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Effet domino autour du groupe SAS La Dépêche de Tahiti

Crédit photo : Dominique Schmitt
En ne s’acquittant plus des "loyers" des locaux qu’il occupe, le groupe de presse empêche son propriétaire de s’acquitter de ses impôts pour ces mêmes locaux. Une situation à laquelle la justice administrative va probablement rester insensible…

Comme le révélait Tahiti Pacifique dans un récent numéro (lire TPM n° 428 du 6 mars 2020), la SCI Pont de la Fautaua – qui loue ses locaux à SAS La Dépêche de Tahiti depuis de nombreuses décennies – court après plus de 124 millions de Fcfp d’impayés. Une somme faramineuse qui représente plusieurs années d’occupation effective par le groupe de presse mais aussi de "quittances" restées sans suite. En effet, le locataire récalcitrant ne s’acquittant plus de ses "loyers" depuis mai 2015, ils sont ainsi devenus à partir du 1er février 2016 des "indemnités d’occupation mensuelle". Ce refus de respecter ses obligations doit être mis en rapport avec les difficultés financières du groupe concerné, empêtré dans une procédure de redressement judiciaire depuis plusieurs mois pendant laquelle les créanciers crient famine et transparence. Une situation financière désastreuse qui a eu un coup de pouce "heureux" avec l’arrivée de l’épidémie et ses conséquences, puisque plusieurs audiences au tribunal mixte de commerce pour décider de l’avenir de SAS La Dépêche ont été repoussées.

Imposé sur des sommes non perçues

Une patience et une lenteur que les services fiscaux et la justice administrative n’ont pas. Car si les "indemnités d’occupation mensuelle" ne tombent pas tous les mois, les avis d’imposition, eux, continuent à tomber. Las, la SCI Pont de la Fautaua a demandé à ce que la Direction des impôts et des contributions publiques (DICP) prononce la décharge complète des impôts sur les transactions et de la contribution de solidarité territoriale (CST) des activités et professions non salariées depuis 2016 en faisant valoir que, si son "squatteur" n’avait pas payé les "indemnités d’occupation mensuelle" sur la même période, elle ne pouvait le faire de son côté. Selon nos sources, la Présidence se donne un délai de six mois pour répondre à la missive envoyée par la SCI en novembre 2019, mais avec la crise du coronavirus, qu’en est-il vraiment ? Par ailleurs, l’ancienne directrice des Impôts, Claude Panero – qui a quitté son poste après avoir été nommée à la tête du Centre hospitalier du Taaone début 2020 – ne donnerait "aucune nouvelle depuis". Saisi, le tribunal administratif de Papeete n’est pas parti pour donner raison à la SCI. Le rapporteur public a rappelé en séance, le 12 mai dernier, que le code des impôts prévoit en effet que ces impositions sont calculées sur les "factures" émises – bien que le terme "factures" soit faux, puisqu’il n’y a eu aucune transaction –, et non sur le paiement effectif par un client ou locataire. Le magistrat a conclu ainsi au rejet ; la décision est attendue durant la deuxième quinzaine de mai. Une double peine en quelque sorte pour la SCI, qui a toujours payé les impôts et les assurances du bâtiment.

Audience reportée pour la cinquième fois

D’après nos dernières informations, l’audience repoussée depuis le 15 janvier 2020 puis prévue le 6 mai dernier, et lors de laquelle il était convenu que la SAS La Dépêche de Tahiti et M. Abner Guilloux (successivement administrateur judiciaire de cette dernière, puis commissaire pour l’exécution du plan de continuation, ndlr) apportent les éléments justifiant "l’ouverture de la procédure collective invoquée (procédure de redressement judiciaire, ndlr) ainsi que de sa poursuite et de son état d’avancement", a été renvoyée pour la cinquième fois au 17 juin prochain. Dans ses conclusions d’incident adressées fin avril à la présidente du tribunal de première instance, Maître Bourion, l’avocat de la SCI, constate : "Malgré plusieurs renvois, ni la SAS La Dépêche de Tahiti ni M. Guilloux n’ont communiqué la moindre information au Tribunal et visiblement non seulement sont d’une parfaite mauvaise foi, mais de surcroît « jouent la montre » alors qu’il leur est très facile de communiquer ces éléments." Le cauchemar continue donc pour Mme Victoria Mazellier, l’une des associées de la SCI, qui est aussi, rappelons-le, la veuve du fondateur du titre La Dépêche. Quelle ironie du sort !

(S.P. et D.S)

Les artisans du fenua déplorent un manque de soutien

Les artisans du fenua déplorent un manque de soutien
Alors que les artistes et les artisans polynésiens tentent d’exister et de survivre dans cette période de confinement et de lutte contre la crise sanitaire du Covid-19, l’Atelier Prokop Tahiti a poussé un cri du cœur, le 20 avril dernier. "Nous sommes contents de voir les élans de solidarité qu’a provoqué cette crise sanitaire. (…) Nous concernant, le domaine de l’artisanat n’est pas épargné. (…) et nous trouvons dommage qu’il n’ait pas été cité ni même soutenu par nos politiques et plus particulièrement par le ministre de la Culture et de l’Artisanat. (…) Nous aurions apprécié et mérité un message de sympathie et de soutien. Nous avons l’impression d’être invisibles et nous avons une pensée particulière à tout ce secteur, qui comme tout le
monde, essaye de s’en sortir", fustige l’entreprise artisanale sur les réseaux sociaux. M. Heremoana Maamaatuaiahutapu, si vous nous lisez entre deux compositions de chansons, merci de ne pas les oublier…
(D.S.)

Une dizaine de personnes placées en isolement dans les hébergements militaires

Crédit photo : Haut-commissariat
Depuis le début de la crise sanitaire, des structures ont été mises en place pour accueillir les résidents polynésiens bloqués en Métropole et des patients du Covid-19. C’est le cas des hébergements mis à disposition par les Forces armées de la Polynésie française, dans le cadre de l’opération "Résilience" lancée par le président de la République le 25 mars. En temps normal, ces chambres servent au Cercle mixte
interarmées à héberger notamment des militaires qui viennent en mission au fenua. Situés à proximité du Centre hospitalier (CHPF), ces hébergements comptent 30 chambres désormais dédiées à l’isolement des patients du Covid-19. Au 14 avril, huit personnes étaient placées en isolement. Au 24 avril, le ministre de la Santé évoquait une dizaine de personnes. "Il s’agit de patients porteurs du virus qui ne peuvent pas être hébergés dans leur famille car c’est trop risqué. On a donc décidé de les isoler dans un lieu proche de l’hôpital et surveillé", explique ainsi Jacques Raynal. Six militaires assurent au quotidien la gestion de ce lieu qui a été adapté à l’accueil des patients. Ils travaillent en lien avec des acteurs, notamment de la Santé. D’autres structures pour des isolements sont prévues à Outumaoro et au Royal Tahitien. Elles pourraient aussi servir à accueillir les 300 résidents polynésiens qui sont encore bloqués en Métropole et souhaitent rentrer. Aujourd’hui, le Centre d’hébergement pour étudiants (CHE) de Outumaoro héberge déjà une quarantaine de résidents en confinement.

(S.F.)

Le patron de la "future" ferme aquacole de Hao à l’origine des dons de masques en Polynésie

Crédit photo : Présidence
Le 6 avril dernier, le Pays réceptionnait du matériel médical en provenance de Chine. Dans les soutes de l’avion-cargo : les fournitures tant attendues, et notamment des masques pour se protéger contre le coronavirus. Bientôt, on apprenait que Wang Cheng, le président de Tahiti Nui Ocean Foods et patron de la "future" ferme aquacole de Hao, était à l’origine des dons de masques en Polynésie. Dans un communiqué officiel, la Présidence remercie le consul de Chine de Tahiti, Shen Zhiliang, pour les "45 000 masques chirurgicaux offerts par le président de Tahiti Nui Ocean Foods et l’Association du Peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger (APCAE) de Shanghai et de Pékin". Cette donation suscite des interrogations. Pourquoi Édouard Fritch ne l’a-t-il pas précisé à la presse avant la livraison ? Et si ces masques ont été "offerts", y a-t-il eu ou y aura-t-il une contrepartie à payer pour le Pays ?
L’information a été relayée par les médias de l’Empire du Milieu, qui évoquent le départ d’un avion transportant des fournitures médicales depuis l’aéroport international Pudong de Shanghai pour la Polynésie. Interrogé par nos confrères chinois, Wang Cheng explique : "Récemment, l’épidémie de Covid-19 a frappé la Polynésie française. Les établissements médicaux ont un besoin urgent de fournitures médicales, dont des vêtements de protection. En raison de la grave situation en Europe, la Chine est devenue un espoir important pour cette région." La presse asiatique relate également comment cet entrepreneur chinois de 52 ans, qui s’est rendu au fenua pour la première fois il y a huit ans, a "conclu un accord avec le gouvernement local pour le développement de fermes aquacoles en haute mer et d’un parc de l’industrie maritime, permettant d’améliorer la structure industrielle et l’emploi, et d’augmenter les revenus fiscaux". Le président de Tahiti Nui Ocean Foods indique par ailleurs : "Après de longs préparatifs, les travaux de notre projet d’investissement (une ferme aquacole sur l’atoll de Hao, aux Tuamotu, ndlr) auraient dû débuter ce printemps. Mais la pandémie de coronavirus a ravagé la Chine, l’Europe et la Polynésie française dans le Pacifique Sud."
C’est ainsi que l’Association du peuple de Shanghai pour l’amitié avec l’étranger a accordé son attention à ce "vieil ami" de la métropole chinoise et lui a envoyé 30 000 masques, de même que d’autres villes. "Notre entreprise a acheté 10 000 masques pour en faire don", précise M. Cheng. Quelque 130 mètres cubes de cartons contenant des produits de prévention et de contrôle du Covid-19, arborant les mots "La détermination de tous fait la force" en français et en chinois, ont déjà été transportés par un avion affrété vers la Polynésie. Au total, ce sont 400 mètres cubes de fournitures médicales qui partiront de Shanghai à destination du fenua, dont un quart provient des dons chinois, le reste étant composé d’achats réalisés par le Pays.

(Dominique Schmitt)

Disparition de "mamie Louise" : le monde de la culture en deuiL

Crédit photo : Christian Durocher/CAPF
Après la disparition de Coco Hotahota, chef de la troupe emblématique Temaeva, c'est un autre pan de la culture polynésienne qui s'est effondré avec le départ de Louise Kimitete, le 25 mars dernier, à l'âge de 80 ans. Née à Hatihe’u, sur l’île de Nuku Hiva aux Marquises, "Mamie Louise" allait avoir 81 ans en juin prochain. Cette grande dame du 'ori tahiti, qui a consacré sa vie à la danse tahitienne, avait pour leitmotiv : "La danse est ma prière." Elle a débuté sa passion à 16 ans avec le groupe 'Arioi de Mémé de Montluc, avant de rejoindre la troupe Heiva emmenée par Madeleine Moua, où elle a fait notamment la connaissance de Coco Hotahota, Pauline Morgan et Joseph Uura. Puis elle a suivi son mari à Hawaii, durant plus de dix années. "Un passage qui lui fera prendre conscience de l'importance de la transmission des gestes de notre culture commune. Et Mamie Louise, tout naturellement, rejoindra le Conservatoire artistique de la Polynésie française (CAPF) quelque temps à peine après la création de l'établissement, en 1981", rappelle le ministre de la Culture Heremoana Maamaatuaiahutapu, dans un discours en son hommage.
Professeur au CAPF pendant plus de trente ans, elle a aussi chorégraphié des spectacles pour plusieurs groupes : Tiare Tahiti, Temaeva, Temarama, Heikura Nui, Teva i Tai, Toa Reva, ‘Aha Tau… et formé plusieurs lauréats des concours individuels de danse du Heiva. "Elle était également poétesse, et écrivit, durant plus de trente ans, tous les textes que des milliers d'élèves allaient chanter et interpréter place To'ata, sous les étoiles du temple de la danse traditionnelle", détaille encore M. Maamaatuaiahutapu. Par ailleurs, elle a été décorée en 2012 des insignes de chevalier dans l'ordre national du Mérite.
Le directeur du CAPF, Fabien Dinard, a salué quant à lui une femme "exceptionnelle pour son amour de la transmission de ses savoirs, pour son exigence absolue de recherche de justesse et de sens. Exceptionnelle pour sa liberté de parole, pour la grande maîtrise de son art. Pour cet incroyable caractère qui nous faisait toutes et tous trembler devant elle. Mais aussi, pour sa gentillesse, ses encouragements, sa volonté de se dépasser à chaque instant". Et de conclure avec force émotion : "Mamie, nous ne te disons pas adieu. Car en fait, ta place est tellement forte dans nos cœurs que j'entends ta voix, je vois ton beau sourire, je sens ton impatience, mais également ton admiration face à notre jeunesse qui a tant besoin d'apprendre. Guide-nous Mamie, notre étoile. Aujourd'hui plus que jamais." Figure de la danse traditionnelle, Mamie Louise a rejoint les étoiles, mais elle restera dans tous les cœurs.

(D.S.)

Le Pôle de santé mentale (PSM) en "Position latérale de sécurité" (PLS)

Crédit photo : Sébastien Petit
Il n'y a pas que le Village tahitien qui a du mal à sortir de terre. Alors que le marché du chantier du Pôle de santé mentale (PSM) a été attribué en novembre 2016, le futur hôpital psychiatrique est toujours un terrain vague qui attend les premiers coups de pelle. Si le directeur de l'ex-TNAD – devenu "Grands projets de Polynésie" – Rémi Grouzelle, affirmait le 27 février dernier, lors de l'inauguration de leurs nouveaux locaux, que les grues étaient en cours d'installation sur le chantier du PSM, elles se font encore attendre.
Victimes d'un contentieux avec l'entreprise Boyer (attributaire du lot "Terrassement et gros œuvre"), depuis mi-2017, sur la qualité des sols et les risques que les travaux pourraient occasionner sur les maisons aux alentours, les travaux semblent encore et toujours à l'arrêt, alors que l'inauguration était prévue pour... fin 2019. À l'heure où nous écrivons ces lignes, mi-mars 2020 (avant le confinement, ndlr), le "chantier" n'est que tuyaux et fils empilés, monticules de terre entassés, baraques de chantier délaissées et autres engins abandonnés.
D’après nos informations, le contentieux, loin d'être résolu, est encore très vivace. Pénalités de retard et frais d'immobilisation seraient ainsi décomptés. Lors de la pose de la première pierre, fin 2016, Édouard Fritch insistait sur le fait que "le besoin de renforcer l’offre de santé mentale en Polynésie française était à la fois urgent et incontestable". En "Position latérale de sécurité" (PLS), le PSM est apparemment de moins en moins urgent et de plus en plus contesté.

(S.P.)

Quand Jacques Mérot accuse Tahiti Pacifique de sa propre chute à la présidence de l’APC…

Quand Jacques Mérot accuse Tahiti Pacifique de sa propre chute à la présidence de l’APC…
b[Organiser une conférence de presse en rebondissant sur un article de presse et en accusant l’auteur de réaliser une "campagne de dénigrement acharnée", sans y convier ni le journaliste ni le responsable du support médiatique (pour le coup, la même personne) ou même l’appeler au préalable, on pourrait penser que ce n’est pas envisageable sur le plan déontologique et encore moins dans le domaine du fair-play. C’est pourtant bien ce qui s’est passé, le 9 mars dernier…
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Une sortie de route de plus de la part du président de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC), mais qui, finalement, ne surprend plus vraiment. Cette attitude s’inscrit en effet dans la continuité de ses actions au sein de l’APC, où il n’a pas réussi à s’en tenir au protocole, à savoir veiller à une stricte étanchéité entre les fonctions de décision (le collège, qui a un rôle de jugement) et d’instruction (le service d’instruction, qui garantit l’impartialité de l’Autorité dans l’examen des dossiers). En effet, faut-il rappeler que Jacques Mérot cumule pas moins de trois irrégularités à son actif, qui ont jeté le discrédit sur toute l’institution ? Rafraîchissons-nous la mémoire…

Tout d’abord, deux sociétés de gardiennage ont accusé l’APC de violation des principes fondamentaux de séparation des pouvoirs et d’impartialité, se basant sur une note interne du rapporteur général s’adressant en mai 2018 au collège (le président en personne a même provoqué une réunion le surlendemain pour auditionner le rapporteur et décider de l’orientation à donner au service d’instruction !). Ensuite, c’est la Cour d’appel de Paris qui a suspendu,
trois jours plus tard, l’exécution de la décision de condamnation du groupe de distribution Wane prononcée par l’APC dans l’affaire de la réfrigération des boissons (M. Mérot a fourni une attestation écrite dans le cadre d’un litige prud’homal en faveur d’un cadre qui s’opposait au groupe Wane, puis a refusé de se "déporter" lors de l’audience de plaidoirie devant l’APC). Enfin, dans l’affaire du BTP, révélée en juillet 2019, il a directement demandé par courrier au haut-commissaire des pièces relatives au marché public du bitumage des routes de Tahiti, ce qui constitue encore une fois un manquement à ses obligations.

Procédure de démission d’office : le devoir de réserve encore bafoué

Aussi regrettable que ce soit de voir le seul rempart contre les monopoles industriels et les pratiques anticoncurrentielles s’effondrer, non, la fin ne justifie pas les moyens ! Et, oui, Tahiti Pacifique s’appuie sur des documents officiels afin d’attester ses dires. D’ailleurs, il est surprenant qu’aucun de nos confrères n’aient posé deux questions simples à Jacques Mérot : "pourquoi le principal intéressé n’a pas été invité pour répondre à vos attaques personnelles ?" et "que répondez-vous aux accusations d’impartialité de la part de la cour d’appel de Paris et de toute la presse spécialisée ?". Surtout qu’il n’a pas respecté, non plus, son devoir de réserve en convoquant certains médias triés sur le volet pour un "point d’information" dont l’objectif était de leur déclarer qu’il était visé par une procédure de démission d’office, décidée par tous les membres du collège et initiée par le doyen, Christian Montet, comme le règlement interne le stipule.

C’est notre article paru dans le dernier numéro (lire TPM n° 428 du 6 mars 2020), intitulé "Démission de Michel Paoletti : malaise à l’APC ?", qui aurait mis le feu aux poudres. Jacques Mérot dénonce "une campagne de presse systématiquement hostile" de Tahiti Pacifique, dont il conteste les écrits qui "instrumentalisent" le départ de M. Paoletti. Selon lui, "le malaise" au sein de l’Autorité, "ça n’a rien à voir", peut-on lire encore dans la presse. Permettez-nous de nuancer ces propos. En écrivant "ce départ précipité serait-il l’illustration du malaise qui existe au sein de l’APC depuis les différentes affaires ayant entaché son président Jacques Mérot ?", nous n’affirmons jamais rien dans ce sens, nous posons simplement la question. Aussi, il semblerait que M. Paoletti ait préféré se retirer de l’APC pour ne pas être mêlé à la mutinerie qui tente aujourd’hui de faire tomber le capitaine de la pirogue avant que le naufrage ne soit inévitable. Pour finir, nous vous gardons le meilleur : M. Mérot a tenu à "corriger" nos informations sur son salaire : "1,9 million de Fcfp net par mois, c’est élevé, certes, mais c’est la rémunération d’un haut fonctionnaire en Polynésie." C’est pourtant exactement ce que nous affirmons depuis notre premier article sur l’APC, en évoquant une "rémunération moyenne mensuelle de 2,3 millions de Fcfp brut, soit 1,9 million de Fcfp net" (lire TPM n° 410 du 28 juin 2019). Parfois, il est préférable de s’abstenir plutôt que de médire. Le 16 mars dernier, le collège devait auditionner son président, puis rendre un avis avant de le transmettre au président du Pays qui tranchera in fine. Cependant, M. Montet s’étant déporté, la procédure a été reportée, le quorum n’ayant pu être atteint.
En effet, M. Montet a signifié dans un communiqué de presse : "Ayant été mis en cause dans la presse locale par M. Jacques Mérot, président de l’Autorité polynésienne de la concurrence, dans le cadre de la procédure de démission d’office initiée le 20 février 2020, j’ai décidé de me déporter pour préserver l’institution et éviter que cette mise en cause de ma personne ne puisse être exploitée. Je veux ainsi protéger l’impartialité et l’indépendance de l’APC dans cette affaire."
Suite au prochain épisode…

Alain Siu : le tribunal lui efface une ardoise de 794 millions de Fcfp !

Alain Siu : le tribunal lui efface une ardoise de 794 millions de Fcfp !
Dans le cadre d’une demande visant à voir traiter sa situation de surendettement, le tribunal de première instance de Papeete, dans un délibéré daté au 21 février 2020, a déclaré la requête de M. Alain Siu recevable, alors que ses dettes s’élevaient à 794 032 258 Fcfp, selon le Journal officiel. Pourtant, la société NACC, venant aux droits de la SAEM Banque Socredo, a soutenu que M. Siu avait "organisé frauduleusement son insolvabilité et qu’il ne pouvait pas être considéré comme un débiteur de bonne foi". Mais M. Siu a indiqué qu’il percevait "une retraite d’un montant de 200 000 Fcfp outre les prestations familiales pour ses trois enfants". Par ailleurs, il "partage les frais du loyer d’un montant de 180 000 Fcfp avec sa mère" et "conteste avoir organisé son insolvabilité, rappelant que ses deux sociétés ont été placées en liquidation judiciaire en 2012 et que la vente de sa maison a bien servi à rembourser une partie de ses dettes". Il explique aussi que "suite à ses difficultés financières", son épouse "s’est suicidée en 2011, le laissant seul avec trois jeunes enfants et il n’a pu exercer que de petits travaux pour gagner quelques subsides, notamment en tant que guide touristique jusqu’à la perception de sa retraite". Le tribunal a ainsi décidé d’homologuer la décision de la commission de surendettement et de prononcer le rétablissement personnel de M. Alain Siu sans liquidation judiciaire, avec effacement des dettes. Quoi qu’il en soit, M. Siu est désormais inscrit au Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP).

(D.S.)

Alex, trois ans déjà…

Crédit photo : Dominique Schmitt
Cela fait déjà trois ans qu’Alex W. du Prel, le fondateur de Tahiti Pacifique, s’en est allé, un mardi 14 mars 2017, à l’âge de 73 ans. Il n’y a pas un jour où la rédaction n’a pas une pensée ou un mot pour rendre hommage au père créateur du magazine au slogan "Une goutte de liberté dans l’océan". Cet homme, doté à la fois d’une culture remarquable et d’une simplicité touchante, n’avait pas froid aux yeux : il était une vraie force tranquille. Alex, ta chemise bleue, ton mordant et ton irrévérence nous manquent toujours !

(D.S)

Démission de Michel Paoletti : malaise à l’APC ?

Crédit photo : APC
L’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) connaît de nouvelles turbulences. L’un des membres du collège, Michel Paoletti, a démissionné de l’institution. Fraîchement nommé, le 1er octobre 2019, par le conseil des ministres, après avis du président de l’APC, son mandat devait pourtant durer quatre ans. L’ancien conseiller de Gaston Flosse a ainsi préféré se retirer de l’APC, et laisser ses collègues Aline Baldassari, Youssef Guenzoui et Christian Montet poursuivre leurs missions sur les questions de concurrence ou de consommation, de leur probité et de leur indépendance. Pour remplacer M. Paoletti, le gouvernement devra soumettre à l’APC une personnalité issue du monde juridique ou économique qui respecte de nombreuses conditions, ce qui n’est pas aisé. Aussi, ce départ précipité serait-il l’illustration du malaise qui existe au sein de l’APC depuis les différentes affaires ayant entaché son président Jacques Mérot, accusé de "manque d’impartialité" par toute la presse spécialisée ? Les autres membres du collège vont-ils le pousser à partir, afin de sauver la crédibilité de l’APC ?
En effet, le collège peut obtenir la démission d’un de ses membres ou du président par un vote à la majorité, lorsque celui-ci fait preuve d’un "manque de dignité dans la fonction et/ou d’impartialité".
Deux conditions que M. Mérot réunit à lui tout seul, mais il semblerait que celui-ci préfère cependant rester accroché à ses 2,3 millions de Fcfp mensuels. Depuis la création de l’APC, le 23 février 2015, les relations avec le Pays sont de plus en plus tendues. En septembre 2019, un communiqué du gouvernement avertissait : “L’APC dispose de tous les outils nécessaires à la recherche et la sanction des pratiques anticoncurrentielles et à la lutte contre la vie chère.” Et de rappeler : “L’APC dispose d’un budget annuel de 185 millions de francs, soit environ 30 millions de plus que son homologue calédonienne. Un effort conséquent du budget de la Polynésie française dont la contrepartie devrait être plus de résultats et moins de polémiques.”
Suite au prochain épisode…

(D.S.)

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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT