/7/7). La quatrième de couverture du volume sur Temaru montre une photo de G. Flosse embrassant O. Temaru qu’il avait fait élire président au détriment de G. Tong Sang (13 septembre 2007). La quatrième de couverture du volume sur Flosse montre la situation inverse : O. Temaru embrasse G. Flosse après lui avoir permis de retrouver (provisoirement) la présidence (23 février 2008).
Et aujourd’hui, l’ambiguïté est entretenue. Vont-ils s’entendre ? N’est-ce pas G. Flosse qui s’aligne progressivement sur Temaru ? (défense de Pouvana’a, critique des essais nucléaires, critiques contre ce qui serait une nouvelle forme de colonialisme, doutes sur la valeur de l’autonomie…)."

Que pensez-vous de "l’acharnement" de l’État sur Temaru d’un côté et le "mépris" pour Flosse de l’autre ?
"Il semblerait que la justice agisse toujours à contretemps en Polynésie, tantôt trop indulgente, tantôt trop sévère. Se pose un éternel problème : peut-on juger en Polynésie comme on le ferait en Bretagne ou Alsace ? La justice peut-elle ignorer l’histoire locale et les sentiments profonds de la population ?"

Propos recueillis par Dominique Schmitt

Six "oiseaux" de la rue prennent leur envol

Crédit photo : Dominique Schmitt
Si le Père Christophe est réputé pour ses "coups de gueule" sans langue de bois, il est aussi très prolixe lorsqu’il s’agit d’annoncer des coups de cœur ; c’est d’ailleurs le principe de ses "Humeurs du P.K. 0". C’est ainsi qu’il nous apporte un peu de chaleur en nous informant que six "oiseaux" de la rue ont "retrouvé le chemin de l’espérance" ces derniers jours. Deux d’entre eux ont bénéficié d’un Contrat d’aide à l’emploi (CAE) classique et se retrouvent ainsi embauchés dans leurs entreprises ; les quatre autres ont obtenu un CAE pro, spécifique aux sans-abri, mis en place par le Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelles (Sefi), qui leur a permis ensuite d’entamer un CAE classique. "Reste pour eux, aujourd’hui, l’épineux problème du logement", souligne cependant le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete. Et de partager encore une bonne nouvelle : "Notre étudiante de la rue – même si désormais elle ne l’est plus – va décrocher sa licence en reo mā’ohi." Par ailleurs, Père Christophe nous fait part d’une "autre nouvelle réjouissante, tout en étant inquiétante" :
cinq personnes sans domicile fixe (SDF) ont "signé la Croix bleue pour arrêter de consommer de l’ice". L’homme d’église détaille : "Nous nous réjouissons de cette prise de conscience, et nous savons qu’ils seront fidèles à leur engagement ! Mais combien d’autres sont touchés par ce fléau ? Où se procurent-ils cette « merde » ? Là justement où il y a le projet de reconstruire le Centre de jour ! Tout ceci nous conforte dans l’idée qu’il faut absolument reconstruire l’Accueil Te Vai-ete ’āpī dans une zone moins peuplée… En tout état de cause, réjouissons-nous de cette dynamique qui se met en place au cœur même des sans-abri. Un travail de longue haleine… mais pas vain."

(D.S.)

Des habitants de Huahine se disent "persécutés"

Crédit photo : DR
L’île de Huahine est réputée pour sa beauté, mais aussi pour sa tranquillité et l’accueil de ses habitants. Alors, lorsqu’un collectif de résidents nous contacte pour signifier qu’une pétition de plus de soixante signataires a été lancée contre les violences subies, on tombe des nues ! Dans un courrier adressé au procureur de la République, mais également au maire de Huahine et au commandant de la gendarmerie, il est écrit : "Nous sommes persécutés, j’ai bien dit PERSÉCUTÉS, non le mot n’est pas trop fort. Nos maisons sont visitées la nuit, pour certains plusieurs fois. Des personnes se font agresser par des jeunes complètement alcoolisés et drogués, pour le moment seulement verbalement, mais jusqu’à quand ? Nous sommes obligés de nous barricader, nous ne dormons plus, nous sursautons au moindre bruit." Le collectif déplore par ailleurs que les appels lancés depuis leur île aboutissent "à Papeete", car "ce sont eux (les gendarmes) qui se chargent d’avertir Huahine", ce qui fait "une heure pour que Huahine intervienne". Les habitants demandent ainsi au procureur d’exercer "sa "mission de protection de la population en donnant aux gendarmes les moyens de lutter efficacement contre ces fléaux, et ce avant qu’un accident plus grave n’arrive".

(D.S.)

Le jus polynésien de plus en plus déconcentré

Crédit photo : Greg. Boissy
Depuis quelques années, la production d’ananas est insuffisante pour couvrir les besoins de la production locale de jus. Un constat récurrent lié à la fois à l’arrêt des cultures par un gros producteur, mais également à la volonté des agriculteurs d’écouler leur production sur les marchés locaux, où les prix de vente sont plus élevés, plutôt qu’à destination de l’industrie agroalimentaire. Pour pallier ce déficit de fruits, le Pays autorise depuis 2015 l’importation de jus d’ananas concentré et de concentrés d’ananas "destinés à être utilisés exclusivement pour la fabrication de boissons par les fabricants locaux de jus et boissons aux fruits". Cette importation ne peut se faire que "par dérogation" et "sous réserve de la production d’une licence d’importation". Cette possibilité, initialement ouverte pour une période de six mois à compter du 1er juillet 2015, a été renouvelée pour un semestre, à compter du 1er juillet 2017. Plus récemment, en 2019, la possibilité d’importation était ouverte pour une période de huit mois, à compter du 1er mai 2019. Le 5 juin dernier, le conseil des ministres a décidé de faire perdurer un dispositif qui était initialement prévu "par dérogation". L’importation autrefois strictement interdite de concentré sera de nouveau possible en 2020 pour cinq mois, à compter du 1er mai 2020.

300 tonnes de concentré importées en quelques mois

Si l’ouverture des importations est de plus en plus fréquente, les volumes concernés sont difficiles à connaître. La Direction générale des affaires économiques (DGAE) indique accorder les licences sans comptabiliser les volumes, et les données douanières sont éparses. Les importations de ces jus concentrés destinés à la fabrication sont en effet autorisées sous plusieurs nomenclatures douanières. Elles peuvent être très larges et vagues, comme le code 21.06.90.90 "Préparations alimentaires" et recouvrir d’autres produits. Le code 20.09.49.00, lui, précise l’importation de "jus d’ananas, non fermentés, sans addition d’alcool, avec ou sans addition de sucre ou d’autres édulcorants, d’une valeur Brix excédant 20". La valeur Brix correspond au taux de concentration en sucre et ce qui renvoie à des jus très concentrés destinés à la dilution. En 2015 et en 2017, il avait ainsi été importé respectivement 127 et 106 tonnes de ce type de concentré, en provenance d’Espagne principalement. En 2019, ce sont 76 tonnes qui sont arrivées depuis la Thaïlande. Plus de 300 tonnes en quelques mois, achetées environ 240 Fcfp le kilo, pour être diluées dans les chaînes de production. Avec la réouverture des importations pour 2020, ce sont sûrement des centaines d’hectolitres de jus qui, après dilution, pourront être produites localement avec peut-être une estampille "Made in Fenua".

(S.P.)

Oscar Temaru : "Tout est dans Tahiti Pacifique, il faut le lire, toute la vérité est là !"

 Devant le palais de justice et alors qu’il a entamé une grève de la faim, le maire de Faa’a et président du Tavini invite la population à lire Tahiti Pacifique dont l’édition spéciale du 29 mai a été consacrée au sujet explosif du nucléaire. Crédit photo : Greg. Boissy
Invité du journal télévisé sur Polynésie la 1ère, le 7 juin, dans le cadre de l’affaire Radio Tefana, le maire de Faa’a et président du Tavini Huiraatira, a dénoncé une "décision tout à fait injustifiée, aberrante" à propos de la "saisie pénale" de 11,55 millions de Fcfp sur son compte, estimant qu’il était dans son droit de bénéficier de la protection fonctionnelle prévue dans ses missions. "C’est de l’acharnement, c’est du harcèlement. Comment expliquer autrement ?", a déclaré Oscar Temaru, estimant une nouvelle fois que cette enquête était "un règlement de compte" de l’État à la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU et à la plainte pour crime contre l’humanité à l’encontre de la France. "Ce genre d’action est mené contre des trafiquants d’ice qui risquent de s’enfuir. On pense peut-être que je vais m’enfuir en Colombie, au Venezuela ou ailleurs ?", a regretté le leader indépendantiste, qui a décidé, dès le lendemain, d’entamer une grève de la faim.
Interrogé ensuite sur la bataille de textes autour du seuil de 1 millisievert et la notion de "risque négligeable" menée par le gouvernement au sujet du nucléaire, Oscar Temaru a également fait l’apologie de votre magazine préféré : "J’aimerais tout simplement dire merci à Bruno Barrillot (spécialisé dans le suivi des armes et du nucléaire, il a été notamment cofondateur de l’Observatoire des armements en 1984 et a conseillé aux victimes civiles et militaires, en France, en Polynésie française et en Algérie, de se rassembler pour exprimer leurs revendications : l’Association des vétérans des essais nucléaires – l’Aven – et Moruroa e tatou ont ainsi été créées en 2001, ndlr), qui a fait un film sur Moruroa, avec des témoins métropolitains qui ont travaillé à Moruroa ; j’aimerais également dire merci à Ghislain Houzel, un ancien ingénieur du CEA (Commissariat à l’énergie atomique, ndlr). Tout est dans Tahiti Pacifique, il faut le lire, il dit la vérité ! Mais cela ne fait rien, vingt-cinq après l’arrêt des essais nucléaires, toute la vérité est là… Le reste, c’est du marchandage, du tripotage politique !" Depuis le 8 juin, le chef de file du Tavini demande au procureur de la République, Hervé Leroy, de le recevoir, en vain. Se considérant comme "une victime de la justice coloniale", M. Temaru a promis de revenir "tous les jours" devant le palais de justice.

Teua Temaru : "On se tient debout et on va résister"

Pour rappel, M. Fritch est également passé à la barre en 2016 pour "prise illégale d’intérêts" dans l’affaire Radio Maohi. Il n’avait pas alors écopé de peine d’inéligibilité mais avait été condamné à 2 millions de Fcfp d’amende pour avoir attribué 15 millions de Fcfp de subventions à la radio politique du Tahoeraa, lorsqu’il était maire de Pirae en 2007. La Justice en Polynésie est-elle à deux vitesses ? Ce qui est certain, c’est que l’État est assis sur une poudrière et joue avec le feu... Les militants rangés derrière leur metua n’attendent qu’un signe de sa part. D’ailleurs, révoltée, Teua Temaru, la fille d’Oscar, a prévenu : "S’il lui arrive quoi que ce soit, le procureur devra répondre de ses actes devant tout le nūna’a (« peuple », ndlr), pas devant le tribunal, pas devant la Justice. Il ne faudra pas qu’il s’étonne quand ce monsieur (Oscar Temaru, 75 ans, 1,70 m, 64 kilos, ndlr) va fermer les yeux, plus personne ne sera là pour maintenir la paix dans ce pays, et le sang va couler ! Et ce sera la faute du procureur, du procureur général et de tous les autres assis couchés debout qui ne font que le jeu de l’État. Alors, maintenant, on dit « ça suffit ! ». On se tient debout et on va résister." (D.S.)

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Bas les masques !

Bas les masques !
Le spectre de la grève générale qu’a laissé planer l’intersyndicale en début de mois aura eu le mérite de démasquer les autorités. Lors des négociations avec les organisations syndicales et patronales, le Pays et l’État ont dû s’expliquer, sans pouvoir, cette fois, se défiler ; et leurs discours n’ont cessé de changer à propos de leur gestion de la crise Covid, allant jusqu’à se contredire. Après avoir exigé le confinement général de la population et mis l’activité économique à l’arrêt, puis rouvert d’un coup nos frontières pour sauver le tourisme extérieur, on nous dit aujourd’hui que le virus circule et qu’il n’y a plus besoin de multiplier les tests, puisque sa propagation est trop importante. Reste donc à “attendre l’immunité collective et, bien sûr, le vaccin”, voilà le nouveau discours officiel, qui, en parallèle, répète à l’envi que la Polynésie a déployé “l’un des dispositifs de sécurité sanitaire les plus complets au monde (sic)”. Le nombre de cas confirmés liés au coronavirus a franchi la barre des 1 000, les premiers morts ont été annoncés, les foyers de contagion se répandent désormais dans les quartiers populaires, l’économie locale est exsangue et la crise sociale, bien réelle… Notre fenua est passé de Covid-free à free Covid… Tout ça pour ça !
Désormais, au bord du précipice, nul autre choix que de nous endetter davantage pour rebâtir la Polynésie de demain, avec le plan de relance “Cap 2025” concocté dans son coin par M. Rohfritsch, Vice-président et ministre de l’Économie et des finances. Un programme quinquennal, avec une échéance courte de cinq ans, qui semble pourtant trop ambitieux, de l’avis des spécialistes. Mais ce problème ne sera pas celui de Teva, mais celui de son successeur... ayant démissionné le lendemain pour sa course aux sénatoriales 2020 ! Doudou est perdu, et Dodo s’en remet à Macron qui, lui, s’étouffe derrière son masque. Au pays de l’oncle Sam, Donald n’est pas en reste, puisqu’il aurait sciemment minimisé l’épidémie, selon les révélations du journaliste américain Bob Woodward, pour “ne pas faire paniquer la population” et “donner la priorité à l’économie”. Ainsi font, font, font, les petites marionnettes. Ainsi font, font, font, trois p’tits tours et puis s’en vont…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT