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Réponse de Nicole Bouteau concernant la pollution des paquebots

Crédit photo : Dominique Schmitt
Dans un courrier adressé au président de l’assemblée de la Polynésie française, en date du 10 avril 2019, Éliane Tevahitua, représentante du Tavini Huiratiraa à l’assemblée, posait une question écrite à Nicole Bouteau, ministre du Tourisme, relative à la pollution atmosphérique liée à l’activité des navires de croisière, la législation du Pays et les services d’inspection. Nous nous interrogions également sur la réglementation et la mise en place d’un contrôle par le gouvernement dans notre sujet de Une intitulé “La croisière abuse” (lire Tahiti Pacifique n° 409 du 14 juin 2019). Le 25 juin dernier, Mme Bouteau répond à Mme Tevahitua dans une longue lettre : “(…) Nous avons assisté ces 20 dernières années, à l’échelle de notre planète, à une hyper globalisation des échanges et une explosion du transport de fret et de passagers, sous toutes ses formes. (…) À notre époque, 90 % des marchandises sont transportées dans le monde par voie maritime, et la croisière ne représente que 0,6 % de l’activité maritime mondiale. (…) La presse locale et nationale, suivant en cela un mouvement médiatique plus large, se sont fait le relais de diverses publications réalisées par des associations et organisations non gouvernementales. (…) Aucune de ces données ne sont corroborées et validées par les agences officielles en charge de la mesure de la qualité de l’air. (…) Il n’en reste pas moins, comme toute activité humaine, comme toute activité de transports et notamment comme toute activité touristique, que l’activité de la croisière engendre un certain nombre d’impacts et de pollutions diverses. Nous avons donc une responsabilité vis-à-vis de la santé de nos populations des îles d’escales, mais également vis-à-vis des espaces et des espèces que nous devons protéger. (..)
Contactée, Éliane Tevahitua ne semble pas vraiment satisfaite de ce retour de la ministre du Tourisme : “Sa réponse, longue de six pages, donne l’impression qu’elle veut « noyer le poisson » ; sans répondre directement aux questions posées. J’aurais souhaité que
Mme Bouteau évoque un travail en partenariat avec son collègue de l’Environnement sur ce sujet
(M. Heremoana Maamaaiahutapu, ndlr), qui concerne également la pollution de nos voitures. C’est dommage. D’autant que le sujet des croisières va se poser avec acuité dans les années à venir car nous assistons à un boom de cette façon de visiter un pays. Ce matin, en commission, Mme Bouteau parlait justement des bons chiffres touristiques de notre destination.
(D.S.)





Déforestation mondiale : tous responsables !

Déforestation mondiale : tous responsables !
Dans notre éditorial du 3 mai 2019 (voir TPM n° 406), nous écrivions "Faut-il que la planète s’enflamme (pour que nous lui venions en aide) ?" en réaction au violent incendie qui a ravagé Notre-Dame, le 15 avril dernier. Nous nous interrogions sur les priorités de notre société de plus en plus individualiste capable, d’un côté, de promettre une centaine de milliards de Fcfp de dons pour reconstruire la cathédrale de l’archidiocèse de Paris, tout en ignorant, de l’autre, la misère des personnes en grande précarité et à la rue. Plutôt que de s’attrister de la dévastation de biens matériels, il semble en effet bien plus urgent de remettre l’humain au centre de nos inquiétudes, avant que les préoccupations collectives ne revêtent des airs de cours des Miracles… Eh bien, aussi malheureux que cela puisse être, ce jour est arrivé, et il sera intéressant d’observer comment les nations réagissent, une fois la médiatisation passée. Depuis le 22 août, de gigantesques feux de forêt embrasent l’Amazonie, le "premier poumon vert" de la planète, qui absorbe pas moins de 14 % du CO2 mondial. L’état d’urgence a été décrété sur le plan international et le G7 s’est même mobilisé. Précisons cependant d’emblée que, s’il y a eu davantage d’incendies en 2019 qu’en 2017 et 2018, c’est légèrement moins que les huit premiers mois de 2016, par exemple. Cette tendance, bien qu’à la hausse, ne semble donc pas exceptionnelle.

Cette catastrophe environnementale a le mérite de susciter une prise de conscience générale. Après les massacres des animaux liés à l’exploitation de l’huile de palme, on prend enfin toute la mesure des conséquences de la déforestation qui s’est accélérée ces dernières années, les terres déboisées servant à augmenter les surfaces agricoles (le bétail en occupe la plus grosse partie, à hauteur de 65 % environ). Ces incendies ont rapidement déclenché une tempête anti-Bolsonaro, le président brésilien étant considéré comme le principal coupable de la situation, mais nous sommes TOUS responsables ! La France a également sa part de complicité, puisqu’elle importe de nombreux produits brésiliens, notamment du tourteau de soja – qui sert à nourrir le bétail –, mais aussi du bœuf et de la pâte à papier, dans des proportions moins importantes. En outre, l’Hexagone vient d’être épinglé pour l’importation massive de bois illégal en provenance d’Amazonie. Donc arrêtons d’accuser les autres, les lobbies, le commerce international, etc. Emmanuel Macron a annoncé vouloir "recréer la souveraineté protéinique de l’Europe", sauf que nous avons besoin de soja et nous n’en avons pas beaucoup (140 000 tonnes de graines sont récoltées chaque année). En novembre dernier, le gouvernement français a d’ailleurs lancé sa Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Le but est notamment de trouver "un compromis équilibré entre impératifs environnementaux, capacités des États et des acteurs privés et situation des populations locales". Très belle initiative, mais désormais ces bonnes intentions doivent se transformer en véritables mesures réglementaires.

Parallèlement, une thèse a embrasé les réseaux sociaux : les forêts d’Afrique centrale brûleraient encore plus vite que l’Amazonie dans l’indifférence générale. Le bassin du Congo, souvent comparé au "deuxième poumon vert de la planète", est un sanctuaire d’espèces en voie de disparition. Mais attention, ces feux sont observés plutôt en Angola, en Zambie, etc. Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que ces incendies sont les conséquences de l’agriculture itinérante sur brûlis, une pratique millénaire et artisanale qui est la première cause de la déforestation. "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", s’est ainsi inquiété le président congolais Félix Tshisekedi. Aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 850 millions d’euros de promesses de dons pour Notre-Dame (82 millions d’euros seulement ont déjà été versés, soit moins de 10 % honorés), 18 millions pour l’Amazonie et… rien pour l’Afrique subsaharienne. L’espèce humaine a décidément des comportements surprenants ! En proie à une déforestation effrénée (-17 % en cinquante ans pour l’Amazonie), les forêts dans le monde se réduisent et perdent peu à peu leur rôle de "puits de carbone".
Nos prières n’éteindront pas les incendies. Nos actions, oui. C’est à nous de changer de mode d’alimentation et de voter avec nos chariots de supermarché.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt