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Fiscalité : le temps des annonces

Le projet fiscal de loi du Pays adressé le 2 novembre au président de l’assemblée n’a pas manqué d’attirer notre attention, notamment dans son premier volet relatif à l’adaptation de la fiscalité aux politiques sectorielles de relance de l’économie.
Nous y apprenons que les transports en commun terrestres de passagers deviennent éligibles à la défiscalisation. Les cars existants seraient trop vieux et inadaptés. Un rajeunissement du parc est donc préconisé avec la possibilité de transporter des passagers debout. Un coup de pouce est aussi donné au mareyage. En revanche, l’annonce lors du DOB par le président Fritch d’une exonération de droits et taxes à l’importation sur certains produits n’est que partiellement traitée. Une loi du Pays prévoit bien de supprimer ces droits et taxes sur les livres scolaires, mais où est passée celle annoncée pour les véhicules quatre roues n’excédant pas les 5 cv et les deux-roues ? Où est passée celle concernant les vêtements ?
Pour les produits sucrés et boissons alcoolisées, une taxe publicitaire de 40% a été instaurée afin de lutter contre certaines maladies. Si l’intention est louable, la mise en application s’annonce difficile : comment, en effet, dans un catalogue qui regrouperait des produits alimentaires, ménagers et produits soumis à cette taxe, calculer la quote-part de ces derniers ? Les enseignes de ces produits auront tôt fait de se détourner des supports télévisuels ou papiers pour communiquer via des supports matériels (casquettes, tee-shirts...) et développer le sponsoring d’événements. À ce sujet, qu’ont pensé les membres du gouvernement de la distribution gratuite de boissons sucrées aux invités de la première du film Vaiana ?

LO

PSG 2 : la réforme s’affine

Il y a quelques jours, le conseiller du président pour la réforme de la Protection sociale généralisée a rencontré les membres du Medef afin de leur exposer l’étude qui avait été menée sur ce délicat dossier ainsi que les réformes envisagées. Le principal point abordé, le plus critique a concerné la réforme portant sur la retraite et plus particulièrement sur la tranche A. Les données chiffrées exposées n’ont fait que renforcer l’opinion consensuelle de l’urgence d’une réforme ; les ressources ne couvrant plus les dépenses depuis 2009. Si ces dernières ont pourtant été multipliées par 4,2 depuis 1995, les dépenses l’ont été de 6,1 sur la même période. Autre chiffre à retenir : il ne faut que 4,5 ans à un retraité pour percevoir l’ensemble des cotisations dont il s’est acquittées avec son employeur durant sa période active. Enfin, le déficit de cette branche a été de 30 milliards entre 2009 et 2016, financé par les réserves aujourd’hui estimées à 4 milliards en ce qui concerne les liquidités. Comme prévu, le financement doit s’opérer par des mesures portant sur la durée de cotisation qui doit passer progressivement à 40 ans, un départ à 57 ans (âge minimum) et une hausse des cotisations employeur/employé de 1%. On est donc bien loin des mesures drastiques sous-entendues par le président Fritch. À croire que le gouvernement redoute les réactions des syndicats pour cette fin d’année…
Des syndicats divisés qui pourraient même jouer la surenchère quand, ce n’est un secret pour personne, Patrick Galenon brigue la députation. Ces "mesurettes" ne pourront pas amener le moindre équilibre à ce régime de retraite. Il faudra donc en passer par la hausse de la fiscalité alors même qu’au sein du gouvernement les opinions divergent sur ce point. Pendant ce temps, l’horloge tourne et elle ne sert pas les intérêts de la population.

LO

EDT écrit à "Tahiti Pacifique"

EDT écrit  à "Tahiti Pacifique"
Suite à notre confidence sur la petite turbine hydroélectrique des Marquises et intitulée "Encore une machine à sous pour EDT (Engie)" (voir Tahiti Pacifique n° 342, p. 8), le directeur d’EDT nous a envoyé ce charmant courrier :

"Cher Alex,

Comme évoqué, la turbine d’Aakapa ne fait pas partie de la concession de Nuku Hiva. Cette turbine est exploitée par la commune en régie et non par EDT ou une filiale d’Engie. Le tarif de rachat de l’énergie produite par cette turbine doit être fixé par le conseil des ministres*. Cette énergie sera rachetée ensuite par EDT au tarif fixé et sera distribuée sur le réseau de distribution de la concession de Nuku Hiva.
Je rappelle que doivent être ajoutés au coût de production de l’énergie hydroélectrique de cette turbine, les coûts de production des énergies fossiles produits par les moyens thermiques de la concession, les coûts de la distribution et de la gestion clientèle, la somme de ces coûts étant
à mettre en parallèle du prix de vente de l’électricité. Il convient de rappeler que le coût de production et de distribution de l’électricité à Nuku Hiva est nettement supérieur au tarif moyen de 32,60 Fcfp/kWh facturé aux usagers de cette concession comme de toutes les autres concessions EDT et ce grâce à l’aide de péréquation tarifaire.
Le tarif de l’électricité facturé aux habitants de Nuku Hiva et des autres communes en concession est effectivement le même afin de garantir l’équité des usagers devant le service public.
En déduire que cette turbine va "rapporter environ 3,7 millions de Fcfp" à EDT est donc une affirmation erronée. Enfin, EDT ou Ineo ne sont en rien responsables du dérapage du coût du chantier de la turbine, nous avons fourni en ce sens les informations relatives à ce dérapage à la Chambre territoriale des comptes...

Grégoire de Chillaz"

* Note de la rédaction : nous avons alors demandé à M. de Chillaz le prix du kWh racheté à la commune et fixé par le conseil des ministres, mais il nous a dit ne pas croire que ce prix ait été fixé et de nous adresser à la présidence, ce que nous avons fait. Renvoi (peu aimable) à la vice-présidence où les téléphones sonnent et ne répondent pas. On peut en déduire que tous les revenus vont à l’EDT, ce que M. de Chillaz ne semble pas démentir.

"Vaiana" au secours de notre tourisme ?

crédit photo : DR
Le dernier dessin animé des Studios Disney, Vaiana, pourrait drainer une nouvelle affluence touristique selon Michel Monvoisin, P-dg de la compagnie locale Air Tahiti Nui, qui dit miser sur une "croissance de 20% des demandes" de voyages à destination de la Polynésie française. La magie de Disney a donc opéré sur Michel Monvoisin car, à notre connaissance, La Reine des neiges n’a pas valu à la Norvège, pays dont l’office du tourisme s’était associé à la production, une telle recrudescence de touristes (+2% entre 2013 et 2014). Certes, Michel Monvoisin faisait référence au dessin animé Lilo & Stitch qui avait pour cadre Hawaii, mais rien ne prouve la relation de cause à effet. Souhaitons-lui quand même d’avoir raison.

Le Brando privé d’avion

crédit photo : Tahiti Infos
Mauvaise passe pour l’hôtel Brando de Tetiaroa dont les deux avions chargés de transporter les clients de Tahiti vers l’atoll sont cloués au sol depuis deux semaines pour des raisons mécaniques. C’est la société Tahiti Helicopters qui assure les vols, à raison de trois-quatre par jour. Après les avions, c’est le bateau de ravitaillement qui a aussi connu des soucis la semaine dernière, mais tout est rentré dans l’ordre.

Chers travaux

Pas moins de 8.5 millions de Fcfp de crédit de paiement ont été consommés principalement pour l’opération de réfection du logement du premier président de la cour d’appel de Papeete en 2015. C’est ce que l’on a pu lire dans le document de politique transversale pour le budget outre-mer 2017. Le logement devait être dans un bien triste état…

Anniversaire

C’est un drôle d’anniversaire que va vivre l’enseigne Carrefour puisque demain, vendredi 11 novembre, devrait être la date de réouverture du magasin de Punaauia après l’incendie de son local technique le 30 octobre dernier, trente ans jour pour jour après son inauguration. Douze jours de fermeture qui auront coûté cher à l’enseigne, mais plus encore à son assureur…

Luc Ollivier

Tourisme : Cherche une deuxième louche de défiscalisation...

En juillet dernier, le groupe chinois Hainan Airlines a fait l’acquisition de deux hôtels (le Hilton de Moorea et le San Régis de Bora Bora) pour mettre en place sa stratégie touristique en Polynésie française. Tous les préparatifs sont en place, des employés polynésiens vont être envoyés en Chine afin d’y être formés pour répondre à la demande des touristes chinois, etc., bref du sérieux.Mais, selon des indiscrétions, il reste un problème majeur : le goulet d’étranglement hôtelier qu’est Tahiti, passage obligé pour les touristes étrangers. Le groupe veut donc racheter le plus vite possible l’ancien Hilton (ex-hôtel Tahiti) de Louis Wane à Faa’a, fermé et vidé depuis mars 2010. Le ministre Bouissou a d'ailleurs pris contact à cet effet avec M. Wane, lequel serait tout à fait prêt à vendre, mais à une "petite" condition : qu’on accorde à sa société une défiscalisation pour la remise en état de sa ruine hôtelière, après quoi il s’engage à vendre à Hainan Airlines... au prix fort, certainement !

That’s a businessman!

Alex W. du Prel

Augmentation : Le CESC ne s'oublie pas

Le Conseil économique social et culturel n’a pas manqué de faire suivre son "vœu" au gouvernement de porter la durée du mandat de ses 48 membres, pour 46 en exercice, de quatre à six ans. Cette demande est accueillie comme une bonne nouvelle par le gouvernement qui y voit une réduction des dépenses liées à l’organisation des élections. Ce qui n’est pas dit, c’est l’augmentation des indemnités de chaque membre actuellement de 209 613 Fcfp et 350 903 Fcfp pour son président.

Elle est où l’économie ?

Luc Ollivier

Guerre du gravier de Hao : Stupidité et Manipulation

crédit photo : JPV
Début novembre, l’association 193, une nouvelle entité de protestataires antinucléaires professionnels créée à Tahiti voici trois ans et menée par un diacre catholique, a déclenché une sorte de panique sur l’île de Mangareva. Ce qui est étonnant, c’est que dans son délire, ce diacre, Auguste Carlson, a réussi à impliquer dans son "combat" des personnes respectées, sérieuses et surtout spécialistes reconnus du nucléaire tels le Frère Maxime ou Bruno Barrillot qui se trouvent pris entre deux feux.
Le dernier "grand combat" de l’association 193 a été de s’opposer au transfert de gravats (mélange de corail et de béton pulvérisé issus du concassage des gravats de la démolition de l’ancienne base militaire) depuis l’atoll de Hao vers l’île de Mangareva pour bétonner une route. Ces gravats avaient été analysés en 2011 et déclarés "clean". Ce qui n’a pas évité une manifestation devant le Palais présidentiel. Pourtant, la preuve de la stupidité de cette action est patente, mais apparemment pas pour ces nouveaux "terroristes de l’antinucléaire" menés par le diacre militant.

Nous expliquons avec un état des lieux :

L’atoll de Hao
À forte population pendant des essais nucléaire aériens, l’atoll de Hao n’a jamais été irradié par des retombées radioactives. Les seules radiations connues sur cet atoll sont connues et se trouvent dans les joints de la rampe en béton (environ trois hectares) au bout de la piste où on lavait les avions Vautour et l’Orion P3 qui avait traversé les nuages atomiques pour y récolter des particules. Il y a aussi dans quelques crevasses au fond du lagon, près de la passe, les épaves de plusieurs avions Vautour radioactifs qui y avaient été "lagonnés". L’atoll est une bande de corail (calcaire) réputé perméable et ainsi capable de vite diluer et neutraliser le Césium et les autres radionucléides (sauf le plutonium, bien sûr).
Il semble donc quasiment impossible que 42 ans après l’arrêt des essais aériens, l’on puisse encore trouver dans un sol corallien et perméable, des traces de radiations (hormis la rampe).

L’île de Mangareva
Tout le monde sait que l’île de Rikitea est le berceau du catholicisme dans le Pacifique Sud, l’ancienne théocratie du Père Honoré Laval, et que le prélat catholique y détient toujours un pouvoir conséquent. Si donc un homme d’Église déclare que les gravats sont radioactifs, ce ne peut être perçu que comme parole divine par la population.
Tout le monde sait aussi – à Tahiti ou ailleurs ce qui inclut l’excité diacre Carlson, le Frère Maxime et Bruno Barrillot – que l’île de Mangareva et l’atoll de Tureia sont les îles qui ont été les plus irradiées par les essais nucléaires aériens français entre 1966 et 1974.
Mais encore ! L’archipel des Gambier est un piton volcanique surgi de 4 000 mètres du fond de l’océan, un énorme rocher en pierre basaltique qui n’a aucune porosité et qui, ainsi, pourrait toujours avoir des sols et des nappes d’eau phréatiques contenant des radionucléides tombés il y a 42 ans.

Acquisition d’un concasseur
Et quelle est la réelle raison de ce cirque médiatique, de cette crise du gravier ? C’est politique (pour créer des emplois publics), comme l’explique le maire de l’île dans un communiqué : "Désirant mettre ma famille et mes proches à l’abri des insultes et de la calomnie gratuites, j’ai décidé de demander au gouvernement de ne plus utiliser les gravats et donc de suspendre le chantier de bétonnage de la route de ceinture de Rikitea. Je tenais à préciser également, que la commune a déjà entrepris les démarches pour l’acquisition d’un concasseur (qui) permettra à la commune, la population, les entreprises privées et les collectivités, de disposer de concassé de l’île. (...) Vu l’ampleur et les conséquences des décisions qui seront prises dans cette affaire, mes pensées vont aux douze jeunes Mangaréviens, recrutés par le Pays, pour les travaux de bétonnage, qui risquent de perdre leur emploi, lorsque le Pays décidera de suspendre les travaux. En bon père de famille, il m’est inconcevable, que ces jeunes perdent leur emploi, à cause de cette affaire, donc je m’engage à les recruter sur des futurs chantiers communaux."

Paradoxe et tristesse
Le paradoxe (et le tristement comique) de cette hystérie médiatique et populaire au sujet des gravats de Hao est celui-ci :
Le vrai but de cette comédie "écologique" était de monter à grand frais une centrale de concassage à Mangareva, sur cette île ayant subi de multiples retombées nucléaires, en utilisant des roches locales potentiellement radioactives, alors que les gravats de Hao auraient plutôt servi de matelas entre le basalte et la population. C’est le : "Nous voulons garder notre radioactivité pour nous…"
Plus triste encore est qu’un prélat de l’Église, supposé prêcher amour, paix et concorde, a été exciter la population de l’île jusqu’à ce qu’elle aille injurier et calomnier la famille du maire, et cela sur des bases mensongères.

Amen !

Alex W. du Prel

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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT