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Élections européennes : le Tapura en tête, suivi du Rassemblement national

Élections européennes : le Tapura en tête, suivi du Rassemblement national
Sans surprise, les élections européennes en Polynésie française n’ont pas mobilisé les électeurs (22,17%) même si, dans les faits, on constate une augmentation de près de 50% (43 357 votants, contre 29 555) par rapport à 2014.
L’explication à ce rebond n’est pas due à une prise de conscience citoyenne pour un scrutin extraterritorial. Elle est le reflet de la mobilisation, même timide, des grands partis locaux. Aucun appel au boycott, comme le Tahoera’a l’avait demandé en 2014, n’est venu contrarier la lente marche des électeurs.
Le résultat des urnes annoncé dimanche – bien que les Polynésiens aient voté la veille, comme une partie de l’Outre-mer –, a conforté la majorité au pouvoir, le Tapura, qui récolte 43,31% des voix au nom de la liste Renaissance, soutenue par la République en marche, le Modem et ses partenaires.
Si ce résultat était attendu, d’autres l’étaient beaucoup moins, comme l’émergence du Rassemblement national soutenu localement par Te Nati qui, bien que sans véritable maillage local, obtient 16,43% des suffrages, soit près de 6 000 voix. La vague bleu marine qui s’est imposée sur le plan national a donc fait quelques vaguelettes localement, tout comme la vague verte d’Europe Écologie, qui atteint les 11,06%. Heiura-les-Verts de Jacky Bryant peut se féliciter de ce résultat, tout comme Éric Minardi pour Te Nati, qui devra encore attendre le probable départ des élus du Royaume-Uni pour siéger à Bruxelles, conjugué à la démission pour non-cumul des mandats des élus RN lors des prochaines élections régionales de 2021
Il serait, dans ce cas-là le premier Polynésien à siéger à Bruxelles.

Pour le Tahoera'a, c’est la déconfiture, malgré un soutien annoncé aux Républicains. Les Orange qui, comme le Tapura et le Tavini, voulaient se compter avant les prochaines élections locales de 2020, ont pris une claque qui interroge. Le nomadisme politique de leur leader après la dernière présidentielle peut expliquer ce manque de soutien. Un exemple à ne pas suivre. Et pourtant, le Tapura en a pris le chemin en soutenant la majorité présidentielle, au détriment de la liste UDI en pleine déconfiture, à laquelle ses parlementaires sont attachés. L’ambiance risque d’être pesante pour eux au Palais Bourbon.
Enfin, le Tavini et ses bulletins nuls "I love Maohi Nui" a plus fait le buzz qu’autre chose lors de ses élections. Difficile de lui attribuer l’ensemble des bulletins nuls, qui représentaient 2,5% des votes en 2014. En gardant la même proportion en 2019, ces 2,5% représenteraient 1 350 bulletins, à retrancher des 5 400 comptabilisés. Reste un peu plus de 4 000 bulletins pour les indépendantistes, soit à peu près autant que les Verts.
Il y a encore beaucoup de travail pour le Tahoera’a et le Tavini pour les prochaines échéances, même si une élection ne ressemble jamais à une autre.
(LO)





Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt