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Une femme amputée après l’attaque d’un requin à Moorea : gare à la psychose…

Une femme amputée après l’attaque d’un requin à Moorea : gare à la psychose…
Après l’attaque d’une touriste métropolitaine de 35 ans par un requin longimane, le 21 octobre dernier, l’incompréhension demeure. Il faut dire que les attaques de squales sont rarissimes en Polynésie, le dernier drame remontant à 1972. Alors que la jeune femme s’était mise à l’eau au large de la baie de Opunohu, à Moorea, afin d’observer les baleines, un requin océanique à aileron blanc, appelé ici parata, a surgi des profondeurs et a mordu la victime aux deux avant-bras et au sein gauche. Elle nageait pourtant en groupe et était accompagnée d’une guide expérimentée. Pierrick Seybald, président de l’association de protection des requins Ma’o Mana Foundation, explique : "Les parata suivent les bancs de globicéphales parce qu’ils mangent leurs excréments, donc quand on voit des globicéphales, on sait qu’il y a sans doute des parata pas loin." Selon lui, il est possible de se mettre à l’eau avec des parata, mais en observant des règles de prudence : "Il faut toujours garder un contact visuel avec le requin, avoir un langage corporel approprié, avec des guides qui savent les rediriger". Face à la psychose qui grandit au fenua, l’humoriste Nilo Gima en a profité pour interpeller l'opinion sur les féminicides : "Une femme attaquée par un requin à Tahiti (2e fois en 40 ans), effroi, horreur, angoisse… 110 femmes (124 en Métropole au 22 octobre et trois vahine mortes en 2018, ndlr) tuées par leur conjoint en 2019, silence." Toutefois, ce drame aussi tragique qu’inattendu nous rappelle que la mer reste un environnement comportant toujours une part de risques et qu'une battue ou une chasse au requin, comme certains l’ont suggéré sur les réseaux sociaux, ne servirait à rien. En revanche, cessons les comportements stupides et inconscients, tels que l’on a pu le voir dans une vidéo où des locaux nagent avec des orques, et respectons ces animaux sauvages.

D.S.

Route du Sud : une marche de protestation le 11 novembre

Crédit photo : Dominique Schmitt
Afin de contester le projet de la "Route du Sud", présenté en exclusivité dans notre précédente édition (lire TPM n° 418 du 18 octobre), une marche sera organisée par l’Église protestante mā’ohi, le lundi 11 novembre (jour férié), à Paea. Pour rappel : plus de 500 riverains sont menacés d’expropriation pour la construction de 2 x 2 voies rapides entre Punaauia et Taravao, une opération qui coûtera 140 milliards de Fcfp à la collectivité.
(D.S.)

Viande de chien : les talents cachés de Tupaia

Crédit photo : DR
Suite à la publication de notre enquête sur la consommation de viande canine en Polynésie (lire TPM n° 416 du 20 septembre 2019), Robert Koening, responsable des Éditions Haere Pō, nous a transmis un court extrait culinaire qui coïncide avec le 250e anniversaire du passage de l’Endeavour, le navire du célèbre explorateur James Cook, dans nos eaux. Vous pouvez ainsi découvrir ci-après l’art de la cuisine de Tupaia, qui n’est pas seulement un expert en navigation ! Ce texte, écrit par Joseph Banks (le richissime naturaliste à bord) et traduit par Véronique Larcade (maître de conférences en histoire moderne à l’Université de la Polynésie française), est extrait de Journal à Tahiti et dans les îles, de Vahitahi à Rurutu, avril-août 1769, un ouvrage à paraître à Haere Pō lors du prochain Salon du livre, du 14 au 17 novembre. "Une citation d’un jour tout à fait banal à Matavai, en juin 1769, sans aucun chichi sacrificiel…", nous indique Robert Koening.
"20 juin 1769 – Tôt ce matin, Purea et compagnie sont venus au campement, apportant une grande quantité de provisions en cadeau, dont un chien bien gras. Nous avions appris dernièrement que ces animaux étaient mangés par les Indiens qui les tiennent pour une nourriture plus délicate que le porc. C’était l’occasion ou jamais de tenter l’expérience. Le chien fut immédiatement confié à Tupaia qui, découvrant que c’était une nourriture à laquelle nous n’étions pas habitués, entreprit de faire à la fois le boucher et le cuisinier. Il tua l’animal en l’étouffant, c’est-à-dire en tenant ses mains serrées autour de la gueule et du museau, opération qui prit plus d’un quart d’heure : il se mit ensuite à le préparer d’une manière très semblable à ce que nous ferions pour un porc, en fai-sant roussir ses poils au-dessus du feu qui avait été allumé pour le rôtir, le nettoyant en le raclant à l’aide d’un coquillage. Il l’ouvrit ensuite avec le même instrument et, après avoir retiré les entrailles, la fressure et autres, il les fit porter jusqu’à la mer où on les lava le plus soigneusement possible et on les mit dans des noix de coco avec tout le sang qu’il avait trouvé à l’intérieur. Les pierres étaient à présent disposées et on déposa dessus le chien bien recouvert de feuilles ; en deux heures environ, il fut fin prêt et, dans le quart d’heure suivant, entièrement dévoré. Il constitua un plat tout à fait excellent pour nous qui, pour lors, n’avions pas le moindre préjugé à l’encontre de la nourriture, quelle qu’elle soit. […]"

b[Pour un "repas culturel équilibré"
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Comme nous l’avons écrit dans notre dossier, à la lecture de l’ouvrage de Christophe Serra Mallol, Nourritures, abondance et identité- Une socio-anthropologie de l’alimentation à Tahiti (éditions Au Vent des îles, 2010), il apparaît que les végétaux constituent la base de l’alimentation des anciens Polynésiens et que la consommation de viande n’est pas quotidienne, mais exceptionnelle, réservée aux chefs de famille à l’occasion de cérémonies. Cependant, le spécialiste en sociologie et en anthropologie de l’alimentation explique en effet : "Perçue comme répugnante en Europe, la viande de chien était jugée par les Tahitiens comme bien meilleure que celles de nos mammifères caprins européens, rejoignant par-là l’avis de Cook".
"Pour faire un repas équilibré (d’un point de vue culturel)", Robert Koening nous fait part également de ce que les marins de l’Endeavour proposent "pour ne pas gaspiller une bonne nourriture carnée abondante et disponible, alors qu’ils souffrent de la saison de pénurie de mai 1769". "24 mai 1769 – Les hommes de l’Endeavour manquent alors cruellement de viande, si bien que les marins, rapporte le premier maître Molyneux, se sont mis à chasser les canards et à attraper des rats en grande quantité, pour augmenter leur ration, ce qui dégoûte fortement les Tahitiens qui détestent en manger (Journal de Molyneux)."
À l’heure où nous écrivions ces lignes, on apprenait que la viande de chien est de retour en Chine. Les prix du cochon ayant explosé à cause de la peste porcine africaine, certains restaurants chinois dans les campagnes n’hésitent plus à proposer de la viande canine.
(D.S.)

Jean-Marc Regnault : "Peut-être dira-t-il (Emmanuel Macron) que la France a une part d’Océanie en elle"

Crédit photo : DR
Dans notre précédente édition (lire TPM n° 417 du 4 octobre, "Grandes plumes", pages 16-17), Jean-Marc Regnault réagit au discours donné par Emmanuel Macron, le 15 août dernier, à l’occasion de la célébration du 75e anniversaire du débarquement en Provence, dont la mémoire a été souvent occultée par le "grand débarquement" en Normandie. L’historien, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’Université de la Polynésie française (UPF), salue le président de la République française pour son hommage rendu aux Africains, notamment au travers de la phrase "La France a une part d’Afrique en elle".

Cependant, Jean-Marc Regnault se demande comment cela se traduira-t-il lors de la venue de M. Macron en Polynésie (annoncée en avril 2020) ? Et de s’interroger : "Peut-être dira-t-il que la France a une part d’Océanie en elle." Pour faciliter la reconnaissance de l’État, l’historien suggère ainsi au gouvernement du pays de "réinstaller les expositions sur les combattants des deux guerres mondiales" afin de ne pas oublier, à l’instar des tirailleurs sénégalais, les Tahitiens, les Néo-Calédoniens et Wallisiens qui se sont battus aux côtés de la France.
Pour que le chef de l’État français s’imprègne de l’histoire de la Polynésie française qu’il ne connaît sans doute que très imparfaitement, il pourrait en outre faire lecture de certains ouvrages cultes comme le Bataillon des guitaristes de François Broche, de Tahiti 40 d’Émile de Curton et plus récemment Tamari’i Volontaires de Jean-Christophe Shigetomi.
D’ailleurs, Jean-Christophe Shigetomi, délégué de la fondation de la France libre de la Polynésie française et président de l’association Mémoire polynésienne, est déjà à pied d’œuvre pour commémorer en 2020, comme il l’a déjà fait l’année passée pour le centenaire de la Grande Guerre, les 80 ans du ralliement des Établissements français d’Océanie (EFO) à la France Libre, qui devrait permettre la réinstallation de l’exposition "Tamari’i volontaires", des conférences et des projections, ainsi que la constitution d’une banque numérique de données sur les Tahitiens dans les guerres.

Dans ce numéro, Jean-Marc Regnault s'adresse encore au Président en lui demandant : "La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un éternel combat ?", suite à l'interdiction de consulter les archives du CEP. Une marche-arrière de l'État incompatible avec le projet de création d'un centre de mémoire, censé tourner définitivement la page du nucléaire (lire aussi La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ?). (D.S.)

Foncier : “Raivavae aux raivavae” ou la plaie de l’entre-soi

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L’île de Raivavae est devenue, malgré elle, une destination touristique incontournable pour qui chercherait l’authenticité de la Polynésie d’antan et le mana dégagée par celle-ci.
Mais la municipalité devrait être sur le point d’y mettre un gros coup d’arrêt. Contacté par notre rédaction dans un cadre tout autre, un membre du conseil municipal de Raivavae a admis avoir le projet de mettre en place un Plan général d’aménagement (PGA), ce qui lui permettrait de “contrer les ventes de terres à des étrangers.” Quand on lui demande d’expliquer la démarche que les élus communaux souhaiteraient suivre, notre interlocuteur répond : “C’est simple, nous avons été choqués de voir sur Tahiti des annonces de vente de terrains sur Raivavae sans être mis au courant. Nous allons donc mettre le PGA en vigueur, comme ça la mairie aura un droit de préemption sur les terrains mis en vente. Nous ne voulons pas plus de touristes dans des Airbnb chez nous. On veut que les terres se vendent entre raivavae (comprendre habitant de l’île de Raivavae, ndlr). On a déjà le soutien de la population, tout le monde est d’accord. Alors on verra pour mettre ça en place en 2020.” Ce projet ambitieux ne verra pas le jour de sitôt puisque les procédures d’élaboration et d’approbation du PGA prendront, au mieux, près de trois ans.
L’élu déplore d’ailleurs la volonté de “donner accès au modernisme” : “Nous, on ne veut pas que l’île ait accès à toutes ces technologies, au câble… On veut rester une île authentique. L’Homme n’est pas propriétaire de la terre. C’est la terre qui est propriétaire de l’Homme.” Sur ces paroles dignes d’une chanson de Renaud, il a clos le sujet.
(A.A.)

Raiatea : des batteries usagées stockées à ciel ouvert

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Un internaute a signalé sur les réseaux sociaux le stockage de batteries usagées, entreposées à ciel ouvert, juste au-dessus du lagon, craignant à juste titre “la libération des métaux lourds qu’elles contiennent” à l’arrivée imminente de la saison des pluies. Des déchets en tous genres sont en effet stockés sur un îlot au PK 13,9, après la rivière Tevaiuteute, sur l’île de Raiatea. Celui qui s’improvise défenseur de l’environnement écrit : “Une fois dans l’eau du lagon, les diverses substances toxiques contenues dans les métaux pénètrent les organismes vivants : poissons, crustacés, coquillages, etc, et aussi ceux des humains qui consomment les produits de leurs pêches. Les pêcheurs ont aussi constaté le blanchiment des coraux aux alentours de ce site. Nous lançons une alerte car ce qui se passe sur ce lieu de collecte des déchets est grave et met la santé des pêcheurs et des consommateurs de poissons en danger.”

(D.S.)

Sauvetage en mer : un sénateur interpelle sur l’urgence de la situation

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Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, par la Mission commune d’information sur le sauvetage en mer du Sénat, le 2 octobre dernier, le sénateur Michel Vaspart est revenu sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie.
Il rapporte : “J’ai eu l’occasion de m’arrêter en Nouvelle-Calédonie dans le cadre de la commission d’aménagement durable pour laquelle nous étions en mission biodiversité et je dois dire que nous avons été plutôt agréablement surpris, puisque la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer, ndlr) y est présente, il y a un canot qui existe depuis dix-huit mois et des bénévoles qui fonctionnent bien. Je me suis aussi arrêté en Polynésie française, et alors là, c’est vraiment un autre sujet… Je peux vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete ! C’est à peu près la même population qu’en Nouvelle-Calédonie, sauf que les îles sont beaucoup plus éparses et éloignées entre elles. La SNSM n’est pas présente, il y a donc une société de sauvetage qui s’est constituée en Polynésie avec une fédération d’associations locales. Et les maires m’ont dit clairement, comme à Hiva Oa : « Nous ne voulons pas envoyer des dons à une structure nationale sans savoir comment cela va nous être restitué. » J’ai eu aussi l’occasion de rencontrer l’amiral chargé de la flotte du Pacifique et de la sécurité (Laurent Lebreton, commandant supérieur des forces armées en Polynésie française, ndlr), avec la surprise de trouver qu’il considérait que le sauvetage en mer était à peu près bien assuré en Polynésie.
Et de poursuivre : “Lorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer les bénévoles de la société de sauvetage et vu leur équipement, je dois dire, monsieur le directeur, qu’il est grand temps de faire quelque chose ! Il y a un canot de sauvetage qui leur est promis notamment aux Marquises, et je crois que c’est ça l’urgence, nécessairement basé à Hiva Oa, qui doit assurer le sauvetage en mer mais qui assure aussi le transport sanitaire, car les îles qui sont autour n’ont pas de piste d’aviation… Donc il faut transporter les femmes qui sont enceintes, il faut transporter les personnes qui ont besoin d’aller à l’hôpital, et ça c’est aussi régalien monsieur le directeur, même si cela n’est pas directement l’État. Il y a là un vrai sujet et une urgence ! Et l’urgence, c’est maintenant, en 2020.
(D.S.)

Surf aux JO de Paris-2024 : la candidature de Tahiti au creux de la vague

Illustration de Hotu Painu
La Polynésie a officiellement transmis, le 30 septembre dernier, son dossier de candidature pour accueillir les épreuves de surf des Jeux olympiques de Paris-2024. Terre d’origine et berceau de la discipline, le fenua compte pas moins de 77 000 licenciés, soit 27 % de la population. Avec Papara et surtout Teahupo’o, spot à la réputation mondiale, Tahiti est l’unique candidat ultramarin à postuler face à quatre autres territoires : Biarritz, la communauté de communes du Pays Bigouden Sud (La Torche), le département des Landes (Hossegor, Capbreton et Seignosse) et Lacanau-Bordeaux Métropole. Si les dés ne sont pas encore jetés, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, n’a pas laissé beaucoup d’espoir en répétant récemment : "Mon opinion personnelle est que si vous avez deux candidatures ou plus, d’un même niveau sportif, je préfère clairement l’option qui est proche du centre des Jeux afin que les athlètes et les spectateurs puissent profiter de l’atmosphère des Jeux."

En effet, et nous l’écrivions déjà dans notre édito le 28 juin dernier, la destination Polynésie, aussi attrayante qu’elle puisse être pour les riders du monde entier, reste loin et chère, et surtout les vagues ne manquent pas sur la côte atlantique… Mais l’espoir est encore permis, comme nous le rappelle ce dessin réalisé par notre humoriste Hotu Painu ! Le site des compétitions de surf devrait être choisi durant le premier semestre 2020. Si le surf est définitivement confirmé au programme des Jeux de Paris en 2024, il présentera une épreuve féminine et une épreuve masculine de shortboard, comptant 24 athlètes chacune.

(D.S.)

“Under the Pole III” : trois jours sous la mer !

Crédit photo : DR
Installée à Moorea, entre les baies d’Opunohu et de Cook, à l’extérieur de la barrière de corail, la Capsule a permis aux plongeurs de l’expédition “Under The Pole III” – Ghislain Bardout, chef d’expédition, Gaël Lagarrigue et Franck Gazzola – de repousser les limites de la plongée profonde en passant trois jours et trois nuits sous la mer, du 25 au 28 septembre derniers. La réussite de ce séjour sous-marin inaugure de nouvelles immersions de longues durées dans l’habitat et le lancement de trois programmes scientifiques portant sur l’étude de la ponte des coraux, les interactions entre les espèces d’un récif corallien et la physiologie des plongeurs.

(D.S.)

"Route Jacques Chirac" : Fakarava ne verra jamais le Président…

Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Décédé le 26 septembre dernier, à l’âge de 86 ans, Jacques Chirac a marqué le monde de son empreinte. Au fenua, il est surtout l’homme politique qui a repris les essais nucléaires (six tirs de septembre 1995 à janvier 1996), avant de les arrêter définitivement. Il aura été en outre l’un des présidents français les plus proches des Polynésiens, notamment grâce à l’amitié indéfectible qu’il entretenait avec Gaston Flosse. Chacun retiendra de lui ce qu’il souhaite. Pour notre part, on repense, amusés, à la fameuse "route Jacques Chirac" à Fakarava (Tuamotu), construite par Flosse en 2003, en l’honneur de Chirac, alors en visite officielle. L’ancien président polynésien souhaitait accueillir le représentant de l’État dans sa maison située dans le sud de l’île. Coût de l’opération : 2,5 milliards de Fcfp, incluant de magnifiques lampadaires haussmanniens à 473 000 Fcfp pièce ! Au final, Chichi n’est jamais venu, mais les habitants de Fakarava ont ainsi hérité d’une magnifique route goudronnée entre les cocoteraies et l’océan, longue de
15 kilomètres et lisse comme un billard.

DS

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Pendant ce temps-là, les SDF meurent dans nos rues…

Pendant ce temps-là, les SDF meurent dans nos rues…
Il aura donc fallu que deux bébés meurent à Ua Pou en l’espace de trois ans pour que le Pays promette enfin de réagir. Après que le Fenua Enata a crié sa colère suite au décès du nourrisson de trois mois et que le corps du petit Hoane Kohumoetini a été rapatrié pour reposer en paix sur sa terre natale, le président de la Polynésie a multiplié les annonces, le 17 octobre dernier. Afin d’assurer correctement les évacuations sanitaires, un hélicoptère devrait être de nouveau affecté aux Marquises “avant juin 2020” et l’hôpital de Taiohae, à Nuku Hiva, devrait disposer prochainement d’un appareil d'échographie, ainsi que d'un scanner pour permettre des diagnostics plus pointus. Édouard Fritch a déclaré en outre qu’un navire de secours en mer verrait le jour grâce à l’inscription au budget de l’État d’une enveloppe de 36 millions de Fcfp par la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. C’est Noël avant l’heure, et on sent comme un parfum de municipales se dégager derrière chaque parole gouvernementale… D’ailleurs, le président et le haut-commissaire, en déplacement aux Marquises le week-end dernier, ont été accueillis par un collectif de 300 personnes qui ont manifesté en silence leur indignation, en attendant non pas des promesses mais des actions concrètes.

Alors, cher papa Fritch, permettez-nous de vous adresser également cette lettre un peu en avance. Yvonne, 60 ans, s’est éteinte à l’hôpital de Taaone, puis le corps d’un quadragénaire sans vie a été découvert derrière la mairie de Papara. Ces deux décès de sans domicile fixe (SDF) survenus à quelques jours d’intervalle portent à au moins 9 le nombre de personnes en grande précarité et à la rue disparues depuis le début de l’année. C’est trop, beaucoup trop à l’échelle de notre territoire avec ses 280 000 habitants ! En Métropole, ce sont 303 morts qui ont été répertoriés sur une population de 67 millions d’âmes, ce qui est déjà inacceptable. Comme nous l’écrivions dans un précédent éditorial (lire TPM n° 406 du 3 mai 2019), après la vague de solidarité qui a déferlé suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris : faut-il que la planète s’enflamme pour que nous lui venions en aide, ainsi qu’aux dizaines de milliers d’enfants, de SDF et de vieillards qui meurent chaque jour dans la plus grande indifférence ?

D’autant que ces regrettables disparitions coïncident avec le contexte tendu qui s’est instauré entre le gouvernement local et Père Christophe, depuis le discours officiel de M. Fritch devant les élus du Pays pour lequel il n’avait même pas pris la peine de se concerter avec les principaux concernés ! Le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete avait alors dénoncé “un coup médiatique, un coup politique !” (lire TPM n° 417 du 4 octobre). Dans un nouveau brûlot publié sur la page du centre d’accueil Te Vai-ete, le bienfaiteur des SDF à Tahiti n’y va pas avec le dos de la cuillère : “À quel jeu le Pays joue-t-il ? Davantage préoccupé par les conflits d’intérêts personnels, les querelles de pouvoir entre cabinets ministériels et la lâcheté de ceux qui peuvent y remédier… ego surdimensionné… le bien commun disparaît au profit des intérêts personnels ! Pendant ce temps-là, on meurt dans nos rues… Combien de morts faudra-t-il pour que les petits potentats qui gravitent dans les sphères du pouvoir soient mis à bas pour qu’être frères ne soit plus le privilège de quelques-uns ?” Rappelons encore une fois que Père Christophe est à la recherche d’un terrain pour offrir des conditions louables aux quelque 300 SDF qui errent dans le Grand Papeete, à savoir un repas, une douche et la possibilité de laver leur linge. Il a besoin de 150 millions de Fcfp avant le 23 décembre 2019, sinon il jettera l’éponge après vingt-cinq années de générosité inconditionnelle. Je rêve qu’en ces fêtes de la Toussaint et du Tūramara’a, nous puissions rendre à nos défunts, mais aussi à nos SDF, toute leur dignité !

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt