Menu


De votre santé à la défense de votre patrimoine historique, savez-vous tout ce que l’ONU peut faire pour vous ?

Cela pourrait ressembler à un slogan publicitaire. C'est pourtant ainsi qu'au Forum des îles du Pacifique (FIP), en 2012, Ban Ki Moon présenta les diverses contributions que son organisation et ses satellites apportaient à l'Océanie. On en retiendra les principales en notant que si l'ONU est souvent critiquée, les États sont souvent heureux des aides qu'elle apporte.



Et commençons par la plus récente.
Pour protéger les cultures et l'environnement des peuples, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation et la culture (l'UNESCO, dont le siège est à Paris) a créé une liste de sites naturels ou humains considérés comme le patrimoine mondial de l'humanité. L'UNESCO vient d'y inscrire le marae de Taputapuātea (voir l'article de Simone Grand dans TPM n° 360).
Plusieurs sites océaniens y figurent déjà, preuve que l'ONU s'intéresse à notre région : la Grande barrière de corail, le parc Kakadu, le mont Uluru (Ayers Rock) et l'Opéra de Sydney tous situés en Australie, l'East Rennel qui est le plus grand atoll du monde (aux Salomon), les îles Phoenix au Kiribati, le lagon de Nouvelle-Calédonie et le Tongariro Park en Nouvelle-Zélande. La Polynésie française espère faire inscrire aussi les Marquises. Les dessins sur le sable au Vanuatu sont inscrits à ce qu'on appelle le patrimoine immatériel. Dans cette catégorie, on pourrait imaginer inscrire un jour les hīmene tārava…

L'UNESCO a d'autres objectifs. Elle a élaboré le Pacific Education Development Framework pour 2009-2015 (voir Pacific Education for All, 2015 Review, Apia Office). En Océanie comme ailleurs, l'idée est de promouvoir un enseignement destiné à tous et performant en aidant les gouvernements à élaborer des plans d'éducation, en collaboration avec d'autres institutions de l'ONU, comme l'OMS ou l'UNICEF par exemple.

L'ONU se veut protectrice des Océaniens

La santé des Océaniens, habitants des îles au faible niveau de vie, est une préoccupation importante. L'ONU se préoccupe de l'extension du Sida dans la région au travers de l'ONUSIDA qui a son siège à Genève. Il y a un développement inquiétant du Sida à Fidji et en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG). Cette dernière a la plus forte prévalence au VIH en Océanie (0,5 % des adultes en 2012). Le gouvernement semble hésiter à prendre les mesures adéquates. En effet, des États océaniens refusent d'admettre que le mal sévit chez eux et/ou négligent le dépistage et la prévention. En juin 2014, une mission s'est rendue en PNG pour évaluer le problème. Le scénario pessimiste du développement d'une épidémie semble s'éloigner.
Les États du Pacifique ont relayé les efforts de l'ONU avec le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose (qui continue à faire des ravages, notamment au Kiribati) et le paludisme (qui touche encore les îles Salomon, la PNG et le Vanuatu).
Le 1er juillet 2015, un sommet régional s'est tenu à Auckland sous l'égide de l'ONU pour faire le point sur les aides humanitaires aux populations touchées par les catastrophes naturelles (séismes, tsunamis, cyclones, inondations, changements climatiques…). Le cyclone Pam qui avait dévasté le Vanuatu, le 13 mars précédent, était dans tous les esprits.
L'attachement de Ban Ki Moon à la COP 21 et donc aux problèmes environnementaux a fait l'objet de nombreux articles : " L'action climatique me tient tant à cœur", déclara-t-il. Il soutint les efforts du président Hollande qui s'était fait le porte-parole des micro-États d'Océanie, premiers concernés par le réchauffement.

L'ONU veut également protéger les individus et les peuples

Conformément à sa Charte, l'ONU entend lutter contre les violations des droits de l'Homme, notamment aux Salomon, en liaison avec des ONG. Le haut-commissariat aux réfugiés s'inquiète régulièrement du sort des réfugiés dans les camps de Nauru (environ 400 personnes) et Manus (environ 800) qui sera fermé en septembre 2017, installés à la demande de l'Australie pour y garder les migrants dont le pays ne veut pas, en attendant une hypothétique solution aux problèmes individuels.
L'ONU se préoccupe du sort des femmes souvent soumises à des violences domestiques ou autres et à des viols et tentatives de viol. Elle a adopté une Convention relative à l'élimination de toutes les formes de discrimination faites aux femmes, entrée en application en 1981, mais tous les États (dont Tonga) ne l'ont pas signée.
Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) défend les droits des enfants, parfois engagés dans des guerres civiles (Salomon), réduits très tôt à l'état de serviteurs ou à la prostitution.
L'ONU veut également défendre les peuples minoritaires. Le 13 septembre 2007, elle adopta la Déclaration des droits des peuples autochtones. Les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande s'y opposèrent alors qu'ils sont concernés en Océanie. Le Secrétaire général de l'ONU a tenu à affirmer le 12 mai 2014 que "les populations autochtones continuent de subir des discriminations qui ont des conséquences terribles pour leurs langues, leurs terres et leur participation à la vie économique".
Les peuples autochtones d'Océanie ayant un besoin vital de l'océan, l'ONU entend protéger ce dernier dans la continuité du Réseau des océans et des zones côtières créé en 2003 (Conseil économique et social de l’ONU, session du 9 au 20 mai 2016).
Les populations océaniennes ne sont pas à l'abri de famines et surtout de malnutrition (les problèmes d'obésité sont dramatiques dans certains pays). Connu sous le sigle FAO, The Food and Agriculture Organisation cherche à faire adopter des pratiques durables dans les domaines de l'agriculture, de l'exploitation forestière et des pêches.

Pour montrer à quel point l'ONU entend s'engager en Océanie, une déclaration conjointe de son Secrétaire général et des dirigeants du FIP renforce ce qui précède :
Les parties ont reconnu les vulnérabilités particulières et uniques et les besoins en matière de développement de ces États [...] Elles ont rappelé que les changements climatiques, l'acidification des océans et la montée du niveau des mers constituaient les plus grandes menaces au bien-être, à la sécurité et au niveau de vie des populations du Pacifique.
Elles ont réaffirmé l'importance d'assurer une présence renforcée et effective de l'ONU, particulièrement au niveau de chaque pays de la région (communiqué en marge de la 67e session de l’AG de l’ONU, octobre 2012).

Les mesures de protection des Océaniens s'accompagnent de fonds qui, concrètement, devraient apporter un soulagement à certaines populations défavorisées. Ainsi, le programme pour le développement (PNUD) présidé de 2009 à 2017 par l'ancienne Premier ministre néo-zélandais, Hélène Clark, tente de promouvoir la démocratie, la gestion durable des ressources et le développement humain. La politique d'aide au développement est réalisée par le biais de programmes ou d'actions spécifiquement consacrés au Pacifique.
Le PNUD s'inquiète du classement des pays océaniens dans l'Indice de développement humain (IDH). En 2015, sur 177 pays, le classement n'est guère brillant : Fidji (90e), Tonga (100e), Samoa (105e), Vanuatu (134e), Salomon (156e). Depuis dix ans, le recul est quasi général.

En fait, comme nous l'avons vu, les diverses organisations de l'ONU agissent généralement de concert et disposent de personnels et de fonds dont l'efficacité est parfois contestée, comme du reste l'ensemble de l'organisation.
Les interventions de l'ONU dans le domaine nucléaire et dans celui de la décolonisation ont fait l'objet de nombreux articles dans TPM et nous n'y reviendrons pas, sauf pour souligner que l'ONU se livre parfois à un exercice d'équilibrisme entre la volonté de protéger les populations et la non-ingérence dans les affaires intérieures prescrite par la Charte.

Conclusion

L'ONU ne néglige nullement l'Océanie. Elle s'en préoccupe même dans la mesure où la fragilité géographique de la région peut annoncer les problèmes que le monde ne manquera pas de devoir affronter prochainement. Elle le fait à sa manière, parfois bureaucratiquement, parfois diplomatiquement, parfois poussant le plus loin possible ses interventions dans le cadre de la Charte susceptible d'interprétations diverses.
Comment les populations ressentent-elles les démarches onusiennes ? Sur les plans sanitaire, humanitaire, éducatif, culturel, économique et social, les aides de l'ONU sont-elles seulement connues des populations autochtones ? On peut en douter. Quand bien même elles en auraient entendu parler, elles pourraient douter de leurs bienfaits, parfois de façon ingrate il est vrai. Qui saura que grâce à l'OMS, il aurait échappé trois ans plus tôt au Sida ?
D'une façon générale, pourrait s'appliquer en Océanie la sentence d'Achille Mbembe, théoricien camerounais du post-colonialisme, à savoir qu'aucun pays au monde ne s'est développé avec l'aide au développement ou avec la gestion humanitaire d'un problème.
Cependant que seraient ces pays sans cette aide humanitaire ?

Vendredi 25 Août 2017 - écrit par Jean-Marc Regnault


Continuez la lecture
< >

Vendredi 6 Octobre 2017 - 22:22 Faaite de douloureuse mémoire


Jean-Marc Regnault

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier