Menu

Guerre du gravier de Hao : Stupidité et Manipulation

crédit photo : JPV
Début novembre, l’association 193, une nouvelle entité de protestataires antinucléaires professionnels créée à Tahiti voici trois ans et menée par un diacre catholique, a déclenché une sorte de panique sur l’île de Mangareva. Ce qui est étonnant, c’est que dans son délire, ce diacre, Auguste Carlson, a réussi à impliquer dans son "combat" des personnes respectées, sérieuses et surtout spécialistes reconnus du nucléaire tels le Frère Maxime ou Bruno Barrillot qui se trouvent pris entre deux feux.
Le dernier "grand combat" de l’association 193 a été de s’opposer au transfert de gravats (mélange de corail et de béton pulvérisé issus du concassage des gravats de la démolition de l’ancienne base militaire) depuis l’atoll de Hao vers l’île de Mangareva pour bétonner une route. Ces gravats avaient été analysés en 2011 et déclarés "clean". Ce qui n’a pas évité une manifestation devant le Palais présidentiel. Pourtant, la preuve de la stupidité de cette action est patente, mais apparemment pas pour ces nouveaux "terroristes de l’antinucléaire" menés par le diacre militant.

Nous expliquons avec un état des lieux :

L’atoll de Hao
À forte population pendant des essais nucléaire aériens, l’atoll de Hao n’a jamais été irradié par des retombées radioactives. Les seules radiations connues sur cet atoll sont connues et se trouvent dans les joints de la rampe en béton (environ trois hectares) au bout de la piste où on lavait les avions Vautour et l’Orion P3 qui avait traversé les nuages atomiques pour y récolter des particules. Il y a aussi dans quelques crevasses au fond du lagon, près de la passe, les épaves de plusieurs avions Vautour radioactifs qui y avaient été "lagonnés". L’atoll est une bande de corail (calcaire) réputé perméable et ainsi capable de vite diluer et neutraliser le Césium et les autres radionucléides (sauf le plutonium, bien sûr).
Il semble donc quasiment impossible que 42 ans après l’arrêt des essais aériens, l’on puisse encore trouver dans un sol corallien et perméable, des traces de radiations (hormis la rampe).

L’île de Mangareva
Tout le monde sait que l’île de Rikitea est le berceau du catholicisme dans le Pacifique Sud, l’ancienne théocratie du Père Honoré Laval, et que le prélat catholique y détient toujours un pouvoir conséquent. Si donc un homme d’Église déclare que les gravats sont radioactifs, ce ne peut être perçu que comme parole divine par la population.
Tout le monde sait aussi – à Tahiti ou ailleurs ce qui inclut l’excité diacre Carlson, le Frère Maxime et Bruno Barrillot – que l’île de Mangareva et l’atoll de Tureia sont les îles qui ont été les plus irradiées par les essais nucléaires aériens français entre 1966 et 1974.
Mais encore ! L’archipel des Gambier est un piton volcanique surgi de 4 000 mètres du fond de l’océan, un énorme rocher en pierre basaltique qui n’a aucune porosité et qui, ainsi, pourrait toujours avoir des sols et des nappes d’eau phréatiques contenant des radionucléides tombés il y a 42 ans.

Acquisition d’un concasseur
Et quelle est la réelle raison de ce cirque médiatique, de cette crise du gravier ? C’est politique (pour créer des emplois publics), comme l’explique le maire de l’île dans un communiqué : "Désirant mettre ma famille et mes proches à l’abri des insultes et de la calomnie gratuites, j’ai décidé de demander au gouvernement de ne plus utiliser les gravats et donc de suspendre le chantier de bétonnage de la route de ceinture de Rikitea. Je tenais à préciser également, que la commune a déjà entrepris les démarches pour l’acquisition d’un concasseur (qui) permettra à la commune, la population, les entreprises privées et les collectivités, de disposer de concassé de l’île. (...) Vu l’ampleur et les conséquences des décisions qui seront prises dans cette affaire, mes pensées vont aux douze jeunes Mangaréviens, recrutés par le Pays, pour les travaux de bétonnage, qui risquent de perdre leur emploi, lorsque le Pays décidera de suspendre les travaux. En bon père de famille, il m’est inconcevable, que ces jeunes perdent leur emploi, à cause de cette affaire, donc je m’engage à les recruter sur des futurs chantiers communaux."

Paradoxe et tristesse
Le paradoxe (et le tristement comique) de cette hystérie médiatique et populaire au sujet des gravats de Hao est celui-ci :
Le vrai but de cette comédie "écologique" était de monter à grand frais une centrale de concassage à Mangareva, sur cette île ayant subi de multiples retombées nucléaires, en utilisant des roches locales potentiellement radioactives, alors que les gravats de Hao auraient plutôt servi de matelas entre le basalte et la population. C’est le : "Nous voulons garder notre radioactivité pour nous…"
Plus triste encore est qu’un prélat de l’Église, supposé prêcher amour, paix et concorde, a été exciter la population de l’île jusqu’à ce qu’elle aille injurier et calomnier la famille du maire, et cela sur des bases mensongères.

Amen !

Alex W. du Prel





Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?

Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?
À l’heure du bilan à mi-parcours du Plan de prévention de la délinquance 2018-2020, on ne vous cache pas notre étonnement en prenant connaissance des résultats donnés par l’État et le Pays, même si, en cette période préélectorale, plus grand-chose ne nous surprend. Et puis, on le sait, il est facile de “faire parler” les chiffres. Concrètement, la cinquième réunion plénière du Conseil territorial de la prévention de la délinquance annonce une diminution des faits constatés dans quasiment tous les secteurs. Ainsi, les atteintes volontaires à l’intégrité physique resteraient stables entre 2018 et 2019 ; idem pour les atteintes aux biens ; le nombre d’accidents et de blessés sur les routes aurait également baissé, etc. Mais si l’on analyse ces données de plus près, on s’aperçoit en réalité qu’elles sont floues, puisque l’on compare parfois les
douze mois de l’année 2018 avec la période de janvier à septembre (neuf mois) pour l’année 2019. Par exemple, il est indiqué que
3 femmes et 1 homme ont été tués à la suite de violences conjugales en 2018” contre “2 femmes depuis le début de l’année 2019”. Ou encore : “Au 31 octobre 2019, on recense 29 tués contre 30 tués à la même période en 2018, soit une baisse de -3,3 %”. Personne ne sait comment vont évoluer ces statistiques d’ici la fin de l’année…

D’une part, ces méthodes de calcul ne semblent pas permettre de tirer des conclusions précises et, d’autre part, on ne peut pas se réjouir de ces mauvais chiffres. Toutefois, le haut-commissaire a résumé (relativisé ?) la situation en ces termes : “Sur les atteintes aux biens, nous sommes plutôt en dessous de la moyenne nationale, sur les violences aux personnes, nous sommes dans la moyenne nationale et en-dessous de certains territoires ultramarins.” Cette démarche, consistant à se baser sur le ratio national, est-elle appropriée ? Nous en doutons fortement. Cela nous fait amèrement penser à l’anecdote cocasse que nous avons vécue en 2018 alors que nous menions des investigations sur l’augmentation des nuisances sonores et la montée de la violence chez les jeunes au fenua. Bien que le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique était d’accord pour échanger sur ces thèmes épineux, l’ancien responsable de la communication du haussariat – qui a été débarqué entre-temps, car mis en examen pour complicité de trafic d’influence active, aux côtés de Bill Ravel – nous avait fait comprendre, en “off”, qu’il n’y avait “pas de sujet”… Nous lui avons prouvé le contraire en publiant deux dossiers de fond sur ces problématiques irréfutables (lire TPM n° 389 du 7 septembre 2018 et TPM n° 391 du 5 octobre 2018), qui nous ont valus de très bons retours.

Dominique Sorain a cependant jugé “préoccupante” l’augmentation des trafics de drogue et notamment d’ice. Et pour cause, il y a urgence lorsque l’on voit le nombre effarant de saisies effectuées par les douanes locales ! M. Édouard Fritch, lui, a proposé “la création très prochaine d’une Délégation à la promotion de la jeunesse et à la prévention de la délinquance”, qui sera dirigé par l’homme à la chemise mauve (Teiva Manutahi), mais aussi “une intensification des moyens de lutte contre le trafic de plus en plus inquiétant de l’ice”. Sauf qu’il n’y a toujours pas de centre de désintoxication à Tahiti, malgré la mise en place d’un Plan de santé mentale 2019-2021 qui s’avère de plus en plus nécessaire (lire notre dossier de Une en page 16)… En l’absence donc d’un pôle de santé mentale, un projet de postcure devrait être enfin examiné lors du prochain collectif budgétaire. Les quatre priorités identifiées dans le cadre du plan biennal (la lutte contre les addictions, la prévention de la délinquance des mineurs, la réduction des violences intrafamiliales et la lutte contre l’insécurité routière) doivent être poursuivies sans relâche. Il suffit de sortir de chez soi, d’observer et de constater que tous ces sujets sont malheureusement de plus en plus d’actualité dans une société marquée par des inégalités sociales croissantes. Quant aux addictions aux drogues dures, ne sont-elles pas le reflet d’une jeunesse en manque de repères et d’accompagnement, prête à exploser à la figure de ses aînés telle une cocotte-minute ? Il est grand temps d’agir avant que la gangrène ne poursuive son œuvre !

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt