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Décès d’Alexandre du Prel : l'électron libre de Moorea s’en est allé


Mercredi 15 Mars 2017 - écrit par Luc Ollivier


"Si j’ai réussi c’est parce que j’ai un sale caractère". C’est en substance ce que déclarait Alex du Prel lors de sa dernière interview en août 2015 à Cédric Valax de Radio1. Une analyse personnelle qu’aucun ne lui a jamais contestée. Alexandre du Prel, AdP, s’est éteint ce mardi 14 mars sur son île de Moorea laissant derrière lui une famille dans la tristesse mais aussi des milliers d’amis, pas tous virtuels, qu’il avait su entraîner dans l’aventure du magazine qui lui a valu sa notoriété : Tahiti Pacifique. Ils sont nombreux sinon à la pleurer mais du moins à regretter sa disparition qui va laisser un grand vide dans le microcosme journalistique local.



Un électron libre qui a toujours assumé ses idées. crédit photo : DR
Un électron libre qui a toujours assumé ses idées. crédit photo : DR
Si Alex du Prel était une grande gueule affirmée, ce sont surtout ses écrits, rédigés depuis son petit "bunker" de pinex de la baie Cook à Moorea, et envoyés tels des scuds tous les mois depuis 1991 sur la vie politique et économique de la "grande" île de Tahiti qui ont fait de lui un homme à la fois craint et respecté des hommes et d’un système. Ses prises de position ont rarement laissé indifférent, mais il s’en défendait toujours. On se souvient encore de son édito au lendemain de l’élection de Donald Trump qui lui avait valu une avalanche de courriers et courriels.
Arrivé il y a plus de 40 ans en Polynésie française sur un voilier qu’il s’était construit, Alex du Prel était venu chercher un mode de vie authentique, où le vous n’existait pas, où primaient la simplicité et la gentillesse des Hommes, un paradis qu’il a vu disparaître au profit de la modernité, d’un mode de vie à l’occidentale et surtout par la volonté d’un homme, celui qui allait être la cible de bien de ses attaques : l’ancien président Gaston Flosse, à la Une du premier numéro en mai 1991. Mais aussi l’administration française ou encore tout ce qui pouvait nuire à l’image idyllique qu’il avait de la Polynésie française : les politiques corrompus, les fonctionnaires bornés, les règles administratives non adaptées et surtout tous ces petits chefs venus de métropole expliquer aux Polynésiens comment ils devaient vivre chez eux ; ceux qu’il appelait les "experts".
"Toute ma jeunesse, j'avais rêvé d'un endroit où l'on pouvait vivre en harmonie, c'était Tahiti, où les gens se tutoyaient, où les lois restaient embryonnaires", avait-il confié à Gérard Davet, journaliste au Monde en 2009.
Alex était un aventurier des temps modernes, lui qui a pratiqué 17 métiers qui lui ont valu des rencontres extraordinaires comme celle avec Marlon Brando. Ce dernier lui confia même la gestion de son atoll de Tetiaroa en 1987 avant qu’Alex ne décide de vivre une nouvelle aventure.
L’expert-géomètre, le fort des Halles, le marin, l’acteur, le directeur de yacht club… se tourne vers le journalisme. Il propose des caricatures aux Nouvelles de Tahiti et réalise aussi quelques piges. Mais son franc-parler et le peu de sujets qui lui sont proposés mettent rapidement un terme à cette collaboration. Qu'à cela ne tienne, Alex va créer son propre journal ! Une gageure alors qu’il n’y a déjà pas assez de place pour les deux quotidiens qui viennent d’être rachetés par le Groupe Hersant. Ce sera donc un magazine et dans ce mensuel Alex pourra écrire comme bon lui semble, en tout cas d’une manière bien éloignée des écrits policés de l’époque envers le tout puissant Gaston Flosse. Il emprunte 600 000 Fcfp à quelques amis, qu’il se fait fort de rembourser dès qu’il le peut, comme il me l'a raconté lors de notre première entrevue. Et pourtant ce n’est pas facile, les débuts sont chaotiques, il est bien seul à écrire avant que d’autres contestataires ne viennent bénévolement prêter leur plume comme Bernard Poirine, Christian Beslu, Jean-Marc Regnault et tant d’autres. La "patte", le style Alex du Prel font mouche auprès de ceux qui se sentent prisonniers du système flossien. Telle la mouche du coche, Alex a le don d’énerver Président (ce qui lui vaudra plusieurs procès) par des publications de plus en plus étoffées, circonstanciées, dont les sources toujours plus nombreuses tiennent bien évidemment à rester anonymes tout comme les annonceurs qui lui achètent des espaces publicitaires et le rappellent peu après pour lui demander de garder l’argent mais de ne pas publier la maquette, une fois encore par peur des représailles. Ce genre d’anecdotes Alex les a racontées avec un grand sourire quand il m’a passé le témoin, après en avoir fait autant avec Bertrand Parent pendant une année. "Plusieurs fois nous n’avions rien à manger à la maison si ce n’était quelques bananes du jardin et un bol de café. Mais avec ma femme, nous nous sommes battus, nous y avons cru", nous avait-il aussi confié. Raconter ses souvenirs n’était pas anodin. Alex tenait vraiment à ce que l’on s’imprègne de l’ADN de Tahiti Pacifique, de son ton impertinent, voire irrévérencieux afin que les liens créés avec "ses" lecteurs perdurent. Des lecteurs, souvent des connaissances à qui il n’hésitait pas à faire partager des moments intimes comme dans l’un de ses derniers éditos dans lequel il rappelait avoir attrapé des MST quand il avait 18 ans. "Relis ce que j’ai écrit, regarde le film qui m’a été consacré, viens me voir à mon bureau à Moorea" tout ce qui pouvait concourir à mieux appréhender le Tahiti Pacifique était capital à ses yeux. Il se savait fatigué, malade, mais a préféré se taire quelque temps pour continuer à accompagner l’équipe en place, celle recrutée par le groupe Fenua Communication en 2015 pour assurer la succession. Nous serons honnêtes, comme il aurait voulu qu’on le soit, et vous avouerons que des échanges écrits ou verbaux furent parfois épicés. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Le fondateur, le père, de Tahiti Pacifique avait du mal avec le changement même s’il disait ne pas être psychorigide. Mais Alex savait aussi s’adapter et reconnaître quand le travail était bien fait. Depuis la fin de l’année 2016, il avait cessé d’écrire, son corps le trahissait mais l’esprit était toujours vif et il arrivait à se faire comprendre quand notre collaboratrice basée à Moorea passait le voir pour effectuer des recherches dans ses archives. Jusqu’au bout Alex aura gardé un œil sur SON magazine. Tahiti Pacifique sans Alex ne sera plus vraiment comme avant, sa plume trempée au vitriol était vraiment unique et ne pourra jamais être imitée. Cependant Tahiti Pacifique, comme il le fait depuis ce début d’année, se doit de continuer à mener les combats qui ne peuvent être portés par d’autres, se doit de publier les infos souvent confidentielles qui lui parviennent, pour que ce fenua qu’il chérissait tant ne retombe impunément entre les griffes d’hommes peu scrupuleux aux services de systèmes où pouvoir et argent font foi. C’est pour ces raisons d’ailleurs que Tahiti Pacifique est devenu le média de référence en métropole où il est lu à l’Élysée, par les services du premier ministre (comme l’écrivait le magazine L’Express) ou encore à l’assemblée nationale qui s’est abonné grâce au député René Dosière. Un gage de reconnaissance qui faisait la fierté d’Alex et continue de faire la nôtre.
La rédaction de Tahiti Pacifique tient à présenter ses condoléances à sa femme Célia Tepio Germain et à ses trois enfants Sophie, Philippe et Poema.


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Le feu à l’école ?

Alors que l’actualité du moment se focalise sur les élections législatives du 3 et du 17 juin, nous recevons coup sur coup des courriers de lecteurs traitant de problèmes relatifs à l’Éducation nationale. Ce ministère, qui regroupe le plus grand nombre de fonctionnaires d’État ou territoriaux (tous rémunérés par l’État), est dans le collimateur de parents d’élèves qui se battent pour que leur enfant ait droit à une scolarité normale. Un première lettre, anonyme, nous informe qu’un professeur de cuisine, fonctionnaire d’État, atteint par la limite d’âge, a réussi à obtenir du ministère de l’Éducation de rester enseigner sur le territoire via le Centre des intérêts moraux et matériels (CIMM). Rien à redire si ce n'est qu'entre-temps, le professeur qui devait lui succéder se retrouve sans heures de restauration et par conséquent est improvisé professeur de : lingerie, repassage, lavage, couture… au détriment d’une jeune Polynésienne.
Pas étonnant que ce dernier, en manque de compétence et de considération, ne se soit pas impliqué dans les cours à dispenser. Résultat : de nombreuses absences.
Des absences que des parents d’élèves ne supportent plus, notamment au Collège de Punaauia, et les championnats du monde scolaire de beach volley qui monopolisent des professeurs n’expliquent pas tout. La fin de l’année approche, mais les cours ne sont pas pour autant terminés. Des enfants n'ont que trois ou quatre heures de cours par jour, obligeant les parents à d’incessants allers-retours entre travail et collège. Une mère nous écrit : "De mon côté, mon fils n’a plus de profs de maths depuis la dernière rentrée scolaire. On nous dit que le ministère n’a pas de budget pour payer un remplaçant ! Et c’est un cas parmi d’autres... ! ! Mon fils a eu trois heures d’études hier... il est allé au collège pour deux heures de cours. Aujourd’hui, il commençait à 8 heures et terminait à 11 heures... Et ça dure depuis des semaines ! ! Les taties du collège ne savent plus où mettre les élèves qui traînent dans la cour pour raison d’absentéisme des profs. J’ai discuté avec elles : elles n’en peuvent plus ! Le CDI est saturé, les salles d’études aussi."
Trouver des professeurs remplaçants est un vrai casse-tête, car ceux-ci ne sont payés que durant les journées d’enseignement, pas sur un trimestre ou encore moins un semestre, vacances comprises, pour des raisons budgétaires. Comment aussi reprendre des cours sans savoir où le professeur précédent en était ? Les remplaçants ne bénéficient d’aucun accompagnement hiérarchique. Que dire aussi des élèves qui eux aussi ont déserté les cours. Certaines classes ne comptent qu’une poignée d’élèves. L’absentéisme prévaut des deux côtés de la classe.
Le malaise est profond et, contrairement à d’autres professions, il n’y a pas possibilité de réquisitionner... Pourtant, il commence à y avoir le feu à notre école !

Luc Ollivier