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Oscar Temaru : "Tout est dans Tahiti Pacifique, il faut le lire, toute la vérité est là !"

 Devant le palais de justice et alors qu’il a entamé une grève de la faim, le maire de Faa’a et président du Tavini invite la population à lire Tahiti Pacifique dont l’édition spéciale du 29 mai a été consacrée au sujet explosif du nucléaire. Crédit photo : Greg. Boissy
Invité du journal télévisé sur Polynésie la 1ère, le 7 juin, dans le cadre de l’affaire Radio Tefana, le maire de Faa’a et président du Tavini Huiraatira, a dénoncé une "décision tout à fait injustifiée, aberrante" à propos de la "saisie pénale" de 11,55 millions de Fcfp sur son compte, estimant qu’il était dans son droit de bénéficier de la protection fonctionnelle prévue dans ses missions. "C’est de l’acharnement, c’est du harcèlement. Comment expliquer autrement ?", a déclaré Oscar Temaru, estimant une nouvelle fois que cette enquête était "un règlement de compte" de l’État à la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU et à la plainte pour crime contre l’humanité à l’encontre de la France. "Ce genre d’action est mené contre des trafiquants d’ice qui risquent de s’enfuir. On pense peut-être que je vais m’enfuir en Colombie, au Venezuela ou ailleurs ?", a regretté le leader indépendantiste, qui a décidé, dès le lendemain, d’entamer une grève de la faim.
Interrogé ensuite sur la bataille de textes autour du seuil de 1 millisievert et la notion de "risque négligeable" menée par le gouvernement au sujet du nucléaire, Oscar Temaru a également fait l’apologie de votre magazine préféré : "J’aimerais tout simplement dire merci à Bruno Barrillot (spécialisé dans le suivi des armes et du nucléaire, il a été notamment cofondateur de l’Observatoire des armements en 1984 et a conseillé aux victimes civiles et militaires, en France, en Polynésie française et en Algérie, de se rassembler pour exprimer leurs revendications : l’Association des vétérans des essais nucléaires – l’Aven – et Moruroa e tatou ont ainsi été créées en 2001, ndlr), qui a fait un film sur Moruroa, avec des témoins métropolitains qui ont travaillé à Moruroa ; j’aimerais également dire merci à Ghislain Houzel, un ancien ingénieur du CEA (Commissariat à l’énergie atomique, ndlr). Tout est dans Tahiti Pacifique, il faut le lire, il dit la vérité ! Mais cela ne fait rien, vingt-cinq après l’arrêt des essais nucléaires, toute la vérité est là… Le reste, c’est du marchandage, du tripotage politique !" Depuis le 8 juin, le chef de file du Tavini demande au procureur de la République, Hervé Leroy, de le recevoir, en vain. Se considérant comme "une victime de la justice coloniale", M. Temaru a promis de revenir "tous les jours" devant le palais de justice.

Teua Temaru : "On se tient debout et on va résister"

Pour rappel, M. Fritch est également passé à la barre en 2016 pour "prise illégale d’intérêts" dans l’affaire Radio Maohi. Il n’avait pas alors écopé de peine d’inéligibilité mais avait été condamné à 2 millions de Fcfp d’amende pour avoir attribué 15 millions de Fcfp de subventions à la radio politique du Tahoeraa, lorsqu’il était maire de Pirae en 2007. La Justice en Polynésie est-elle à deux vitesses ? Ce qui est certain, c’est que l’État est assis sur une poudrière et joue avec le feu... Les militants rangés derrière leur metua n’attendent qu’un signe de sa part. D’ailleurs, révoltée, Teua Temaru, la fille d’Oscar, a prévenu : "S’il lui arrive quoi que ce soit, le procureur devra répondre de ses actes devant tout le nūna’a (« peuple », ndlr), pas devant le tribunal, pas devant la Justice. Il ne faudra pas qu’il s’étonne quand ce monsieur (Oscar Temaru, 75 ans, 1,70 m, 64 kilos, ndlr) va fermer les yeux, plus personne ne sera là pour maintenir la paix dans ce pays, et le sang va couler ! Et ce sera la faute du procureur, du procureur général et de tous les autres assis couchés debout qui ne font que le jeu de l’État. Alors, maintenant, on dit « ça suffit ! ». On se tient debout et on va résister." (D.S.)

Route du Sud : le projet relancé discrètement

Crédit photo : Dominique Schmitt
Le Journal officiel du 12 mai dernier nous apprend que le projet de Route du Sud, devant relier Punaauia à Afaahiti, est relancé dans le cadre d’un appel d’offres pour la réalisation d’opérations topographiques et d’images aériennes. L’association Mata Atea s’insurge : "Notre gouvernement veut reprendre un projet autodestructeur et couvrir de goudron
500 hectares de notre patrimoine naturel et culturel, lequel devrait être la base d’une économie durable !" Et de s’interroger : "Quand investirons-nous, enfin, dans la reconstruction et le développement de notre secteur primaire, base du tourisme de notre époque, à l’instar, par exemple, de la Nouvelle-Zélande ? Mata Atea va réagir !" Mata Atea se dit ainsi choquée, surtout dans ce contexte de pandémie du Covid-19…
L’association fustige : "Monsieur Anthony Géros, seul opposant politique à ce projet sur Paea depuis 2003, tient à dénoncer le fait que le gouvernement n’a toujours pas tiré les véritables leçons de la crise sanitaire qui a plongé l’économie de notre fenua dans la récession en l’espace de seulement deux mois. Il ajoute à cet effet, qu’au lieu de gaspiller 180 milliards de Fcfp dans du goudron, il aurait mieux fallu mobiliser ces fonds sur des projets d’investissement productif du secteur primaire afin de faire évoluer rapidement notre économie de comptoir vers une économie d’autosuffisance alimentaire durable." Dans notre numéro consacré à ce sujet brûlant (lire TPM
n° 418 du 18 octobre 2019), le ministre de l’Équipement, René Temeharo, évoquait
"533 parcelles pour 334 hectares pour les besoins en matière foncière" et garantissait notamment "une étude d’impact environnemental". M. Temeharo promettait également : "La construction de la Route du Sud permettra de canaliser le flot de véhicules en transit dans les communes traversées et ainsi, d’atténuer la pression sur la route de ceinture existante pour la requalifier vers sa vocation de « desserte communale » et la réserver à une circulation douce, transports en commun, vélos, piétons…"
(D.S.)

Les SDF déconfinés, "sans tambour ni trompette"

Crédit photo : DR
Nouveau coup de gueule du Père Christophe qui regrette, dans ses "Humeurs du P.K.0", que l’on déconfine les sans-abris "sans tambour ni trompette" et "dans la solitude". Les "centres de déconfinement" fermant les uns après les autres, les SDF retournent ainsi à la rue et sous les ponts, sans que personne ne se soucie de leur sort. Le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete, qui œuvre pour leur cause depuis plus de 25 ans, commente l’actualité avec toute l’ironie qui le caractérise : "Quel contraste avec l’ouverture très médiatique de ces centres… Au diable le travail accompli par ces petites mains qui se sont démenées pour accompagner les sans-abris durant ce temps de confinement (infirmières, assistantes sociales…). Désormais l’actualité est ailleurs… Qu’importe, l’essentiel est que la population se souvienne des images fortes de l’ouverture de ces centres avant le retour aux urnes ! Les sans-abris, eux, ont l’habitude… des promesses sans lendemain !" Encore un tacle adressé à la classe politique, qui n’a pourtant toujours pas pipé mot ni bougé le petit doigt. Mais on le sait, nul n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.
(D.S.)

Nomination d'Hervé Dubost-Martin à la TEP : un retour au fenua qui intrigue…

Crédit photo : DR
Hervé Dubost-Martin, l’ancien P-dg d’EDT-Engie (2008-2015), vient d’être nommé par le gouvernement en tant que représentant du Pays au sein du conseil d’administration (CA) de la société d’économie mixte locale (SEML) Transport d’énergie électrique de Polynésie (TEP). Cette nomination est actée dans le cadre du "Plan de transition énergétique 2015-2030", qui a pris un retard considérable (lire notre dossier "Énergies renouvelables : le Pays se hâte lentement…", TPM n°429 du 20 mars 2020), mais, pour l’heure, nul ne sait quelle sera la mission exacte de
M. Dubost-Martin. En coulisses, il se dit qu’il pourrait remplacer Antonio Perez au poste de président du CA de la TEP, dont l’élection est imminente. Pour rappel, il avait été décoré de l’ordre de Tahiti Nui par Édouard Fritch (photo ci-contre). Cependant, cette nouvelle n’a pas ravi l’ensemble de l’opinion publique, de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux criant même au "scandale" et à la "provocation", arguant que "cela permettra à Engie d’avoir la mainmise totale sur l’électricité en Polynésie".
On se souvient en outre que Valentina Cross a accusé ouvertement l’ancien patron d’EDT de corruption. L’élue UPLD rapportait en effet comment il avait tenté d’acheter sa voix au sein du Syndicat pour l’électrification des communes du Sud de Tahiti (Secosud) : "C’est un fare va’a flambant neuf pour la commune de Teva i Uta et le recrutement par EDT Engie de mon frère comme coach de l’école de va’a communale que M. Dubost-Martin, ex-P-dg de EDT Engie, m’a promis, en échange du retrait immédiat de mon recours contre la reconduction illégale du monopole de Secosud jusqu’en 2030. (…) Un marché de fourniture et de distribution d’électricité juteux à 1,4 milliard de Fcfp par an sur quatre communes du Sud à reconduire coûte que coûte jusqu’en 2030, ça vaut bien la distribution de cette petite sucette, non ?", avait-elle lâché. Avant d’ajouter : "La corruption est une réalité dans notre pays et tous les élus sans exception sont une proie pour de tels prédateurs sans scrupules." M. Dubost-Martin s’était alors fendu d’un droit de réponse pour dénoncer "des propos diffamatoires" et "un manque d’objectivité total". L’ambiance s’annonce électrique !
(D.S.)

La CPME propose un plan de sauvetage du tourisme

La CPME propose un plan de sauvetage du tourisme
Depuis le début de la crise du Covid-19, la Confédération des petites et moyennes entreprises en Polynésie française (CPME), emmenée par Christophe Plée, se montre très active, défendant bec et ongles les emplois au fenua. La première à demander au gouvernement le confinement de la population afin d’éviter la propagation du virus, elle est partie aussi au front pour réclamer le déconfinement depuis que l’épidémie semble maîtrisée, et ce, afin de relancer notre économie. Ainsi, elle a accueilli "avec satisfaction" les décisions prises le 12 mai dernier, qui reprennent les demandes officielles exprimées dans son dernier courrier envoyée au vice-président, le 7 mai, en faveur de la réouverture des entreprises telles que les bars, les discothèques, les salles de sport et les cinémas. Désormais, la CPME souhaite aller plus loin en proposant un plan de sauvetage du tourisme polynésien, qui est "au point mort", par le biais de la convention "Fenua Pass", qui pourrait être passée entre les acteurs du tourisme, le Pays et l’État. Cette opération a pour objectif de "recréer de l’activité touristique endogène et permettrait la réouverture de nos structures hôtelières et des prestataires de services du secteur du tourisme". Une initiative brillante qui mérite d’être saluée.
(D.S.)

Les professionnels du livre pleurent la disparition de leur doyenne Manuella Luciani

Crédit photo : Lire en Polynésie
"C’est une fervente défenseur du livre en général, et du livre local en particulier, qui nous quitte aujourd’hui... Merci pour ce noble engagement et ce soutien inconditionnel pendant toutes ces années !" (Au Vent des îles). Le 5 mai dernier, Manuella Luciani, née Klima, figure emblématique de la librairie historique de Papeete a laissé les professionnels et les amoureux du livre orphelins. Les hommages n’ont pas tardé à fleurir : "Manuella incarne la librairie Klima. Cette librairie chère au cœur des Polynésiens qui a fêté ses 80 ans en 2016", note l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles. "Toujours coquette dans sa robe locale et sa fleur dans les cheveux, elle exerçait son métier avec passion. Ses lunettes posées sur le bout du nez, elle conseillait avec plaisir les clients dans le choix de leurs ouvrages. C’est sans doute cette proximité avec le public et l’ambiance familiale du lieu qui ont permis à la librairie de traverser tant d’années", témoignent les Éditions des Mers Australes.
Car si la librairie a fièrement traversé les années depuis sa fondation en 1936 par le père de Manuella, elle n’en était pas moins menacée par une potentielle fermeture. En 2016, Manuella avait déjà évoqué ses difficultés, "confrontée à la baisse de fréquentation et à la concurrence avec Amazon". Si à l’époque, elle avait évoqué la possibilité de fermer boutique, Manuella avait finalement continué à gérer sa librairie pendant trois ans avant de prendre sa retraite en 2019. Or, la même année, la fermeture d’Archipels, seconde librairie historique de Papeete, avait retenti comme une sonnette d’alarme. "Ce qui est plutôt dommageable, ce n’est pas tellement le fait qu’elles arrêtent. C’est surtout qu’il n’y a pas de repreneurs", s’était déjà exprimé Patrick Chastel, président de l’association Tāparau  dans les colonnes de Tahiti Infos. Pour l’heure, nous ne savons pas encore ce que la famille de la regrettée Manuella décidera, mais il nous semble important de se poser la question de l’avenir du livre en Polynésie, tant les librairies sont de formidables soutiens au secteur de l’édition locale.
Assistons-nous à la chronique d’une mort annoncée des librairies indépendantes et familiales de Polynésie ? Est-ce là un clap de fin ? En tout cas, c’est probablement une page qui se tourne : un "monument" du secteur du livre en Polynésie qui risque de disparaître. Pourvu que des passionnés se manifestent, proposant un concept de libraire nouvelle génération, à l’image de ces petites librairies indépendantes qui fleurissent en Métropole, proposant événements, animations et ateliers autour du livre, et même parfois de petits salons de thé associés. Mais pour l’instant, l’heure est au recueillement et aux hommages. Un immense merci, Manuella, pour ton dévouement envers le livre en Polynésie.

(V.D.)

Effet domino autour du groupe SAS La Dépêche de Tahiti

Crédit photo : Dominique Schmitt
En ne s’acquittant plus des "loyers" des locaux qu’il occupe, le groupe de presse empêche son propriétaire de s’acquitter de ses impôts pour ces mêmes locaux. Une situation à laquelle la justice administrative va probablement rester insensible…

Comme le révélait Tahiti Pacifique dans un récent numéro (lire TPM n° 428 du 6 mars 2020), la SCI Pont de la Fautaua – qui loue ses locaux à SAS La Dépêche de Tahiti depuis de nombreuses décennies – court après plus de 124 millions de Fcfp d’impayés. Une somme faramineuse qui représente plusieurs années d’occupation effective par le groupe de presse mais aussi de "quittances" restées sans suite. En effet, le locataire récalcitrant ne s’acquittant plus de ses "loyers" depuis mai 2015, ils sont ainsi devenus à partir du 1er février 2016 des "indemnités d’occupation mensuelle". Ce refus de respecter ses obligations doit être mis en rapport avec les difficultés financières du groupe concerné, empêtré dans une procédure de redressement judiciaire depuis plusieurs mois pendant laquelle les créanciers crient famine et transparence. Une situation financière désastreuse qui a eu un coup de pouce "heureux" avec l’arrivée de l’épidémie et ses conséquences, puisque plusieurs audiences au tribunal mixte de commerce pour décider de l’avenir de SAS La Dépêche ont été repoussées.

Imposé sur des sommes non perçues

Une patience et une lenteur que les services fiscaux et la justice administrative n’ont pas. Car si les "indemnités d’occupation mensuelle" ne tombent pas tous les mois, les avis d’imposition, eux, continuent à tomber. Las, la SCI Pont de la Fautaua a demandé à ce que la Direction des impôts et des contributions publiques (DICP) prononce la décharge complète des impôts sur les transactions et de la contribution de solidarité territoriale (CST) des activités et professions non salariées depuis 2016 en faisant valoir que, si son "squatteur" n’avait pas payé les "indemnités d’occupation mensuelle" sur la même période, elle ne pouvait le faire de son côté. Selon nos sources, la Présidence se donne un délai de six mois pour répondre à la missive envoyée par la SCI en novembre 2019, mais avec la crise du coronavirus, qu’en est-il vraiment ? Par ailleurs, l’ancienne directrice des Impôts, Claude Panero – qui a quitté son poste après avoir été nommée à la tête du Centre hospitalier du Taaone début 2020 – ne donnerait "aucune nouvelle depuis". Saisi, le tribunal administratif de Papeete n’est pas parti pour donner raison à la SCI. Le rapporteur public a rappelé en séance, le 12 mai dernier, que le code des impôts prévoit en effet que ces impositions sont calculées sur les "factures" émises – bien que le terme "factures" soit faux, puisqu’il n’y a eu aucune transaction –, et non sur le paiement effectif par un client ou locataire. Le magistrat a conclu ainsi au rejet ; la décision est attendue durant la deuxième quinzaine de mai. Une double peine en quelque sorte pour la SCI, qui a toujours payé les impôts et les assurances du bâtiment.

Audience reportée pour la cinquième fois

D’après nos dernières informations, l’audience repoussée depuis le 15 janvier 2020 puis prévue le 6 mai dernier, et lors de laquelle il était convenu que la SAS La Dépêche de Tahiti et M. Abner Guilloux (successivement administrateur judiciaire de cette dernière, puis commissaire pour l’exécution du plan de continuation, ndlr) apportent les éléments justifiant "l’ouverture de la procédure collective invoquée (procédure de redressement judiciaire, ndlr) ainsi que de sa poursuite et de son état d’avancement", a été renvoyée pour la cinquième fois au 17 juin prochain. Dans ses conclusions d’incident adressées fin avril à la présidente du tribunal de première instance, Maître Bourion, l’avocat de la SCI, constate : "Malgré plusieurs renvois, ni la SAS La Dépêche de Tahiti ni M. Guilloux n’ont communiqué la moindre information au Tribunal et visiblement non seulement sont d’une parfaite mauvaise foi, mais de surcroît « jouent la montre » alors qu’il leur est très facile de communiquer ces éléments." Le cauchemar continue donc pour Mme Victoria Mazellier, l’une des associées de la SCI, qui est aussi, rappelons-le, la veuve du fondateur du titre La Dépêche. Quelle ironie du sort !

(S.P. et D.S)

Les artisans du fenua déplorent un manque de soutien

Les artisans du fenua déplorent un manque de soutien
Alors que les artistes et les artisans polynésiens tentent d’exister et de survivre dans cette période de confinement et de lutte contre la crise sanitaire du Covid-19, l’Atelier Prokop Tahiti a poussé un cri du cœur, le 20 avril dernier. "Nous sommes contents de voir les élans de solidarité qu’a provoqué cette crise sanitaire. (…) Nous concernant, le domaine de l’artisanat n’est pas épargné. (…) et nous trouvons dommage qu’il n’ait pas été cité ni même soutenu par nos politiques et plus particulièrement par le ministre de la Culture et de l’Artisanat. (…) Nous aurions apprécié et mérité un message de sympathie et de soutien. Nous avons l’impression d’être invisibles et nous avons une pensée particulière à tout ce secteur, qui comme tout le
monde, essaye de s’en sortir", fustige l’entreprise artisanale sur les réseaux sociaux. M. Heremoana Maamaatuaiahutapu, si vous nous lisez entre deux compositions de chansons, merci de ne pas les oublier…
(D.S.)

Une dizaine de personnes placées en isolement dans les hébergements militaires

Crédit photo : Haut-commissariat
Depuis le début de la crise sanitaire, des structures ont été mises en place pour accueillir les résidents polynésiens bloqués en Métropole et des patients du Covid-19. C’est le cas des hébergements mis à disposition par les Forces armées de la Polynésie française, dans le cadre de l’opération "Résilience" lancée par le président de la République le 25 mars. En temps normal, ces chambres servent au Cercle mixte
interarmées à héberger notamment des militaires qui viennent en mission au fenua. Situés à proximité du Centre hospitalier (CHPF), ces hébergements comptent 30 chambres désormais dédiées à l’isolement des patients du Covid-19. Au 14 avril, huit personnes étaient placées en isolement. Au 24 avril, le ministre de la Santé évoquait une dizaine de personnes. "Il s’agit de patients porteurs du virus qui ne peuvent pas être hébergés dans leur famille car c’est trop risqué. On a donc décidé de les isoler dans un lieu proche de l’hôpital et surveillé", explique ainsi Jacques Raynal. Six militaires assurent au quotidien la gestion de ce lieu qui a été adapté à l’accueil des patients. Ils travaillent en lien avec des acteurs, notamment de la Santé. D’autres structures pour des isolements sont prévues à Outumaoro et au Royal Tahitien. Elles pourraient aussi servir à accueillir les 300 résidents polynésiens qui sont encore bloqués en Métropole et souhaitent rentrer. Aujourd’hui, le Centre d’hébergement pour étudiants (CHE) de Outumaoro héberge déjà une quarantaine de résidents en confinement.

(S.F.)

Le patron de la "future" ferme aquacole de Hao à l’origine des dons de masques en Polynésie

Crédit photo : Présidence
Le 6 avril dernier, le Pays réceptionnait du matériel médical en provenance de Chine. Dans les soutes de l’avion-cargo : les fournitures tant attendues, et notamment des masques pour se protéger contre le coronavirus. Bientôt, on apprenait que Wang Cheng, le président de Tahiti Nui Ocean Foods et patron de la "future" ferme aquacole de Hao, était à l’origine des dons de masques en Polynésie. Dans un communiqué officiel, la Présidence remercie le consul de Chine de Tahiti, Shen Zhiliang, pour les "45 000 masques chirurgicaux offerts par le président de Tahiti Nui Ocean Foods et l’Association du Peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger (APCAE) de Shanghai et de Pékin". Cette donation suscite des interrogations. Pourquoi Édouard Fritch ne l’a-t-il pas précisé à la presse avant la livraison ? Et si ces masques ont été "offerts", y a-t-il eu ou y aura-t-il une contrepartie à payer pour le Pays ?
L’information a été relayée par les médias de l’Empire du Milieu, qui évoquent le départ d’un avion transportant des fournitures médicales depuis l’aéroport international Pudong de Shanghai pour la Polynésie. Interrogé par nos confrères chinois, Wang Cheng explique : "Récemment, l’épidémie de Covid-19 a frappé la Polynésie française. Les établissements médicaux ont un besoin urgent de fournitures médicales, dont des vêtements de protection. En raison de la grave situation en Europe, la Chine est devenue un espoir important pour cette région." La presse asiatique relate également comment cet entrepreneur chinois de 52 ans, qui s’est rendu au fenua pour la première fois il y a huit ans, a "conclu un accord avec le gouvernement local pour le développement de fermes aquacoles en haute mer et d’un parc de l’industrie maritime, permettant d’améliorer la structure industrielle et l’emploi, et d’augmenter les revenus fiscaux". Le président de Tahiti Nui Ocean Foods indique par ailleurs : "Après de longs préparatifs, les travaux de notre projet d’investissement (une ferme aquacole sur l’atoll de Hao, aux Tuamotu, ndlr) auraient dû débuter ce printemps. Mais la pandémie de coronavirus a ravagé la Chine, l’Europe et la Polynésie française dans le Pacifique Sud."
C’est ainsi que l’Association du peuple de Shanghai pour l’amitié avec l’étranger a accordé son attention à ce "vieil ami" de la métropole chinoise et lui a envoyé 30 000 masques, de même que d’autres villes. "Notre entreprise a acheté 10 000 masques pour en faire don", précise M. Cheng. Quelque 130 mètres cubes de cartons contenant des produits de prévention et de contrôle du Covid-19, arborant les mots "La détermination de tous fait la force" en français et en chinois, ont déjà été transportés par un avion affrété vers la Polynésie. Au total, ce sont 400 mètres cubes de fournitures médicales qui partiront de Shanghai à destination du fenua, dont un quart provient des dons chinois, le reste étant composé d’achats réalisés par le Pays.

(Dominique Schmitt)

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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT