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Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?

Gaston Flosse/Oscar Temaru : les "meilleurs ennemis" ?
b[Grande plume et chroniqueur des "Pages d’Histoire" dans Tahiti Pacifique, l’historien Jean-Marc Regnault publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lance la série "Rivalités et moins si affinités" : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur.]b

En 2004, Jean-Marc Regnault publiait Le Pouvoir confisqué qui analysait le combat entre Gaston Flosse et Oscar Temaru. Un gros succès de librairie… Seize ans plus tard, l’auteur se demande si le combat entre les deux adversaires politiques était sérieux. Dès 2007, malgré les rapports accablants de la Cour des Comptes, malgré les procès (suite aux plaintes déposées par Oscar Temaru), les deux hommes se retrouvaient pour chasser Gaston Tong Sang du pouvoir, avant de reprendre une lutte apparemment sans merci.
En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment de ce qu’ils ont pratiqué au pouvoir ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.

Pourquoi avez-vous sorti ces deux livres simultanément, hasard ou actualité ?
"Ces deux hommes ont profondément marqué la vie politique locale. Même s’ils occuperont encore une place non négligeable, le moment était venu de rédiger deux essais politiques qui tentent de comprendre leur idéologie profonde, leurs ressorts, leurs réussites et leurs faiblesses.
Comme l’un ne peut se comprendre sans l’autre (et vice-versa), il était nécessaire de publier les livres en même temps. Le projet était né en 2019 et il aurait dû voir le jour en avril dernier, mais la Covid-19 en a décidé autrement…"

Quel est le fil rouge : Gaston Flosse et Oscar Temaru sont-ils les "meilleurs ennemis" ?
"C’est bien le problème. Avais-je eu raison en 2004 de croire qu’ils étaient aux antipodes l’un de l’autre ? En 2007, par exemple, alors que les rapports de la Cour des comptes et de la Chambre territoriale des comptes accablaient G. Flosse et que la justice répondait favorablement aux plaintes déposées par O. Temaru, ce dernier profitait de l’aubaine et passait un accord avec son adversaire (le fameux accord connu sous le nom de 7/7/7). La quatrième de couverture du volume sur Temaru montre une photo de G. Flosse embrassant O. Temaru qu’il avait fait élire président au détriment de G. Tong Sang (13 septembre 2007). La quatrième de couverture du volume sur Flosse montre la situation inverse : O. Temaru embrasse G. Flosse après lui avoir permis de retrouver (provisoirement) la présidence (23 février 2008).
Et aujourd’hui, l’ambiguïté est entretenue. Vont-ils s’entendre ? N’est-ce pas G. Flosse qui s’aligne progressivement sur Temaru ? (défense de Pouvana’a, critique des essais nucléaires, critiques contre ce qui serait une nouvelle forme de colonialisme, doutes sur la valeur de l’autonomie…)."

Que pensez-vous de "l’acharnement" de l’État sur Temaru d’un côté et le "mépris" pour Flosse de l’autre ?
"Il semblerait que la justice agisse toujours à contretemps en Polynésie, tantôt trop indulgente, tantôt trop sévère. Se pose un éternel problème : peut-on juger en Polynésie comme on le ferait en Bretagne ou Alsace ? La justice peut-elle ignorer l’histoire locale et les sentiments profonds de la population ?"

Propos recueillis par Dominique Schmitt





Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT