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Autant de récits, autant de regards sur un même événement



Māui interroge en permanence  la réalité et cherche des solutions  à ce qui est vécu comme une fatalité. (Tableau de Bobby Holcomb)
Māui interroge en permanence la réalité et cherche des solutions à ce qui est vécu comme une fatalité. (Tableau de Bobby Holcomb)
Il en est ainsi de l’Histoire et des mythes, de notre actualité dans ses événements majeurs et ses faits les plus anodins. Ici et ailleurs, chacun propose voire lutte pour imposer "sa" vérité sur laquelle est construite son identité, véritable forteresse intérieure, à partir de laquelle l’on décrypte le monde, s’y fait une place, voire le conquiert selon des stratégies tout aussi diverses que classiques et identifiables. Chacun s’accroche à son récit comme à une croyance indéboulonnable même quand le réel vient ébranler l’édifice de la belle image qu’on s’est fabriquée pour soi et qui est donnée à voir aux autres. François Fillon vient de nous donner un poignant exemple de forteresse effondrée. Après avoir utilisé une mauvaise grille de lecture de ses droits et devoirs dans la société française, il aurait pu dire dès le dévoilement : "Je demande pardon à mes concitoyens et je commence à rembourser à la collectivité des mensualités de x milliers d’euros jusqu’à extinction de ce qui est considéré indûment perçu." Il aurait gagné.

Il ne l’a pas fait. Aussi, pour le second tour de la présidentielle, nous avons été confrontés au choix entre deux attitudes face à la vie. D’une part, la confiance en ses capacités d’adaptation aux vicissitudes de l’existence et de l’autre, une monumentale mésestimede soi où autrui ne peut être qu’une terrifiante vermine à exclure ou abattre. Quand on sait que l’on ne juge les autres qu’à l’aune de ce que l’on pense de soi, cela donne une idée de l’abyssale médiocrité portée par ce courant. Étonnante bipolarité de la société française où, dans nos îles, s’exprime une fois de plus la forte tendance à suivre sans réfléchir, aveuglément, de douteux personnages prétendus metua, parent. De toute évidence, notre système éducatif a échoué et échoue à développer l’esprit critique et la capacité à réunir les éléments pour l’élaboration d’une pensée personnelle.

Au même moment, quasi religieusement, révérences et allégeance sont faites par tout notre système politico-religieux culturel et éducatif à la Dysney culture. J’avoue n’avoir pas encore vu le film mais le peu que j’ai pu voir est plutôt plaisant. Mais cela ne me semble pas tout à fait correspondre à ce que j’ai compris des récits de Māui (graphie de l’Académie). = propre, pur, clair, exempt de souillure - marque le pluriel des noms propres - avec. Ui = question,
questionner. Ainsi, Māui signifierait : "Les questions" ou "Questionneur". D’autant que dans les mythes et légendes, ce héros est toujours celui qui interroge en permanence la réalité et cherche des solutions à ce qui est vécu comme une fatalité. Il est un impertinent questionneur, refusant les réponses toutes faites, les idées reçues et testant en permanence la solidité des affirmations des détenteurs de pouvoir. Il ne craint pas non plus le mana des monstres fantastiques acculant les populations à fuir ou à vivre tapies dans des cavernes réelles ou imaginaires. Māui est un civilisateur. Il défie le sort et les monstres. Il libère de la peur. Il teste en permanence la solidité des vérités assénées et facilite la vie en société. Ce qui n’a rien à voir avec l’esprit d’obéissance décérébrée qualifiée de "culturelle" et exigée par certains prêches et discours politiques, religieux et culturels. D’autant que dans la société ancienne, les grandes divinités étant considérées comme semeuses de pagaille, les grands marae étaient érigés loin des zones habitées. Seuls les petits marae familiaux dédiés aux ancêtres avaient droit à la proximité permanente des vivants.

Aussi, j’apprécie grandement les interventions de Viri Taimana, directeur du Centre des métiers d’art. Il se démarque du béat consensus. Il fait preuve de courage. Je me sens moins seule dans mes interrogations. Il délie les langues et je découvre ravie qu’une quantité notable des nôtres
a développé un esprit affûté et exigeant.

L’exigence de rigueur et de clarté est célébrée dans les sculptures anciennes des objets de prestige exposés au Musée de Tahiti et des îles. Mais cela n’influence pas nos écoles. Ainsi, il y a quelques années, une écolière de CP me montrait toute fière une feuille où la maîtresse avait inscrit le mot "hotte" sous le dessin d’un baluchon. Elle aurait pu consulter un dictionnaire non ? Il est impossible de dire à l’enfant que la maîtresse raconte n’importe quoi. Par contre, cela exige toute une délicate stratégie pour que l’enfant développe une saine curiosité dans la recherche du mot juste et se méfie des titulaires officiels du savoir.

Récemment, lors de vacances réunissant quelques familles, j’ai découvert que des écoliers devaient préparer des "auto-dictées". Cela consiste à apprendre par cœur cinq à six lignes d’un texte fadasse prélevé dans un rapport de technocrate. Mais ce n’est pas tout. Outre d’une indigence littéraire manifeste, le texte est truffé de mots complexes dont le sens n’est pas transmis aux élèves. Point de compréhension de ce qu’on lit, apprend et écrit. Ce n’est pas non plus l’occasion de réviser les règles de grammaire, les conjugaisons des différents groupes de verbes ou toute autre démarche développant l’intelligence, le goût de lire et d’apprendre. Je n’ai pas compris l’objectif pédagogique poursuivi par ce type d’exercice. J’ignore qui a déformé à ce point les enseignants et qui évalue ce qui est enseigné à notre École normale. Je m’interroge pour savoir si cela ne concerne que notre hémisphère ou si c’est une insuffisance exigée par le ministère national de l’Éducation. Ça craint vraiment.

Ailleurs, j’ai découvert que des élèves se voyaient désignés "auteurs" de textes dont la majorité des mots étaient apportés par un enseignant qui avait rédigé à sa manière en ne picorant que quelques mots de l’enfant. Les élèves n’apprennent pas à exprimer leur pensée, mais à copier ce que disent et peut-être "pensent" les autres. À mes questions étonnées, il me fut hautainement expliqué que cela faisait partie d’un processus pédagogique élaboré. Ainsi travaillent désormais les "professeurs des écoles". Mes instits. et ceux de mes enfants n’avaient pas le bac mais elles étaient d’un niveau bien supérieur.

Un tel constat milite pour que la règle des mutations de fonctionnaires sur tout le territoire national s’applique aussi aux enseignants originaires de et en Polynésie française. Nos enfants bénéficieraient ainsi de possibilités de rencontres diversifiées. Et ça empêcherait peut-être certains enseignants de s’endormir sous des lauriers fanés. C’est en apprenant à tous les enfants à lire, écrire et compter et bien sûr à réfléchir que sont posées les bases de la démocratie.

Vendredi 2 Juin 2017 - écrit par Simone Grand


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La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier