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Le Nucléaire en Océanie : Jean-Marc Regnault raconte l’histoire des essais atmosphériques (1946-1974)

Le Nucléaire en Océanie : Jean-Marc Regnault raconte l’histoire des essais atmosphériques (1946-1974)
b[Maître de conférences émérite et chercheur à l’Université de la Polynésie française, Jean-Marc Regnault publie aux éditions ‘Api Tahiti, dès le 3 juillet, un nouveau livre intitulé Le nucléaire en Océanie – Histoire des essais atmosphériques (1946-1974). La présentation de l’ouvrage est bâtie sur le schéma de la collection “Tahiti, tu connais ?”, à savoir une présentation simple des problèmes sur une page de gauche, et des documents, illustrations et commentaires sur une page de droite. ]b

Si les conséquences sanitaires des essais nucléaires sont abordées, l’historien n’a “pas voulu entrer dans les polémiques sur la dangerosité des doses puisque même les savants spécialistes ne sont pas d’accord entre eux”. Il précise cependant : “Mais les documents sont suffisamment parlant pour dénoncer l’absence de précautions prises par les ingénieurs de l’Armée et du CEA, pour dénoncer les mensonges répétés et l’absence de respect des volontés des Polynésiens (après manipulations des esprits).”
L’auteur, qui espère que son livre sera accessible à tous, nous présente son travail.


Quels sont les grands axes de cette publication ?
“Les essais atmosphériques américains, britanniques et français sont étudiés pour montrer la tendance lourde à utiliser le Pacifique pour les essais en négligeant souvent les populations locales, leur santé et leur environnement. Il fallait présenter le contexte historique qui explique que les grandes puissances ci-dessus aient tenu absolument à se doter de l’arme atomique.
Les essais français sont étudiés plus en profondeur. Pourquoi la France est-elle venue les réaliser en Polynésie ? Comment s’y est-elle prise pour faire accepter l’inacceptable aux Polynésiens ? Quelles ont été les “complicités” qui ont permis cette installation ?
Si on peut comprendre la nécessité pour la France de se doter de l’arme nucléaire, il est plus difficile d’admettre les mensonges des plus hautes autorités de l’État dès avant l’installation en Polynésie, les manipulations de l’opinion publique et des élections pendant les essais qui sont étudiées à l’aide de documents objectifs.
Et surtout les conséquences politiques, sociales, économiques et sanitaires de ces essais sont présentées sous toutes leurs facettes.”

Qu’apprend-on de nouveau ?
“Les nouveautés sont les suivantes :
- une chronologie serrée des décisions qui, depuis 1957, destinaient la Polynésie à accueillir le CEP (en utilisant des documents d’archives déjà présentés dans mes livres précédents, ceux que Bruno Barrillot avait dévoilé et d’autres originaux consultés avec dérogations) ;
- une étude de la pensée du général de Gaulle avec des révélations sur la façon dont il a abordé les problèmes nucléaires ;
- la manipulation des esprits qui ne respectait pas la démocratie dont la France s’honore pourtant ;
- l’analyse des parcours politiques d’hommes dont on ne connaissait jusqu’ici que superficiellement l’itinéraire : Henri Bouvier (sur lequel on n’insistera jamais assez), John Teariki et Francis Sanford qui s’appuyaient sur le premier après avoir hésité à condamner le CEP, Jacques-Denis Drollet et Gérald Coppenrath qui se rallient à la défense du général de Gaulle par fidélité, pour ne citer que les principaux ;
- une prise de distance avec le livre Toxique, qui est plus un coup médiatique qu’une étude sérieuse menée par des auteurs qui ignorent trop de choses sur la Polynésie et sur les études menées par la Commission d’enquête de l’APF en 2005.”

Dominique Schmitt






Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT