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Foncier : les mormons rachètent une partie du Tahara’a

Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a racheté une parcelle d’environ deux hectares sur le domaine où est construit l’ancien hôtel Tahara’a, à l’abandon depuis plus de vingt ans. Selon nos informations, il s’agit de la partie engazonnée "tombante" qui descend du col vers la commune de Mahina. Les responsables des mormons de Tahiti, qui cherchaient depuis un moment un point de chute pour leurs fidèles sur la côte Est, envisagent d’y construire notamment une chapelle. Construit en 1967, l’hôtel du Tahara’a a été vendu en 1995 à une société, dont l’actionnaire principal est Réginald Flosse. L’établissement a définitivement fermé ses portes en 1998. Malgré la valeur culturelle et historique du site, la mairie de Mahina, sur le territoire de laquelle se trouve le terrain, n’a pas fait jouer son droit de préemption...
Bien que le prix ne nous ait pas été communiqué, Tahiti Pacifique relatait déjà cette transaction il y a trois ans et l’évaluait à 350 millions de Fcfp (lire TPM n° 325 du 6 mai 2016). Un prix qui est très loin évidemment des 2,5 milliards de Fcfp évoqués au moment des tractations entre Aquakita et le fils de Gaston Flosse, en février 2015. Mais le groupe mexicain souhaitait bien sûr acquérir l’ensemble du domaine (14,41 hectares) avec les bâtiments qui, même s’ils sont à l’abandon, peuvent être rénovés. Une somme tout à fait raisonnable pour les mormons, dont l’une des sources principales de financement repose sur le principe de la "dîme" : chaque fidèle reverse à l’Église mormone 10 % de ses revenus. Une Église dont la fortune dans le monde est évaluée à 40 milliards de dollars (environ 4,2 billions de Fcfp), selon une étude de Business Week publiée en 2012, dont 8 milliards (environ
854 milliards de Fcfp) issus de la fameuse dîme. Elle est ainsi l’un des plus grands propriétaires agricoles des États-Unis, elle possède médias, assurances, immeubles, fonds d’investissement, parc à thème… On estime à environ 22 000 le nombre de mormons en Polynésie française, soit 8 % de la population, et une quarantaine de chapelles sont implantées au fenua, dont une vingtaine à Tahiti.
(DS)





Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT