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Ferme aquacole à Hao : le "flouze artistique" persiste

Ferme aquacole à Hao : le "flouze artistique" persiste
Quatre ans après la première pierre posée (mai 2015) et quatorze mois après les premiers coups de pelle, le chantier de la future ferme aquacole à Hao est toujours au point mort. Pour l'heure, seule la moitié du terrassement a été effectuée, et cela repousse déjà ! Lorsque nous avons réalisé notre reportage en février dernier, nous avons pu constater que la végétation avait repris le dessus avec des acacias de presque un mètre de haut. La plaque scellant l'accord officiel avec les investisseurs n'est même plus visible (voir notre photo)… Cette opération a pourtant coûté 134 millions de Fcfp au Pays, qui a également mis
1 milliard de Fcfp sur la table, en construisant notamment une digue de protection, ainsi qu'une route de contournement de plusieurs kilomètres, tandis que la société Tahiti Nui Ocean Food n'a pas encore placé 1 franc. Surtout, personne n'est capable de dire aujourd'hui quelles seront les réelles retombées financières pour les Polynésiens… Les changements de plans incessants des investisseurs chinois ont donc conduit à l'arrêt des travaux et au report des dates. En outre, il restait plusieurs questions d'ordre environnemental à régler. Ainsi, une délégation polynésienne, composée de représentants de la Délégation polynésienne aux investissements (DPI, de la Direction de l'Environnement (DirEn), de la Direction des ressources marines et minières (DRMM) et de la Direction de la biosécurité, ainsi que de trois bureaux d'études techniques, s'est déplacée mi-avril à Shanghai, en Chine, afin de rencontrer les décideurs de TNOF, dont le grand patron Wang Cheng.
"C'est la course ! Les permis de construire sont à refaire !", nous explique Mara Aitamai, le gérant de la société Marama Developpment & Management (MDM), responsable de la maîtrise d'ouvrage. Et de préciser : "Le nouveau contrat a été signé et nous avons réglé 90 % des questions." C'était surtout la première fois que tous les acteurs étaient réunis autour d'une même table. Le premier permis de construire, celui concernant la base vie, devrait être délivré à la mi-juin et les travaux pourraient commencer le 1er août. Quant au second permis de construire, relatif à la grande base, il devrait être obtenu fin juillet pour un début des travaux fixé au 1er janvier 2020. MDM, mandataire de TNOF, doit désormais rédiger le "bon document", qui sera ensuite transmis pour instruction au Pays et aux différents services concernés. Quant aux 240 conteneurs attendus pour le logement des ouvriers, la base commune et les bureaux, ils seraient "en construction", les investisseurs préférant de toute façon attendre la délivrance des permis de construire. Par ailleurs, le problème de la dépollution de l'atoll n'est pas réglé, puisque 90 % des terres ne sont pas encore traités. Le haut-commissaire, René Bidal, interrogé récemment par Tahiti Infos, avouait en effet : "Sur le futur emplacement de la ferme aquacole, le traitement est déjà abouti. Il n’y a plus d’hydrocarbures. Par contre, il y a la problématique des métaux lourds, qui demeurent un sujet sur lequel nous cherchons la meilleure solution. Le traitement pour les métaux lourds n’existe pas aujourd’hui. La seule alternative est de prélever ces terres et de les isoler."
Entre la ferme aquacole de Hao et le Village Tahitien, dont les délais sont, eux aussi, sans cesse repoussés, on a l'impression de vivre des mauvais scenarii. Ces projets vont-ils enfin naître ou mourir dans l'œuf ? Il va falloir s'armer encore de beaucoup de patience pour le savoir. Pour sa part, dépité, le maire de Hao, Théodore Tuahine concède qu'il "attend de voir" et que la population est "vraiment fiu". Pour le tāvana, le projet doit voir le jour, car il le sait, c'est la loterie pour lui et son conseil municipal, les échéances électorales étant prévues en 2020.

(DS)





Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt