Menu

Politique : J.-C. Bouissou, un ministre bien encombrant !

Crédit photo : Tahiti Infos
Édouard Fritch a de la patience, une vertu que tout le monde lui reconnaît. Mais il semble que celle-ci ait tout de même des limites. Un de ses ministres lui porte paraît-il sur les nerfs depuis pas mal de temps et de plus en plus intensément, ministre qui mène de front deux activités : son ministère et la promotion intensive… des affaires de Dominique Auroy ! 
Dès que ce dernier eut repris le groupe La Dépêche de Tahiti, un long séminaire était organisé au Royal Tahitien, à Pirae, séminaire auquel Jean-Christophe Bouissou (JCB) avait assisté, on ne sait à quel titre. Mais c’était une façon pour Auroy de montrer à ses cadres que le gouvernement était derrière lui et qu’il avait donc les coudées franches.
Bien sûr, l’intérêt d’un homme d’affaires (ou d’un affairiste, c’est comme on voudra) pour un ministre n’est jamais désintéressé. Et vice versa. Pour cela, des "services" sont demandés, moyennant, on s’en doute des compensations "affectives".

Le plus incongru de ces services avait consisté à demander à JCB il y a deux ou trois ans de soutenir la proposition faite à TNTV par Dominique Auroy de racheter La Dépêche qu’il avait mise en perdition, incapable de la gérer professionnellement. Le ministre avait appuyé cette proposition qui avait été refusée bien évidemment, Édouard Fritch n’étant pas tombé de la dernière pluie.
Qu’importe, Auroy est un têtu et cent fois sur le métier, il remet son ouvrage. Plus récemment, JCB, qui voulait se débarrasser de sa radio associative lui coûtant de l’argent, avait tenté de la "fourguer" à TNTV, par le biais de personnes physiques déclarera-t-il un peu plus tard. Le conflit d’intérêts avec le ministre était tel qu’avec sagesse, TNTV avait refusé. Qu’à cela ne tienne, le ministre pouvait compter sur la fidèle amitié désintéressée d’Auroy. Celui-ci a repris sa radio, qui ne vaut que par ses fréquences dans les îles.
JCB, dans l’euphorie de la transaction, avait plus qu’agacé le président Fritch en annonçant un peu vite aux médias qu’un budget de 70 millions (d’argent public) serait à débloquer pour aider à l’émergence d’une Web TV. Une dépense sur le devenir de laquelle Fritch a été clair : pas question de débourser un franc et de donner une suite favorable à une telle proposition.

De son côté, avec dans son giron NRJ, Rire & Chansons et Taui FM, Auroy s’est dépêché d’annoncer aux quatre vents qu’il entendait profiter de cette synergie pour développer le pôle audiovisuel de son groupe de médias. En réalité, TNTV ne pouvant reprendre une radio dirigée par un ministre, elle peut – aux yeux d’Auroy et de Bouissou – parfaitement reprendre le pôle radios que lui proposerait aujourd’hui Auroy pour la modique, mais alors vraiment modique somme de 200 millions de Fcfp… Deux cents millions qui n’iraient pas aux budgets sociaux, mais dans les poches d’un entrepreneur plus que sulfureux… Elle est pas belle la vie, quand on a construit toute sa carrière sur l’utilisation des fonds publics ?

La directrice de TNTV goûterait assez peu qu’on lui force à nouveau la main avec ce dossier Taui FM, en la contraignant à accepter ce marché que le contribuable polynésien aurait à payer de sa poche ; mais celui qui est le plus mal à l’aise est incontestablement le président Fritch, qui en a plus que ras-la-casquette de cette association "borderline" Auroy-Bouissou, qui lui amène régulièrement une affaire douteuse dans les pattes.
D’ailleurs, samedi 23 février, une grande soirée était organisée à la Présidence pour les Chevaliers du Tastevin, au cours de laquelle JCB s’est fendu d’un discours à la limite du larmoyant pour vanter les mérites de son grand ami. Édouard Fritch avait jugé bon de ne pas être présent à la mascarade de son ministre, accompagné de Tearii Alpha et du nouvel intronisé, René Temeharo. La patience, nous l’avons écrit plus haut, a ses limites.




De reports en reports

De reports en reports
À l’instar des Anglais et de leur Brexit, qui ne cesse de diviser tout autant qu’il ne cesse de jouer la montre, nos gouvernants se voient contraints de reporter une nouvelle fois l’échéance de la signature de contrat du "Village tahitien". Pour rappel, les six lots sur lesquels s’était positionné le groupe Kaitiaki Tagaloa portent sur la conception de quatre hôtels et de deux résidences en condominium. Il s’agit de six lots, sur les 16 que comporte ce projet complexe. Ce vaste chantier, qui doit révolutionner le tourisme sur l’île de Tahiti en quelques années — durant lesquelles l’économie et surtout l’emploi devraient connaître un sérieux coup d’accélérateur — soulève toutes les interrogations et commence à ressembler à une Arlésienne.
En août 2018, le vice-président Teva Rohfritsch ne cachait pas son enthousiasme, déclarant que la signature du contrat portant sur les six premiers lots du projet avec le groupement d’investisseurs néo-zélandais et samoans, Kaitiaki Tagaloa, pourrait même intervenir avant la fin de l’année 2018, bien avant les 200 jours prévus. Il n’en fut rien. À la date butoir du 22 mars 2019, pas de signature, au prétexte que "l’investisseur néo-zélandais a souhaité associer deux nouvelles tribus maori au projet. Nous avons donc souhaité prendre toutes les garanties financières nécessaires plutôt que de signer." Premiers signes d’inquiétude, alors que la rumeur d’un report pour manque de garanties financières circulait déjà depuis quelques semaines. Il fut donc accordé un délai de 45 jours, au terme desquels, en fonction des garanties qui seraient présentées, ces contrats seraient signés par lots. Ceux qui n’auront pas fait l’objet de garantie seraient remis en compétition. Des contacts avec des investisseurs, y compris locaux, étaient avancés. Coup de pression, ou de bluff, sur le groupement Kaitiaki Tagaloa ?
La seconde option a primé, puisqu’au terme de ces 45 jours, l’établissement Tahiti Nui aménagement et développement (TNAD) annonçait par communiqué sa décision de reporter de 55 jours le délai laissé au groupement, pour se conformer "aux obligations du protocole d’engagement", signé en août 2018. À ce jour, TNAD n’aurait donc pas toutes les garanties financières pour s’assurer que ces investisseurs soient capables d’aller au bout du projet ! En bientôt un an de négociations, nous ne savons toujours pas si ils ont les reins assez solides !
Après deux reports, on n’imagine pas le gouvernement en avancer un troisième pour quelques raisons que ce soit. Restera alors à présenter la carte des investisseurs étrangers et locaux, que le ministère garde secret. Rendez-vous le 30 juin.
Le dossier, qui reviendra forcément sur la scène politique à la première occasion, est plutôt mal engagé. Il n’est pas sans rappeler celui de Hao, pour lequel l’arrivée des conteneurs était annoncée en avril. De nouveaux changements sont prévus, qui reportent le début du chantier au début de l’année prochaine. Encore un rendez-vous manqué.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.


Luc Ollivier

Luc Ollivier