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Lettre ouverte à Vaimalama Chaves, Miss France 2019

Lettre ouverte à Vaimalama Chaves, Miss France 2019
"Chère Vaimalama,

Après avoir lu l’information dans Tahiti Infos, j’ai été écouter l’extrait de ton entretien avec le journaliste. Un seul mot me vient à l’esprit : bravo. Rien n’est plus noble que de vouloir servir son pays et, quitte à le faire, autant vouloir le faire dans la plus haute fonction. Bravo.

Permets-moi cependant de m’étonner de la première mesure emblématique que tu as évoquée : le flottement du franc Pacifique. Il me semble en effet difficile d’attirer les électeurs avec un programme qui annonce leur appauvrissement. Car une dévaluation, ou une dépréciation monétaire, consiste d’abord et avant tout à diminuer le pouvoir d’achat et à réduire la valeur de l’épargne des habitants, afin de réduire les importations. Est-ce bien ton projet ?

Il est vrai qu’en contrepartie, les exportations sont facilitées. Tu dis d’ailleurs bien qu’il sera alors possible d’attirer plus de touristes par des prix plus compétitifs. Est-ce bien nécessaire, alors que notre taux d’utilisation des capacités touristiques n’est pas mauvais, loin de là, et que l’essentiel de notre offre hôtelière est plutôt haut de gamme, un peu moins sensible au prix ? Le problème est-il vraiment dans le prix, et non dans une offre trop réduite, surtout dans les gammes intermédiaires ? Notre situation économique est enviable. Ne vaudrait-il pas mieux commencer par s’appuyer dessus pour accélérer le développement de notre offre ?

De plus, notre pays consomme essentiellement des produits importés et, à moins d’imposer un changement de mode de vie dramatique, va continuer à le faire. Les recettes habituelles qui accompagnent une telle décision monétaire, blocage des prix, contrôle des changes, ne sont, je le pense, pas tenables. Les salaires seront rapidement réajustés pour tenir compte de la hausse des prix, et le prix de l’offre touristique n’aura pas gagné grand-chose.

Enfin, lorsque tu étudies l’histoire des dévaluations et flottements des monnaies, tu te rends compte de deux phénomènes : ces décisions sont toujours prises au dernier moment, notamment lorsque les réserves de change ne permettent plus de faire face. Le rattachement à l’euro nous en préserve. D’autre part, elles provoquent systématiquement une perte de confiance chez les investisseurs, qui iront placer leurs fonds dans des endroits plus sûrs.

Il existe des experts qui ne partagent pas mon analyse. Je le sais. Tu as le mérite de rouvrir un débat important. Tu as dû comprendre que je ne partage pas le point de vue que tu as exprimé. Cela m’amène à la dernière remarque de mon courrier déjà trop long : lorsque l’on fait de la politique, ou lorsque l’on dirige une entreprise, le recours à des conseils plus ou moins avisés fait partie du travail quotidien. Choisir ses conseils est l’une des clés de la réussite. Savoir faire la part des choses en est une autre. Je souhaite que les études que tu vas reprendre et que tu réussiras, j’en suis sûr, t’aideront à t’entourer de
conseils qui contribueront à ouvrir et à développer notre beau pays.

Fa’aitoito. Amicalement."

Patrick Fincker
Coprésident de l’Institut
économique de Tahiti





Bienvenue en Macronésie !

Bienvenue en Macronésie !
Après une pause politique d’une année, 2020 ne manquera pas de piquant, avec les élections municipales en mars et, sur un autre plan, la venue du président de la République Emmanuel Macron, en avril.
La bataille des tāvana est engagée, elle s’annonce âpre, tant le gain des communes est un marchepied incontournable pour atteindre la Présidence. Ces élections se résumeront, comme toutes les précédentes, à une confrontation bipolaire. Certains partis et candidats ont déjà tenté l’aventure en proposant une troisième voie, mais elle n’a jamais trouvé ses électeurs. Gaston Flosse et ses Orange l’ont bien compris et savent qu’en face du Tapura et du Tavini, les chances de prendre et même de conserver les mairies sont vouées à l’échec. Le Vieux Lion a dû se résoudre à proposer une alliance au Tavini, qui ne l’accepte qu’au cas par cas, malgré les annonces d’un Gaston Flosse transformé, ces dernières semaines, en VRP. Voilà qui ressemble fortement à un dernier baroud d’honneur.
Fort de sa croissance économique et politique – les deux allant souvent de pair – le Tapura d’Édouard Fritch paraît inébranlable et peut se concentrer sur la venue présidentielle. Cette dernière, dans le contexte de crise actuelle, ne devrait pas ressembler à celle de François Mitterrand (en 1990), qu’a récemment décriée René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique : "Il avait fait un voyage en Polynésie avec 420 personnes,
deux Concorde et un autre avion... On avait refait la piste de Tahiti pour que le Concorde puisse atterrir."
"Bienvenue en Macronésie" pourrait être le message d'accueil adressé au président de la République, tant le gouvernement Fritch lui fait allégeance, au détriment de ses propres parlementaires.
À chaque visite présidentielle, son lot d’annonces et de demandes plus ou moins convenues. Le président Macron devrait revenir sur ses propos d’octobre dernier, tenus à la Réunion : "Les territoires d’Outre-mer français peuvent devenir de véritables hubs numériques. Hub numérique, c’est le souhait de la Polynésie française, que nous soutenons et encourageons." Il sera question de développement économique, de soutien de l’État, du "Centre de mémoire" sur le nucléaire et peut-être même d’une proposition d’inscription à l’ONU pour le ’ori tahiti… La nomination à confirmer du site de Teahupoo pour les compétitions de surf de Paris 2024 ne manquera pas d’être évoquée, alors même qu’elle a été accueillie avec une tiède acrimonie par des internautes métropolitains.
Le président Macron aime répéter à l’envi son "J’entends", les Polynésiens espèrent être entendus et, surtout, compris. Quand certains attendent des excuses pour les expérimentations nucléaires, de meilleures indemnisations, d’autres souhaitent des réponses à des questions tout aussi sensibles, dont nous dressons une liste non exhaustive, soufflées par l’historien Jean-Marc Regnault :
- Diriez-vous, M. le Président, que la France a une part d’Océanie en elle, comme vous aviez dit que la France a une part d’Afrique en elle ? (À cause du mythe des îles heureuses, à cause des guerres mondiales, à cause des essais qui ont permis à la France de devenir une puissance mondiale...)
- Quel est votre degré de reconnaissance du fait nucléaire ? Et, bien sûr, quel devrait être le degré de reconnaissance de la Nation ?
- Vous avez considéré que la colonisation était une faute. Pensez-vous que la France a suffisamment décolonisé la Polynésie ?
- Le président Fritch a dit, récemment, qu’il n’aimerait pas avoir à choisir bientôt entre l’Indo-Pacifique et les Routes de la soie. Ne croyez-vous pas que la géostratégie que vous proposez risque de remettre en cause l’autonomie qui, depuis quelques années, accordait de plus en plus de compétences en matière de relations extérieures ?
- À votre sens, la Polynésie française est-elle suffisamment intégrée dans son environnement océanien ? L’État ne devrait-il pas demander à ses collectivités d’Océanie d’accorder beaucoup plus d’importance à l’enseignement de l’histoire et de la géographie locales et régionales ? Et de récompenser cet enseignement par des diplômes qui intégreraient ces notions ? En la matière, actuellement, l’Inspection générale fait preuve d’un jacobinisme rétrograde...

Selon les réponses à ces questions, la visite permettra – ou pas – de refermer certaines blessures bien vivaces, même après
vingt-quatre ans d’abstinence nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.
La rédaction

Tahiti Pacifique