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Le Pays encourage les investissements photovoltaïques

Crédit photo : Greg. Boissy
L’adoption par le Pays d’une Programmation pluriannuelle des investissements (PPI) constitue “un véritable signal en direction des porteurs de projets privés qui souhaiteraient investir dans la transition énergétique”, affirme un communiqué du conseil des ministres. Cette PPI sera prochainement complétée par le lancement d’un appel à projets portant sur 30 MWc de fermes solaires. “Avec la construction de ces fermes solaires, le Pays poursuit son objectif d’accroissement de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique de l’île de Tahiti”, peut-on encore lire. Ces nouvelles réalisations devraient “faire passer la production d’énergie renouvelable de 37 à 43%”, selon le Pays.
On avance, mais on est encore bien loin des ambitions affichées dans le Plan de transition énergétique 2015-2030, qui assurait que nous atteindrions 50% d’énergies renouvelables dans la production électrique en 2020 et 75% en 2030…

D.S.

Le collège de Huahine ne portera pas le nom de Bobby

Le collège de Huahine ne portera pas le nom de Bobby
Le refus de la Présidence de voir le collège de Huahine rebaptisé Bobby Holcomb suscite l’indignation de la population tant ce chanteur et peintre était un artiste d’exception, reconnu par son sens du partage, sa générosité et sa joie de vivre. “Monsieur Holcomb a indéniablement contribué au renouveau culturel de la Polynésie française, notamment par son intégration au sein du mouvement « Pupu Arioi » et par son investissement infaillible auprès des jeunes afin de valoriser l’identité mā’ohi”, reconnaît Édouard Fritch. Cependant, le président balaie la proposition de la représentante Tavini Éliane Tevahitua et préfère se ranger derrière les avis défavorables du collège et de la mairie, pour qui Bobby ne pas être assimilé au milieu éducatif, en raison de sa consommation de “produits illicites”. Des explications pour le moins… “fumeuses” !

“Au sein du conseil municipal, certains son​t connus pour ne pas fumer que du tabac...”

La réaction du député Moetai Brotherson vaut le détour : “Parmi toutes les raisons possibles, le conseil municipal a choisi celle, inepte, qui cache toute la forêt d’hypocrisie de notre société derrière la branche de cannabis, pour refuser la proposition de baptiser le collège. Il faudrait donc écrire à toutes les municipalités de France et de Navarre qui ont des collèges ou lycées, Charles Baudelaire, Alfred de Musset, Jean-Paul Sartre, Arthur Rimbaud, Honoré de Balzac, Apollinaire, Jules Verne, Alexandre Dumas, Maupassant.” Et de sortir de ses gongs : “C’est d’autant plus décevant qu’au sein du conseil municipal, certains sont connus pour ne pas fumer que du tabac...” Avant de rappeler : “Ah, oui, il faudrait aussi que les membres du conseil municipal refusent d’envoyer leurs enfants au lycée Paul-Gauguin, qui en plus d’être opiomane était pédophile… On nage en pleine bigoterie.”
Pendant ce temps-là, le Pays songe à renommer le Centre hospitalier de Taaone “Jacques-Chirac”, du nom du Président français qui a décidé de reprendre les essais nucléaires en Polynésie… On marche sur la tête !

D.S.

L’ÉCOnomie polynésienne face aux défis de 2021

L’ÉCOnomie polynésienne face aux défis de 2021
La revue annuelle qui “décrypte l’économie du fenua” revient sur les moments forts de cette année 2020 au travers notamment d’une frise chronologique et des témoignages. La rédactrice en chef, Alexandra Sigaudeau-Fourny, explique : “En 2021, les incertitudes sont nombreuses, mais toute la rédaction s’est mobilisée pour donner la parole aux experts, comprendre les enjeux à venir, rencontrer des entrepreneurs, proposer des solutions innovantes, analyser les chiffres-clés…” Cette deuxième édition de L’ÉCOnomie polynésienne tente de démontrer “pourquoi l’année 2021 sera une année « test » pour tendre vers une économie résiliente”.

(D.S.)

DIXIT 2021 : top des entreprises locales

DIXIT 2021 : top des entreprises locales
Comme chaque année, le magazine annuel, qui est “une référence de l’économie polynésienne”, selon les éditions Créaprint, présente le tableau des 200 premières entreprises par chiffre d’affaires et des 200 premiers employeurs du Pays. Sans surprise, la compagnie aérienne Air Tahiti Nui est en tête de file du top 5 avec un chiffre d’affaires de 31,9 milliards de Fcfp en 2019 (mais une grosse turbulence est à prévoir pour 2020), tandis que EDT reste en 2e place (22,8 milliards de Fcfp), suivie de Onati (Ex-Vini SAS) qui explose avec 19,4 milliards de Fcfp, de Pacific Petroleum et Services (16,3 milliards de Fcfp) et enfin de la Brasserie de Tahiti (14,4 milliards de Fcfp).
Dans le classement par effectifs, les entreprises Louis Wane restent premiers employeurs de Polynésie, avec plus de 2 000 salariés en 2019. La Brasserie de Tahiti arrive juste après, avec plus de 1 000 salariés. Quant à Air Tahiti, elle conserve sa première place en tant qu’entreprise hors groupe.
Pour cette 29e édition du Dixit, crise du Covid-19 oblige, les articles sont dédiés aux temps forts et aux mutations en cours de notre économie et s’appuient sur 16 interviews qui offrent “une photographie de la situation”. La responsable de la rédaction, Dominique Morvan, aspire à ce que nous oublions vite “cette annus horribilis pour beaucoup d’entre nous”. Et de remarquer : “Ce kaléidoscope de témoignages décrit une société en état de choc, mais contrainte de se réinventer.”

(D.S.)

Cinquante solutions pour un fenua durable : le premier magazine consacré à l’environnement !

Cinquante solutions pour un fenua durable : le premier magazine consacré à l’environnement !
Pour démarrer l’année en beauté, la Fédération des associations de protection de l’environnement (FAPE) - Te Ora Naho a lancé, en janvier dernier, le tout premier magazine qui recense les initiatives durables au fenua. Rencontre…

Quel est le principe du magazine ?
Te Ora Naho - FAPE : “50 solutions pour un fenua durable est un magazine annuel qui met en avant cinquante alternatives développées par des acteurs du changement du fenua. Il peut s’agir d’entreprises, d’institutions, d’associations et de collectifs. Ces actions et acteurs existent déjà et ce magazine est l’occasion de les recenser et de leur offrir une plateforme concrète pour se faire connaître et, pourquoi pas, inspirer les lecteurs à se lancer, eux aussi, dans la transition écologique. C’est un merveilleux outil pour les acteurs eux-mêmes qui se voient récompensés de leurs efforts, mais aussi pour toutes les personnes qui s’intéressent au développement durable au fenua et qui souhaitent avoir des informations exhaustives regroupée en un seul support.”

Concrètement, ça ressemble à quoi ?
“Le magazine a été conçu de façon à être esthétique, logique et simple de lecture. Nous présentons chaque alternative dans ses grandes lignes : la problématique abordée, la solution proposée et l’acteur qui a mis en place cette solution. Les alternatives sont regroupées par catégories, il y en a neuf au total. Nous aidons également le lecteur à situer ces alternatives dans un contexte global, puisque nous indiquons les Objectifs de développement durable des Nations unies auxquels chaque alternative répond.”

Est-ce que toutes les initiatives durables de Polynésie française y figurent ?
“Il existe plus de cinquante alternatives durables au fenua et nous ne pouvons donc pas toutes les mettre en avant. Cependant, le magazine est réédité et mis à jour chaque année, ce qui donnera aux lecteurs l’opportunité de découvrir de nouveaux projets à chaque publication. Le magazine propose, en plus des alternatives, un annuaire exhaustif des acteurs du changement en Polynésie.”

Le magazine est en vente au prix de 1 000 Fcfp. À quoi seront affectés les fonds récoltés ?
“Le magazine est accompagné de divers outils qui permettent d’informer et de sensibiliser au quotidien sur des questions environnementales (revue de presse, newsletter, etc). Les fonds récoltés serviront d’abord à perpétuer ces outils, mais également à soutenir notre fédération dans son fonctionnement et dans la pérennisation des nombreux projets que nous avons amorcés depuis quelques années.”

Qui est Te Ora Naho - FAPE et quel a été son rôle dans l’élaboration de ce magazine ?
“Nous sommes la Fédération des associations de protection de l’environnement, un organisme qui existe depuis plus de trente ans et qui regroupe aujourd’hui près de quarante associations locales œuvrant pour la transition écologique. Pour ce magazine, nous nous sommes basés sur le merveilleux travail de recensement effectué par l’association Manu Iti Fa’aora, que l’on peut retrouver sur la plateforme gratuite www.tahiti.green. À partir de cela, notre rôle a été de coordonner tout le développement du magazine, ainsi que sa mise en vente.”

Propos recueillis par Pauline Sillinger

Pratique
Le siège de Te Ora Naho - FAPE est situé à Papeete dans l’immeuble Essor. Pour plus d’infos : 40 43 83 84.

Appel à projets en faveur de la biodiversité

Crédit photo : DR
Plus de 8 millions d’euros, c’est le montant mobilisé en 2021 pour soutenir les porteurs de projets en faveur de la biodiversité en Métropole et dans les Outre-mer. Cette somme bénéficie aux deux appels à projets lancés par l’Office français de la biodiversité (OFB) en ce début d’année : l’un dédié aux Atlas de la biodiversité communale, l’autre à la restauration des écosystèmes. Le dépôt des candidatures doit se faire respectivement avant le 15 mars 2021 et le 20 avril 2021. Un engagement conséquent permis grâce au plan France Relance mis en place par le gouvernement central en septembre dernier. Les Pays et Territoires d’Outre-mer (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy et Wallis-et-Futuna) n’étant pas éligibles aux crédits du plan France Relance, un budget spécifique de l’OFB leur est réservé (près de 57,27 millions de Fcfp, pour chaque appel à projets). Contacts : sonia.bongain@ofb.gouv.fr / 40 54 29 77 ou franck.connan@ofb.gouv.fr / 40 54 29 75

(D.S.)

Nouvelles missions pour l’expédition Under The Pole

Crédit photo : DR
Une nouvelle collaboration scientifique a été actée entre le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) de Moorea et l’expédition Under The Pole, menée par Emmanuelle Périé-Bardout et Ghislain Bardout. Durant deux mois, deux grandes missions sont ainsi au programme sur l’île Sœur et à Makatea :
 sensibilité des coraux mésophotiques aux changements climatiques (augmentation de la température et acidification de l’océan) et caractérisation écologique et environnementale du champ de Leptoseris découvert à 90 mètres à Makatea.

 Pour rappel, en juillet 2018, dans le cadre de l’expédition Under The Pole  III – Twilight Zone – 2017-2021, les plongeurs se sont associés aux scientifiques du Criobe pendant près de dix-huit mois. Les explorateurs ont notamment étudié les coraux mésophotiques (entre -30 et -150 mètres de profondeur) dans les eaux des cinq archipels et ont récolté 6 029 échantillons, découvert de nouvelles espèces de corail jamais signalées auparavant en Polynésie et prélevé le corail scléractiniaire photosynthétique le plus profond au monde, à -172 mètres. Par ailleurs, dans le cadre de la “Mission Capsule”, un habitat sous-marin avait été mis en place à des fins d’observation de l’écosystème sur une durée de plusieurs jours.

(D.S.)

ICAN : “La France prend le risque de l’apocalypse nucléaire”

ICAN : “La France prend le risque de l’apocalypse nucléaire”
L’entrée en vigueur, le 22 janvier 2021, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) ouvre une nouvelle ère : ces armes de destruction massive sont illégales au regard du droit international, a annoncé dans un communiqué le relais national de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), prix Nobel de la paix 2017. Créée en 2007, ICAN regroupe 570 organisations non gouvernementales partenaires dans 103 pays. Pour elle, “la France — à l’égal des autres puissances nucléaires — tourne le dos à la paix, à la démocratie et au droit international. En refusant ce traité, ses responsables politiques favorisent une accoutumance des citoyens aux périls possibles d’une apocalypse nucléaire”. En outre, ICAN dénonce “un non-sens pour un État qui se veut « responsable », et souhaite renforcer la sécurité internationale, garantir la préservation de la biodiversité et de l’environnement jusque dans sa Constitution”.
(D.S.)

Le tapa “made in Thailand”, l’intarissable poule aux œufs d’or…

Le tapa “made in Thailand”, l’intarissable poule aux œufs d’or…
Alors qu’en fin d’année, la Chambre de commerce, d’industrie, des services et des métiers de Polynésie française (CCISM) lançait la campagne de communication “J’achète au fenua pour Noël” (“Pour les fêtes, je donne du sens à mes achats. J’achète au fenua, je soutiens l’emploi et l’économie locale”, slogan ensuite repris pour la période des soldes de janvier), notre numéro 445 du 18 décembre (photo ci-contre) révélait une affaire majeure de suspicion de fraude au tapa. Nous confirmions avoir découvert que cette entreprise avait vendu des soi-disant tapa à des grands hôtels de nos îles et même jusqu’à la boutique du Musée du Quai Branly… !
Un sujet qui ne saurait laisser nos dirigeants indifférents. Le service de l’Artisanat avait donc saisi la Direction générale des affaires économiques (DGAE), mais un an après – et alors que deux mois se sont écoulés depuis la publication de notre article – il semblerait que l’enquête soit toujours en cours… Sabine Bazile, directrice de la DGAE, explique : “Du fait du secret des enquêtes, il ne m’est pas possible de communiquer des informations détaillées. Par ailleurs, comme vous l’avez indiqué dans votre article, la société incriminée est placée en liquidation amiable, ce qui n’est pas de nature à faciliter notre enquête. Surtout, l’enquête a été étendue aux produits invoquant une origine locale ou résultant de la mise en œuvre de méthodes traditionnelles de fabrication. Enfin, il me semble nécessaire d’attirer l’attention des revendeurs, dont la responsabilité peut également être recherchée en fonction des circonstances dans lesquelles ils ont acheté et présenté à la vente les produits.”
En attendant, les produits importés, eux, sont toujours à la vente. Si les mentions ont quelque peu changé (il est désormais indiqué “articles en papier faits main”, voir photo à gauche), il n’en reste pas moins qu’ils ne sont en rien issus de l’artisanat. De plus, au verso, demeure le texte sur la fabrication du tapa, entretenant encore habilement le doute d’une production artisanale.
La raison d’être de la presse engagée est de faire avancer les débats de société, conjointement avec le politique. Espérons que ce dossier saura trouver un écho auprès de nos dirigeants, notamment avec des prises de décision fortes. En attendant l’issue de l’enquête, il nous faudra donc prendre notre mal en patience, mais la rédaction compte bien suivre le dossier jusqu’au bout.

(V.D.)

Vents contraires sur Mururoa, le nouveau livre de Ghislain Houzel

Vents contraires sur Mururoa, le nouveau livre de Ghislain Houzel
Son nom ne vous est certainement pas inconnu, et pour cause ! Cet ancien ingénieur à la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) nous a livré des confidences explosives dans notre édition spéciale consacrée au douloureux sujet du nucléaire (lire TPM n° 433 du 31 mai 2020). Après Secrets de Mururoa et Des nouvelles de Monsieur de La Pérouse, Ghislain Hozel a profité du confinement pour écrire un nouveau roman, cette fois historique, disponible sur Amazon. Dans Vents contraires sur Mururoa, il relate l’histoire extraordinaire et véridique de Samuel Pollend, un jeune juif anglais qui, en 1790, fut injustement condamné et envoyé au bagne pour un vol qu’il n’avait pas commis. En 1791, Samuel Pollend réussit à s’évader du célèbre bagne de Botany-Bay situé au sud de l’Australie. Cette passionnante histoire trouve son point d’orgue avec le naufrage sur l’atoll de Mururoa d’un baleinier anglais, La Matilda, qui repartait vers l’Angleterre et sur lequel Samuel Pollend avait réussi à se cacher… C’est sur ce même atoll, marqué par le destin, que deux siècles plus tard la France a expérimenté près de 200 bombes atomiques dont les explosions ont eu de très lourdes conséquences sanitaires et environnementales dans toute la Polynésie. Conséquences qui, aujourd’hui encore, sont bien loin d’être effacées…
Géophysicien de formation, docteur ès sciences, écrivain et conférencier, Ghislain Houzel a fait toute sa carrière au CEA. Dans le cadre de ses activités professionnelles, il a participé à la mise en œuvre des expérimentations nucléaires, qui, de 1966 à 1996, ont eu lieu sur les atolls de Mururoa et Fangataufa. Très attaché à la Polynésie où il réside souvent, il s’est passionné pour sa culture et son histoire. Depuis de nombreuses années, il s’est personnellement et courageusement engagé pour la défense des Polynésiens victimes directes ou indirectes des essais nucléaires effectués par la France. Selon nos dernières informations, l’auteur vient d’achever un nouvel ouvrage, Soleil noir à Mururoa, dans lequel il raconte “sous forme romancée, comment les trente années nucléaires ont été vécues et ressenties par les Polynésiens”. Le manuscrit vient d’être proposé à la maison d’édition Au Vent des îles pour une publication éventuelle.

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Ice : le péril jeune…

Lithium de batterie, solvants industriels, ammoniac, iode, acide chlorhydrique… L’ice, appelée la “glace” dans le milieu, n’a rien à voir avec une petite douceur sucrée. Bien au contraire, en consommer équivaut à accepter d’en payer la note très salée ! Cette drogue de synthèse est entièrement fabriquée par l’Homme à partir d’éphédrine ou de pseudo-éphédrine – un décongestionnant nasal –, à laquelle des produits d’entretien domestiques dangereux sont rajoutés. Une seule prise peut rendre dépendant le consommateur qui, passés les sentiments d’euphorie et de surpuissance, sombre dans une violente descente aux enfers. Alors, pour quelles raisons la méthamphétamine, inexistante il y a encore une vingtaine d’années en Polynésie, touche-t-elle autant la population ? Hommes et femmes d’affaires, fonctionnaires, guides touristiques, sportifs de haut niveau… nul n’est épargné, toutes les tranches d’âges et les couches sociales sont en effet atteintes. Si les autorités considèrent qu’au moins 10 000 personnes au fenua ​prendraient de la méthamphétamine, ce chiffre semble largement sous-estimé ; 10 % des Polynésiens, au moins, seraient concernés, selon nos sources judiciaires.
Surtout, cette dope mortelle séduit de plus en plus les jeunes, qui ont troqué leurs pipettes de pakalolo contre celles de l’ice (“bubble”). Un constat très inquiétant sur le plan de la santé publique, et notamment de la santé mentale… Les dealers n’hésitent pas à rendre nos ados accros en leur fournissant des mini-doses, des “ten”, qui sont obtenus pour la modique somme de 10 000 Fcfp, tandis que le gramme d’ice se vend environ 120 000 Fcfp (le prix peut doubler en tant de crise). Pris ensuite dans l’engrenage, ils ont beaucoup de mal à décrocher, cette drogue extrêmement addictive aux conséquences dévastatrices étant plus puissante que le crack ou la cocaïne. En réalité, c’est une nouvelle forme de délinquance qui apparaît, très structurée. L’économie liée au business de l’ice génère tellement de profits qu’elle fait vivre des familles entières. Aussi, alors que la crise sociale frappe le fenua, l’appât du gain est si élevé que les trafiquants prennent tous les risques et s’appuient sur des petites mains ou d’anciens prisonniers recrutés en prison, qui deviennent rapidement des “mules”.

Au moment où le Pays et l’État lancent (enfin !) un plan d’actions 2021-2022 “Combattre le fléau de l’ice”, la rédaction de Tahiti Pacifique s’est mobilisée pour agir, elle aussi, et lutter contre ce poison qui détruit la jeunesse polynésienne. Après plusieurs mois d’investigation, nous vous proposons une édition spéciale sur ce sujet d’une priorité absolue. Enquête, chiffres, interviews du procureur, du patron de la DSP, de médecins psychiatres, mais également témoignages d’anciens consommateurs ou de dealers… C’est un dossier de 20 pages que TPM a réalisé pour comprendre et mieux appréhender ce véritable enjeu de société ! La question de la prise en charge des malades est cruciale. Les consommateurs souffrant de pathologies psychiatriques doivent attendre en moyenne quatre mois avant d’obtenir un rendez-vous au Centre hospitalier de Taaone. Quant au Pôle de santé mentale, il tarde à voir le jour. Aujourd’hui, seul le Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie (CCSAT) accueille des personnes dépendantes à l’ice, souvent des polyconsommateurs, paka et ice, âgés entre 20 et 40 ans. La création prochaine d’un centre post-cure à Taravao, comprenant huit lits dédiés au sevrage, devrait enfin apporter une bouffée d’oxygène aux professionnels de santé, mais cela ne saurait suffire… Il est primordial de se donner les moyens de sauver notre jeunesse en péril et lui redonner la joie de vivre.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT