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TNTV : le Pays injecte encore 900 millions de Fcfp pour sa télé

Crédit photo : Dominique Schmitt
Les membres de la Commission de contrôle budgétaire et financier (CCBF) de l’assemblée de la Polynésie ont accepté à l'unanimité d’octroyer une subvention de 900 millions de Fcfp à Tahiti Nui Télévision (TNTV) pour le "financement de son activité générale" pour l'exercice 2019. Une perfusion financière colossale qui tendait pourtant à se réduire, sauf l'année dernière. En effet, alors que le financement du Pays a longtemps franchi la barre du milliard de Fcfp annuellement, la subvention avait été revue à la baisse avec 880 millions Fcfp en 2016 et 870 millions de Fcfp en 2017, avant d'être augmentée de nouveau à 900 millions de Fcfp en 2018. Ce qui est surtout surprenant, ce sont les raisons évoquées par le président.
Édouard Fritch explique : "Les audiences de la chaîne sont en hausse pour la 4e année consécutive alors que celles de son concurrent sont en repli. Les sondages font état d’une progression de l'audience cumulée établie à 51 % (+6 % en 2017) tandis que celle de Polynésie la 1ère accuse un repli (-3 % en 2017)." Et de justifier : "L’activité de TNTV pour 2019 confortera cette position avec l’ambition de maintenir son statut de leader, tout en visant à conquérir de nouvelles parts d’audience." Dans son courrier adressé au président de l’assemblée, il insiste également sur "le caractère d’urgence de ce dossier", arguant que "TNTV a déjà lancé ses actions afin de mener à bien les missions qui lui ont été confiées". Il se félicite en outre que "en quelques années, la chaîne a réussi le pari de redresser ses capitaux propres à travers une gestion rigoureuse et contenue".

15 000 Fcfp/an par foyer

"Télé Gaston", telle qu’elle fut baptisée à ses débuts en juin 2000, tant elle émanait de la volonté de l’homme fort de la Polynésie française de l’époque, a souvent défrayé la chronique par les "affaires" qui ont émaillé son parcours au gré des changements politiques et des hommes qui en ont pris les commandes. TNTV est certainement la Société d’économie mixte locale qui a symbolisé le mieux les dérives que l’on connaît quand politique et argent public se côtoient. Tahiti Pacifique, notamment dans ses éditions de mars 2007 puis de mars 2010, a mis en exergue les petits arrangements entre amis que supportait la chaîne.
En 2017 (lire TPM n° 346 du 13 janvier), nous nous interrogions aussi sur l'absence d'une redevance télévisuelle identique à celle existante en métropole, qui contribue en grande partie au financement des chaînes publiques. Aucun président du Pays n’a retenu cette alternative, préférant que la subvention soit inscrite au budget. À ce jour, le montant de cette redevance est de 137 euros en métropole, soit 16 350 Fcfp/an, tandis que la subvention de fonctionnement pour 2019 (900 millions de Fcfp) à diviser par les 60 000 foyers polynésiens revient pour chacun d’eux à 15 000 Fcfp/an. En y ajoutant les subventions d’investissement, les montants seraient quasi identiques, voire supérieurs. Alors qu’une telle mesure permettrait de pérenniser la chaîne et remplacer aussi le fonds pour le soutien à la production audiovisuelle, politiquement personne n’a eu le courage de s’y attaquer. De peur que l’on se rende compte que l’amour des Polynésiens à leur chaîne locale s’arrêtera là où la taxe débutera ?
(D.S. & L.O.)





Déforestation mondiale : tous responsables !

Déforestation mondiale : tous responsables !
Dans notre éditorial du 3 mai 2019 (voir TPM n° 406), nous écrivions "Faut-il que la planète s’enflamme (pour que nous lui venions en aide) ?" en réaction au violent incendie qui a ravagé Notre-Dame, le 15 avril dernier. Nous nous interrogions sur les priorités de notre société de plus en plus individualiste capable, d’un côté, de promettre une centaine de milliards de Fcfp de dons pour reconstruire la cathédrale de l’archidiocèse de Paris, tout en ignorant, de l’autre, la misère des personnes en grande précarité et à la rue. Plutôt que de s’attrister de la dévastation de biens matériels, il semble en effet bien plus urgent de remettre l’humain au centre de nos inquiétudes, avant que les préoccupations collectives ne revêtent des airs de cours des Miracles… Eh bien, aussi malheureux que cela puisse être, ce jour est arrivé, et il sera intéressant d’observer comment les nations réagissent, une fois la médiatisation passée. Depuis le 22 août, de gigantesques feux de forêt embrasent l’Amazonie, le "premier poumon vert" de la planète, qui absorbe pas moins de 14 % du CO2 mondial. L’état d’urgence a été décrété sur le plan international et le G7 s’est même mobilisé. Précisons cependant d’emblée que, s’il y a eu davantage d’incendies en 2019 qu’en 2017 et 2018, c’est légèrement moins que les huit premiers mois de 2016, par exemple. Cette tendance, bien qu’à la hausse, ne semble donc pas exceptionnelle.

Cette catastrophe environnementale a le mérite de susciter une prise de conscience générale. Après les massacres des animaux liés à l’exploitation de l’huile de palme, on prend enfin toute la mesure des conséquences de la déforestation qui s’est accélérée ces dernières années, les terres déboisées servant à augmenter les surfaces agricoles (le bétail en occupe la plus grosse partie, à hauteur de 65 % environ). Ces incendies ont rapidement déclenché une tempête anti-Bolsonaro, le président brésilien étant considéré comme le principal coupable de la situation, mais nous sommes TOUS responsables ! La France a également sa part de complicité, puisqu’elle importe de nombreux produits brésiliens, notamment du tourteau de soja – qui sert à nourrir le bétail –, mais aussi du bœuf et de la pâte à papier, dans des proportions moins importantes. En outre, l’Hexagone vient d’être épinglé pour l’importation massive de bois illégal en provenance d’Amazonie. Donc arrêtons d’accuser les autres, les lobbies, le commerce international, etc. Emmanuel Macron a annoncé vouloir "recréer la souveraineté protéinique de l’Europe", sauf que nous avons besoin de soja et nous n’en avons pas beaucoup (140 000 tonnes de graines sont récoltées chaque année). En novembre dernier, le gouvernement français a d’ailleurs lancé sa Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Le but est notamment de trouver "un compromis équilibré entre impératifs environnementaux, capacités des États et des acteurs privés et situation des populations locales". Très belle initiative, mais désormais ces bonnes intentions doivent se transformer en véritables mesures réglementaires.

Parallèlement, une thèse a embrasé les réseaux sociaux : les forêts d’Afrique centrale brûleraient encore plus vite que l’Amazonie dans l’indifférence générale. Le bassin du Congo, souvent comparé au "deuxième poumon vert de la planète", est un sanctuaire d’espèces en voie de disparition. Mais attention, ces feux sont observés plutôt en Angola, en Zambie, etc. Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que ces incendies sont les conséquences de l’agriculture itinérante sur brûlis, une pratique millénaire et artisanale qui est la première cause de la déforestation. "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", s’est ainsi inquiété le président congolais Félix Tshisekedi. Aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 850 millions d’euros de promesses de dons pour Notre-Dame (82 millions d’euros seulement ont déjà été versés, soit moins de 10 % honorés), 18 millions pour l’Amazonie et… rien pour l’Afrique subsaharienne. L’espèce humaine a décidément des comportements surprenants ! En proie à une déforestation effrénée (-17 % en cinquante ans pour l’Amazonie), les forêts dans le monde se réduisent et perdent peu à peu leur rôle de "puits de carbone".
Nos prières n’éteindront pas les incendies. Nos actions, oui. C’est à nous de changer de mode d’alimentation et de voter avec nos chariots de supermarché.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt