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La Dépêche sauvée par le Covid ?

La Dépêche sauvée par le Covid ?
Nouvel épisode dans la télénovela qui se joue du côté de la Fautaua. Alors que le tribunal du commerce de Papeete a prononcé la liquidation judiciaire du quotidien La Dépêche de Tahiti, le 12 octobre dernier, la Société d’information et de communication (SIC), propriétaire du titre de presse, vient d’obtenir un prêt de l’État, par l’entremise de Bpifrance Financement SA, à hauteur de 763 000 euros (91 millions de Fcfp). Selon l’arrêté du ministère de l’Économie, des finances et de la relance, paru le 12 novembre au Journal officiel de la République française (JORF), cet appui financier intervient dans le cadre du “soutien de la trésorerie des entreprises fragilisées par la crise du Covid-19”. Cette somme vient donc en plus de l’aide exceptionnelle à la presse qui sera versée à La Dépêche de Tahiti via les ministères de la Culture et des Outre-mer.
Un coup de pouce inespéré pour nos confrères, dans un contexte de grave crise économique où certaines entreprises en difficulté se sont vu refuser ce dispositif en Polynésie…
(D.S.)

Pandémie de la bêtise humaine

Pandémie de la bêtise humaine
Ancien chroniqueur pour Tahiti Pacifique, Boris Alexandre Spasov publie un nouvel essai aux éditions Arcalis. L’auteur (Ordre mondial, désordre moral, 1 euro avant de voter), qui considère que la crise du Covid-19 n’est que le catalyseur d’un ras-le-bol général, signe un livre plaidoyer sur la bêtise humaine, dont le titre évocateur s’applique sous toutes les latitudes… Au fil des 70 pages, il écrit notamment : “Ne pas se soumettre, c’est accepter de remettre en cause ce que nous sommes, ce que nous fûmes, le temps d’avant ; c’est accepter que ce qui permit l’existence « d’avantages et acquis » issus de longues luttes depuis près de deux siècles ne soit pas obligatoirement possible ou réaliste pour les générations à venir. C’est accepter que le « jour d’après » soit plein d’incertitudes et de risques.”

(D.S.)

Retour à la case départ pour Jacques Mérot

Crédit photo : DR
Selon nos informations, l’ancien président de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) a été muté en Métropole à la Chambre régionale des comptes (CRC) de Nantes. Ancien magistrat de la Cour des comptes de Lille, Jacques Mérot a exercé au sein de la Chambre territoriale des comptes (CTC) en Polynésie (2006-2011), avant d’être placé à la tête de l’APC en 2015. Mais, alors que son mandat de six ans était quasiment irrévocable, il n’a jamais réussi à s’en tenir au protocole, à savoir veiller à une stricte étanchéité entre les fonctions de décision (le collège, qui a un rôle de jugement) et d’instruction (le service d’instruction, qui garantit l’impartialité de l’Autorité dans l’examen des dossiers). Après avoir cumulé pas moins de trois irrégularités (affaires des sociétés de gardiennage, de la réfrigération des boissons du groupe Wane et du BTP), il a été désavoué par son propre collège, puis destitué.
Il a alors tenté de contester sa démission d’office auprès du tribunal administratif (TA), plaidant “une situation financière précaire”, mais le TA n’a pas été dupe (sa rémunération mensuelle est passée de 2,3 millions de Fcfp à 800 000 Fcfp, ce qui reste un joli pactole !) et l’a débouté, le 17 août dernier. Après la forme, une nouvelle session du TA devra trancher cette fois sur le fond du dossier, probablement dans les jours qui viennent. Mais il semble que les carottes sont cuites… Un retour à la case départ s’annonce donc pour Mérot, qui ne progresse pas professionnellement et conserve son grade de président de section, voyant ainsi s’envoler ses ambitions de passer président de chambre. En clair, il paye ses frasques ! On attend par ailleurs toujours le rapport de la CTC sur le contrôle de gestion de l’APC. Tahiti Pacifique vous en fera l’écho dans un prochain numéro.

(D.S.)

Honorer les Polynésiens morts pour la patrie

Crédit photo : DR
L’association Souvenir Français en Polynésie française organise une collecte de fonds pour entretenir les tombes abandonnées des Polynésiens morts pour la France. Cette opération sera réalisée pour la première fois au fenua du 28 octobre au 2 novembre, grâce aux membres bénévoles de l’association devant les cimetières de Tahiti. “Cette quête est essentielle pour sauver les tombes des combattants tahitiens dont la mémoire doit être enracinée dans le présent et l’avenir ainsi que dans l’histoire du Pays. Cette mémoire est avant tout locale et familiale, et fait partie du patrimoine mémoriel national”, explique Denis Michel, délégué général du Souvenir Français en Polynésie française, dont la branche locale a été réactivée en mai 2019 (www.souvenirfrancaispolynesie.com).
Cette délégation de l’association “Le Souvenir Français”, fondée en 1887 et reconnue d’utilité publique le 1er février 1906, a pour vocation d’honorer la mémoire de tous ceux qui sont morts pour la France, qu’ils soient Français ou étrangers. Le Souvenir Français a été créé dans le contexte de l’après-guerre de 1870. En Moselle, comme en Alsace, une partie de la population marquait son attachement à la France par un culte aux militaires morts pour la France (entretien des tombes, offices religieux, dépôt de cocardes par des jeunes filles alsaciennes sur les tombes des soldats de leur commune...).
La délégation polynésienne mène plusieurs types d’actions :
Des activités de rayonnement et de coordination
Des activités commémoratives (particulièrement celles qui rendent hommage aux “héros” de l’histoire locale, celles des trois dates fortes de notre calendrier national : 8-Mai, 14-Juillet, 11-Novembre, et celles du 1er et 2 novembre créées par le Souvenir Français, afin d’entretenir les tombes familiales des soldats “Morts pour la France”)
Des activités de transmission (soutien aux initiatives pédagogiques, au dépôt de drapeaux dans les établissements scolaires, etc.)
Tous ceux qui sont intéressés par ces actions et par l’entretien de cette mémoire héroïque polynésienne peuvent adhérer à l’association, un formulaire d’adhésion est disponible sur le site. Vous pouvez également contacter le délégué en écrivant au souvpf@gmail.com.

(D.S.)

La soprano polynésienne Leila Rifflart reçue au Conservatoire de Lille

Crédit photo : DR
Le mois dernier, Leila Rifflart, élève au Conservatoire artistique de Polynésie française (CAPF), apprenait qu’elle avait réussi le concours régional du Conservatoire de Lille, cursus art lyrique. "Au concours d’entrée, j’avais choisi un chant sacré, en souvenir du tout premier chant que j’ai présenté au Conservatoire, mais aussi comme une prière à moi-même pour me donner du courage. Puis, lors de l’entretien, j’ai exposé au jury mon projet de revenir au fenua pour devenir professeur d’art lyrique au Conservatoire", relate Leila. À l’annonce des résultats, la jeune soprano polynésienne a tenu à remercier notamment le club Soroptimist Tahiti, ainsi que ses professeurs Emmanuelle Vidal et Gaby Cavallo qui l’ont repérée, puis soutenue lors du casting du concours de talents vocaux "le Penu d’or", où elle a obtenu le prix Coup de cœur du jury en 2007.
Inscrite depuis six ans en assidu au CAPF et par ailleurs diplômée d’un BTS Services informatiques aux organisations, la jeune chanteuse de 29 ans poursuivra désormais en Métropole des études supérieures pendant au moins cinq ans, qui pourront l’amener éventuellement vers la danse, le théâtre, ou le piano. Celle qui pratiquait déjà environ trois heures de chant par semaine rien qu’au Conservatoire, ainsi que le ’ori tahiti, depuis ses 4 ans s’engage également, en parallèle, sur une Licence de musicologie. "Après Mahealani Amaru, future reine de la scène en théâtre et art dramatique, et Viriamu Itae-Tetaa, que les plus grandes salles de piano attendent, c’est encore une élève de Te Fare Upa Rau qui part pour grandir !", s’enthousiasme Frédéric Cibard, chargé de communication.

(V.D.)

Ice : peines et amendes record pour les caïds du fenua

Illustration : Hotu Painu
Après deux semaines intenses de procès pour l’affaire dite de “Sarah Nui”, le tribunal a condamné les 25 prévenus, et notamment les deux boss du réseau de trafic d’ice à 13 ans de prison ferme et une amende solidaire de 2 milliards de Fcfp. Tamatoa Alphonsi et Maitai Danielson sont accusés d’avoir participé à l’importation de 40 kilos d’ice sur le territoire polynésien depuis le cartel mexicain de Sinaloa, entre mai 2017 et octobre 2018. Plus de 49 millions de Fcfp, des armes, de la méthamphétamine et du cannabis avaient été saisis dans un hôtel par les enquêteurs, le 14 août 2018. Le fléau gangrène le fenua, qui ne cesse d’enregistrer de nouveaux records… Déjà, en 2019, les services de douane ont saisi 11,7 kilos d’ice, évoquant “une année record”. Les années se suivent et les tristes scores s’enchaînent, ce qui atteste malheureusement d’un marché porteur et lucratif.
(D.S.)

La Dépêche repêchée : Auroy joue son personnel à la roulette russe !

Crédit photos : TNTV/Dominique Schmitt
C’est une vraie télénovela que vivent nos confrères de La Dépêche de Tahiti depuis plusieurs années… Déjà en sursis, le quotidien fondé par Philippe Mazellier en 1964 a été sauvé in extremis, encore une fois, du naufrage. Si les 38 salariés de l’entreprise sont sur la sellette, ils ne peuvent qu’en vouloir à leur patron M. Auroy, dirigeant peu scrupuleux, sans aucun affect avec la presse et mauvais payeur devant l’éternel comme nous l’avons relaté à plusieurs reprises dans nos colonnes (lire notamment notre dossier “Dominique Auroy : attrape-moi si tu peux”, TPM n° 428 du 6 mars 2020). Placée en redressement judiciaire en juillet 2018, la société éditrice du journal devait pourtant suivre un plan de continuation depuis avril 2019, avec l’engagement d’honorer le règlement de ses dettes s’élevant à près de 600 millions de Fcfp, selon un calendrier décennal, mais aussi de payer, dès le lendemain de la signature, les créances salariales qui s’élèvent à 170 millions de Fcfp. Oui mais voilà, Auroy n’a pas tenu parole et a essayé de jouer la montre jusqu’à ce que la SAS La Dépêche soit placée en liquidation judiciaire, le 12 octobre dernier, par le tribunal mixte de commerce de Papeete. En effet, l’entreprise s’est fait rattraper par un de ses anciens salariés qui attend depuis plus de cinq ans ses indemnités de départ à la retraite. Finalement, deux jours après, La Dépêche a été repêchée par le parquet, dont “l’appel incident” a fait suite à l’appel du groupe de presse, qui a également déposé une requête en référé visant à suspendre sa liquidation.

Payer ou fermer...

Désormais, les salariés de l’entreprise doivent attendre la décision de la cour d’appel et vivre encore avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Une situation malheureuse, mais qui était annoncée, nul ne peut l’ignorer. Tamatea Ancell, le représentant des créanciers, prévenait déjà en mars dernier, il y a donc plus de six mois : “Si le plan de continuation n’est pas respecté, on sera obligés d’aller dans le sens de la liquidation.” Rien n’avait été fait depuis cette nouvelle alerte… Face à la menace et dos au mur, le propriétaire du quotidien s’est enfin acquitté de la dernière tranche manquante de la première échéance du plan de continuation (“seulement” 10,6 millions de Fcfp). Comment un chef d'entreprise peut-il jouer, non pas son argent, mais son personnel à la roulette russe ? Pathétique de la part de celui qui a vainement tenté d’être consul de Russie en Polynésie. Ce comportement odieux devrait trouver son terme très vite : il faudra payer ou fermer... Parallèlement, la SCI Pont de la Fautaua réclame à la société plus de 70 millions de Fcfp pour le bail du terrain et l’occupation de ses locaux ; l’affaire est entre les mains de la justice. Décidément, le sobriquet “L’homme qui devait des centaines de millions” que nous avons donné à Dominique Auroy est toujours d’actualité et lui colle à la peau !

Dominique Schmitt

Poe Rava en sélection officielle dans deux festivals

Crédit photo : Nathan Lebon
Diffusé pour la première fois sur Polynésie la 1ère en septembre, le film polynésien Poe Rava sera présenté en compétition officielle du Festival international des Pertuis et îles du monde (Fipim) du 8 au 11 octobre prochain, à Port-des-Barques (Charentes maritimes). Puis en janvier 2021 au Festival international du documentaire maritime (Fidom), à Bordeaux. Coécrit et réalisé par Virginie Tetoofa et Thomas Delorme, ce documentaire de 52 minutes retrace l’histoire de la perle à Manihi, porté par la voix de Sophie Nohotemorea, nièce du premier greffeur polynésien, Petero Tupuna. "Ce n’est pas qu’un film sur la perle. L’histoire de la famille Tupana symbolise la chute de la nacre et l’apparition de la perliculture au fenua", explique Thomas Delorme, qui a réuni pour l’occasion une équipe de tournage 100 % polynésienne (dont Tim McKenna et Maiko Mou). "Pour l’anecdote, le tournage s’est terminé sur les chapeaux de roues à l’annonce du confinement et toute l’équipe a dû quitter l’atoll en quarante minutes. Cela n’a pas été évident de partir sans dire au revoir à tous ces gens qui nous avait fait un accueil formidable pendant quinze jours. On espère pouvoir projeter le film un jour sur place, si les finances le permettent."
Espérons retrouver ce documentaire au prochain Festival international du film documentaire océanien (FIFO) en février 2021 ! En attendant, le film sera diffusé prochainement en versions française et anglaise sur les écrans d’Air Tahiti Nui, puis proposé aux compagnies aériennes qui desservent le Japon et l’Océanie.

V.D.

Sous le sable et le corail, la radioactivité

Sous le sable et le corail, la radioactivité
La France, avec ses 210 essais nuclé-aires (17 au Sahara algérien entre 1960 et 1966, puis 193 en Polynésie de 1966 à 1996), n’a pas encore révélé tous ses secrets, comme l’expose une nouvelle étude "Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie - Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires", réalisée par Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, et Jean-Marie Collin, co-porte-parole de ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) France. Les deux auteurs affirment que les générations actuelles et futures, et par conséquent l’environnement du sud de l’Algérie, restent soumis aux déchets, notamment radioactifs, présents sur ces sites. Publiée par la Fondation Heinrich Böll, cette étude dresse ainsi un premier inventaire de ce qui a été volontairement laissé (déchets non radioactifs, matériels contaminés par la radioactivité, matières radioactives issues des explosions nucléaires) et enfouies sous le sable,"du simple tournevis contaminé par la radioactivité, aux avions et chars". L’analyse montre également comment le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui inclut des obligations positives (articles 6 et 7), est une réponse pour faire évoluer cette problématique humanitaire et sanitaire.

Et en Polynésie française ?

Dans le rapport, il est noté à propos des essais nucléaires en Polynésie : "Plus de vingt-cinq ans après, les atolls ont été certes « nettoyé » des déchets visibles, mais la radioactivité demeure au cœur des dizaines de puits creusés. L’atoll de Moruroa (dont une partie de l’île menace de s’effondrer, voir notre photo ci-dessous d’une faille sur le platier corallien, ndlr) nécessite désormais une surveillance constante. En effet, un système de surveillance géo-mécanique (programme Telsite) analyse en permanence les mouvements sismiques du lagon, celui-ci n’étant plus stable à cause des détonations nucléaires. Et de certifier : "Le risque est réel. Outre le relâchement d’une quantité astronomique de radioactivité dans le Pacifique, il existe aussi le risque, pour les populations civiles vivant aux abords du lagon de Tureia (situé à une centaine de kilomètres), de l’arrivée (en moins de dix minutes) d’une vague géante de 3 mètres. Les associations polynésiennes Moruroa e tatou et 193 travaillent activement pour que l’histoire ne soit pas oubliée et que les populations affectées puissent enfin être reconnues comme des victimes."

Une dépollution de "surface"

Aussi, que ce soit à Hao, Rikitea, Moruroa, Fangataufa ou Tureia, l’État français a réalisé simplement une dépollution "de surface" (retrait de camions, hangars, blockhaus, ferraille, etc.), visant à effacer plutôt les stigmates visibles de la période des essais nucléaires. Mais la radioactivité, elle, ne se voit pas… Lors de notre enquête à Hao (lire TPM n° 403 du 22 mars 2019), nous rappelions comment les avions militaires “Vautour” décollaient de l’atoll, avec notamment pour mission de prélever des échantillons dans le nuage radioactif pendant les explosions atomiques atmosphériques, puis revenaient sur zone afin d’être simplement “nettoyés” à grands jets d’eau, d’où la présence, aujourd’hui encore, de plutonium sous les dalles en béton. Cinq "Vautour" ont été tellement contaminés que l’Armée a dû les immerger dans l’océan. Malheureusement, à l’instar de ces petits coins de paradis sacrifiés, Hao a été un énorme dépotoir industriel : des fusées, des réacteurs et surtout de très nombreux fûts de déchets divers avec des potentialités de contamination radioactive se trouvent toujours sous l’eau. Quant aux sols, ils sont pollués par du plutonium, des métaux lourds, des hydrocarbures et du pyralène.
Que ce soit au Sahara ou en Polynésie française, le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables ni immergé sous le corail. Quand est-ce que l’État français passe à l'action ?

Dominique Schmitt

GRAND PROJET - Village tahitien cherche foncier à tout prix…

GRAND PROJET - Village tahitien cherche foncier à tout prix…
Alors que les auditions des futurs investisseurs s’enchaînent, le Pays accélère les acquisitions foncières à prix d’or, faisant paradoxalement d’Outumaoro les terres les plus chères de Polynésie.

En août 2015, le gouvernement avait déclaré le projet du Mahana Beach comme d’utilité publique. Une procédure qui permet d’exproprier les quelques propriétaires privés concernés par ce qui était alors un projet "flosso-pharaonesque" et qui a connu quelques déboires. Entre les contentieux des uns et les résistances des autres, le projet ripoliné et rebaptisé Village tahitien a avancé par à-coups. Alors que le Pays étudie les offres des investisseurs locaux suite aux désistements des consortiums étrangers, la maîtrise foncière, encore incomplète, se fait désormais à coup de centaines de millions.
C’est en 2017 que le chéquier va être sorti une première fois. Le Pays, par le biais de TNAD (Tahiti Nui aménagement et développement), acquiert la première parcelle qui correspond à un terrain en bas de la RDO où sont commercialisés des véhicules d’occasion. La transaction se fait alors autour de 55 700 Fcfp le mètre carré pour une terre loin du lagon en bord de voie rapide. Début 2020, c’est une petite maison et son terrain de quelque 900 m2 qui sont acquis par Grands Projets de Polynésie pour installer les bureaux du futur chantier de l’autre côté de l’ancien hôtel Bel-Air. Une habitation vieillotte à désamianter qui, selon nos informations, a été récupérée à 60 800 Fcfp le mètre carré à la famille à l’origine de l’annulation de l’ordonnance d’expropriation. Des prix de référence et une inflation sur lesquels s’est probablement appuyée la cour d’appel de Papeete dans un arrêt du 4 juin dernier pour calculer l’indemnité d’autres propriétaires concernés par le Village tahitien, mais cette fois-ci du côté de la Marina Taina. La juridiction a ainsi considéré qu’il fallait indemniser les ayants-droit à hauteur de 65 500 Fcfp le mètre carré. Alors que la première pierre n’est pas encore posée, les prix de l’immobilier à Outumaoro flambent pour un projet dont l’utilité publique n’a pas été révisée depuis sa version Village tahitien. Avec près de 900 millions de Fcfp déjà versés pour une maîtrise foncière encore incomplète, les possibilités de retour en arrière s’avèrent désormais difficiles.

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Fritch fait pschitt

L’horrible réalité sanitaire que nous vivons est devenue insupportable, notre pays enregistrant désormais les pires statistiques à l’échelle mondiale. Les morts (plus d’un demi-millier de décès) se ramassent à la pelle, par dizaine, voire vingtaine, selon les jours. Les familles doivent enterrer elles-mêmes leurs défunts avec leurs propres moyens, le personnel de santé est à bout de souffle, les covidés s’asphyxient et les renforts sanitaires arrivent au compte-gouttes… Chacun d’entre nous retient sa respiration ! Mais nul ne parvient à trouver un ballon d’oxygène dans la gestion de la crise proposée par le président de la Polynésie française. Après “l’affaire du mariage”, ses propos déplacés envers les journalistes locaux (relayés et condamnés par la presse nationale), puis l’enterrement de son directeur de cabinet en grande pompe, voilà que “Doudou” s’en remet maintenant à Dieu en pleine hécatombe. Et de s’énerver de plus en plus ouvertement face à l’insistance des médias, qui exercent pourtant leur métier en demandant simplement des réponses à leurs interrogations. Au lieu de lancer des appels désespérés au jeûne, on aurait pu penser qu’il lancerait plus vite et plus fort des appels du pied pour obtenir de l’aide de l’État pour de nouveaux personnels soignants, et qu’il saisirait le problème de la santé à bras-le-corps en lançant plus tôt de vastes campagnes de lutte contre l’obésité, le diabète, l’alcoolisme et les maladies chroniques dont souffre plus de la moitié de notre population. Que nenni, il allume 500 bougies, saute son petit-déj’ et se tourne vers le Tout-Puissant. Ainsi, au cœur de la tempête, le capitaine Fritch fait… pschitt !

Une autre maladie est aussi à traiter en urgence : celle des fake news autour de la vaccination qui contaminent les réseaux sociaux, avec leur déferlement de violences dans un monde qui ne pourrait être autre que manichéen. Nous sommes tous libres de faire ce qui nous semble le mieux pour nous et ceux que nous aimons. Pour autant, si le sujet est aussi clivant, c’est parce qu’il nous force à positionner un curseur entre notre liberté individuelle et notre responsabilité collective. Nous consacrons une analyse économique de cette thématique intéressante dans un dossier à retrouver en pages intérieures (lire pp. 14-19).
Si la communauté scientifique s’accorde à dire que la vaccination est l’arme la plus efficace pour nous protéger et nous permettre de recouvrer notre liberté, les politiques devraient cependant tout faire pour éviter que la question de la vaccination ne soit discriminante et ne se transforme en ségrégation sociale. Or, l’obligation vaccinale que vient de sortir le Pays aux forceps pour imposer certaines professions à s’injecter les doses anti-Covid pourrait attiser les tensions et nous diviser. Que le gouvernement donne l’exemple ! Tous les élus ne sont pas vaccinés, y compris certains des plus hauts représentants du Pays. Coincé dans les cordes, Fritch s’est engagé à ce que la classe politique montre la voie à suivre ; on voudrait y croire, mais à TPM, on est comme Saint Thomas…

Retrouvons le chemin de la cohésion sociale, menons des actions durables et soyons solidaires. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique se joint à moi pour soutenir les foyers endeuillés, fa’aitoito à tous ! Le Covid a touché aussi nos équipes, ce qui nous a contraints à publier votre magazine avec une semaine de retard, mais nous tenons à vous offrir, malgré la crise que traverse également la presse, toujours cette goutte de liberté dans l’océan. Celle-là, vous pouvez en prendre plusieurs doses sans crainte, elle est totalement inoffensive. 
Dominique Schmitt

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.