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Campagnes municipales : régler le passif, oublier le passé...

Crédit photo : SP
Damas Teuira a annoncé, le 20 juin dernier, lors d'une conférence de presse, se lancer dans la course à la réélection à la mairie de Mahina avec la constitution d'un nouveau groupe, I mua ia hotu - Avancer et bâtir -, regroupant déjà les deux tiers du conseil municipal actuel et la plupart de ses adjoints. Un projet politique nouveau que l'actuel maire a présenté comme la continuité de son action centrée sur la gouvernance de proximité et la bonne gestion des deniers publics, dans une commune qui, bien que disposant désormais d'un budget supérieur à 3 milliards de Fcfp pour la première fois en 2019, paye encore le prix des gestions passées et doit faire face à des investissements structurants encore importants en matière d'adduction d'eau, d'équipements sportifs et d'assainissement notamment.
Il s'agit donc de continuer à "régler le passif", tout en tournant la page du passé. Damas Teuira s'est en effet évertué à éviter de citer le nom de son prédécesseur et désormais adversaire Patrice Jamet, candidat depuis décembre 2018, tout en affichant disposer du soutien sans faille de Frédéric Fritch, frère d'Édouard et également ancien rival à la succession de Patrice Jamet en août 2015. S'appuyant longuement sur son bilan et les bonnes relations entretenues avec le Pays, c'est donc confiant qu'il a pu affirmer que "le soutien du Tapura se fera logiquement" dans la bataille à venir avec d'ores et déjà l'appui d'Antonio Perez.
Si le paysage politique s'éclaircit à la Pointe Vénus à l'approche des échéances électorales des municipales de 2020, il est encore assombri à la Pointe des Pêcheurs. Simplicio Lissant, qui a récupéré le fauteuil de maire de Punaauia suite au décès de Ronald Tumahai en août 2018, n'a pas encore annoncé être candidat à sa propre succession. Il doit en effet composer avec les velléités du vice-président, qui, lui, n'a pas fait le deuil de ses ambitions de devenir le premier magistrat de la ville, et l'éventuelle liste d'ouverture pouvant émerger des rencontres informelles et autres tractations entre Tavini et Tahoeraa Huiratiraa. À l'Ouest, rien de nouveau encore, la campagne est au point mort.
(S.P.)





Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt