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Ice : peines et amendes record pour les caïds du fenua

Illustration : Hotu Painu
Après deux semaines intenses de procès pour l’affaire dite de “Sarah Nui”, le tribunal a condamné les 25 prévenus, et notamment les deux boss du réseau de trafic d’ice à 13 ans de prison ferme et une amende solidaire de 2 milliards de Fcfp. Tamatoa Alphonsi et Maitai Danielson sont accusés d’avoir participé à l’importation de 40 kilos d’ice sur le territoire polynésien depuis le cartel mexicain de Sinaloa, entre mai 2017 et octobre 2018. Plus de 49 millions de Fcfp, des armes, de la méthamphétamine et du cannabis avaient été saisis dans un hôtel par les enquêteurs, le 14 août 2018. Le fléau gangrène le fenua, qui ne cesse d’enregistrer de nouveaux records… Déjà, en 2019, les services de douane ont saisi 11,7 kilos d’ice, évoquant “une année record”. Les années se suivent et les tristes scores s’enchaînent, ce qui atteste malheureusement d’un marché porteur et lucratif.
(D.S.)

La Dépêche repêchée : Auroy joue son personnel à la roulette russe !

Crédit photos : TNTV/Dominique Schmitt
C’est une vraie télénovela que vivent nos confrères de La Dépêche de Tahiti depuis plusieurs années… Déjà en sursis, le quotidien fondé par Philippe Mazellier en 1964 a été sauvé in extremis, encore une fois, du naufrage. Si les 38 salariés de l’entreprise sont sur la sellette, ils ne peuvent qu’en vouloir à leur patron M. Auroy, dirigeant peu scrupuleux, sans aucun affect avec la presse et mauvais payeur devant l’éternel comme nous l’avons relaté à plusieurs reprises dans nos colonnes (lire notamment notre dossier “Dominique Auroy : attrape-moi si tu peux”, TPM n° 428 du 6 mars 2020). Placée en redressement judiciaire en juillet 2018, la société éditrice du journal devait pourtant suivre un plan de continuation depuis avril 2019, avec l’engagement d’honorer le règlement de ses dettes s’élevant à près de 600 millions de Fcfp, selon un calendrier décennal, mais aussi de payer, dès le lendemain de la signature, les créances salariales qui s’élèvent à 170 millions de Fcfp. Oui mais voilà, Auroy n’a pas tenu parole et a essayé de jouer la montre jusqu’à ce que la SAS La Dépêche soit placée en liquidation judiciaire, le 12 octobre dernier, par le tribunal mixte de commerce de Papeete. En effet, l’entreprise s’est fait rattraper par un de ses anciens salariés qui attend depuis plus de cinq ans ses indemnités de départ à la retraite. Finalement, deux jours après, La Dépêche a été repêchée par le parquet, dont “l’appel incident” a fait suite à l’appel du groupe de presse, qui a également déposé une requête en référé visant à suspendre sa liquidation.

Payer ou fermer...

Désormais, les salariés de l’entreprise doivent attendre la décision de la cour d’appel et vivre encore avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Une situation malheureuse, mais qui était annoncée, nul ne peut l’ignorer. Tamatea Ancell, le représentant des créanciers, prévenait déjà en mars dernier, il y a donc plus de six mois : “Si le plan de continuation n’est pas respecté, on sera obligés d’aller dans le sens de la liquidation.” Rien n’avait été fait depuis cette nouvelle alerte… Face à la menace et dos au mur, le propriétaire du quotidien s’est enfin acquitté de la dernière tranche manquante de la première échéance du plan de continuation (“seulement” 10,6 millions de Fcfp). Comment un chef d'entreprise peut-il jouer, non pas son argent, mais son personnel à la roulette russe ? Pathétique de la part de celui qui a vainement tenté d’être consul de Russie en Polynésie. Ce comportement odieux devrait trouver son terme très vite : il faudra payer ou fermer... Parallèlement, la SCI Pont de la Fautaua réclame à la société plus de 70 millions de Fcfp pour le bail du terrain et l’occupation de ses locaux ; l’affaire est entre les mains de la justice. Décidément, le sobriquet “L’homme qui devait des centaines de millions” que nous avons donné à Dominique Auroy est toujours d’actualité et lui colle à la peau !

Dominique Schmitt

Poe Rava en sélection officielle dans deux festivals

Crédit photo : Nathan Lebon
Diffusé pour la première fois sur Polynésie la 1ère en septembre, le film polynésien Poe Rava sera présenté en compétition officielle du Festival international des Pertuis et îles du monde (Fipim) du 8 au 11 octobre prochain, à Port-des-Barques (Charentes maritimes). Puis en janvier 2021 au Festival international du documentaire maritime (Fidom), à Bordeaux. Coécrit et réalisé par Virginie Tetoofa et Thomas Delorme, ce documentaire de 52 minutes retrace l’histoire de la perle à Manihi, porté par la voix de Sophie Nohotemorea, nièce du premier greffeur polynésien, Petero Tupuna. "Ce n’est pas qu’un film sur la perle. L’histoire de la famille Tupana symbolise la chute de la nacre et l’apparition de la perliculture au fenua", explique Thomas Delorme, qui a réuni pour l’occasion une équipe de tournage 100 % polynésienne (dont Tim McKenna et Maiko Mou). "Pour l’anecdote, le tournage s’est terminé sur les chapeaux de roues à l’annonce du confinement et toute l’équipe a dû quitter l’atoll en quarante minutes. Cela n’a pas été évident de partir sans dire au revoir à tous ces gens qui nous avait fait un accueil formidable pendant quinze jours. On espère pouvoir projeter le film un jour sur place, si les finances le permettent."
Espérons retrouver ce documentaire au prochain Festival international du film documentaire océanien (FIFO) en février 2021 ! En attendant, le film sera diffusé prochainement en versions française et anglaise sur les écrans d’Air Tahiti Nui, puis proposé aux compagnies aériennes qui desservent le Japon et l’Océanie.

V.D.

Sous le sable et le corail, la radioactivité

Sous le sable et le corail, la radioactivité
La France, avec ses 210 essais nuclé-aires (17 au Sahara algérien entre 1960 et 1966, puis 193 en Polynésie de 1966 à 1996), n’a pas encore révélé tous ses secrets, comme l’expose une nouvelle étude "Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie - Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires", réalisée par Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, et Jean-Marie Collin, co-porte-parole de ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) France. Les deux auteurs affirment que les générations actuelles et futures, et par conséquent l’environnement du sud de l’Algérie, restent soumis aux déchets, notamment radioactifs, présents sur ces sites. Publiée par la Fondation Heinrich Böll, cette étude dresse ainsi un premier inventaire de ce qui a été volontairement laissé (déchets non radioactifs, matériels contaminés par la radioactivité, matières radioactives issues des explosions nucléaires) et enfouies sous le sable,"du simple tournevis contaminé par la radioactivité, aux avions et chars". L’analyse montre également comment le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui inclut des obligations positives (articles 6 et 7), est une réponse pour faire évoluer cette problématique humanitaire et sanitaire.

Et en Polynésie française ?

Dans le rapport, il est noté à propos des essais nucléaires en Polynésie : "Plus de vingt-cinq ans après, les atolls ont été certes « nettoyé » des déchets visibles, mais la radioactivité demeure au cœur des dizaines de puits creusés. L’atoll de Moruroa (dont une partie de l’île menace de s’effondrer, voir notre photo ci-dessous d’une faille sur le platier corallien, ndlr) nécessite désormais une surveillance constante. En effet, un système de surveillance géo-mécanique (programme Telsite) analyse en permanence les mouvements sismiques du lagon, celui-ci n’étant plus stable à cause des détonations nucléaires. Et de certifier : "Le risque est réel. Outre le relâchement d’une quantité astronomique de radioactivité dans le Pacifique, il existe aussi le risque, pour les populations civiles vivant aux abords du lagon de Tureia (situé à une centaine de kilomètres), de l’arrivée (en moins de dix minutes) d’une vague géante de 3 mètres. Les associations polynésiennes Moruroa e tatou et 193 travaillent activement pour que l’histoire ne soit pas oubliée et que les populations affectées puissent enfin être reconnues comme des victimes."

Une dépollution de "surface"

Aussi, que ce soit à Hao, Rikitea, Moruroa, Fangataufa ou Tureia, l’État français a réalisé simplement une dépollution "de surface" (retrait de camions, hangars, blockhaus, ferraille, etc.), visant à effacer plutôt les stigmates visibles de la période des essais nucléaires. Mais la radioactivité, elle, ne se voit pas… Lors de notre enquête à Hao (lire TPM n° 403 du 22 mars 2019), nous rappelions comment les avions militaires “Vautour” décollaient de l’atoll, avec notamment pour mission de prélever des échantillons dans le nuage radioactif pendant les explosions atomiques atmosphériques, puis revenaient sur zone afin d’être simplement “nettoyés” à grands jets d’eau, d’où la présence, aujourd’hui encore, de plutonium sous les dalles en béton. Cinq "Vautour" ont été tellement contaminés que l’Armée a dû les immerger dans l’océan. Malheureusement, à l’instar de ces petits coins de paradis sacrifiés, Hao a été un énorme dépotoir industriel : des fusées, des réacteurs et surtout de très nombreux fûts de déchets divers avec des potentialités de contamination radioactive se trouvent toujours sous l’eau. Quant aux sols, ils sont pollués par du plutonium, des métaux lourds, des hydrocarbures et du pyralène.
Que ce soit au Sahara ou en Polynésie française, le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables ni immergé sous le corail. Quand est-ce que l’État français passe à l'action ?

Dominique Schmitt

GRAND PROJET - Village tahitien cherche foncier à tout prix…

GRAND PROJET - Village tahitien cherche foncier à tout prix…
Alors que les auditions des futurs investisseurs s’enchaînent, le Pays accélère les acquisitions foncières à prix d’or, faisant paradoxalement d’Outumaoro les terres les plus chères de Polynésie.

En août 2015, le gouvernement avait déclaré le projet du Mahana Beach comme d’utilité publique. Une procédure qui permet d’exproprier les quelques propriétaires privés concernés par ce qui était alors un projet "flosso-pharaonesque" et qui a connu quelques déboires. Entre les contentieux des uns et les résistances des autres, le projet ripoliné et rebaptisé Village tahitien a avancé par à-coups. Alors que le Pays étudie les offres des investisseurs locaux suite aux désistements des consortiums étrangers, la maîtrise foncière, encore incomplète, se fait désormais à coup de centaines de millions.
C’est en 2017 que le chéquier va être sorti une première fois. Le Pays, par le biais de TNAD (Tahiti Nui aménagement et développement), acquiert la première parcelle qui correspond à un terrain en bas de la RDO où sont commercialisés des véhicules d’occasion. La transaction se fait alors autour de 55 700 Fcfp le mètre carré pour une terre loin du lagon en bord de voie rapide. Début 2020, c’est une petite maison et son terrain de quelque 900 m2 qui sont acquis par Grands Projets de Polynésie pour installer les bureaux du futur chantier de l’autre côté de l’ancien hôtel Bel-Air. Une habitation vieillotte à désamianter qui, selon nos informations, a été récupérée à 60 800 Fcfp le mètre carré à la famille à l’origine de l’annulation de l’ordonnance d’expropriation. Des prix de référence et une inflation sur lesquels s’est probablement appuyée la cour d’appel de Papeete dans un arrêt du 4 juin dernier pour calculer l’indemnité d’autres propriétaires concernés par le Village tahitien, mais cette fois-ci du côté de la Marina Taina. La juridiction a ainsi considéré qu’il fallait indemniser les ayants-droit à hauteur de 65 500 Fcfp le mètre carré. Alors que la première pierre n’est pas encore posée, les prix de l’immobilier à Outumaoro flambent pour un projet dont l’utilité publique n’a pas été révisée depuis sa version Village tahitien. Avec près de 900 millions de Fcfp déjà versés pour une maîtrise foncière encore incomplète, les possibilités de retour en arrière s’avèrent désormais difficiles.

AUTORITÉ POLYNÉSIENNE DE LA CONCURRENCE - Jacques Mérot plaide une "situation financière précaire", le TA n'est pas dupe : il est débouté !

AUTORITÉ POLYNÉSIENNE DE LA CONCURRENCE - Jacques Mérot plaide une "situation financière précaire", le TA n'est pas dupe : il est débouté !
La requête de l’ancien président de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC), qui contestait sa démission d’office, a été rejetée, le 17 août dernier, par le tribunal administratif (TA).

Jacques Mérot souhaitait sa réintégration dans ses fonctions par un référé s’appuyant sur "l’urgence" de sa demande, ainsi que sur "le doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées", qui "le privent de l'intégralité de sa rémunération (2,3 millions de Fcfp par mois, ndlr) à compter de leur prise d'effet, le 4 août 2020". Et son avocat d’argumenter : "Elles le placent dans une situation financière précaire, tant qu’il ne se trouve pas réintégré dans son corps d'origine. La pension de retraite de son épouse est limitée à un montant de 247 905 Fcfp. Ils supportent d’importantes charges mensuelles incompressibles tenant à la scolarité de leur fils étudiant et au remboursement des emprunts souscrits pour l’acquisition de trois appartements. Ces décisions portent atteinte à son honneur et sa réputation professionnels."

L’ex-président de l’APC ne manque pas d'air ! Désavoué par son propre collège et fustigé par la presse spécialisée pour "manque d’impartialité" et "violation du principe de séparation des pouvoirs entre les fonctions de jugement et celles d’instruction" dans plusieurs dossiers, M. Mérot se plaint de la baisse de son train de vie et il faudrait s’apitoyer alors qu'il va bénéficier d'un "parachute doré" en touchant désormais 800 000 Fcfp par mois ? On croit rêver…

"Il est constant que M. Mérot ne sera pas, comme il le soutient, privé de rémunération"

Sa plaidoirie n’a pas convaincu, non plus, le nouveau président du tribunal administratif, d’autant que M. Mérot lui a servi un double discours en essayant de le persuader qu’il était "à la rue" alors qu’il possède justement trois biens immobiliers, dont certains sont en location. Il constate : "D’une part, il ressort des pièces du dossier que les autorités de la Polynésie française ont placé l’intéressé en congé annuel jusqu’au 24 août puis en congés administratifs jusqu’au 24 octobre 2020, en lui assurant durant cette dernière période le maintien de la rémunération correspondant à son grade, jusqu’à la fin de son détachement et sa réintégration auprès des services de la Cour des comptes. Dans ces conditions et sans qu’il y ait lieu de s’interroger en l’état sur la légalité de ces décisions de mises en congés, il est constant que M. M. ne sera pas, comme il le soutient, privé de rémunération. D’autre part, il ressort également des pièces du dossier que M. M., étant notamment démissionné d’office par décision unanime des membres du collège de l’Autorité polynésienne de la concurrence, la Polynésie française est fondée à soutenir que la suspension des décisions attaquées et son retour à la tête de cette institution en affecterait gravement le fonctionnement."

Pour finir, Jacques Mérot a essayé une énième fois de jouer les victimes en parlant des articles de Tahiti Pacifique comme s’inscrivant dans une campagne de presse dénigrante à son égard. Nous le remercions pour le coup de pub, et rappelons que nous nous évertuons simplement à faire toute la lumière sur l’actualité et faire bouger les lignes. Aujourd'hui, l'APC peut enfin travailler en toute quiétude, au service des consommateurs polynésiens.

Tahiti Moorea Sailing : Convivialité et authenticité

Tahiti Moorea Sailing : Convivialité et authenticité
Pour l’édition 2020, 19 voiliers et une centaine de personnes ont pris part à la Tahiti Moorea Sailing qui a eu lieu fin juillet. L’objectif de cet événement était "avant tout d’accueillir les plaisanciers internationaux en escale à Papeete, leur montrer ce qu’est le légendaire accueil polynésien, et leur donner l’opportunité le temps d’un week-end de découvrir le va’a, les sports traditionnels, les danses, les musiques, l’artisanat et le ma’a tahiti", explique Stéphanie Betz d’Archipelagoes. Tous ont été charmés par l’ensemble des associations sportives ou culturelles et les prestataires de Moorea venus à leur rencontre en baie de Opunohu. Cela a été aussi l’occasion d’une belle rencontre entre ces plaisanciers et 16 résidents, qui ont eu la chance d’embarquer sur ces voiliers internationaux et ont pu ainsi, le temps d’une journée en mer, découvrir un peu mieux ce qu’est la plaisance internationale. Un échange culturel bénéfique à tous après ces mois de confinement au mouillage…
D.S.

Fixit Tahiti : Un nouveau référent consomm’action

Fixit Tahiti : Un nouveau référent consomm’action
#atelier #réparation #tahiti #recyclage sont les hashtags-référence de la nouvelle page Facebook "Fixit Tahiti" créée pendant
le confinement. Tout nouvel atelier de réparation local et engagé, son créateur incite les gens à lui confier leurs objets cassés avant qu’ils ne partent à la poubelle. Soudure, perçage, meulage, dépannage d’un véhicule, d’une tondeuse, d’un ventilateur, d’un rice-cooker ou d’une planche de wakeboard, il y en a pour tous les besoins. Organisateur de séjours pour une clientèle haut de gamme, Rodolphe Vinh-Tung est justement un ancien champion du monde de wakeboard. Mais la période de confinement l’a poussé à se tourner vers sa formation initiale de mécanicien. "Mon père avait raison. Il voulait absolument que je décroche mon diplôme de mécanicien avion. « Tu verras, ça te servira un jour ! », disait-il." Son activité de tourisme VIP restant en veille jusqu’à nouvel ordre, cela offre à Rodolphe l’opportunité de se réinventer.

"Basé sur une passion pour la création, la mécanique et le travail manuel, Fixit est bien plus qu’un atelier de réparation. Mes motivations premières, en cette période d’incertitude, sont l’entraide et le partage. Je souhaite offrir un service de proximité éco-friendly" qui déjouerait le gaspillage et la surconsommation, précise Rodolphe. Car grâce à son atelier, celui que tout le monde appelle Rodo espère faire changer les mentalités, notamment sur la gestion des déchets. "Aujourd’hui, nous savons qu’il va falloir arrêter de trop consommer et de tout jeter. Devenons responsables et respectueux de notre environnement, de nos voisins, des gens, de l’avenir de nos enfants", explique l’entrepreneur.

V.D.

Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?

Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?
b[Grande plume et chroniqueur des "Pages d’Histoire" dans Tahiti Pacifique, l’historien Jean-Marc Regnault publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lance la série "Rivalités et moins si affinités" : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur.]b

En 2004, Jean-Marc Regnault publiait Le Pouvoir confisqué qui analysait le combat entre Gaston Flosse et Oscar Temaru. Un gros succès de librairie… Seize ans plus tard, l’auteur se demande si le combat entre les deux adversaires politiques était sérieux. Dès 2007, malgré les rapports accablants de la Cour des Comptes, malgré les procès (suite aux plaintes déposées par Oscar Temaru), les deux hommes se retrouvaient pour chasser Gaston Tong Sang du pouvoir, avant de reprendre une lutte apparemment sans merci.
En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment de ce qu’ils ont pratiqué au pouvoir ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.

Pourquoi avez-vous sorti ces deux livres simultanément, hasard ou actualité ?
"Ces deux hommes ont profondément marqué la vie politique locale. Même s’ils occuperont encore une place non négligeable, le moment était venu de rédiger deux essais politiques qui tentent de comprendre leur idéologie profonde, leurs ressorts, leurs réussites et leurs faiblesses.
Comme l’un ne peut se comprendre sans l’autre (et vice-versa), il était nécessaire de publier les livres en même temps. Le projet était né en 2019 et il aurait dû voir le jour en avril dernier, mais la Covid-19 en a décidé autrement…"

Quel est le fil rouge : Gaston Flosse et Oscar Temaru sont-ils les "meilleurs ennemis" ?
"C’est bien le problème. Avais-je eu raison en 2004 de croire qu’ils étaient aux antipodes l’un de l’autre ? En 2007, par exemple, alors que les rapports de la Cour des comptes et de la Chambre territoriale des comptes accablaient G. Flosse et que la justice répondait favorablement aux plaintes déposées par O. Temaru, ce dernier profitait de l’aubaine et passait un accord avec son adversaire (le fameux accord connu sous le nom de 7/7/7). La quatrième de couverture du volume sur Temaru montre une photo de G. Flosse embrassant O. Temaru qu’il avait fait élire président au détriment de G. Tong Sang (13 septembre 2007). La quatrième de couverture du volume sur Flosse montre la situation inverse : O. Temaru embrasse G. Flosse après lui avoir permis de retrouver (provisoirement) la présidence (23 février 2008).
Et aujourd’hui, l’ambiguïté est entretenue. Vont-ils s’entendre ? N’est-ce pas G. Flosse qui s’aligne progressivement sur Temaru ? (défense de Pouvana’a, critique des essais nucléaires, critiques contre ce qui serait une nouvelle forme de colonialisme, doutes sur la valeur de l’autonomie…)."

Que pensez-vous de "l’acharnement" de l’État sur Temaru d’un côté et le "mépris" pour Flosse de l’autre ?
"Il semblerait que la justice agisse toujours à contretemps en Polynésie, tantôt trop indulgente, tantôt trop sévère. Se pose un éternel problème : peut-on juger en Polynésie comme on le ferait en Bretagne ou Alsace ? La justice peut-elle ignorer l’histoire locale et les sentiments profonds de la population ?"

Propos recueillis par Dominique Schmitt

Six "oiseaux" de la rue prennent leur envol

Crédit photo : Dominique Schmitt
Si le Père Christophe est réputé pour ses "coups de gueule" sans langue de bois, il est aussi très prolixe lorsqu’il s’agit d’annoncer des coups de cœur ; c’est d’ailleurs le principe de ses "Humeurs du P.K. 0". C’est ainsi qu’il nous apporte un peu de chaleur en nous informant que six "oiseaux" de la rue ont "retrouvé le chemin de l’espérance" ces derniers jours. Deux d’entre eux ont bénéficié d’un Contrat d’aide à l’emploi (CAE) classique et se retrouvent ainsi embauchés dans leurs entreprises ; les quatre autres ont obtenu un CAE pro, spécifique aux sans-abri, mis en place par le Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelles (Sefi), qui leur a permis ensuite d’entamer un CAE classique. "Reste pour eux, aujourd’hui, l’épineux problème du logement", souligne cependant le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete. Et de partager encore une bonne nouvelle : "Notre étudiante de la rue – même si désormais elle ne l’est plus – va décrocher sa licence en reo mā’ohi." Par ailleurs, Père Christophe nous fait part d’une "autre nouvelle réjouissante, tout en étant inquiétante" :
cinq personnes sans domicile fixe (SDF) ont "signé la Croix bleue pour arrêter de consommer de l’ice". L’homme d’église détaille : "Nous nous réjouissons de cette prise de conscience, et nous savons qu’ils seront fidèles à leur engagement ! Mais combien d’autres sont touchés par ce fléau ? Où se procurent-ils cette « merde » ? Là justement où il y a le projet de reconstruire le Centre de jour ! Tout ceci nous conforte dans l’idée qu’il faut absolument reconstruire l’Accueil Te Vai-ete ’āpī dans une zone moins peuplée… En tout état de cause, réjouissons-nous de cette dynamique qui se met en place au cœur même des sans-abri. Un travail de longue haleine… mais pas vain."

(D.S.)

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT