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Surf aux JO de Paris-2024 : la candidature de Tahiti au creux de la vague

Illustration de Hotu Painu
La Polynésie a officiellement transmis, le 30 septembre dernier, son dossier de candidature pour accueillir les épreuves de surf des Jeux olympiques de Paris-2024. Terre d’origine et berceau de la discipline, le fenua compte pas moins de 77 000 licenciés, soit 27 % de la population. Avec Papara et surtout Teahupo’o, spot à la réputation mondiale, Tahiti est l’unique candidat ultramarin à postuler face à quatre autres territoires : Biarritz, la communauté de communes du Pays Bigouden Sud (La Torche), le département des Landes (Hossegor, Capbreton et Seignosse) et Lacanau-Bordeaux Métropole. Si les dés ne sont pas encore jetés, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, n’a pas laissé beaucoup d’espoir en répétant récemment : "Mon opinion personnelle est que si vous avez deux candidatures ou plus, d’un même niveau sportif, je préfère clairement l’option qui est proche du centre des Jeux afin que les athlètes et les spectateurs puissent profiter de l’atmosphère des Jeux."

En effet, et nous l’écrivions déjà dans notre édito le 28 juin dernier, la destination Polynésie, aussi attrayante qu’elle puisse être pour les riders du monde entier, reste loin et chère, et surtout les vagues ne manquent pas sur la côte atlantique… Mais l’espoir est encore permis, comme nous le rappelle ce dessin réalisé par notre humoriste Hotu Painu ! Le site des compétitions de surf devrait être choisi durant le premier semestre 2020. Si le surf est définitivement confirmé au programme des Jeux de Paris en 2024, il présentera une épreuve féminine et une épreuve masculine de shortboard, comptant 24 athlètes chacune.

(D.S.)





Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…

Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…
Jusqu’au bout ! Jusqu’au bout, la France a du mal à faire preuve de reconnaissance envers le peuple polynésien qui s’est vu imposer, faut-il le rappeler, 193 essais nucléaires sur ses terres et dans ses eaux entre 1966 et 1996. Ainsi, la Polynésie, dite "française" justement, a été durablement marquée par son Histoire douloureuse. Mais, on ne peut que le constater, l’État français souffle encore le chaud et le froid, et peine à panser les plaies de la population locale, qui aspire pourtant à tourner définitivement la page du nucléaire… Déjà, la modification de la loi Morin, réalisée discrètement en fin d’année dernière, reste en travers de beaucoup de gorges, en raison de la réintégration d’un "seuil minimum". Pour rappel, l’indemnisation des victimes ayant séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 n’est donc plus possible, dès lors que le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) a établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants reçue est inférieure à un millisievert (mSv). Et aujourd’hui, alors que le gouvernement local et l’État français ont commencé à se pencher enfin sur la question d’un Centre de mémoire, on tombe des nues en apprenant qu’en réalité, ce sera au Pays de financer sa construction !

D’un côté, on donne un terrain à la Polynésie et, de l’autre, on lui signifie de se débrouiller pour faire naître ce lieu de mémoire : cette attitude ingrate laisse pantois. D’ailleurs, ce manque de reconnaissance inouï a été dénoncé par la députée Maina Sage, qui a qualifié ce positionnement de "vraiment indécent". La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a tenté d’arrondir les angles en évoquant "d’autres lignes budgétaires" possibles et s’est retranchée derrière la visite du Président français en avril 2020, affirmant que "l’État sera au rendez-vous". Cependant, et c’est la cerise sur le gâteau, n’oublions pas que le futur "Centre de mémoire des essais nucléaires en Polynésie française" (Pu Mahara en tahitien), qui sera situé dans l’ancien immeuble de la Marine, boulevard de la Reine Pomare, contient de l’amiante et du plomb ! Cette rétrocession est donc l’un des cadeaux empoisonnés, dans le cadre des Contrats de redynamisation des sites de défense (CRSD), que nous pointions du doigt dans notre édition du 23 août dernier (lire TPM n° 414) et qui vont nécessiter une dépollution à hauteur de 1 milliard de Fcfp pour les rendre aménageables…

En outre, et nous vous l’annoncions aussi en avant-première, les archives de la série 13R relatives au Centre d’expérimentation du Pacifique ne sont plus communicables depuis la loi 2008-696 du
15 juillet 2008 (lire TPM n° 418 du 18 octobre). Un grand recul de l’État français, dont on ne comprend pas le comportement ambigu envers la Polynésie française, alors qu’il prône "le dialogue et la transparence". L’association 193, qui s’est retirée du projet, s’insurge : "Mais, quel type de menu est-ce que ce Comité de pilotage essaye de concocter en vue de l’arrivée de Macron ?" On attend le Président français avec grande impatience, en espérant qu’il fasse une annonce concrète lors de sa venue et que l’État français arrête de faire avaler des couleuvres aux Polynésiens. Ce temps-là est révolu.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt