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Un autre Swac “dans les tuyaux”

Crédit photo : service des énergies
Dans notre précédente édition, nous évoquions les remous autour des appels d’offres du Swac (Sea water air conditioning) du Centre hospitalier de Polynésie française (CHPF), dont le marché des travaux a été finalement remporté par SAS Géocéan, la société qui avait déjà réalisé pour Créocéan le système de refroidissement via l’eau de mer de la climatisation de l’hôtel The Brando, à Tetiaroa, en 2012. L’assistance à la maîtrise d’ouvrage ayant été attribuée en 2016 à Airaro, le bureau d’étude partenaire de Créocéan, et la maîtrise d’œuvre ayant été remportée par Créocéan en 2017, l’avocat du groupe Boyer dont l’offre a été retoquée a crié aux “conflits d’intérêts”, se demandant même “pourquoi la Polynésie française met-elle autant d’énergie à vouloir nous écarter ?” (lire TPM n° 403 du 22 mars).
Cette fois, on apprend par le Journal officiel qu’un autre appel d’offres est lancé, dont l’objet du marché public est la réalisation d’une étude de faisabilité d’un système de climatisation par eau de mer des profondeurs (Swac) pour la zone urbaine de Papeete sur l’île de Tahiti. Le périmètre de l'étude concerne l'ouest de la capitale et s'étend de Carrefour Faa'a-Pacific Plaza au Centre Vaima. Le gouvernement souhaite inclure impérativement certains bâtiments : la Présidence, la Vice-présidence, l'assemblée de la Polynésie française, le CESC, le haut-commissariat et l'IEOM. La date limite de remise des candidatures ou des offres est fixée au 26 avril 2019, à 11 heures, au Service des énergies. Après Tetiaroa, Bora Bora et prochainement le CHPF, cette énergie renouvelable et moins onéreuse séduit le Pays. Désormais, la question qui nous brûle les lèvres est : retrouverons-nous l’ogre Créocéan dans cette nouvelle course aux milliards ? Cela risque fort de chauffer encore pour ces juteux marchés du froid…
(DS)




De l’art de se compliquer la vie

De l’art de se compliquer la vie
L’art de se créer des problèmes quand les champs politique et économique sont dégagés est-il l’apanage de nos élus ? Certainement pas, mais quand même. Il faut leur reconnaître une propension à se crêper le chignon à la moindre occasion, à la moindre contrariété, un peu comme des enfants gâtés. Et l’actualité de ces derniers jours ne viendra pas démentir nos écrits. Les chiffres de l’économie tombent et chaque trimestre apporte un peu plus de crédit à la reprise. Pour les plus sceptiques, pas de "Moody’s Blues", car l’agence internationale y va de son "A3 avec perspective positive", une note que n’a jamais atteinte le Pays. Il a commencé à redistribuer, majoritairement envers les communes, pas moins de 5 milliards de Fcfp. Tout va donc pour le mieux en Polynésie française ? Eh bien, non ! Une crise chasse l’autre, et la politique remplace l’économique.

Dire que des tensions ont vu le jour au sein du Tapura est un doux euphémisme. Et si la maison ne brûle pas encore, Édouard Fritch va devoir jouer les pompiers de service. Des flammèches sont apparues, tout d’abord avec les parlementaires polynésiens à Paris. Ils ont peu goûté – et l’ont fait savoir – de n’avoir pas été consultés lors du soutien du Tapura à La République en Marche (LRM) pour les élections européennes de mai. On imagine leurs explications embarrassées sur les bancs de l’Assemblée ou du Sénat avec leurs pairs centristes. Comme un retour de flamme, l’initiative de la députée Maina Sage : elle a obtenu de l’Assemblée nationale un changement du texte initial sur la reconnaissance du fait nucléaire par l’État, modifiant le terme "contribution" par celui de "mise à contribution". "Le débat nucléaire devrait nous rassembler, il ne devrait pas y avoir de débat sémantique", a déclaré en retour le président Fritch, qui assure avoir laissé faire sa députée…
Outre les parlementaires, c’est ici même, à l’assemblée de la Polynésie française (APF), que le ton est monté au sein des représentants de la majorité pour se mettre d’accord sur la composition des commissions et, notamment, pour choisir leurs différents présidents.
 À tel point que le bruit de la création d’un nouveau groupe politique à l’APF a couru dans les couloirs. Des élus se sont émus des méthodes de management d’Édouard Fritch. Faut-il voir l’intégration d’Angelo Frebault, représentant banni du Tahoera’a, comme une réponse à ces mouvements d’humeur ? Toujours est-il qu’avec maintenant 40 représentants sur 57, le Tapura est en capacité de faire face à quelques grognements, voire à des menaces. 
Quant à l’opposition, elle se gausse. Mais est-elle également à la hauteur de ce que les citoyens attendent de leurs politiques ? Le député Tavini Moetai Brotherson partageait sur un réseau social : "Voilà donc le Tapura qui siège à l’UDI, après avoir soutenu Juppé et Fillon (Les Républicains), mais qui soutient aujourd’hui LRM aux Européennes... Mais dont un membre éminent est accessoirement secrétaire territorial des "Républicains"..." Son parti, après s’être rapproché en d’autres occasions du Parti socialiste, fait aujourd’hui cavalier seul et va même plus loin : il organise son propre scrutin, en appelant la population à déposer des bulletins faits maison "Maohi Nui" dans les urnes des élections européennes ! Quant au Tahoera'a, plutôt discret, il la joue retour au bercail, avec une demande de soutien à la liste des Républicains, après avoir soutenu, il y a deux ans, la candidate Marine Le Pen ! 
J’allais oublier, cerise sur le gâteau, l’arrivée de "The Polynesian Kingdom of Atooi", un gouvernement autoproclamé avec, à sa tête, le roi Ali’i Nui Aleka Aipoalani, qui vit à Hawaii. Les Pakumotu ne sont donc plus seuls !

Les années passent et on a l’impression de vivre toujours la même histoire, sur le fenua. Pathétique ou comique, c’est selon…

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier