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Maison de la culture épinglée par la CTC : Le ministre renvoie la balle aux “gouvernances passées”

Maison de la culture épinglée par la CTC : Le ministre renvoie la balle aux “gouvernances passées”
Après que Tahiti Pacifique (lire n° 412 du 26 juillet 2019) a révélé le rapport accablant de la Chambre territoriale des comptes (CTC) au sujet de la gestion désastreuse de la Maison de la culture, le ministre de tutelle, Heremoana Maamaatuaiahutapu, a dû s'expliquer auprès des élus lors de la commission permanente de l’assemblée de la Polynésie française (APF) du 20 août dernier. Nous vous proposons ici les extraits les plus frappants, mais vous pouvez revoir son intervention en intégralité sur le site officiel de l’APF, dans une vidéo longue de plus de deux heures.

"Je vais me faire plaisir : la situation de Te Fare Tauhiti Nui (TFTN, ndlr) n’est pas la conséquence de ce gouvernement, mais de votre gestion à tous. J’ai subi pendant dix ans en tant que directeur les changements de gouvernements… Comment vous faites lorsque vous êtes le seul cadre A dans un établissement public, que vous demandez à avoir du personnel, et la réponse de votre gouvernement est de baisser votre subvention ?
En 2002, j’avais 366 millions de Fcfp de subventions et, en 2012, j’avais 196 millions… Vous faites comment ? Et, à côté de ça, on me demandait de développer cet établissement, sans me donner les moyens de mettre aux normes les lieux d’accueil du public ! Oui, j’ai porté une responsabilité énorme devant la justice. Mais combien d’argent a été investi par le gouvernement dans TFTN ? Zéro franc, avant 2014… J’ai refait le Petit théâtre sur fonds propres ! (…)


Quand je suis arrivé en 2002, TFTN accueillait 27 000 usagers, je suis parti en 2014, on était à 300 000 usagers. Est-ce que c’est un échec ? Je ne pense pas. Le Grand théâtre, oui, il faut changer les rideaux, il faut changer les fauteuils. Quand est-ce qu’on a donné de l’argent à TFTN pour le faire ? L’année dernière… Dès 2002, j’ai commencé à signaler à tous les gouvernements qui se sont succédé les problématiques de sécurité dans notre établissement. Qui a réagi ? Personne. (…) Quand est-ce qu’on m’a autorisé à recruter ? Jamais. Ce n’est pas nouveau, cela a été signalé dès 2002 à tous les conseils d’administration ! Ne venez pas me reprocher aujourd’hui les conséquences des gouvernances passées. (…)

La réglementation évolue, l’interprétation de cette réglementation par ceux qui sont chargés de l’appliquer évolue. Tout à coup, les fauteuils deviennent un vrai problème.
À un moment donné, c’étaient les portes d’évacuation. À chaque fois que la commission de sécurité a demandé des améliorations, on l’a fait. (…) En 2012, le payeur avait demandé la fermeture de TFTN pour cessation de paiement. Le fonds de roulement était à -40 millions de Fcfp. (…)


Oui, le statut est inadapté, on le sait. Mais tant que les contentieux avec l’Épic (Établissement public, industriel et commercial, ndlr) Heiva Nui ne sont pas éteints, nous ne pouvons pas changer le statut de cet établissement, car cela équivaudrait à une reprise d’activité. Cela nous coûterait une fortune, car il faudrait dédommager un certain nombre de choses, de dépenses, le reclassement du personnel, etc. Et la Chambre territoriale des comptes le sait, je trouve dommage que cela ne soit pas noté. La question du détournement de fonds était inévitable, quand on demande à un cadre D d’assurer la régie de la recette d’un événement comme le Heiva où il y a 40 millions de Fcfp qui rentrent… Je l’avais dit à ma tutelle à mon époque."

Dominique Schmitt





Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT