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Route du Sud : le projet relancé discrètement

Crédit photo : Dominique Schmitt
Le Journal officiel du 12 mai dernier nous apprend que le projet de Route du Sud, devant relier Punaauia à Afaahiti, est relancé dans le cadre d’un appel d’offres pour la réalisation d’opérations topographiques et d’images aériennes. L’association Mata Atea s’insurge : "Notre gouvernement veut reprendre un projet autodestructeur et couvrir de goudron
500 hectares de notre patrimoine naturel et culturel, lequel devrait être la base d’une économie durable !" Et de s’interroger : "Quand investirons-nous, enfin, dans la reconstruction et le développement de notre secteur primaire, base du tourisme de notre époque, à l’instar, par exemple, de la Nouvelle-Zélande ? Mata Atea va réagir !" Mata Atea se dit ainsi choquée, surtout dans ce contexte de pandémie du Covid-19…
L’association fustige : "Monsieur Anthony Géros, seul opposant politique à ce projet sur Paea depuis 2003, tient à dénoncer le fait que le gouvernement n’a toujours pas tiré les véritables leçons de la crise sanitaire qui a plongé l’économie de notre fenua dans la récession en l’espace de seulement deux mois. Il ajoute à cet effet, qu’au lieu de gaspiller 180 milliards de Fcfp dans du goudron, il aurait mieux fallu mobiliser ces fonds sur des projets d’investissement productif du secteur primaire afin de faire évoluer rapidement notre économie de comptoir vers une économie d’autosuffisance alimentaire durable." Dans notre numéro consacré à ce sujet brûlant (lire TPM
n° 418 du 18 octobre 2019), le ministre de l’Équipement, René Temeharo, évoquait
"533 parcelles pour 334 hectares pour les besoins en matière foncière" et garantissait notamment "une étude d’impact environnemental". M. Temeharo promettait également : "La construction de la Route du Sud permettra de canaliser le flot de véhicules en transit dans les communes traversées et ainsi, d’atténuer la pression sur la route de ceinture existante pour la requalifier vers sa vocation de « desserte communale » et la réserver à une circulation douce, transports en commun, vélos, piétons…"
(D.S.)





Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT