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Dissuasion nucléaire : l’Assemblée nationale souligne la “mise à contribution” de la Polynésie par la France

Crédit photo : DR
L’Assemblée nationale a donné son aval, le 11 avril dernier, à une réforme du statut d’autonomie de la Polynésie française qui reconnaît le caractère involontaire de sa contribution au développement de la capacité de dissuasion nucléaire française. La formule retenue auparavant, stipulant que “la République reconnaît la contribution de la Polynésie française à la construction de la capacité de dissuasion nucléaire et à la défense de la Nation”, avait provoqué le profond désaccord du Tavini, de l’association 193, des syndicats, ainsi que du représentant polynésien au Conseil économique, social et environnemental (CESE), Christian Vernaudon. Celui-ci avait d’ailleurs pris l’initiative d’écrire, le 27 mars dernier, au Premier ministre Édouard Philippe afin de lui signifier que les éléments présentés aux parlementaires nationaux ne correspondaient pas aux avis exprimés par la très grande majorité de la société civile organisée, comme cela avait été indiqué “dans un rapport rendu par le Conseil économique, social et culturel (CESC) dès le 15 novembre 2006”…
Les députés polynésiens Moetai Brotherson et Maina Sage ont ainsi obtenu une précision sémantique à ce projet de loi organique, déjà adopté par le Sénat, qui permet d’avancer “sur un chemin plus apaisé”. La “contribution” de la Polynésie française à la dissuasion nucléaire française a été remplacée par l’expression “mise à contribution” afin de souligner que les 193 essais nucléaires effectués entre 1966 et 1996 étaient le “choix de la France”. Selon Christian Vernaudon, la rédaction du premier article sous le titre “De la reconnaissance de la Nation” était “particulièrement inappropriée pour exprimer ce que les Polynésiens attendent en matière de reconnaissance et que le Premier ministre, Monsieur Alain Juppé, avait parfaitement su exprimer lors de son passage”. Lors de sa visite au fenua, le
27 juillet 2016, l’homme politique avait en effet déclaré : “Ces essais ont eu et ont toujours un impact préoccupant sur l’environnement ainsi que des effets sur la population.” Il souhaitait ainsi faire “acte de reconnaissance”, mais également de “réparation” en renonçant à “ce principe de risque négligeable” dans la loi Morin et enfin de “réconciliation” avec les Polynésiens.
Dans son courrier adressé au Premier ministre, le représentant polynésien du CESE a tenu par ailleurs à replacer dans son contexte le vote de la commission permanente en 1964 de la location pour un franc symbolique à l’État des atolls de Moruroa et Fangataufa, grâce au témoignage de Jacques-Denis Drollet, enregistré le
23 juin 2011 et reproduit dans le documentaire L’élu du peuple - Pouvanaa, Te Metua de Marie-Hélène Villierme (2012). Lorsque l’ancien représentant à l’assemblée locale raconte sa rencontre avec le général de Gaulle, il confie : “Il me fait comprendre qu’il a besoin de ces atolls pour les expérimentations et qu’il serait souhaitable que nous les donnions à la France et que si nous ne le faisions pas, il aurait les moyens de nous contraindre.” Les députés ont voté aussi un second projet de loi, portant “diverses dispositions institutionnelles” en Polynésie. Les textes doivent maintenant faire l’objet d’une procédure de conciliation entre l’Assemblée nationale et le Sénat.
(DS)




De reports en reports

De reports en reports
À l’instar des Anglais et de leur Brexit, qui ne cesse de diviser tout autant qu’il ne cesse de jouer la montre, nos gouvernants se voient contraints de reporter une nouvelle fois l’échéance de la signature de contrat du "Village tahitien". Pour rappel, les six lots sur lesquels s’était positionné le groupe Kaitiaki Tagaloa portent sur la conception de quatre hôtels et de deux résidences en condominium. Il s’agit de six lots, sur les 16 que comporte ce projet complexe. Ce vaste chantier, qui doit révolutionner le tourisme sur l’île de Tahiti en quelques années — durant lesquelles l’économie et surtout l’emploi devraient connaître un sérieux coup d’accélérateur — soulève toutes les interrogations et commence à ressembler à une Arlésienne.
En août 2018, le vice-président Teva Rohfritsch ne cachait pas son enthousiasme, déclarant que la signature du contrat portant sur les six premiers lots du projet avec le groupement d’investisseurs néo-zélandais et samoans, Kaitiaki Tagaloa, pourrait même intervenir avant la fin de l’année 2018, bien avant les 200 jours prévus. Il n’en fut rien. À la date butoir du 22 mars 2019, pas de signature, au prétexte que "l’investisseur néo-zélandais a souhaité associer deux nouvelles tribus maori au projet. Nous avons donc souhaité prendre toutes les garanties financières nécessaires plutôt que de signer." Premiers signes d’inquiétude, alors que la rumeur d’un report pour manque de garanties financières circulait déjà depuis quelques semaines. Il fut donc accordé un délai de 45 jours, au terme desquels, en fonction des garanties qui seraient présentées, ces contrats seraient signés par lots. Ceux qui n’auront pas fait l’objet de garantie seraient remis en compétition. Des contacts avec des investisseurs, y compris locaux, étaient avancés. Coup de pression, ou de bluff, sur le groupement Kaitiaki Tagaloa ?
La seconde option a primé, puisqu’au terme de ces 45 jours, l’établissement Tahiti Nui aménagement et développement (TNAD) annonçait par communiqué sa décision de reporter de 55 jours le délai laissé au groupement, pour se conformer "aux obligations du protocole d’engagement", signé en août 2018. À ce jour, TNAD n’aurait donc pas toutes les garanties financières pour s’assurer que ces investisseurs soient capables d’aller au bout du projet ! En bientôt un an de négociations, nous ne savons toujours pas si ils ont les reins assez solides !
Après deux reports, on n’imagine pas le gouvernement en avancer un troisième pour quelques raisons que ce soit. Restera alors à présenter la carte des investisseurs étrangers et locaux, que le ministère garde secret. Rendez-vous le 30 juin.
Le dossier, qui reviendra forcément sur la scène politique à la première occasion, est plutôt mal engagé. Il n’est pas sans rappeler celui de Hao, pour lequel l’arrivée des conteneurs était annoncée en avril. De nouveaux changements sont prévus, qui reportent le début du chantier au début de l’année prochaine. Encore un rendez-vous manqué.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.


Luc Ollivier

Luc Ollivier