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Partenariat TNTV - “The Explorers” : le Pays soutient une société condamnée !

Crédit photo : Dominique Schmitt
Surprise, le 6 mars dernier, en apprenant que le conseil des ministres avait validé la poursuite du partenariat liant le Pays à “The Explorers”, une collection documentaire internationale diffusée sur Tahiti Nui Télévision. Si prendre le pouls de la planète en dressant un inventaire de notre patrimoine naturel, culturel et humain est une ambition noble, abuser de la générosité de ses hôtes l’est beaucoup moins.
En 2014-2015, la société de production audiovisuelle Tagra 4K SARL s’est en effet engagée dans un programme de plusieurs reportages mettant en valeur la Polynésie française. Compte tenu de l’intérêt de cette initiative, le Pays a souhaité soutenir le projet en mettant à la disposition d’Olivier Chiabodo, le producteur de “The Explorers”, le navire Tahiti Nui 1 et son équipage, afin d’acheminer dans les îles le matériel nécessaire. À la charge de Tagra 4K de financer le reste de l'expédition notamment sa consommation en carburant. La veille du départ, le 24 avril 2014, Tagra 4K commande à la société PPS un bon de chargement de 117 494 litres de gasoil, pour un montant de 18 998 780 Fcfp, et se fait livrer le jour-même. À titre exceptionnel, PPS accepte un différé de paiement, Tagra 4K devant recevoir des fonds de divers organismes publics et privés dans le cadre de ses accords de partenariat, et notamment de l’OPT. Face à son refus de paiement, PPS met en demeure Tagra 4K, mais celle-ci, contre toute attente, fait valoir en défense qu’elle n’a jamais passé commande de carburant. Mieux, elle demande à PPS de faire suivre la facture au Pays qu’elle met en cause ! L’audience, qui a eu lieu le 16 juin 2017 au Tribunal mixte de commerce, a finalement condamné Tagra 4K au remboursement de la somme due, l’existence d’une livraison de PPS au capitaine de Tahiti Nui 1 n’étant pas contestable.
Tagra 4K ayant fait appel de cette décision, une nouvelle plaidoirie aura lieu en mai prochain. Cependant, comment peut-on encore soutenir une société qui a profité de l’appui des pouvoirs publics locaux et a tenté, par une analyse tronquée des pièces, de faire supporter le coût de son carburant, soit presque 20 millions de Fcfp, à la collectivité de Polynésie française ? D’ailleurs, on découvre que le margoulin en question, Olivier Chiabodo, a déjà fait l’objet de poursuite judiciaire, TF1 l’ayant attaqué pour “dénonciation calomnieuse” en avril 2018. ll y a vingt ans, l’animateur d’Intervilles avait été en outre accusé de tricherie, puis licencié dans la foulée pour faute grave. De surcroît, on découvre que le montant de l’aide logistique et matérielle accordée à Tagra 4K par le Pays a été fixé en premier lieu à environ 9,6 millions de Fcfp (arrêté n° 855 CM du 4 juin 2014), auquel il a été ajouté plus de 10,9 millions de Fcfp (arrêté n° 1516 CM du 31 octobre 2014 portant modification de l’arrêté n° 855 CM du 4 juin 2014), ce qui représente la coquette somme de 20 602 725 Fcfp. Si l’on cumule les factures, cela fait tout de même plus de 40 millions de francs Pacifique… C’est cher de développer le tourisme en Polynésie !

DS




Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !

Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !
S’il est un sujet qui défraye la chronique en ce début de mois de juin, c’est bien la question explosive des refus d’indemnisations des victimes des essais nucléaires suite à l’amendement dit “Tetuanui”, tant décrié. Si la suppression du “risque négligeable” en 2017 avait été saluée par tous, la réintégration d’un “seuil minimum” ne passe pas… En effet, la modification de la loi Morin réalisée discrètement pendant les fêtes de fin d’année, le 28 décembre dernier, par un amendement inséré au projet de loi de finances 2019 reste en travers de beaucoup de gorges. Concrètement, cette recommandation de la commission “Égalité réelle outre-mer” (Erom), présidée par la sénatrice Lana Tetuanui, qui a été retenue par le gouvernement central puis validée par le Parlement, empêche désormais l’indemnisation des victimes ayant séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998, dès lors que le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) a établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants reçue est inférieure à un milliSievert (mSv). 
Les conséquences sont tombées comme un couperet le 4 juin, lorsque le tribunal administratif a rendu douze jugements concernant des demandes d’indemnisation rejetées. Face à un contexte très tendu, le président du tribunal s’est même fendu d’un communiqué pour expliquer les décisions prises : deux requérants ont obtenu l’annulation de leurs affaires et un droit à l’indemnisation (la veuve d’un ancien employé du CEP décédé d’un cancer du poumon et un ancien militaire atteint d’un cancer de la vessie), mais les dix autres requêtes ont été balayées par la juridiction en raison du “seuil désormais fixé par la loi”.
Eliane Tevahitua, représentante Tavini Huira’atira à l’assemblée de la Polynésie française, n’a pas tardé à charger Lana Tetuanui en qualifiant l’amendement porté par l’élue du Tapura de “scélérat” . Elle a fustigé aussi le gouvernement : “Le Civen se fonde exclusivement sur le tableau dosimétrique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial, ndlr) placé sous la tutelle du ministre de la Défense, qui, comme par hasard, ne trouve en Polynésie que des niveaux de radioactivité en deçà de 1 mSv après 1974. Monsieur le président, croyez-vous sincèrement qu’un pays comme le nôtre qui a reçu l’équivalent de 800 fois la bombe d’Hiroshima, puisse présenter des niveaux dosimétriques similaires à ceux d’un pays préservé de toute expérimentation nucléaire tel que la France ?”, posant ainsi une question orale au sein de l’hémicycle. S’en est suivi alors un crêpage de chignons, place Tarahoi, lorsque le porte-parole du président, Jean-Christophe Bouissou, a contre-attaqué sans répondre directement en demandant à la représentante souverainiste si elle ne se sentait pas elle-même “coupable de mensonge par omission en oubliant de dire aux Polynésiens que le député Moetai Brotherson (…) était lui aussi membre de la commission Erom”. Et de conclure : “Arrêtez vos niaiseries nuisibles. (…) Les victimes méritent mieux que vos propos nauséabonds.
Au-delà de ces énièmes enfantillages qui ne servent pas la cause, il y a une phrase qui restera dans les mémoires et qui est déjà tristement culte, celle de la même Lana Tetuanui qui affirme : “Quand on connaît les méfaits du tabac, et les risques de cancer que l’on peut développer, il n’appartenait pas à l’État de venir indemniser tous les fumeurs abusifs et ayant contracté le cancer en Polynésie ou à la suite de leur séjour en Polynésie.” Une comparaison pour le moins fumeuse, car la différence majeure, faut-il le préciser, c’est que l’on choisit de fumer, tout comme l’on choisit de consommer du sucre ou boire de l’alcool… mais pas d’être irradié ! La page du nucléaire au fenua est loin d’être tournée.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt