Menu

Bilinguisme : vers un projet de loi au fenua

Bilinguisme : vers un projet de loi au fenua
La loi Molac, adoptée le 8 avril dernier à l’Assemblée nationale, marque un jour historique pour la promotion et la protection des 20 langues régionales de l’Hexagone et des 50 langues des peuples autochtones ultramarins. Elle affirme la possibilité d’élargissement de l’offre d’enseignement afin que tout élève demeurant sur un espace linguistique donné et désireux d’en apprendre la langue puisse trouver satisfaction, notamment en consolidant l’immersion dans l’enseignement public et en instaurant l’obligation du versement du forfait scolaire pour les filières associatives immersives.

Mais si cette loi a beaucoup fait parler d’elle dans l’Hexagone comme au fenua, il n’y aura cependant pas d’application sur le Territoire, en vertu de notre statut d’autonomie. Mais l’actualité et la médiatisation de celle-ci permet en revanche de mettre en évidence et de valoriser le dispositif expérimental déjà mené sur le Territoire. Il s’agit d’une action autour du bilinguisme français-langues polynésiennes déjà engagée au fenua depuis près de deux ans dans certaines de nos écoles primaires.

Lancé à la rentrée 2019, ce programme concernait initialement le cycle 1 de deux écoles, Tiva à Taha’a et Maatea à Moorea, ainsi que le Centre des jeunes adolescents (CJA) de Paea. Dès la rentrée dernière, il a été élargi à 10 écoles, notamment aux Marquises et à Rurutu. En août prochain, 17 établissements seront concernés sur l’ensemble des archipels, passant ainsi de 500 à plus de 1 000 élèves impactés, non seulement par l’enseignement DES langues polynésiennes mais également EN langues polynésiennes. L’expérimentation a parallèlement débuté dans deux classes de 6e du collège d’Afareaitu à Moorea, et sera étendu l’année prochaine à deux 5e afin de conserver les acquis. En effet, ce dispositif est dit ascendant, du cycle 1 vers les cycles 2 et 3.

“La parité horaire pour le bilinguisme existe déjà au niveau national, nous l’avons adaptée ici en Polynésie française. Ce que va faciliter la loi Molac, c’est l’immersion totale des élèves”, nous explique Ernest Marchal, inspecteur de l’Éducation nationale à la Direction de l’enseignement primaire et référent du dispositif local. L’enjeu est donc de trouver localement des locuteurs sur place, ce qui peut parfois relever du casse-tête, lorsqu’on sait que des enseignants d’un archipel peuvent se retrouver affectés dans un autre archipel dont ils ne parlent pas la langue. Cela suppose donc une gestion adaptée de la carte scolaire des personnels et une équipe pédagogique adéquate. “Mais, tempère Ernest Marchal, l’éligibilité des écoles se fait avant tout en fonction de critères précis, comme l’adhésion de la communauté éducative, des parents d’élèves, des élus, mais aussi des associations culturelles. Cela suppose donc que les enseignants aient une maîtrise suffisante de la langue polynésienne concernée. Nous nous assurons également de proposer des formations spécifiques. Également, les académies, cautions linguistiques et culturelles sont d’un soutien indispensable dans ce projet à l’échelle de l’ensemble de la Polynésie française.”

La prochaine étape se jouera à l’assemblée de la Polynésie française, puisqu’un projet de loi sera soumis au vote dans les prochains mois afin de pérenniser cette démarche de valorisation des langues polynésiennes dans l’enseignement.

V. D.






Tahiti Pacifique : 30 ans… et toutes nos dents !

“Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.”

Alex W. du Prel avait fait sienne cette citation percutante de René Char (1907-1988), poète et résistant français. Fondé le 9 mai 1991, Tahiti Pacifique Magazine fête aujourd’hui ses 30 ans ! Qui aurait cru que la revue “poil à gratter” créée par Alex survivrait pendant trois décennies ? Sûrement pas les politiques de l’époque, notamment Gaston Flosse et les Orange, qui ont alimenté régulièrement les colonnes de TPM… N’en déplaise à nos détracteurs, malgré une vingtaine de procès émanant de la Présidence ou de son entourage (lire notre interview exclusive d’Alex du Prel, page 35), Tahiti Pacifique est toujours debout, avec toutes ses dents. Et du mordant, votre magazine n’en manque pas ! Bimensuel d’information et de culture, ayant pour devise “Une goutte de liberté dans l’océan”, Tahiti Pacifique est l’unique magazine d’investigation en Polynésie. Nous proposons aux lecteurs une actualité décryptée et des dossiers de fond. Enquêtes et reportages, brèves et confidences, humour, caricatures de presse, chroniques, tribunes, articles économiques, littéraires, culturels… il y en a pour tous les goûts. Notre force : la pluralité des opinions et des plumes. Notre ambition : “Ensemble, faisons bouger les lignes !

Dominique SCHMITT