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Outumaoro : cachez ces indésirables voiliers…

Outumaoro : cachez ces indésirables voiliers…
Après la suppression de zones de mouillage sur l’île de Moorea, notamment au niveau de la plage Tahiamanu, c’est au tour de Tahiti de s’attaquer aux voiliers. Ainsi, la baie de Outumaoro (notre photo) cristallise toutes les tensions, puisqu’un arrêté y réglementant le mouillage devrait "reconsidérer l’occupation lagonaire”, a indiqué le ministre de l’Aménagement du Territoire, Jean-Christophe Bouissou, qui souhaite interdire les bateaux sur ancre et, surtout, dégager la zone en prévision du projet de Village tahitien… Bien qu’à notre connaissance celui-ci n’a toujours pas trouvé d’investisseurs, ce sont ainsi au moins une cinquantaine de voiliers qui doivent être relogés. Problème : "Nous sommes tous victimes de notre succès. (…) Il faut maintenant avancer et anticiper pour parvenir à une gestion raisonnée de l’occupation de nos lagons", a expliqué René Temeharo, ministre de l’Équipement et des Transports terrestres. En clair, le Pays travaille pour "offrir des alternatives adéquates, qui seront proposées par le Port autonome de Papeete pour ce qui le concerne", avec, par exemple, "la mise en place de dispositifs de mouillages dans la baie de Vaitupa", ou encore le long de la piste de l’aéroport à Faa’a.
Cependant, seuls 60 % des voiliers concernés trouveront une place, a annoncé
M. Bouissou, ce qui inquiète les plaisanciers. D’autres lieux possibles ont été avancés comme la baie de Phaëton, à Papeari, mais cette option n’est pas envisageable pour tous en raison de l’éloignement : aussi, elle s’est déjà attiré les foudres de Valentina Cross, qui craint que ces voiliers "viennent pulluler dans le lagon de Papeari, Mataiea ou Atimaono". L’élue souverainiste de la commune de Teva i Uta a même estimé que ce sont des "squatteurs de lagon" ou des "pollueurs". C’est pourtant bien mal connaître les gens de la mer, justement réputés pour être très respectueux de l’environnement ! Et puis, en passant, rappelons que le Pays fait venir des paquebots de croisière géants et ultra-polluants en plein centre-ville de Papeete…
Dans un communiqué, l’Association des voiliers en Polynésie (AVP) propose au gouvernement "une étude dans le but de mieux connaître les voiliers réellement présents sur les lieux, en faisant une liste des situations et des attentes actuelles de chacun des usagers" afin de "faciliter la relocalisation des voiliers au mieux des situations". L’AVP rappelle également que le tourisme nautique rapporte chaque année pas moins de 16,6 milliards de Fcfp à l’économie polynésienne.

(D.S.)





Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT