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Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?

Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?
b[Grande plume et chroniqueur des "Pages d’Histoire" dans Tahiti Pacifique, l’historien Jean-Marc Regnault publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lance la série "Rivalités et moins si affinités" : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur.]b

En 2004, Jean-Marc Regnault publiait Le Pouvoir confisqué qui analysait le combat entre Gaston Flosse et Oscar Temaru. Un gros succès de librairie… Seize ans plus tard, l’auteur se demande si le combat entre les deux adversaires politiques était sérieux. Dès 2007, malgré les rapports accablants de la Cour des Comptes, malgré les procès (suite aux plaintes déposées par Oscar Temaru), les deux hommes se retrouvaient pour chasser Gaston Tong Sang du pouvoir, avant de reprendre une lutte apparemment sans merci.
En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment de ce qu’ils ont pratiqué au pouvoir ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.

Pourquoi avez-vous sorti ces deux livres simultanément, hasard ou actualité ?
"Ces deux hommes ont profondément marqué la vie politique locale. Même s’ils occuperont encore une place non négligeable, le moment était venu de rédiger deux essais politiques qui tentent de comprendre leur idéologie profonde, leurs ressorts, leurs réussites et leurs faiblesses.
Comme l’un ne peut se comprendre sans l’autre (et vice-versa), il était nécessaire de publier les livres en même temps. Le projet était né en 2019 et il aurait dû voir le jour en avril dernier, mais la Covid-19 en a décidé autrement…"

Quel est le fil rouge : Gaston Flosse et Oscar Temaru sont-ils les "meilleurs ennemis" ?
"C’est bien le problème. Avais-je eu raison en 2004 de croire qu’ils étaient aux antipodes l’un de l’autre ? En 2007, par exemple, alors que les rapports de la Cour des comptes et de la Chambre territoriale des comptes accablaient G. Flosse et que la justice répondait favorablement aux plaintes déposées par O. Temaru, ce dernier profitait de l’aubaine et passait un accord avec son adversaire (le fameux accord connu sous le nom de 7/7/7). La quatrième de couverture du volume sur Temaru montre une photo de G. Flosse embrassant O. Temaru qu’il avait fait élire président au détriment de G. Tong Sang (13 septembre 2007). La quatrième de couverture du volume sur Flosse montre la situation inverse : O. Temaru embrasse G. Flosse après lui avoir permis de retrouver (provisoirement) la présidence (23 février 2008).
Et aujourd’hui, l’ambiguïté est entretenue. Vont-ils s’entendre ? N’est-ce pas G. Flosse qui s’aligne progressivement sur Temaru ? (défense de Pouvana’a, critique des essais nucléaires, critiques contre ce qui serait une nouvelle forme de colonialisme, doutes sur la valeur de l’autonomie…)."

Que pensez-vous de "l’acharnement" de l’État sur Temaru d’un côté et le "mépris" pour Flosse de l’autre ?
"Il semblerait que la justice agisse toujours à contretemps en Polynésie, tantôt trop indulgente, tantôt trop sévère. Se pose un éternel problème : peut-on juger en Polynésie comme on le ferait en Bretagne ou Alsace ? La justice peut-elle ignorer l’histoire locale et les sentiments profonds de la population ?"

Propos recueillis par Dominique Schmitt

Six "oiseaux" de la rue prennent leur envol

Crédit photo : Dominique Schmitt
Si le Père Christophe est réputé pour ses "coups de gueule" sans langue de bois, il est aussi très prolixe lorsqu’il s’agit d’annoncer des coups de cœur ; c’est d’ailleurs le principe de ses "Humeurs du P.K. 0". C’est ainsi qu’il nous apporte un peu de chaleur en nous informant que six "oiseaux" de la rue ont "retrouvé le chemin de l’espérance" ces derniers jours. Deux d’entre eux ont bénéficié d’un Contrat d’aide à l’emploi (CAE) classique et se retrouvent ainsi embauchés dans leurs entreprises ; les quatre autres ont obtenu un CAE pro, spécifique aux sans-abri, mis en place par le Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelles (Sefi), qui leur a permis ensuite d’entamer un CAE classique. "Reste pour eux, aujourd’hui, l’épineux problème du logement", souligne cependant le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete. Et de partager encore une bonne nouvelle : "Notre étudiante de la rue – même si désormais elle ne l’est plus – va décrocher sa licence en reo mā’ohi." Par ailleurs, Père Christophe nous fait part d’une "autre nouvelle réjouissante, tout en étant inquiétante" :
cinq personnes sans domicile fixe (SDF) ont "signé la Croix bleue pour arrêter de consommer de l’ice". L’homme d’église détaille : "Nous nous réjouissons de cette prise de conscience, et nous savons qu’ils seront fidèles à leur engagement ! Mais combien d’autres sont touchés par ce fléau ? Où se procurent-ils cette « merde » ? Là justement où il y a le projet de reconstruire le Centre de jour ! Tout ceci nous conforte dans l’idée qu’il faut absolument reconstruire l’Accueil Te Vai-ete ’āpī dans une zone moins peuplée… En tout état de cause, réjouissons-nous de cette dynamique qui se met en place au cœur même des sans-abri. Un travail de longue haleine… mais pas vain."

(D.S.)

Des habitants de Huahine se disent "persécutés"

Crédit photo : DR
L’île de Huahine est réputée pour sa beauté, mais aussi pour sa tranquillité et l’accueil de ses habitants. Alors, lorsqu’un collectif de résidents nous contacte pour signifier qu’une pétition de plus de soixante signataires a été lancée contre les violences subies, on tombe des nues ! Dans un courrier adressé au procureur de la République, mais également au maire de Huahine et au commandant de la gendarmerie, il est écrit : "Nous sommes persécutés, j’ai bien dit PERSÉCUTÉS, non le mot n’est pas trop fort. Nos maisons sont visitées la nuit, pour certains plusieurs fois. Des personnes se font agresser par des jeunes complètement alcoolisés et drogués, pour le moment seulement verbalement, mais jusqu’à quand ? Nous sommes obligés de nous barricader, nous ne dormons plus, nous sursautons au moindre bruit." Le collectif déplore par ailleurs que les appels lancés depuis leur île aboutissent "à Papeete", car "ce sont eux (les gendarmes) qui se chargent d’avertir Huahine", ce qui fait "une heure pour que Huahine intervienne". Les habitants demandent ainsi au procureur d’exercer "sa "mission de protection de la population en donnant aux gendarmes les moyens de lutter efficacement contre ces fléaux, et ce avant qu’un accident plus grave n’arrive".

(D.S.)

Le jus polynésien de plus en plus déconcentré

Crédit photo : Greg. Boissy
Depuis quelques années, la production d’ananas est insuffisante pour couvrir les besoins de la production locale de jus. Un constat récurrent lié à la fois à l’arrêt des cultures par un gros producteur, mais également à la volonté des agriculteurs d’écouler leur production sur les marchés locaux, où les prix de vente sont plus élevés, plutôt qu’à destination de l’industrie agroalimentaire. Pour pallier ce déficit de fruits, le Pays autorise depuis 2015 l’importation de jus d’ananas concentré et de concentrés d’ananas "destinés à être utilisés exclusivement pour la fabrication de boissons par les fabricants locaux de jus et boissons aux fruits". Cette importation ne peut se faire que "par dérogation" et "sous réserve de la production d’une licence d’importation". Cette possibilité, initialement ouverte pour une période de six mois à compter du 1er juillet 2015, a été renouvelée pour un semestre, à compter du 1er juillet 2017. Plus récemment, en 2019, la possibilité d’importation était ouverte pour une période de huit mois, à compter du 1er mai 2019. Le 5 juin dernier, le conseil des ministres a décidé de faire perdurer un dispositif qui était initialement prévu "par dérogation". L’importation autrefois strictement interdite de concentré sera de nouveau possible en 2020 pour cinq mois, à compter du 1er mai 2020.

300 tonnes de concentré importées en quelques mois

Si l’ouverture des importations est de plus en plus fréquente, les volumes concernés sont difficiles à connaître. La Direction générale des affaires économiques (DGAE) indique accorder les licences sans comptabiliser les volumes, et les données douanières sont éparses. Les importations de ces jus concentrés destinés à la fabrication sont en effet autorisées sous plusieurs nomenclatures douanières. Elles peuvent être très larges et vagues, comme le code 21.06.90.90 "Préparations alimentaires" et recouvrir d’autres produits. Le code 20.09.49.00, lui, précise l’importation de "jus d’ananas, non fermentés, sans addition d’alcool, avec ou sans addition de sucre ou d’autres édulcorants, d’une valeur Brix excédant 20". La valeur Brix correspond au taux de concentration en sucre et ce qui renvoie à des jus très concentrés destinés à la dilution. En 2015 et en 2017, il avait ainsi été importé respectivement 127 et 106 tonnes de ce type de concentré, en provenance d’Espagne principalement. En 2019, ce sont 76 tonnes qui sont arrivées depuis la Thaïlande. Plus de 300 tonnes en quelques mois, achetées environ 240 Fcfp le kilo, pour être diluées dans les chaînes de production. Avec la réouverture des importations pour 2020, ce sont sûrement des centaines d’hectolitres de jus qui, après dilution, pourront être produites localement avec peut-être une estampille "Made in Fenua".

(S.P.)

Oscar Temaru : "Tout est dans Tahiti Pacifique, il faut le lire, toute la vérité est là !"

 Devant le palais de justice et alors qu’il a entamé une grève de la faim, le maire de Faa’a et président du Tavini invite la population à lire Tahiti Pacifique dont l’édition spéciale du 29 mai a été consacrée au sujet explosif du nucléaire. Crédit photo : Greg. Boissy
Invité du journal télévisé sur Polynésie la 1ère, le 7 juin, dans le cadre de l’affaire Radio Tefana, le maire de Faa’a et président du Tavini Huiraatira, a dénoncé une "décision tout à fait injustifiée, aberrante" à propos de la "saisie pénale" de 11,55 millions de Fcfp sur son compte, estimant qu’il était dans son droit de bénéficier de la protection fonctionnelle prévue dans ses missions. "C’est de l’acharnement, c’est du harcèlement. Comment expliquer autrement ?", a déclaré Oscar Temaru, estimant une nouvelle fois que cette enquête était "un règlement de compte" de l’État à la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU et à la plainte pour crime contre l’humanité à l’encontre de la France. "Ce genre d’action est mené contre des trafiquants d’ice qui risquent de s’enfuir. On pense peut-être que je vais m’enfuir en Colombie, au Venezuela ou ailleurs ?", a regretté le leader indépendantiste, qui a décidé, dès le lendemain, d’entamer une grève de la faim.
Interrogé ensuite sur la bataille de textes autour du seuil de 1 millisievert et la notion de "risque négligeable" menée par le gouvernement au sujet du nucléaire, Oscar Temaru a également fait l’apologie de votre magazine préféré : "J’aimerais tout simplement dire merci à Bruno Barrillot (spécialisé dans le suivi des armes et du nucléaire, il a été notamment cofondateur de l’Observatoire des armements en 1984 et a conseillé aux victimes civiles et militaires, en France, en Polynésie française et en Algérie, de se rassembler pour exprimer leurs revendications : l’Association des vétérans des essais nucléaires – l’Aven – et Moruroa e tatou ont ainsi été créées en 2001, ndlr), qui a fait un film sur Moruroa, avec des témoins métropolitains qui ont travaillé à Moruroa ; j’aimerais également dire merci à Ghislain Houzel, un ancien ingénieur du CEA (Commissariat à l’énergie atomique, ndlr). Tout est dans Tahiti Pacifique, il faut le lire, il dit la vérité ! Mais cela ne fait rien, vingt-cinq après l’arrêt des essais nucléaires, toute la vérité est là… Le reste, c’est du marchandage, du tripotage politique !" Depuis le 8 juin, le chef de file du Tavini demande au procureur de la République, Hervé Leroy, de le recevoir, en vain. Se considérant comme "une victime de la justice coloniale", M. Temaru a promis de revenir "tous les jours" devant le palais de justice.

Teua Temaru : "On se tient debout et on va résister"

Pour rappel, M. Fritch est également passé à la barre en 2016 pour "prise illégale d’intérêts" dans l’affaire Radio Maohi. Il n’avait pas alors écopé de peine d’inéligibilité mais avait été condamné à 2 millions de Fcfp d’amende pour avoir attribué 15 millions de Fcfp de subventions à la radio politique du Tahoeraa, lorsqu’il était maire de Pirae en 2007. La Justice en Polynésie est-elle à deux vitesses ? Ce qui est certain, c’est que l’État est assis sur une poudrière et joue avec le feu... Les militants rangés derrière leur metua n’attendent qu’un signe de sa part. D’ailleurs, révoltée, Teua Temaru, la fille d’Oscar, a prévenu : "S’il lui arrive quoi que ce soit, le procureur devra répondre de ses actes devant tout le nūna’a (« peuple », ndlr), pas devant le tribunal, pas devant la Justice. Il ne faudra pas qu’il s’étonne quand ce monsieur (Oscar Temaru, 75 ans, 1,70 m, 64 kilos, ndlr) va fermer les yeux, plus personne ne sera là pour maintenir la paix dans ce pays, et le sang va couler ! Et ce sera la faute du procureur, du procureur général et de tous les autres assis couchés debout qui ne font que le jeu de l’État. Alors, maintenant, on dit « ça suffit ! ». On se tient debout et on va résister." (D.S.)

Route du Sud : le projet relancé discrètement

Crédit photo : Dominique Schmitt
Le Journal officiel du 12 mai dernier nous apprend que le projet de Route du Sud, devant relier Punaauia à Afaahiti, est relancé dans le cadre d’un appel d’offres pour la réalisation d’opérations topographiques et d’images aériennes. L’association Mata Atea s’insurge : "Notre gouvernement veut reprendre un projet autodestructeur et couvrir de goudron
500 hectares de notre patrimoine naturel et culturel, lequel devrait être la base d’une économie durable !" Et de s’interroger : "Quand investirons-nous, enfin, dans la reconstruction et le développement de notre secteur primaire, base du tourisme de notre époque, à l’instar, par exemple, de la Nouvelle-Zélande ? Mata Atea va réagir !" Mata Atea se dit ainsi choquée, surtout dans ce contexte de pandémie du Covid-19…
L’association fustige : "Monsieur Anthony Géros, seul opposant politique à ce projet sur Paea depuis 2003, tient à dénoncer le fait que le gouvernement n’a toujours pas tiré les véritables leçons de la crise sanitaire qui a plongé l’économie de notre fenua dans la récession en l’espace de seulement deux mois. Il ajoute à cet effet, qu’au lieu de gaspiller 180 milliards de Fcfp dans du goudron, il aurait mieux fallu mobiliser ces fonds sur des projets d’investissement productif du secteur primaire afin de faire évoluer rapidement notre économie de comptoir vers une économie d’autosuffisance alimentaire durable." Dans notre numéro consacré à ce sujet brûlant (lire TPM
n° 418 du 18 octobre 2019), le ministre de l’Équipement, René Temeharo, évoquait
"533 parcelles pour 334 hectares pour les besoins en matière foncière" et garantissait notamment "une étude d’impact environnemental". M. Temeharo promettait également : "La construction de la Route du Sud permettra de canaliser le flot de véhicules en transit dans les communes traversées et ainsi, d’atténuer la pression sur la route de ceinture existante pour la requalifier vers sa vocation de « desserte communale » et la réserver à une circulation douce, transports en commun, vélos, piétons…"
(D.S.)

Les SDF déconfinés, "sans tambour ni trompette"

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Nouveau coup de gueule du Père Christophe qui regrette, dans ses "Humeurs du P.K.0", que l’on déconfine les sans-abris "sans tambour ni trompette" et "dans la solitude". Les "centres de déconfinement" fermant les uns après les autres, les SDF retournent ainsi à la rue et sous les ponts, sans que personne ne se soucie de leur sort. Le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete, qui œuvre pour leur cause depuis plus de 25 ans, commente l’actualité avec toute l’ironie qui le caractérise : "Quel contraste avec l’ouverture très médiatique de ces centres… Au diable le travail accompli par ces petites mains qui se sont démenées pour accompagner les sans-abris durant ce temps de confinement (infirmières, assistantes sociales…). Désormais l’actualité est ailleurs… Qu’importe, l’essentiel est que la population se souvienne des images fortes de l’ouverture de ces centres avant le retour aux urnes ! Les sans-abris, eux, ont l’habitude… des promesses sans lendemain !" Encore un tacle adressé à la classe politique, qui n’a pourtant toujours pas pipé mot ni bougé le petit doigt. Mais on le sait, nul n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.
(D.S.)

Nomination d'Hervé Dubost-Martin à la TEP : un retour au fenua qui intrigue…

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Hervé Dubost-Martin, l’ancien P-dg d’EDT-Engie (2008-2015), vient d’être nommé par le gouvernement en tant que représentant du Pays au sein du conseil d’administration (CA) de la société d’économie mixte locale (SEML) Transport d’énergie électrique de Polynésie (TEP). Cette nomination est actée dans le cadre du "Plan de transition énergétique 2015-2030", qui a pris un retard considérable (lire notre dossier "Énergies renouvelables : le Pays se hâte lentement…", TPM n°429 du 20 mars 2020), mais, pour l’heure, nul ne sait quelle sera la mission exacte de
M. Dubost-Martin. En coulisses, il se dit qu’il pourrait remplacer Antonio Perez au poste de président du CA de la TEP, dont l’élection est imminente. Pour rappel, il avait été décoré de l’ordre de Tahiti Nui par Édouard Fritch (photo ci-contre). Cependant, cette nouvelle n’a pas ravi l’ensemble de l’opinion publique, de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux criant même au "scandale" et à la "provocation", arguant que "cela permettra à Engie d’avoir la mainmise totale sur l’électricité en Polynésie".
On se souvient en outre que Valentina Cross a accusé ouvertement l’ancien patron d’EDT de corruption. L’élue UPLD rapportait en effet comment il avait tenté d’acheter sa voix au sein du Syndicat pour l’électrification des communes du Sud de Tahiti (Secosud) : "C’est un fare va’a flambant neuf pour la commune de Teva i Uta et le recrutement par EDT Engie de mon frère comme coach de l’école de va’a communale que M. Dubost-Martin, ex-P-dg de EDT Engie, m’a promis, en échange du retrait immédiat de mon recours contre la reconduction illégale du monopole de Secosud jusqu’en 2030. (…) Un marché de fourniture et de distribution d’électricité juteux à 1,4 milliard de Fcfp par an sur quatre communes du Sud à reconduire coûte que coûte jusqu’en 2030, ça vaut bien la distribution de cette petite sucette, non ?", avait-elle lâché. Avant d’ajouter : "La corruption est une réalité dans notre pays et tous les élus sans exception sont une proie pour de tels prédateurs sans scrupules." M. Dubost-Martin s’était alors fendu d’un droit de réponse pour dénoncer "des propos diffamatoires" et "un manque d’objectivité total". L’ambiance s’annonce électrique !
(D.S.)

La CPME propose un plan de sauvetage du tourisme

La CPME propose un plan de sauvetage du tourisme
Depuis le début de la crise du Covid-19, la Confédération des petites et moyennes entreprises en Polynésie française (CPME), emmenée par Christophe Plée, se montre très active, défendant bec et ongles les emplois au fenua. La première à demander au gouvernement le confinement de la population afin d’éviter la propagation du virus, elle est partie aussi au front pour réclamer le déconfinement depuis que l’épidémie semble maîtrisée, et ce, afin de relancer notre économie. Ainsi, elle a accueilli "avec satisfaction" les décisions prises le 12 mai dernier, qui reprennent les demandes officielles exprimées dans son dernier courrier envoyée au vice-président, le 7 mai, en faveur de la réouverture des entreprises telles que les bars, les discothèques, les salles de sport et les cinémas. Désormais, la CPME souhaite aller plus loin en proposant un plan de sauvetage du tourisme polynésien, qui est "au point mort", par le biais de la convention "Fenua Pass", qui pourrait être passée entre les acteurs du tourisme, le Pays et l’État. Cette opération a pour objectif de "recréer de l’activité touristique endogène et permettrait la réouverture de nos structures hôtelières et des prestataires de services du secteur du tourisme". Une initiative brillante qui mérite d’être saluée.
(D.S.)

Les professionnels du livre pleurent la disparition de leur doyenne Manuella Luciani

Crédit photo : Lire en Polynésie
"C’est une fervente défenseur du livre en général, et du livre local en particulier, qui nous quitte aujourd’hui... Merci pour ce noble engagement et ce soutien inconditionnel pendant toutes ces années !" (Au Vent des îles). Le 5 mai dernier, Manuella Luciani, née Klima, figure emblématique de la librairie historique de Papeete a laissé les professionnels et les amoureux du livre orphelins. Les hommages n’ont pas tardé à fleurir : "Manuella incarne la librairie Klima. Cette librairie chère au cœur des Polynésiens qui a fêté ses 80 ans en 2016", note l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles. "Toujours coquette dans sa robe locale et sa fleur dans les cheveux, elle exerçait son métier avec passion. Ses lunettes posées sur le bout du nez, elle conseillait avec plaisir les clients dans le choix de leurs ouvrages. C’est sans doute cette proximité avec le public et l’ambiance familiale du lieu qui ont permis à la librairie de traverser tant d’années", témoignent les Éditions des Mers Australes.
Car si la librairie a fièrement traversé les années depuis sa fondation en 1936 par le père de Manuella, elle n’en était pas moins menacée par une potentielle fermeture. En 2016, Manuella avait déjà évoqué ses difficultés, "confrontée à la baisse de fréquentation et à la concurrence avec Amazon". Si à l’époque, elle avait évoqué la possibilité de fermer boutique, Manuella avait finalement continué à gérer sa librairie pendant trois ans avant de prendre sa retraite en 2019. Or, la même année, la fermeture d’Archipels, seconde librairie historique de Papeete, avait retenti comme une sonnette d’alarme. "Ce qui est plutôt dommageable, ce n’est pas tellement le fait qu’elles arrêtent. C’est surtout qu’il n’y a pas de repreneurs", s’était déjà exprimé Patrick Chastel, président de l’association Tāparau  dans les colonnes de Tahiti Infos. Pour l’heure, nous ne savons pas encore ce que la famille de la regrettée Manuella décidera, mais il nous semble important de se poser la question de l’avenir du livre en Polynésie, tant les librairies sont de formidables soutiens au secteur de l’édition locale.
Assistons-nous à la chronique d’une mort annoncée des librairies indépendantes et familiales de Polynésie ? Est-ce là un clap de fin ? En tout cas, c’est probablement une page qui se tourne : un "monument" du secteur du livre en Polynésie qui risque de disparaître. Pourvu que des passionnés se manifestent, proposant un concept de libraire nouvelle génération, à l’image de ces petites librairies indépendantes qui fleurissent en Métropole, proposant événements, animations et ateliers autour du livre, et même parfois de petits salons de thé associés. Mais pour l’instant, l’heure est au recueillement et aux hommages. Un immense merci, Manuella, pour ton dévouement envers le livre en Polynésie.

(V.D.)

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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT