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Jacques Mérot, game over

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L’ancien président de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) ne se remet toujours pas d’avoir été débarqué. Après un gros coup de chaud sous nos latitudes, Mérot a été mis en début d’année au “frigo” à Nantes, en qualité de président de section à la Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire (lire TPM n° 450)… Pour autant, il contestait sa démission d’office par la Présidence en juillet dernier. Cette fois, c’est définitivement acté : le Tribunal administratif de la Polynésie française (TAPF) a confirmé, le 11 mai dernier, la légalité de la procédure et a rejeté sa requête, donnant raison tant sur la forme que sur le fond au collège de l’APC à l’origine de sa destitution.
Accusé de graves manquements, comme le non-respect de l’impartialité inhérente à cette autorité administrative indépendante, Jacques Mérot avait notamment apporté son témoignage au soutien d’un cadre dirigeant du groupe Wane dans le cadre d’une procédure prud’homale, alors que ledit groupe Wane faisait l’objet d’enquêtes de l’APC dans l’affaire des boissons réfrigérées. Nous reviendrons plus en détails sur cette décision dans la rubrique “L’économie” de notre prochaine édition.
Désavoué par son propre collège et désormais le TAPF, Mérot est même condamné aux frais irrépétibles et doit payer 150 000 Fcfp au Pays. Après avoir perçu un salaire mensuel de 1,9 million de Fcfp pendant cinq ans, on se demande bien comment il parviendra à rembourser ses appartements et sa maison ! Quoi qu’il en soit, la récréation est terminée, et l’APC peut poursuivre sereinement sa mission : défendre les consommateurs polynésiens.

Dominique Schmitt

Une étude globale de l’Outre-mer français

Une étude globale de l’Outre-mer français
Jean-Christophe Gay vient de publier La France d’Outre-mer - Terres éparses, sociétés vivantes, un ouvrage édité chez Armand Colin (collection U, 286 pages). Enfin, dirons-nous, un livre qui tente de prendre en compte les problèmes globaux des restes de l’empire colonial français et les particularités de chacune de ces terres qui apportent à la France un certain rayonnement et pas mal d’ennuis. Un ouvrage écrit par un géographe, professeur à l’Institut d’administration des entreprises (Université de Nice), qui a travaillé longtemps en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie pour publier les deux atlas (1993 et 2012) consacrés à ces collectivités, et qui a sillonné les autres ensembles français des océans Indien et Atlantique. Pour une fois, osons-nous avancer, l’Océanie n’est pas marginalisée, en même temps que la comparaison avec les autres territoires ultramarins relativise ce qu’on appelle parfois ses particularismes. Un géographe qui a intégré le fait que l’Histoire est omniprésente Outre-mer. C’est donc avec un véritable plaisir que nous avons lu et analysé cet ouvrage.

Parmi les raisons d’apprécier le travail, il y a des vérités énoncées sans fard, mais qui ne conduisent pas à la démolition systématique de la présence française comme elle ressort de nombreux travaux, parce que l’auteur précise qu’”on ne peut pas comprendre l’OM (Outre-mer, ndlr) sans analyser sa relation avec la Métropole” (p. 13), ce dernier mot étant largement expliqué. Ainsi, les introductions de plusieurs chapitres annoncent la couleur :
L’Outre-mer (OM), c’est une forme actualisée de “colonie” (p. 15).
L’État a façonné l’espace ultramarin et sa société, avec “des populations qu’il a asservies, déplacées, spoliées, brutalisées, décimées” (p. 29)… tout en soulignant qu’aujourd’hui la subordination a été remplacée par un mélange de fraternité et de mépris.
Si, officiellement, on dénie des inégalités en relation avec l’ethnicité (article 1 de la Constitution), “plus on a la peau noire et plus on a des risques d’être au bas de l’échelle sociale” (p. 63). Globalement, les populations ultramarines sont fragilisées (p. 100) avec d’importantes proportions d’entre elles sous le seuil de pauvreté, avec des problèmes sanitaires (dénoncés par la Cour des Comptes), des femmes plus vulnérables qu’ailleurs quand bien même on loue leur beauté et une violence plus marquée encore qu’en Métropole.
Les atouts que possède l’OM sont mal protégés par la France, qui manque de moyen ou ne s’en dote pas pour les valoriser. “C’est le plus gros échec de la France dans la gestion de ces territoires” (p. 135). L’exemple de la vaste ZEE en témoigne. Les moyens sont loin des ambitions (p. 144). La biodiversité exceptionnelle est en péril. L’auteur dénonce le scandale des maisons trémolitiques de Nouvelle-Calédonie (exposition à l’amiante). Il déplore les victimes du nucléaire en Polynésie (mais moins nombreuses que celles touchées par l’obésité, souligne-t-il). Il reproche aux autorités leur laxisme dans le scandale du chlordécone aux Antilles (p. 171).

J.-C. Gay consacre plusieurs pages aux maux communs à l’OM : chômage chronique, faible compétitivité, faible productivité et vie chère souvent par manque de concurrence. La différence entre fonctionnaires et autres salariés est capitale pour comprendre les maux de l’OM. La sur-rémunération des premiers provoque de nombreux problèmes et les soutiens à l’économie (“une stratégie mûrie à Paris”) placent les anciens TOM dans un système qui marginalisa les tentations autonomistes, puis indépendantistes (p. 182). C’est toujours vrai en Nouvelle-Calédonie comme en Polynésie avec la rente nucléaire. L’auteur dénonce l’argument des syndicats de fonctionnaires pour lesquels la sur-rémunération entretient la consommation, car elle empêche les économies d’OM d’avoir des secteurs productifs compétitifs (p. 185). L’auteur a cette audace : “La dépendance à la Métropole est donc exploitée et non combattue” (p. 186).

Le chapitre 5 (centres et périphéries ultramarines) est certainement celui qui porte le plus la marque du géographe. Si cela commence par quelques constats simples (les contrastes entre des centres et des périphéries sont plus prégnants qu’en Métropole, car l’espace est “rugueux” et la “distance tyrannique”, p. 203), ensuite les analyses sont plus techniques, mais toujours faciles à lire… et à comprendre. L’étude de l’espace Outre-mer le différencie nettement de la Métropole. L’auteur parle “d’îles d’île, une autre façon de désigner ce qu’on appelle en Polynésie les archipels éloignés. La desserte des “îles secondaires” est difficile et chère. Le coût du transport des dernières centaines de kilomètres peut devenir exorbitant.

La politique internationale n’est pas négligée (rapports de l’OM avec l’Union européenne, conflits de souveraineté par exemple entre le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie, conflits entre Chine et Taïwan par territoires ultramarins interposés…).

En conclusion, l’auteur se défend d’avoir pris le contre-pied du livre de François Garde (Petit éloge de l’Outre-mer, Gallimard, 2018), dont nous avions rendu compte à l’époque dans ces colonnes. En effet, les nombreuses critiques sur “l’amateurisme dont l’État fait preuve” à l’égard de l’OM laissent entrevoir un espace français ultramarin qui serait “une France en souffrance” (p. 251). Cependant, l’auteur, comme F. Garde, aime cet OM composé de “sociétés originales, vivantes, multiculturelles, avec leurs démons, mais dans lesquelles cohabitent en paix diverses communautés”.

Au final, un livre savant à la portée de tous, bien construit, clair et convaincant, auquel on reprochera seulement de ne pas s’être référé aussi à quelques travaux qui auraient complété heureusement les analyses, mais embrasser autant de territoires divers en même temps est une performance qu’il faut saluer.

“L’engrais miracle” était “sous notre nez”, en vente depuis 2016

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Il aura suffi d’une opération de médiatisation menée par Thomas Moutame pour faire la lumière sur la filière prometteuse que représentent les déchets de poissons en Polynésie et persuader la population que “l’engrais miracle” est “sous notre nez” (lire aussi Tahiti Infos, 11 avril 2021). L’ancien ministre de l’Agriculture, actuel maire de Taputapuatea (Raiatea) et vice-président du Syndicat pour la promotion des communes (SPC) dispense des formations aux communes pour l’utilisation d’un engrais bio fabriqué à base de poisson. Pour l’élu, qui est également vice-président de la commission restauration scolaire au SCCPF, il s’agit de développer “l’autonomie alimentaire” dans les foyers. Bien lui en a pris ! Mais ce projet laisse un goût amer à Karel Luciani qui a créé en 2015 Patiri Bio, une société qui fabrique justement ces engrais naturels à partir d’abats piscicoles (“Ika-Fish”).

Dans un article intitulé “Valorisation des déchets de la pêche : une entreprise locale menacée de fermeture…” (lire TPM n° 421, du 29 novembre 2019), il nous confiait qu’il avait été lauréat deux fois (en 2016 et en 2017) d’un prix dans la catégorie “économie circulaire” lors du concours de création et développement économique des entreprises organisé par le gouvernement. Pour autant, son produit bio ne séduisait pas les agriculteurs locaux, qui préféraient se tourner vers des engrais importés et/ou chimiques.

“Lorsqu’un politique parle, on l’écoute…”

Alors qu’il envisageait de mettre la clé sous la porte, il a repris son activité il y a quelques mois seulement. Mais rien n’a changé pour lui ; le Pays qui soutenait son projet ne lui a passé aucune commande publique et aucun agriculteur bio n’est son client. L’entrepreneur regrette aujourd’hui : “Lorsqu’un politique parle, on l’écoute…” Et de poursuivre : “Maintenant, le Pays a décidé de donner des subventions pour mettre en place une petite unité de production à Rangiroa. Tant mieux, mais c’est frustrant pour l’esprit d’entreprise !

Nos voisins du Pacifique ont depuis longtemps compris l’enjeu : recycler cette quantité inexploitée de déchets organiques issus de la pêche hauturière. Ainsi, en Australie, les engrais “Fish” ou engrais à base de poisson ont la cote, et sont donc très souvent utilisés au jardin comme au potager, mais aussi par les professionnels. De leur côté, les Néo-Calédoniens ont inauguré, en octobre 2019, une usine pilote à Lifou. Une manière de régler le problème des déchets, tout en créant une nouvelle filière avec des engrais bio ou des compléments alimentaires pour animaux.

Une sensibilisation du monde agricole semble s’amorcer au fenua avec des projets de recyclage industriel de déchets divers en sous-produits, mais cela reste souvent de la théorie. Par ailleurs, le conseil des ministres vient enfin d’interdire l’importation de panga, un des poissons les plus toxiques (et aussi du lait de coco en boîte, après toutes ces années…), une décision qui fait l’unanimité. On ne peut pas en dire autant pour son projet très controversé de hub pour les pêcheries internationales du Pacifique Sud-Central, avec le développement et le renforcement de services aux flottilles de pêche étrangère.

Dominique Schmitt

Il y a 80 ans, le Bataillon du Pacifique larguait les amarres…

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Le mercredi 21 avril 2021 a marqué une date historique importante, puisque la Polynésie a commémoré les 80 ans du départ du Monovai de Papeete, avec à son bord le Bataillon du Pacifique. Parmi les “Tamarii volontaires”, notons la présence de son plus jeune membre, Ari Wong Kim. Né à Tahiti en 1924, l’homme est toujours vivant et réside aujourd’hui en Normandie. 

D. S.

Bilinguisme : vers un projet de loi au fenua

Bilinguisme : vers un projet de loi au fenua
La loi Molac, adoptée le 8 avril dernier à l’Assemblée nationale, marque un jour historique pour la promotion et la protection des 20 langues régionales de l’Hexagone et des 50 langues des peuples autochtones ultramarins. Elle affirme la possibilité d’élargissement de l’offre d’enseignement afin que tout élève demeurant sur un espace linguistique donné et désireux d’en apprendre la langue puisse trouver satisfaction, notamment en consolidant l’immersion dans l’enseignement public et en instaurant l’obligation du versement du forfait scolaire pour les filières associatives immersives.

Mais si cette loi a beaucoup fait parler d’elle dans l’Hexagone comme au fenua, il n’y aura cependant pas d’application sur le Territoire, en vertu de notre statut d’autonomie. Mais l’actualité et la médiatisation de celle-ci permet en revanche de mettre en évidence et de valoriser le dispositif expérimental déjà mené sur le Territoire. Il s’agit d’une action autour du bilinguisme français-langues polynésiennes déjà engagée au fenua depuis près de deux ans dans certaines de nos écoles primaires.

Lancé à la rentrée 2019, ce programme concernait initialement le cycle 1 de deux écoles, Tiva à Taha’a et Maatea à Moorea, ainsi que le Centre des jeunes adolescents (CJA) de Paea. Dès la rentrée dernière, il a été élargi à 10 écoles, notamment aux Marquises et à Rurutu. En août prochain, 17 établissements seront concernés sur l’ensemble des archipels, passant ainsi de 500 à plus de 1 000 élèves impactés, non seulement par l’enseignement DES langues polynésiennes mais également EN langues polynésiennes. L’expérimentation a parallèlement débuté dans deux classes de 6e du collège d’Afareaitu à Moorea, et sera étendu l’année prochaine à deux 5e afin de conserver les acquis. En effet, ce dispositif est dit ascendant, du cycle 1 vers les cycles 2 et 3.

“La parité horaire pour le bilinguisme existe déjà au niveau national, nous l’avons adaptée ici en Polynésie française. Ce que va faciliter la loi Molac, c’est l’immersion totale des élèves”, nous explique Ernest Marchal, inspecteur de l’Éducation nationale à la Direction de l’enseignement primaire et référent du dispositif local. L’enjeu est donc de trouver localement des locuteurs sur place, ce qui peut parfois relever du casse-tête, lorsqu’on sait que des enseignants d’un archipel peuvent se retrouver affectés dans un autre archipel dont ils ne parlent pas la langue. Cela suppose donc une gestion adaptée de la carte scolaire des personnels et une équipe pédagogique adéquate. “Mais, tempère Ernest Marchal, l’éligibilité des écoles se fait avant tout en fonction de critères précis, comme l’adhésion de la communauté éducative, des parents d’élèves, des élus, mais aussi des associations culturelles. Cela suppose donc que les enseignants aient une maîtrise suffisante de la langue polynésienne concernée. Nous nous assurons également de proposer des formations spécifiques. Également, les académies, cautions linguistiques et culturelles sont d’un soutien indispensable dans ce projet à l’échelle de l’ensemble de la Polynésie française.”

La prochaine étape se jouera à l’assemblée de la Polynésie française, puisqu’un projet de loi sera soumis au vote dans les prochains mois afin de pérenniser cette démarche de valorisation des langues polynésiennes dans l’enseignement.

V. D.

Anniversaire TPM : une édition collector le 7 mai

Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Quatre ans. Cela fait déjà quatre ans qu’Alex du Prel, le fondateur de Tahiti Pacifique, nous a quittés, un mardi 14 mars 2017.
La rédaction poursuit la mission qui lui est donnée, enquêter et décortiquer l’information par le prisme de cette goutte de liberté dans l’océan qui fait la réputation de TPM. Ainsi, nous ne l’oublions pas, loin de là.

Et encore plus cette année qui célébrera une date historique, puisque votre magazine, créé en mai 1991, va fêter ses 30 ans !
Pour marquer ce bel anniversaire, nous préparons une édition collector, un hors-série, que vous pourrez découvrir le 7 mai prochain (TPM n° 454). Pour l’événement, votre TPM se refera une petite beauté grâce à une refonte de sa charte graphique. À très vite, merci à tous, chers lecteurs et abonnés, pour votre soutien et votre fidélité.

Sport contre le “virus de la peur”, le Pays se bouge enfin !

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Notre précédent dossier de Une, intitulé “Renforcer son système immunitaire pour lutter contre le « virus de la peur »” (lire TPM n° 450 du 12 mars), aurait-il eu l’écho escompté auprès des autorités ? Nous nous interrogions sur la décision de fermer les salles de sport, sous prétexte d’une crise sanitaire mondiale, qui allait à l’encontre de la santé publique. Une aberration quand il s’agit, au contraire, de reconquérir l’essentiel, notre bien-être. Eh bien, figurez-vous que la Direction de la santé a enfin organisé, à Papeete, un atelier portant sur la restauration de la santé et le développement communal en post-Covid.
Il faut désormais gérer la phase post-épidémique, et en particulier restaurer la santé de la population pour permettre de relancer le développement économique et social des communes et du Pays. (…) La bonne santé des populations est un élément fondamentalement nécessaire au développement économique et social. En effet, la bonne santé définie par l’OMS comme un état de bien-être physique, mental et social, est un outil indispensable à chaque individu, lui permettant de réaliser ses projets personnels, familiaux et professionnels. L’économie a été fortement impactée par l’épidémie et le retour de la population à une meilleure santé est un impératif pour le développement.”
Un premier atelier en ce sens a ainsi été proposé à six communes des îles du Vent. Il sera suivi d’un deuxième en avril pour les autres communes volontaires, puis sera proposé ensuite aux communes des archipels. Ça bouge, doucement… mais ça bouge !

D.S.

L’APC adopte un Plan stratégique et une Charte des valeurs

L’APC adopte un Plan stratégique et une Charte des valeurs
À l’instar de la majorité des autorités de la concurrence dans le monde, le collège de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) a adopté, le 3 mars, un Plan stratégique et une Charte des valeurs, que vous pouvez retrouver sur le site Internet et les réseaux sociaux de l’organisme. Pour rappel, l’APC a pour mission de mettre en application l’ensemble des règles destinées à assurer le bon fonctionnement des marchés (droit antitrust). Dans un communiqué, l’APC explique que, pour atteindre ses objectifs stratégiques, “il faut que l’Autorité soit une organisation performante, c’est-à-dire : influente, comprise et respectée ; centrée sur les actions les plus bénéfiques à l’économie et aux consommateurs ; déployant des méthodes de travail de qualité”. Cela nécessite également “un engagement de ses ressources humaines au respect d’une charte de valeurs fondamentales”, dont les maîtres-mots sont : excellence ; impartialité ; responsabilité ; respect ; discernement”.
Christian Montet, président par intérim, est porté par des valeurs humaines et de travail, et s’engage à les faire respecter. On ne peut que saluer cette initiative ! Cela nous changera de Jacques Mérot, l’ancien président de l’APC, dont la direction calamiteuse a défrayé la chronique et fait l’objet de joutes judiciaires jusqu’à Paris. D’ailleurs, à propos de justice, nouveau rebondissement dans l’affaire interminable des boissons réfrigérées : malgré l’annulation de la décision de condamner les magasins du groupe Wane par la Cour d’appel de Paris, le dossier vient d’être relancé. Quant à Mérot, après avoir été désavoué par son propre collège et été destitué, il a été mis au “frigo” à Nantes (lire pages 24-25, rubrique “L’économie”).

D.S.

Une Polynésienne à la tête de Polynésie la 1ère

Crédit photo : Greg. Boissy
Stella Taaroamea a été nommée, le 1er mars, rédactrice en chef de Polynésie la 1ère. Une femme ET Polynésienne de surcroît : c’est une première pour la station de Pamatai ! Belle nouvelle et beau clin d’œil alors que l’on vient de célébrer la Journée internationale des droits des femmes. Entrée au sein de la rédaction en juin 1990, elle a été recrutée en 1991 en tant que journaliste bilingue (français-tahitien) et a exercé différentes responsabilités au sein des rédactions de Polynésie et de Malakoff (près de Paris). Ce nouveau poste récompense ainsi un long parcours de trente années dans la presse, après avoir eu notamment une expérience à la tête des programmes et de la rédaction TV.
Cette nomination est intervenue dans un contexte de concurrence accrue sur le Territoire obligeant à structurer une direction éditoriale, notamment par la nomination de collaborateurs expérimentés afin d’élargir l’offre de programmes TV, Radio et Numérique”, précise la direction de l’antenne. Outre les activités de responsable des programmes TV, Stella Taaroamea réalise des magazines de 26 minutes et présente une émission télévisée axée sur la santé, ainsi qu’une série de magazines sur la mer, dont le tournage est effectué dans les îles.
Déterminée, la vahine a désormais une mission principale : “Faire évoluer la chaîne et notamment l’INFO.” Et ce, “dans un esprit optimiste et d’équipe”, assure-t-elle.

Dominique Schmitt

L’académie marquisienne prend le virage numérique

Crédit photo : DR
b[Depuis notre dernier article sur le sujet il y a un an (voir TPM n° 425 du 24 janvier 2020), l’académie marquisienne, Te pū tuhuka èo ènana, a fêté ses 20 ans. Mais les festivités, fortement perturbées par une année Covid, n’ont malheureusement pu se tenir comme prévu en 2020. Fort heureusement, le passage au numérique de la structure, elle, a bien avancé. Site Internet, page Facebook, l’académie revit désormais aux yeux du grand public.
Près de six mois après ce virage, il est temps de faire un point avec Jacques Iakopo Pelleau, à l’initiative
de cette digitalisation.]b

Après vingt ans d’existence, l’académie marquisienne a enfin entamé son virage digital. Il était temps, car, à l’ère du tout numérique, quelle organisation digne de ce nom compose et se viabilise sans fenêtre ouverte vers le digital ni outils de communication ? Dernièrement, l’intégration successive de deux nouveaux membres en les personnes de Jacques Iakopo Pelleau et Teiki Huukena a participé à fournir de nouvelles perspectives aux académiciens quant au fonctionnement de l’institution.
La mise en ligne du tout premier site Internet de l’académie s’est faite il y a près de six mois, en octobre 2020. Grâce à ce support désormais incontournable, des articles sont publiés chaque semaine pour informer le grand public du travail accompli et des réflexions sur la langue.
La création de contenus est assurée en français et marquisien par Jacques Iakopo Pelleau (lire aussi page 39), intégré à l’institution en 2019 et initiateur de cette ouverture au numérique, qui a pu voir le jour grâce à son dynamisme et à son lobbying. Fort de son expérience digitale réussie avec son site www.te-eo.com en ligne depuis 2014 et sur lequel on retrouve notamment un dictionnaire en ligne, des cours d’initiation à la langue marquisienne, ainsi que du contenu historique et des actualités sur la culture marquisienne. Avec la création de ce portail, le professeur d’anglais retraité (qui vit aux Marquises depuis 1995) a réussi le tour de force de réunir une communauté de 30 000 visiteurs, ainsi que de 4 100 abonnés grâce à la page Facebook éponyme.

Le public au rendez-vous

Six mois écoulés depuis la mise en ligne du site www.academiemarquisienne.com, on peut dire que l’institution, constituée en loi association 1901, a su trouver son public : déjà près de 2 500 visites ont été enregistrées en seulement quatre mois, et près de 70 nouvelles personnes par semaine. C’est dire si cette digitalisation était attendue et correspond à un besoin des Polynésiens de se tenir informés des problématiques et des projets portés par les tuhuka. La page Facebook éponyme n’est pas en reste : 1 000 abonnés ont été enregistrés depuis le 1er décembre dernier, avec la visite de 7 000 personnes par mois grâce à la publication des articles hébergés sur le site. “L’article le plus lu avec 800 lectures est un compte-rendu des réunions hebdomadaires de l’académie. Les gens s’intéressent à nos travaux de près”, se félicite Jacques Iakopo. Tout ce contenu s’avère précieux, non seulement au regard de la constitution d’archives, mais également de l’accès à ces informations pour les institutions similaires dans toute l’Océanie ou les chercheurs en linguistique.

Maintenant que le volet communication est opérationnel, les membres de l’académie peuvent se consacrer à la rédaction de leur dictionnaire, un grand projet qui va les tenir en haleine au long des prochaines années. Reste désormais à prendre aussi en main le volet événementiel, afin que l’institution aille à la rencontre du public. Gageons que ce sera là la prochaine grande mission de l’académie à l’horizon 2021-2022.

Pour suivre l’académie Te pū tuhuka èo ènana :
www.academiemarquisienne.com
www.facebook.com/AcademieMarquisienne


Vaea Deplat

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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT