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Aviation civile : une démission qui peut amener à des fermetures de pistes

Si la lettre de démission de Jean-Christophe Shigetomi, directeur de l’Aviation civile de la Polynésie française, la semaine dernière à son ministre Luc Faatau n’a pas ému les foules, elle risque cependant de créer quelques désagréments quant au bon fonctionnement du service et à ses missions au risque de voir quelques aérodromes fermés.
La direction de l’Aviation civile (DAC) est définie par un arrêté, ce qui permet à l’État de reconnaître la DAC en tant qu’exploitant des aérodromes. De ce fait, son directeur est dirigeant responsable, le pays étant exonéré de toute responsabilité en cas de problème, d’accident.
Toutes les homologations de pistes effectuées par l’État sont accordées au directeur de l’Aviation civile, Jean-Christophe Shigetomi, dont le départ prévu pour la fin de ce mois obligera à refaire toutes les signatures auprès du nouveau directeur. Cette "paperasse" prendra du temps d’autant que le successeur n’est pas connu, la directrice adjointe partant à la retraite. Durant ce laps de temps, qui voudra prendre la responsabilité de dirigeant responsable, sachant que ce n’est pas un simple poste de chef de service ?
Le gouvernement doit bien avoir son candidat, puisqu’il est maintenant su de tous que ce départ fait suite entre autres à des problèmes relationnels entre Jean-Christophe Shigetomi et un syndicaliste proche de la ministre du Tourisme, son mari, Gérard Barff. Vu la responsabilité du poste, il ne pourra y avoir pléthore de candidats.
La question qui se pose en attendant la nomination et le report d’homologation, est de savoir qui est responsable si jamais le dramatique accident de Moorea se répète ?
L’État prendra-t-il le risque de laisser l’exploitation de certaines pistes, les plus dangereuses, sans dirigeant responsable ?
LO




Des chaises vides aux Assises

Depuis quelques semaines, la population polynésienne est invitée à s’exprimer lors des Assises des Outre-mer. Le gouvernement central a délégué un référent qui tente de recueillir les attentes des populations, qu’elles soient à Tahiti, à Moorea ou aux Australes, en attendant d’autres archipels. Après la loi sur l'Égalité réelle des Outre-mer, l’État fait un pas de plus vers ses petits bouts de France qui participent, sous diverses formes, à sa grandeur. La première phase de cette consultation, entamée début octobre, s’est terminée la semaine dernière et force est de constater qu’elle n’a pas recueilli un franc succès. Un manque de communication ? Un désintérêt de la population sur des questions pourtant centrales ? Une méfiance envers l’État et des interlocuteurs inconnus ? Un fiu de tout ce qui touche au politique ? Certainement un mixte de ces suggestions.
Pour ceux qui ont pris la peine de se déplacer ou de faire part de leurs desiderata via un site Internet dédié (www.assisesdesoutremer.fr. ), soit environ 1 000 personnes, les thèmes abordés ont tourné autour de la santé, de la sécurité et de l’éducation, nous apprend un communiqué du haut-commissariat. Et si Jacques Wadrawane, le référent des Assises des Outre-mer pour les collectivités françaises du Pacifique, s’est dit satisfait du déroulé de cette première phase en affirmant que "les participants ont fait part de problèmes concrets, de comment améliorer les conditions de vie au quotidien", il n’a pas manqué de noter que la population avait du mal à faire le distinguo entre les compétences de l’État et celles du Pays. Et l’on reparle de manque de culture politique des Polynésiens, que nos politologues ne manquent pas de rappeler avant chaque élection, entretenu par beaucoup, et qui empêche ce peuple de penser par lui-même, de s’élever.
Si ce manque de culture politique, surtout envers celle menée depuis Paris, peut être reproché aux Polynésiens, il est juste de rappeler que les élus de l’Hexagone se montrent tout aussi incultes envers les Outre-mer. C’est pourquoi la ministre de tutelle, Annick Girardin, essaye d’insuffler un "réflexe d’outre-mer" dans les décisions de ses collègues du gouvernement.
Quant au résultat de ces Assises, "les priorités vont maintenant être déterminées, sur la base de cette première consultation. Des projets seront ensuite soumis à l’avis de la population, de mi-janvier à fin février. Puis, les propositions feront l’objet d’un Livre Bleu. Jacques Wadrawane assure que ces idées déboucheront sur des réalisations concrètes, contrairement à ce qu’on a vu dans le passé, avec les États généraux de l’Outre-mer en 2009, notamment", peut-on lire en fin de communiqué. Il manque de préciser que, pour le moment, il n’y a pas de budget réservé aux décisions qui sortiront des Assises qui, elles-mêmes, n’ont bénéficié que d’un budget très limité (72 millions de Fcfp) pour l’ensemble des territoires et collectivités.
Un recueil de doléances, mais par d’argent pour les appliquer, du moins dans un proche avenir. On verra bien si ce sont les chaises vides qui avaient raison.
Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier