Menu

Aviation : se former au métier de pilote professionnel en Polynésie, c’est enfin possible

Crédit photo : DR
Les Polynésiens vont désormais pouvoir suivre un cursus complet de formation au métier de pilote professionnel, tout en restant à Tahiti. En effet, Stéphane Chantre, P-dg du Centre polynésien de perfectionnement au pilotage (C3P), a reçu des mains de Stéphane Durand, directeur du Service d’État de l’aviation civile (SEAC) par intérim, le nouvel agrément “Approved Training Autorisation” (ATO) de l’entreprise, l’autorisant à former des pilotes professionnels et des instructeurs. C3P devient ainsi la première école de pilotes professionnels fondée en Polynésie. La réglementation européenne sur l’aviation civile impose d’agréer les qualifications, mais également les organismes de formation dispensant ces qualifications. C3P était déjà titulaire
d’un ATO pour la délivrance des licences de pilote privé et ses différentes qualifications.
Le 28 août dernier, cet agrément a été étendu aux formations professionnelles. Les candidats intéressés peuvent se manifester en écrivant à :
atoc3p@gmail.com.
(D.S.)

Lettre ouverte à Vaimalama Chaves, Miss France 2019

Lettre ouverte à Vaimalama Chaves, Miss France 2019
"Chère Vaimalama,

Après avoir lu l’information dans Tahiti Infos, j’ai été écouter l’extrait de ton entretien avec le journaliste. Un seul mot me vient à l’esprit : bravo. Rien n’est plus noble que de vouloir servir son pays et, quitte à le faire, autant vouloir le faire dans la plus haute fonction. Bravo.

Permets-moi cependant de m’étonner de la première mesure emblématique que tu as évoquée : le flottement du franc Pacifique. Il me semble en effet difficile d’attirer les électeurs avec un programme qui annonce leur appauvrissement. Car une dévaluation, ou une dépréciation monétaire, consiste d’abord et avant tout à diminuer le pouvoir d’achat et à réduire la valeur de l’épargne des habitants, afin de réduire les importations. Est-ce bien ton projet ?

Il est vrai qu’en contrepartie, les exportations sont facilitées. Tu dis d’ailleurs bien qu’il sera alors possible d’attirer plus de touristes par des prix plus compétitifs. Est-ce bien nécessaire, alors que notre taux d’utilisation des capacités touristiques n’est pas mauvais, loin de là, et que l’essentiel de notre offre hôtelière est plutôt haut de gamme, un peu moins sensible au prix ? Le problème est-il vraiment dans le prix, et non dans une offre trop réduite, surtout dans les gammes intermédiaires ? Notre situation économique est enviable. Ne vaudrait-il pas mieux commencer par s’appuyer dessus pour accélérer le développement de notre offre ?

De plus, notre pays consomme essentiellement des produits importés et, à moins d’imposer un changement de mode de vie dramatique, va continuer à le faire. Les recettes habituelles qui accompagnent une telle décision monétaire, blocage des prix, contrôle des changes, ne sont, je le pense, pas tenables. Les salaires seront rapidement réajustés pour tenir compte de la hausse des prix, et le prix de l’offre touristique n’aura pas gagné grand-chose.

Enfin, lorsque tu étudies l’histoire des dévaluations et flottements des monnaies, tu te rends compte de deux phénomènes : ces décisions sont toujours prises au dernier moment, notamment lorsque les réserves de change ne permettent plus de faire face. Le rattachement à l’euro nous en préserve. D’autre part, elles provoquent systématiquement une perte de confiance chez les investisseurs, qui iront placer leurs fonds dans des endroits plus sûrs.

Il existe des experts qui ne partagent pas mon analyse. Je le sais. Tu as le mérite de rouvrir un débat important. Tu as dû comprendre que je ne partage pas le point de vue que tu as exprimé. Cela m’amène à la dernière remarque de mon courrier déjà trop long : lorsque l’on fait de la politique, ou lorsque l’on dirige une entreprise, le recours à des conseils plus ou moins avisés fait partie du travail quotidien. Choisir ses conseils est l’une des clés de la réussite. Savoir faire la part des choses en est une autre. Je souhaite que les études que tu vas reprendre et que tu réussiras, j’en suis sûr, t’aideront à t’entourer de
conseils qui contribueront à ouvrir et à développer notre beau pays.

Fa’aitoito. Amicalement."

Patrick Fincker
Coprésident de l’Institut
économique de Tahiti

Ferme aquacole à Hao : le projet des Chinois verra-t-il le jour ?

Crédit photo : Dominique Schmitt
Il y a bientôt un an et demi, en mars 2018, les premiers travaux de terrassement ont débuté afin d'accueillir une ferme aquacole sur l'atoll de Hao. Au cœur d'une polémique en raison des risques de pollution du lagon et d'un manque de transparence des investisseurs, ce projet financé par la société chinoise Tahiti Nui Ocean Foods (TNOF) tarde à se concrétiser. Déjà maintes fois repoussés, les délais annoncés par Mara Aitamai, le gérant de la société Marama Development & Management, responsable de la maîtrise d'ouvrage, ne seront pas honorés. En effet, les plans ayant été modifiés, de nouveaux permis de construire sont obligatoires, et ce sera encore plus long que prévu ! Mara Aitamai nous affirme désormais que "le nouveau permis pour la base de vie (revue à la baisse avec 250 travailleurs au lieu des 500 initiaux, ndlr) sera déposé dans une semaine et devrait être validé fin septembre". Et d'expliquer : "Il restera ensuite à finaliser le permis de la base d'exploitation (TNOF envisageait au départ un millier de bassins flottants en mer et une cinquantaine d'autres à terre contre 78 enclos hors lagon aujourd'hui, ndlr), d'ici décembre prochain. Le dernier permis devrait être obtenu fin janvier, début février 2020." Non seulement, cela fait donc six mois de retard de plus, mais TNOF n'a pas la certitude d'obtenir toutes les autorisations nécessaires pour mettre en place ce vaste complexe industriel qui prévoit de réaliser, rappelons-le, 50 000 tonnes de poissons d'élevage par an ! Pendant ce temps, de nouvelles rumeurs font écho d'une garde à vue en Australie de Wang Cheng, le patron de TNOF, qui serait soupçonné de "détournements de fonds". "On m'en a parlé, mais lorsque j'ai appelé, il n'était pas en Australie. Je ne pense pas ; en tout cas, je n'ai pas posé la question", répond à ce sujet Mara Aitamai.
(D.S.)

Cronos, invité du "Amsterdam International Art Fair"

Cronos, invité du "Amsterdam International Art Fair"
L'artiste polynésien sera accueilli par les Pays-Bas, à l'occasion de la 4e édition du "Amsterdam International Art Fair", qui se déroulera les 30 et 31 août, en plein centre-ville. Cronos expose notamment quatre peintures/sculptures sur skateboard et bois de palette recyclé, ainsi que deux prints, des œuvres imprimées sur papier artistique. Il confie : "Mes objectifs sont de faire des rencontres et créer des relations pour de futurs projets artistiques afin d'accroître ma visibilité et ma professionnalisation à l'international ; représenter Tahiti pour la première fois à ce salon en tant qu'artiste ; présenter mes travaux artistiques à un nouveau public ; prospecter des galeries afin d'avoir un représentant en Europe." Et d'ajouter : "Bien sûr, j'en profiterai pour découvrir Amsterdam (qui est sur ma bucket list) avec ses nombreux musées, ses artistes, etc." L'artiste sortira également un minicatalogue.
(D.S.)

Culture : Alexander Lee expose en Lituanie

Crédit photo : DR
L'artiste, qui évolue entre la Polynésie et les États-Unis, a exposé, du 14 juin au 18 août derniers, au Centre d'art contemporain (CAC) de Vilnius, en Lituanie, dans le cadre de l'exposition "Blood and Soil". Son œuvre, intitulée Nō taua tīruvi ra ("À cause du déluge", 2019), est exécutée à la peinture acrylique sur le plus grand mur du CAC. Alexander Lee explique : "Ce sont des couleurs de la Polynésie. Elles ont voyagé de ce côté du monde, déjà chargées de leur propre histoire. Qu'est-ce qui se cache dans l'ombre ici ? Comment réagissons-nous aux sentiments que les couleurs agitent en nous et aux significations que leur attribuent les États : drapeau noir, péril jaune, État bleu, Armée rouge, blocs de couleur, Bloc de l'Est. Les couleurs deviennent des frontières, protégeant les unes des autres : sang pur, sang-mêlé, « mauvais sang ». Le Déluge peut contenir plus d'eau que nous ne pouvons en gérer (dans tous les pays ayant un littoral), ou un événement spécifique comme l'effondrement du bouchon en ciment recouvrant les déchets nucléaires « temporaires » (qu'ils aient été construits par les États-Unis aux îles Marshall ou par la France à Moruroa), ou encore le spectacle mondial encore imminent de l'anéantissement nucléaire total."
(D.S.)

Village tahitien : des investisseurs locaux seraient intéressés

Crédit photo : DR
Après la rétractation des investisseurs maoris et du Samoan Frederick Grey (et ce malgré deux reports de date), dont le groupement Kaitiaki Tagaloa avait pourtant été déclaré lauréat le 13 avril 2018 des six lots (quatre hôtels et deux condominiums) d’hébergements touristiques de l'appel à projets sur les seize lots que constitue le projet global, on attend avec grande impatience le plan B de la Vice-Présidence, en charge de la supervision de ce grand projet qui a déjà coûté la bagatelle de 700 millions de Fcfp de frais d'études… Selon nos informations, deux ou trois lots seraient sur le point d'être acquis par des investisseurs locaux. Rappelons que ce sont 70 milliards de Fcfp qui pourraient être injectés dans le Village tahitien, censé être la vitrine de la Polynésie aux yeux des hommes d'affaires étrangers. Outre les lots d'hébergements, d'autres restent à attribuer, comme ceux du centre culturel, du centre de congrès, ou encore du centre commercial…
(D.S.)

Aménagement : les CRSD : cadeaux empoisonnés ?

Crédit photo : Dominique Schmitt
Dans le cadre des Contrats de redynamisation des sites de défense (CRSD), l'État a procédé à la libération des emprises militaires dans les communes de Papeete, Faa'a, Pirae, Arue, Mahina et Taiarapu-Est. Leurs rétrocessions à l'euro symbolique aux cinq communes concernées polynésiennes ont finalement été actées au travers des différents décrets parus depuis 2017, après le dénouement d'un imbroglio juridique mettant notamment en lumière un problème de répartition des compétences entre Pays et communes en matière d'aménagement. Les anciennes emprises foncières militaires récupérées depuis deux ans par les communes représentent ainsi une valorisation de 41 millions d'euros, soit 5 milliards de Fcfp, et un total de 22 hectares sur lesquels des zones d’activités économiques ou à vocation mixte et des zones de développement touristique sont ainsi prévues.
Si l'État a cédé les emprises après la réalisation de diagnostics destinés à la parfaite information sur l'état des terrains des maîtres d'ouvrage des communes, il les accompagne également dans le financement, à hauteur de 80 % des études de dépollution, de déconstruction, de faisabilité des projets susceptibles de créer de l'activité économique. Mais, en dehors du financement de ces études, il reste cependant aux communes de financer la dépollution effective des sites. En effet, les 5 milliards de Fcfp d'emprises ainsi cédés sont répartis entre la valeur des terrains nus, mais aussi des constructions qui y reposent. Ces dernières, valorisées – dans les sept décrets déjà parus – à hauteur de 940 millions de Fcfp, correspondent à des bâtiments inutilisés depuis de nombreuses années, délabrés et dont la vétusté, associée notamment à l'utilisation de matériaux à base d'amiante ou de métaux lourds et la présence d'hydrocarbures, nécessite une dépollution et une déconstruction respectant les règles environnementales.

Amiante, peintures au plomb…

Sur l'emprise de la caserne Broche de Arue, les constructions militaires transférées avaient été valorisées par l'État
à 18 millions de Fcfp, mais montrent un double niveau de pollution à l'amiante, qui nécessite un traitement impératif, et aux peintures au plomb. Il en coûtera 262 millions de Fcfp pour les faire disparaître et rendre aménageable le premier des trois hectares du site. Un montant pour lequel une répartition a finalement été trouvée et actée entre l'État, le Pays et Arue lors du dernier Comité de pilotage (COPIL) des CRSD, la commune devant cependant encore supporter à elle seule près de 100 millions de Fcfp sur cette première phase de travaux. 
À Mahina et Taiarapu-Est, les actes de cession n'ont été signés qu'en janvier dernier. Selon le maire de Mahina, les cinq hectares de l'ex-centre technique du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et de la résidence Mahina doivent faire l'objet d'une dépollution, notamment des cloisons des bâtiments, estimée pour l'instant à environ 200 millions de Fcfp, montant pour lequel une solution de financement doit encore être trouvée, particulièrement avec l'État. À Taiarapu-Est, les 4 hectares récupérés, comprenant notamment le Fort de Taravao, devraient représenter un montant proche en termes de coût de dépollution. 
L'idée a été suggérée de faire prendre en charge des frais d'aménagement par les entreprises destinées à terme à occuper ces espaces. Une solution vite écartée à Mahina où la municipalité y a vu une façon de dissuader les investisseurs sur une zone qui doit être économiquement attractive.
À Pirae, le conseil municipal a ainsi d'ores et déjà budgété 180 millions de Fcfp pour la déconstruction et l'aménagement de l'ancien mess des officiers (Cercle mixte de Tahiti), qui comprend à l'heure actuelle des bâtiments de construction proche de ceux de Mahina, pour la création d'un grand centre-ville. Près de 85 % de cette somme ne devrait être mobilisée qu'à compter de 2021, selon une dernière programmation du conseil municipal en avril dernier, la libération de l'emprise à proximité du site de Aorai Tini Hau n'étant pas encore été actée officiellement.

De 1 euro à 1 milliard de Fcfp

Un effort de dépollution et d'aménagement qui sera probablement réduit à Faa'a. Même si bon nombre de constructions militaires y sont encore édifiées, le projet de marché de proximité envisagé à Faa'a doit en effet s'inscrire dans l'utilisation d'un terrain de 0,6 hectare seulement, situé à Heiri, et pour lequel les études de faisabilité viennent à peine de faire l'objet d'une répartition de financement entre État et commune. À noter que, hors CRSD, dans le cadre de la cession de biens à la Cité de l'Air, le haut-commissariat a également procédé à la vente, fin juin, de quatre anciennes résidences, vente dont les cahiers des charges annexés indiquent la présence à de nombreux endroits d'amiante et la nécessité de procéder à une dépollution en respectant les mesures de suppression des risques liés à l'inhalation des fibres. Comme pour les communes, les particuliers acquéreurs devront s'acquitter de frais supplémentaires pour procéder à la dépollution. 
Cédés dans le cadre du CRSD pour un euro symbolique, ces terrains et les constructions qui y sont édifiées vont probablement, selon les dernières estimations, nécessiter une dépollution, par désamiantage et suppression des métaux lourds et carburants, à hauteur de 1 milliard de Fcfp pour les rendre aménageables. Outils de reconversion économique majeure à long terme, les CRSD représentent donc, à court terme, une charge d'investissement importante pour les communes qui, parallèlement, doivent toujours faire face aux
contraintes de rénovation de leur réseau d'eau potable et à la nécessaire mise en conformité des écoles. Aux prochaines élections municipales de 2020, les équipes sortantes ne pourront donc capitaliser sur l'état d'avancement réel de l'aménagement, mais devront plaider et prier pour un retour rapide sur investissement. 

(S.P.)

“Under The Pole III” : les plongeurs vont se lancer dans la “Capsule” à Moorea

Crédit photo : DR
L’expédition scientifique “Under The Pole III - Twilight Zone - 2017/2020”, menée par Emmanuelle Périé-Bardout et Ghislain Bardout, a terminé la première phase du programme baptisé “DeepHope”. Partie de Concarneau en 2017 et arrivée en juillet 2018 en Polynésie, l’équipe a notamment découvert, le 4 avril dernier, un corail mésophotique à 172 m de profondeur dans l’archipel des Gambier : le Leptoseris hawaiiensis. Désormais, les plongeurs s’apprêtent à se lancer dans “La Capsule”, un observatoire sous-marin digne des projets de Jacques-Yves Cousteau, pouvant accueillir trois plongeurs. Le chargé de communication nous explique : “L’ensemble de l’équipe se réunira début août près de la baie d’Opunohu. Dans un premier temps, la mission consistera à sortir la capsule de son conteneur et de la préparer. Puis des tests seront effectués en surface. La capsule sera alors remplie d’air. Une fois que tout sera testé, elle sera immergée à 18 mètres de profondeur, non loin de la baie d’Opunohu. Elle sera cette fois-ci remplie d’un mélange de gaz trimix.” Et de poursuivre : “Début septembre, les premières plongées commenceront (inférieures à 24 heures). Puis nos hommes-grenouilles s’immergeront jusqu’à 72 heures. Enfin, ils tenteront des plongées de plus de trois jours. Les sujets d’études seront nombreux et notamment : étude de la reproduction des coraux (qui n’a lieu qu’une heure par an), des requins citron…” Cette première mondiale qui aura lieu à Moorea ouvre un nouveau champ des possibles…

(D.S.)

José Thorel : de lourds secrets ?

Crédit photo : Tahiti Infos/Antoine Samoyeau
L’ancien procureur de la République, José Thorel, raccroche sa robe et s’apprête à se rapprocher de sa famille en Bretagne. Retour sur une longue carrière, éclaboussée notamment par le brûlot d’Éric Dupond-Moretti, Bête noire. Dans cet ouvrage, l’avocat “rentre dans le chou” du magistrat !

Avec 40 ans de magistrature au compteur, dont 17 ans passés en Polynésie, José Thorel s’apprête à retrouver les siens en Bretagne. L’ancien procureur de la République, actuellement avocat général au parquet, va en effet quitter le fenua. Depuis son premier poste en 1988, comme juge d’application des peines et juge forain, il est intervenu dans de nombreux dossiers. On se souvient tous, par exemple, de la polémique qu’il avait suscitée en 2010, dans le cadre des affaires politiques qui concernaient notamment l’ancien président du Pays, Gaston Flosse, lorsqu’il avait déclaré, selon Médiapart, qu’il “était payé pour leur rentrer dans le chou”. Interrogé sur le plateau de Polynésie la 1ère, le magistrat a confié qu’il gardera notamment en mémoire : la résolution inespérée (grâce au code génétique), vingt-trois ans après, de l’affaire Rachel Aberos, une fillette enlevée, violée et tuée ; le crime du touriste allemand aux Marquises ; ainsi que la disparition de Papy Fat, identifié huit ans après. Il a également expliqué qu’il raccrochait la robe, “mais pas de manière définitive”, espérant bien “pouvoir encore s’enquérir ou régler des dossiers en tant que magistrat honoraire”. En outre, on devrait le revoir assez rapidement, puisqu’il “i[laisse en Polynésie [sa] fille aînée qui est institutrice et [ses]]i mo’otua (petits-enfants, ndlr)”.
Ce que l’on connaît moins, c’est le passé de M. Thorel en Corse et surtout dans le Nord de la France, avant qu’il ne débarque dans nos eaux. Dans le livre Bête noire - Condamné à plaider (Éditions J’ai lu, 2012, réédité en 2018), Éric Dupond-Moretti et Stéphane Durand-Souffland révèlent le modus operandi de José Thorel. Avocat depuis plus de trente ans, le premier a plaidé dans les procès d’Outreau et Érignac, avant de défendre Jérôme Kerviel et Nikola Karabatic. Le second est chroniqueur judiciaire pour Le Figaro. Ensemble, ils ont écrit également Directs du droit.
À sa sortie, l’ouvrage Bête noire avait d’ailleurs créé un tollé dans les couloirs du Palais de justice de Papeete...

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 413 en cliquant ICI

Littérature : l’exemple d’Hiroshima à la Maison de la culture

Crédit photo : Ariitaimai Amary
Dans le contexte de la commémoration des 74 ans des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, survenus successivement les 6 et 9 août 1945, la Maison de la culture met à disposition une œuvre sur les conséquences du nucléaire au Japon. Ainsi, quatre exemplaires de La Vieille Dame d’Hiroshima – Éducation à la paix seront disponibles à la consultation et au prêt. Ce livre, dont la teneur scientifique est notoire, a été écrit par Nanao Kamada, docteur en médecine spécialisé en hématologie, qui a accompagné les hibakusha, victimes de ces bombardements, via ses travaux scientifiques et ses engagements sociétaux au sein de l’Hiroshima atomic bomb survivors relief foundation. Mille exemplaires avaient été offerts à la Polynésie française en 2018 à destination des scolaires et, aujourd’hui, la Maison de la culture compte cette œuvre scientifique et humaine dans sa bibliothèque. Accessible malgré son caractère érudit, le livre donne à lire des témoignages réels sur la page de gauche et, sur la page de droite, des réponses scientifiques, étayées par des spécialistes internationaux. Nous vous invitons à découvrir cet ouvrage, dans lequel les activistes locaux du fait nucléaire trouveront des informations croustillantes à se mettre sous la dent. Notons cependant que loin de développer un discours victimisant, ce livre a pour objectif d’éduquer à la paix.
(A.A.)

1 2 3 4 5 » ... 39




Pendant ce temps-là, les SDF meurent dans nos rues…

Pendant ce temps-là, les SDF meurent dans nos rues…
Il aura donc fallu que deux bébés meurent à Ua Pou en l’espace de trois ans pour que le Pays promette enfin de réagir. Après que le Fenua Enata a crié sa colère suite au décès du nourrisson de trois mois et que le corps du petit Hoane Kohumoetini a été rapatrié pour reposer en paix sur sa terre natale, le président de la Polynésie a multiplié les annonces, le 17 octobre dernier. Afin d’assurer correctement les évacuations sanitaires, un hélicoptère devrait être de nouveau affecté aux Marquises “avant juin 2020” et l’hôpital de Taiohae, à Nuku Hiva, devrait disposer prochainement d’un appareil d'échographie, ainsi que d'un scanner pour permettre des diagnostics plus pointus. Édouard Fritch a déclaré en outre qu’un navire de secours en mer verrait le jour grâce à l’inscription au budget de l’État d’une enveloppe de 36 millions de Fcfp par la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. C’est Noël avant l’heure, et on sent comme un parfum de municipales se dégager derrière chaque parole gouvernementale… D’ailleurs, le président et le haut-commissaire, en déplacement aux Marquises le week-end dernier, ont été accueillis par un collectif de 300 personnes qui ont manifesté en silence leur indignation, en attendant non pas des promesses mais des actions concrètes.

Alors, cher papa Fritch, permettez-nous de vous adresser également cette lettre un peu en avance. Yvonne, 60 ans, s’est éteinte à l’hôpital de Taaone, puis le corps d’un quadragénaire sans vie a été découvert derrière la mairie de Papara. Ces deux décès de sans domicile fixe (SDF) survenus à quelques jours d’intervalle portent à au moins 9 le nombre de personnes en grande précarité et à la rue disparues depuis le début de l’année. C’est trop, beaucoup trop à l’échelle de notre territoire avec ses 280 000 habitants ! En Métropole, ce sont 303 morts qui ont été répertoriés sur une population de 67 millions d’âmes, ce qui est déjà inacceptable. Comme nous l’écrivions dans un précédent éditorial (lire TPM n° 406 du 3 mai 2019), après la vague de solidarité qui a déferlé suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris : faut-il que la planète s’enflamme pour que nous lui venions en aide, ainsi qu’aux dizaines de milliers d’enfants, de SDF et de vieillards qui meurent chaque jour dans la plus grande indifférence ?

D’autant que ces regrettables disparitions coïncident avec le contexte tendu qui s’est instauré entre le gouvernement local et Père Christophe, depuis le discours officiel de M. Fritch devant les élus du Pays pour lequel il n’avait même pas pris la peine de se concerter avec les principaux concernés ! Le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete avait alors dénoncé “un coup médiatique, un coup politique !” (lire TPM n° 417 du 4 octobre). Dans un nouveau brûlot publié sur la page du centre d’accueil Te Vai-ete, le bienfaiteur des SDF à Tahiti n’y va pas avec le dos de la cuillère : “À quel jeu le Pays joue-t-il ? Davantage préoccupé par les conflits d’intérêts personnels, les querelles de pouvoir entre cabinets ministériels et la lâcheté de ceux qui peuvent y remédier… ego surdimensionné… le bien commun disparaît au profit des intérêts personnels ! Pendant ce temps-là, on meurt dans nos rues… Combien de morts faudra-t-il pour que les petits potentats qui gravitent dans les sphères du pouvoir soient mis à bas pour qu’être frères ne soit plus le privilège de quelques-uns ?” Rappelons encore une fois que Père Christophe est à la recherche d’un terrain pour offrir des conditions louables aux quelque 300 SDF qui errent dans le Grand Papeete, à savoir un repas, une douche et la possibilité de laver leur linge. Il a besoin de 150 millions de Fcfp avant le 23 décembre 2019, sinon il jettera l’éponge après vingt-cinq années de générosité inconditionnelle. Je rêve qu’en ces fêtes de la Toussaint et du Tūramara’a, nous puissions rendre à nos défunts, mais aussi à nos SDF, toute leur dignité !

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt