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Justice : le thonier chinois a bien pollué volontairement !

Crédit photo : DR
Le 12 mai dernier, un thonier chinois, le Xin Shi Ji 203, a été intercepté après le constat d'une pollution marine au large de Arue. Sur le moment, le Centre de coordination de sauvetage aéromaritime en Polynésie française (JRCC Tahiti) ne s'inquiétait pas outre mesure : "Ce qui est rassurant, c’est que la nappe qui apparaissait hier est en nette régression et en situation de dilution." Un message qui avait créé un tollé sur les réseaux sociaux, inquiétés par la multiplication du nombre de bateaux étrangers au port de Papeete et le manque de contrôle du gouvernement. Les éléments constatés "ne nécessitent pas la mise en œuvre de moyens de lutte antipollution en mer" assurait même un communiqué diffusé par le haut-commissariat. Cependant, on apprend aujourd'hui qu'une enquête a bien été ouverte pour rejet volontaire d’hydrocarbures en mer et que celle-ci a révélé que le thonier avait lâché en mer "de l'eau pompée dans ses cales contenant 450 litres de polluants, dont du gasoil". Par ailleurs, "la pompe de cale n'était pas conforme aux normes de prévention de la pollution (absence de filtre réglementaire)". Le capitaine et la société propriétaire du navire devront s'expliquer devant le tribunal le 14 janvier prochain. En attendant, ils ont dû verser une caution de 35,8 millions de Fcfp. Le capitaine chinois encourt dix ans d'emprisonnement et 1,8 milliard de Fcfp d'amende, tandis que la société pourrait avoir une peine d'amende, dont le maximum légal est égal au quintuple de celui prévu pour la personne physique. Une affaire qui nous fait rire jaune…
(D.S.)

Tourisme : les bungalows sur pilotis du Sofitel enfin rénovés

Crédit photo : Dominique Schmitt
Cela faisait deux ans environ que les hébergements côté mer de l'ancien Méridien étaient quasiment à l'abandon… L'accès était fermé aux touristes et les travaux n'en finissaient plus, en raison de "défauts de communication et de problèmes de compréhension de la défiscalisation", nous expliquait en début d'année le directeur de l'établissement, Didier Lamoot (lire TPM n° 400 du 8 février)… Géré depuis le 15 octobre 2018 par le géant mondial Accor, le Tahiti Ia Ora Beach Resort, avec son nouveau label Sofitel, souhaite décrocher les "5 étoiles" et a trois ans pour le faire. C'est pourquoi il vient d'investir 300 millions de Fcfp pour rénover totalement ses douze bungalows sur pilotis afin de séduire une clientèle de luxe. Pour taper dans le haut de gamme, les chambres et les suites vont être également refaites et la gastronomie développée. Un lifting sera ensuite offert aux autres hôtels de la chaîne (deux à Bora Bora et un à Moorea).
(D.S.)

TNTV : le Pays injecte encore 900 millions de Fcfp pour sa télé

Crédit photo : Dominique Schmitt
Les membres de la Commission de contrôle budgétaire et financier (CCBF) de l’assemblée de la Polynésie ont accepté à l'unanimité d’octroyer une subvention de 900 millions de Fcfp à Tahiti Nui Télévision (TNTV) pour le "financement de son activité générale" pour l'exercice 2019. Une perfusion financière colossale qui tendait pourtant à se réduire, sauf l'année dernière. En effet, alors que le financement du Pays a longtemps franchi la barre du milliard de Fcfp annuellement, la subvention avait été revue à la baisse avec 880 millions Fcfp en 2016 et 870 millions de Fcfp en 2017, avant d'être augmentée de nouveau à 900 millions de Fcfp en 2018. Ce qui est surtout surprenant, ce sont les raisons évoquées par le président.
Édouard Fritch explique : "Les audiences de la chaîne sont en hausse pour la 4e année consécutive alors que celles de son concurrent sont en repli. Les sondages font état d’une progression de l'audience cumulée établie à 51 % (+6 % en 2017) tandis que celle de Polynésie la 1ère accuse un repli (-3 % en 2017)." Et de justifier : "L’activité de TNTV pour 2019 confortera cette position avec l’ambition de maintenir son statut de leader, tout en visant à conquérir de nouvelles parts d’audience." Dans son courrier adressé au président de l’assemblée, il insiste également sur "le caractère d’urgence de ce dossier", arguant que "TNTV a déjà lancé ses actions afin de mener à bien les missions qui lui ont été confiées". Il se félicite en outre que "en quelques années, la chaîne a réussi le pari de redresser ses capitaux propres à travers une gestion rigoureuse et contenue".

15 000 Fcfp/an par foyer

"Télé Gaston", telle qu’elle fut baptisée à ses débuts en juin 2000, tant elle émanait de la volonté de l’homme fort de la Polynésie française de l’époque, a souvent défrayé la chronique par les "affaires" qui ont émaillé son parcours au gré des changements politiques et des hommes qui en ont pris les commandes. TNTV est certainement la Société d’économie mixte locale qui a symbolisé le mieux les dérives que l’on connaît quand politique et argent public se côtoient. Tahiti Pacifique, notamment dans ses éditions de mars 2007 puis de mars 2010, a mis en exergue les petits arrangements entre amis que supportait la chaîne.
En 2017 (lire TPM n° 346 du 13 janvier), nous nous interrogions aussi sur l'absence d'une redevance télévisuelle identique à celle existante en métropole, qui contribue en grande partie au financement des chaînes publiques. Aucun président du Pays n’a retenu cette alternative, préférant que la subvention soit inscrite au budget. À ce jour, le montant de cette redevance est de 137 euros en métropole, soit 16 350 Fcfp/an, tandis que la subvention de fonctionnement pour 2019 (900 millions de Fcfp) à diviser par les 60 000 foyers polynésiens revient pour chacun d’eux à 15 000 Fcfp/an. En y ajoutant les subventions d’investissement, les montants seraient quasi identiques, voire supérieurs. Alors qu’une telle mesure permettrait de pérenniser la chaîne et remplacer aussi le fonds pour le soutien à la production audiovisuelle, politiquement personne n’a eu le courage de s’y attaquer. De peur que l’on se rende compte que l’amour des Polynésiens à leur chaîne locale s’arrêtera là où la taxe débutera ?
(D.S. & L.O.)

Élections européennes : le Tapura en tête, suivi du Rassemblement national

Élections européennes : le Tapura en tête, suivi du Rassemblement national
Sans surprise, les élections européennes en Polynésie française n’ont pas mobilisé les électeurs (22,17%) même si, dans les faits, on constate une augmentation de près de 50% (43 357 votants, contre 29 555) par rapport à 2014.
L’explication à ce rebond n’est pas due à une prise de conscience citoyenne pour un scrutin extraterritorial. Elle est le reflet de la mobilisation, même timide, des grands partis locaux. Aucun appel au boycott, comme le Tahoera’a l’avait demandé en 2014, n’est venu contrarier la lente marche des électeurs.
Le résultat des urnes annoncé dimanche – bien que les Polynésiens aient voté la veille, comme une partie de l’Outre-mer –, a conforté la majorité au pouvoir, le Tapura, qui récolte 43,31% des voix au nom de la liste Renaissance, soutenue par la République en marche, le Modem et ses partenaires.
Si ce résultat était attendu, d’autres l’étaient beaucoup moins, comme l’émergence du Rassemblement national soutenu localement par Te Nati qui, bien que sans véritable maillage local, obtient 16,43% des suffrages, soit près de 6 000 voix. La vague bleu marine qui s’est imposée sur le plan national a donc fait quelques vaguelettes localement, tout comme la vague verte d’Europe Écologie, qui atteint les 11,06%. Heiura-les-Verts de Jacky Bryant peut se féliciter de ce résultat, tout comme Éric Minardi pour Te Nati, qui devra encore attendre le probable départ des élus du Royaume-Uni pour siéger à Bruxelles, conjugué à la démission pour non-cumul des mandats des élus RN lors des prochaines élections régionales de 2021
Il serait, dans ce cas-là le premier Polynésien à siéger à Bruxelles.

Pour le Tahoera'a, c’est la déconfiture, malgré un soutien annoncé aux Républicains. Les Orange qui, comme le Tapura et le Tavini, voulaient se compter avant les prochaines élections locales de 2020, ont pris une claque qui interroge. Le nomadisme politique de leur leader après la dernière présidentielle peut expliquer ce manque de soutien. Un exemple à ne pas suivre. Et pourtant, le Tapura en a pris le chemin en soutenant la majorité présidentielle, au détriment de la liste UDI en pleine déconfiture, à laquelle ses parlementaires sont attachés. L’ambiance risque d’être pesante pour eux au Palais Bourbon.
Enfin, le Tavini et ses bulletins nuls "I love Maohi Nui" a plus fait le buzz qu’autre chose lors de ses élections. Difficile de lui attribuer l’ensemble des bulletins nuls, qui représentaient 2,5% des votes en 2014. En gardant la même proportion en 2019, ces 2,5% représenteraient 1 350 bulletins, à retrancher des 5 400 comptabilisés. Reste un peu plus de 4 000 bulletins pour les indépendantistes, soit à peu près autant que les Verts.
Il y a encore beaucoup de travail pour le Tahoera’a et le Tavini pour les prochaines échéances, même si une élection ne ressemble jamais à une autre.
(LO)

Ferme aquacole à Hao : le "flouze artistique" persiste

Ferme aquacole à Hao : le "flouze artistique" persiste
Quatre ans après la première pierre posée (mai 2015) et quatorze mois après les premiers coups de pelle, le chantier de la future ferme aquacole à Hao est toujours au point mort. Pour l'heure, seule la moitié du terrassement a été effectuée, et cela repousse déjà ! Lorsque nous avons réalisé notre reportage en février dernier, nous avons pu constater que la végétation avait repris le dessus avec des acacias de presque un mètre de haut. La plaque scellant l'accord officiel avec les investisseurs n'est même plus visible (voir notre photo)… Cette opération a pourtant coûté 134 millions de Fcfp au Pays, qui a également mis
1 milliard de Fcfp sur la table, en construisant notamment une digue de protection, ainsi qu'une route de contournement de plusieurs kilomètres, tandis que la société Tahiti Nui Ocean Food n'a pas encore placé 1 franc. Surtout, personne n'est capable de dire aujourd'hui quelles seront les réelles retombées financières pour les Polynésiens… Les changements de plans incessants des investisseurs chinois ont donc conduit à l'arrêt des travaux et au report des dates. En outre, il restait plusieurs questions d'ordre environnemental à régler. Ainsi, une délégation polynésienne, composée de représentants de la Délégation polynésienne aux investissements (DPI, de la Direction de l'Environnement (DirEn), de la Direction des ressources marines et minières (DRMM) et de la Direction de la biosécurité, ainsi que de trois bureaux d'études techniques, s'est déplacée mi-avril à Shanghai, en Chine, afin de rencontrer les décideurs de TNOF, dont le grand patron Wang Cheng.
"C'est la course ! Les permis de construire sont à refaire !", nous explique Mara Aitamai, le gérant de la société Marama Developpment & Management (MDM), responsable de la maîtrise d'ouvrage. Et de préciser : "Le nouveau contrat a été signé et nous avons réglé 90 % des questions." C'était surtout la première fois que tous les acteurs étaient réunis autour d'une même table. Le premier permis de construire, celui concernant la base vie, devrait être délivré à la mi-juin et les travaux pourraient commencer le 1er août. Quant au second permis de construire, relatif à la grande base, il devrait être obtenu fin juillet pour un début des travaux fixé au 1er janvier 2020. MDM, mandataire de TNOF, doit désormais rédiger le "bon document", qui sera ensuite transmis pour instruction au Pays et aux différents services concernés. Quant aux 240 conteneurs attendus pour le logement des ouvriers, la base commune et les bureaux, ils seraient "en construction", les investisseurs préférant de toute façon attendre la délivrance des permis de construire. Par ailleurs, le problème de la dépollution de l'atoll n'est pas réglé, puisque 90 % des terres ne sont pas encore traités. Le haut-commissaire, René Bidal, interrogé récemment par Tahiti Infos, avouait en effet : "Sur le futur emplacement de la ferme aquacole, le traitement est déjà abouti. Il n’y a plus d’hydrocarbures. Par contre, il y a la problématique des métaux lourds, qui demeurent un sujet sur lequel nous cherchons la meilleure solution. Le traitement pour les métaux lourds n’existe pas aujourd’hui. La seule alternative est de prélever ces terres et de les isoler."
Entre la ferme aquacole de Hao et le Village Tahitien, dont les délais sont, eux aussi, sans cesse repoussés, on a l'impression de vivre des mauvais scenarii. Ces projets vont-ils enfin naître ou mourir dans l'œuf ? Il va falloir s'armer encore de beaucoup de patience pour le savoir. Pour sa part, dépité, le maire de Hao, Théodore Tuahine concède qu'il "attend de voir" et que la population est "vraiment fiu". Pour le tāvana, le projet doit voir le jour, car il le sait, c'est la loterie pour lui et son conseil municipal, les échéances électorales étant prévues en 2020.

(DS)

Retraite : la réforme bouge

Retraite : la réforme bouge
La récente mise en place des membres du Comité d’orientation et de suivi des retraites (COSR) porte ses premiers fruits, puisqu’un premier changement né d’un entretien avec le président Fritch vient d’être décidé. Il n’y aura plus de pénalités sur la Tranche B pour ceux qui partiront à l’âge de 60 ans. Les syndicats ont fait valoir qu’il était impossible d’atteindre le plafond de la Tranche B durant toute sa carrière et que donc l’impact de cette mesure serait minime.
(LO)

Presse : la Dépêche de Tahiti déménage

Presse : la Dépêche de Tahiti déménage
Son plan de continuation ayant été validé, après modifications, par le tribunal mixte de commerce le 29 avril dernier, La Dépêche de Tahiti est malgré tout obligée de déménager suite à l’obligation qui lui a été ordonnée de rendre les locaux historiques de la Fautaua à sa propriétaire, veuve du fondateur Philippe Mazellier. Ce bâtiment de deux étages a, depuis longtemps déjà, fait l’objet de nombreuses demandes de professionnels de l’automobile pour y stocker leurs véhicules. Le personnel administratif, les commerciaux et les journalistes devraient se diriger courant juin vers les locaux de la Sedep, appartenant à Dominique Auroy, route de l’Eau royale à Arue, où des travaux seraient en cours. Ils y retrouveront quelques anciens collègues comptables qui y avaient déménagé il y a quelques années.
(LO)

Foncier : les mormons rachètent une partie du Tahara’a

Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a racheté une parcelle d’environ deux hectares sur le domaine où est construit l’ancien hôtel Tahara’a, à l’abandon depuis plus de vingt ans. Selon nos informations, il s’agit de la partie engazonnée "tombante" qui descend du col vers la commune de Mahina. Les responsables des mormons de Tahiti, qui cherchaient depuis un moment un point de chute pour leurs fidèles sur la côte Est, envisagent d’y construire notamment une chapelle. Construit en 1967, l’hôtel du Tahara’a a été vendu en 1995 à une société, dont l’actionnaire principal est Réginald Flosse. L’établissement a définitivement fermé ses portes en 1998. Malgré la valeur culturelle et historique du site, la mairie de Mahina, sur le territoire de laquelle se trouve le terrain, n’a pas fait jouer son droit de préemption...
Bien que le prix ne nous ait pas été communiqué, Tahiti Pacifique relatait déjà cette transaction il y a trois ans et l’évaluait à 350 millions de Fcfp (lire TPM n° 325 du 6 mai 2016). Un prix qui est très loin évidemment des 2,5 milliards de Fcfp évoqués au moment des tractations entre Aquakita et le fils de Gaston Flosse, en février 2015. Mais le groupe mexicain souhaitait bien sûr acquérir l’ensemble du domaine (14,41 hectares) avec les bâtiments qui, même s’ils sont à l’abandon, peuvent être rénovés. Une somme tout à fait raisonnable pour les mormons, dont l’une des sources principales de financement repose sur le principe de la "dîme" : chaque fidèle reverse à l’Église mormone 10 % de ses revenus. Une Église dont la fortune dans le monde est évaluée à 40 milliards de dollars (environ 4,2 billions de Fcfp), selon une étude de Business Week publiée en 2012, dont 8 milliards (environ
854 milliards de Fcfp) issus de la fameuse dîme. Elle est ainsi l’un des plus grands propriétaires agricoles des États-Unis, elle possède médias, assurances, immeubles, fonds d’investissement, parc à thème… On estime à environ 22 000 le nombre de mormons en Polynésie française, soit 8 % de la population, et une quarantaine de chapelles sont implantées au fenua, dont une vingtaine à Tahiti.
(DS)

Street Art : Abuz est l’invité d’un festival anglais

Crédit photo : DR
Le graffeur bien connu au fenua participera au Bring The Paint Street Art Festival, qui se déroulera à Leicester, en Angleterre, du 20 au 26 mai prochains. Créé en 2017, ce rendez-vous immersif accueille de nombreuses activités, notamment des œuvres d’art réalisées en direct, du skateboard, du breakdance, du BMX, de la musique "live" et des expositions. L’artiste Abuz s’est dit "incroyablement reconnaissant de faire partie de cet événement !".
(DS)

Fa’a’amu : Jacques Navarro-Rovira réalise un documentaire pour France Ô

Crédit photo : DR
Le réalisateur Jacques Navarro-Rovira, récompensé à plusieurs reprises pour ses documentaires, a reçu une commande de France Ô, via Bleu Lagon Production, pour traiter le sujet épineux de l’adoption en Polynésie. Il a ainsi recherché des familles adoptantes ou donnantes pendant plus de six mois et pu recueillir une dizaine de témoignages. Il confie : "C’est un sujet encore compliqué, en raison notamment de la dichotomie qui existe entre le fa’a’amu culturel et l’adoption occidentale. Cela provoque des quiproquos, des mécontentements, des déceptions, des souffrances… Surtout si ce sont des Popa’ā qui adoptent, car l’enfant vit souvent à l’écart de sa famille biologique. Mais ce qui est sûr, c’est que les enfants polynésiens possèdent une faculté
d’adaptation remarquable, tout en gardant des liens très forts avec leur culture.
" Intitulé Fa’a’amu : les enfants confiés de Polynésie, le film sera diffusé jeudi 23 mai, à 20h55, sur France Ô.
(DS)

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Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !

Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !
S’il est un sujet qui défraye la chronique en ce début de mois de juin, c’est bien la question explosive des refus d’indemnisations des victimes des essais nucléaires suite à l’amendement dit “Tetuanui”, tant décrié. Si la suppression du “risque négligeable” en 2017 avait été saluée par tous, la réintégration d’un “seuil minimum” ne passe pas… En effet, la modification de la loi Morin réalisée discrètement pendant les fêtes de fin d’année, le 28 décembre dernier, par un amendement inséré au projet de loi de finances 2019 reste en travers de beaucoup de gorges. Concrètement, cette recommandation de la commission “Égalité réelle outre-mer” (Erom), présidée par la sénatrice Lana Tetuanui, qui a été retenue par le gouvernement central puis validée par le Parlement, empêche désormais l’indemnisation des victimes ayant séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998, dès lors que le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) a établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants reçue est inférieure à un milliSievert (mSv). 
Les conséquences sont tombées comme un couperet le 4 juin, lorsque le tribunal administratif a rendu douze jugements concernant des demandes d’indemnisation rejetées. Face à un contexte très tendu, le président du tribunal s’est même fendu d’un communiqué pour expliquer les décisions prises : deux requérants ont obtenu l’annulation de leurs affaires et un droit à l’indemnisation (la veuve d’un ancien employé du CEP décédé d’un cancer du poumon et un ancien militaire atteint d’un cancer de la vessie), mais les dix autres requêtes ont été balayées par la juridiction en raison du “seuil désormais fixé par la loi”.
Eliane Tevahitua, représentante Tavini Huira’atira à l’assemblée de la Polynésie française, n’a pas tardé à charger Lana Tetuanui en qualifiant l’amendement porté par l’élue du Tapura de “scélérat” . Elle a fustigé aussi le gouvernement : “Le Civen se fonde exclusivement sur le tableau dosimétrique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial, ndlr) placé sous la tutelle du ministre de la Défense, qui, comme par hasard, ne trouve en Polynésie que des niveaux de radioactivité en deçà de 1 mSv après 1974. Monsieur le président, croyez-vous sincèrement qu’un pays comme le nôtre qui a reçu l’équivalent de 800 fois la bombe d’Hiroshima, puisse présenter des niveaux dosimétriques similaires à ceux d’un pays préservé de toute expérimentation nucléaire tel que la France ?”, posant ainsi une question orale au sein de l’hémicycle. S’en est suivi alors un crêpage de chignons, place Tarahoi, lorsque le porte-parole du président, Jean-Christophe Bouissou, a contre-attaqué sans répondre directement en demandant à la représentante souverainiste si elle ne se sentait pas elle-même “coupable de mensonge par omission en oubliant de dire aux Polynésiens que le député Moetai Brotherson (…) était lui aussi membre de la commission Erom”. Et de conclure : “Arrêtez vos niaiseries nuisibles. (…) Les victimes méritent mieux que vos propos nauséabonds.
Au-delà de ces énièmes enfantillages qui ne servent pas la cause, il y a une phrase qui restera dans les mémoires et qui est déjà tristement culte, celle de la même Lana Tetuanui qui affirme : “Quand on connaît les méfaits du tabac, et les risques de cancer que l’on peut développer, il n’appartenait pas à l’État de venir indemniser tous les fumeurs abusifs et ayant contracté le cancer en Polynésie ou à la suite de leur séjour en Polynésie.” Une comparaison pour le moins fumeuse, car la différence majeure, faut-il le préciser, c’est que l’on choisit de fumer, tout comme l’on choisit de consommer du sucre ou boire de l’alcool… mais pas d’être irradié ! La page du nucléaire au fenua est loin d’être tournée.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt