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Jean-Marc Regnault : "Peut-être dira-t-il (Emmanuel Macron) que la France a une part d’Océanie en elle"

Crédit photo : DR
Dans notre précédente édition (lire TPM n° 417 du 4 octobre, "Grandes plumes", pages 16-17), Jean-Marc Regnault réagit au discours donné par Emmanuel Macron, le 15 août dernier, à l’occasion de la célébration du 75e anniversaire du débarquement en Provence, dont la mémoire a été souvent occultée par le "grand débarquement" en Normandie. L’historien, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’Université de la Polynésie française (UPF), salue le président de la République française pour son hommage rendu aux Africains, notamment au travers de la phrase "La France a une part d’Afrique en elle".

Cependant, Jean-Marc Regnault se demande comment cela se traduira-t-il lors de la venue de M. Macron en Polynésie (annoncée en avril 2020) ? Et de s’interroger : "Peut-être dira-t-il que la France a une part d’Océanie en elle." Pour faciliter la reconnaissance de l’État, l’historien suggère ainsi au gouvernement du pays de "réinstaller les expositions sur les combattants des deux guerres mondiales" afin de ne pas oublier, à l’instar des tirailleurs sénégalais, les Tahitiens, les Néo-Calédoniens et Wallisiens qui se sont battus aux côtés de la France.
Pour que le chef de l’État français s’imprègne de l’histoire de la Polynésie française qu’il ne connaît sans doute que très imparfaitement, il pourrait en outre faire lecture de certains ouvrages cultes comme le Bataillon des guitaristes de François Broche, de Tahiti 40 d’Émile de Curton et plus récemment Tamari’i Volontaires de Jean-Christophe Shigetomi.
D’ailleurs, Jean-Christophe Shigetomi, délégué de la fondation de la France libre de la Polynésie française et président de l’association Mémoire polynésienne, est déjà à pied d’œuvre pour commémorer en 2020, comme il l’a déjà fait l’année passée pour le centenaire de la Grande Guerre, les 80 ans du ralliement des Établissements français d’Océanie (EFO) à la France Libre, qui devrait permettre la réinstallation de l’exposition "Tamari’i volontaires", des conférences et des projections, ainsi que la constitution d’une banque numérique de données sur les Tahitiens dans les guerres.

Dans ce numéro, Jean-Marc Regnault s'adresse encore au Président en lui demandant : "La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un éternel combat ?", suite à l'interdiction de consulter les archives du CEP. Une marche-arrière de l'État incompatible avec le projet de création d'un centre de mémoire, censé tourner définitivement la page du nucléaire (lire aussi La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ?). (D.S.)





Comme un parfum de Macron…

Comme un parfum de Macron…
La décision du Conseil d’État, le 27 janvier dernier, de ne pas appliquer l’amendement à la loi Morin pour les demandes d’indemnisation des victimes des essais nucléaires déposées avant 2019 a surpris la Polynésie entière… mais agréablement pour une fois ! Cette institution publique, qui est chargée de conseiller le Gouvernement central et se veut la plus haute des juridictions de l’ordre administratif, met donc finalement à mal “l’amendement Tetuanui”, créé le 30 décembre 2018, qui réintégrait dans la loi, après la suppression de la notion de “risque négligeable”, un seuil minimal d’exposition aux rayonnements ionisants pour accéder aux indemnisations (une dose annuelle de 1 millisievert). Conséquence immédiate : deux victimes, dont les dossiers avaient pourtant été rejetés par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), ont pu obtenir gain de cause. Ces décisions font ainsi jurisprudence pour 62 autres cas ayant reçu un avis défavorable parmi les 138 demandes d’indemnisation en attente.

Même le président du Pays n’a pas caché son grand étonnement. Sans chercher à “faire le travail du Civen”, Édouard Fritch a considéré, au micro de Radio 1, qu’il va manquer au comité “un critère qui permette de dire oui ou non”. Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, a déclaré pour sa part, lors de sa courte visite au fenua : “Chacun prend acte de cette décision”, en ajoutant que ce sera au Civen d’en “examiner les conséquences”, en l’absence d’une estimation précise de l’impact financier sur l’État. Sans surprise cette fois, Auguste Uebe-Carlson, fondateur et président de l’association 193, a, lui, réagi positivement à cette grande annonce dans les colonnes de Tahiti Infos : “C’est vraiment un encouragement (…) pour toutes les familles à se manifester pour que cet amendement [“Tetuanui”] soit supprimé ou suspendu en attendant des études sérieuses de la part de l’État à propos de la réalité des maladies qui touchent notre pays.” Selon lui, “le nombre de dossiers a considérablement baissé” depuis l’entrée en vigueur de cet amendement, qui “a découragé beaucoup de familles polynésiennes à entamer une demande d’indemnisation”. Le père Auguste n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer : “Nous rappellerons au président Macron ces décisions du Conseil d’État.

En effet, malgré deux reports en 2019, le président de la République française nous fera enfin l’honneur d’un séjour en Polynésie du 16 au 18 avril 2020, des dates dont nous vous avions donné la primeur dans l’édition du 13 décembre dernier (lire TPM n° 422). On peut tout de même s’interroger sur cette décision tonitruante du Conseil d’État en faveur des Polynésiens. D’autant qu’elle s’est suivie, quelques jours après, du passage tout sourire de Mme Girardin sur nos terres, offrant par la même occasion un joli coup de pouce pour les municipales au Tapura Huiraatira, parti local majoritaire rallié à la liste La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron… Juste avant la ministre des Outre-mer, c’était Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer de l’Élysée, qui se déplaçait à Tahiti pour préparer le voyage du chef de l’État. Alors, hasard du calendrier ou pas, le terrain semble parfaitement déblayé pour l’arrivée du Président ! Si beaucoup redoutent qu’on leur vende encore des salades, ce qui est sûr, c’est que victimes ou non des essais, bien des hommes et des femmes l’attendent de pied ferme et qu’au menu, ils lui proposeront, eux, des échanges et des débats de vive voix autour du sujet explosif du nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt